‹ Dictionnaire du pêcheur: traité complet de la pêche en eau douce et en eau salée: histoireChapitre 29 sur 118 · BRÈME. 1Q · texte numérisé non relu

BRÈME. 1Q

Lorsque dans lç printemps k$ brèmes cherchent, pour frayer, des rivages unis pu des fonds de rivière garnis d'herbages, chaque femelle est souvent suivie de trois pu quatre mâles,. Elles font un bruit assez grand en nageant en troupes nombreuse?; et cependant elles distinguent lç spn {Içs clpches, celui dq tambour pu tout autre son analogue, qui quelquefois les effraie, les éloignç, les disperse ou les pousse 4&ns les filets du pêcheur.

On remarque trois époques dans le frai des brèmes. Les plus grosses fraient pendant la première, et les plus petites pendant la troisième. Dans ce temps du frai, les mâles, comme ceux de presque toutes les autres espèces de cyprin, ont pur le* écailles du dos et des cètés de petits houtons qui les ont fait désigner par différentes dénominations, que Ton avait observés dès |e temps de Salyian, et que Pline mênie a ren^rqué^.

Elles sont poursuivies par l'homme, par les poisons voraces, par les oiseaux nageurs. Les buses et d'autres oiseaux de proie veulent aussi, dans certaines circonstances, en faire leur proie; mais il arrive que si la brème est grosse et forte, et que les serres de la buse aient pénétré assez avant dans son dos pour s'engager dans sa charpente osseuse, elle entraîne au fond de l'eau son ennemi, qui y trouve la mort.

Les brèmes croissent assez vite. Leur chair, molle et grasse, est agréable au goût par sa bonté et à l'œil

par sa blancheur. Elles perdent difficilement la vie lorsqu'on les tire de l'eau pendant le froid, et alors on peut les transporter à dix myriamètres sans les voir périr, pourvu qu'on les enveloppe dans de la neige et qu'on leur mette dans la bouche du pain trempé dans de l'alcool. Les pécheurs prétendent qu'à la fin de mai elles déposent leurs œufs dans les herbiers, puis elles se retirent dans les eaux les plus profondes, où elles vivent d'insectes, d'herbe et de timon; suivant eux, elles croissent lentement.

Lançon t Lanceron, quand il est très-jeune. — Poignard, quand il est d'une grosseur moyenne. — Carreau, quand il est plus gros. — Béquet, Béchet, Lupule, dans quel* ques départements de la France. — Luccio, Luzzo, en Italie. — Grashecht, Hecht (quand il n'a qu'un an), en Allemagne, r— Stukha, en Hongrie. — Snoek,Geep-visch, en Hollande. — Pike, Pikerelle, en Angleterre.

L'ouverture de sa bouche s'étend jusqu'à ses yeux. Les dents qui garnissent ses mâchoires sont fortes, acérées et inégales ; les unes sont immobiles, fixes et plantées dans les alvéoles ; les autres mobiles, et seulement attachées à la peau. On a compté sur le palais sept cents dents de différentes grandeurs, indépendamment de celles qui entourent le gosier.

Pendant sa première année, sa couleur générale est verte; elle devient, dans la seconde année, grise

et diversifiée par des taches pâles qui, Tannée suivante, présentent une nuance d'un beau jaune. Ces taches sont irrégulières, distribuées presque sans ordre, et quelquefois si nombreuses, qu'elles se touchent et forment des bandes ou des raies. Elles acquièrent souvent l'éclat de l'or pendant le temps du frai, et alors le gris de la couleur générale se change en un beau vert. Parvenu à une certaine grosseur, il a presque toujours le dos noirâtre et le ventre blanc avec des points noirs.

C'est dans les rivières, les fleuves, les lacs et les étangs qu'il se plaît à séjourner. On ne le voit dans la mer que lorsqu'il y est entraîné par des accidents passagers.

Le brochet parvient jusqu'à là longueur de deux ou trois mètres et jusqu'au poids de quarante ou cinquante kilogrammes.

J'en ai pris un de près de douze kilogrammes dans une mare près de la Loire. Il croît très- promptement. Dès sa première année, il est très-souvent long de trois décimètres; dès la seconde, de quatre; dès la troisième, de cinq ou six ; dès la sixième de près de vingt; dès la douzième, de vingt-cinq ou environ; et cependant cet animal destructeur arrive jusqu'à un âge très-avancé. Rzaczynsky parle d'un brochet de quatre-vingt-dix ans. En 1497, dit-on, on prit à Kaiser slauteren, près de Manheim, un autre brochet qui avait plus de six mètres de longueur, qui pesait

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cent quatre-vingts kilogrammes^ et 4ont !* squelette a été conservé pendant longtemps à Mapheiro ; il portait un anneau de cuivre doré, attaché par ordre? de l'empereur Frédéric - Rarberuusse, depx çept soixante-sept ans auparavant.

Lorsqu'il s'est élancé sur 4e gros ppfesoqg, sur des serpents, des grenouilles, des oiseaux d'eau, des rats, de jeunes chats ou môme de petits chiens tombés ou jetés dans Peau, et que l'animal qu'il veut dévorer lui oppose un trop grand volume, il le saisit par la. tête, le retient avec ses dents nombreuses et recourbées, jusqu'à ce que la partie antérieure de sa proie soit ramollie dans son large gosier, en aspire ensuite le reste et (engloutit. S'il prend une perche ou quelque autre, poisson hérissé de piquants mobiles, il le serre dan? sa gueule, le tient dans une position qui lui interdit tout mouvement, et l'écrase ou attend qu'il meure de ses blessures. La chair de ce poisson est blanche, fenpe, se divise par feuillets et est de bon goût quand il a vécu dans une eau vive où il a trouvé abondamment de la nourriture. On a va des brochets avaler d'au* très brochetons du tiers de leur grosseur. On a çomptç dans un brochet femelle jusqu'à cent quarante-huit mille œufs. Le brochet est aussi un des poissons qui entendent le mieux. On en a vu un dans le vivier du Louvre, du temps de Charles IX, qui, quand on criait : Lypvle, l*pufc> se montrait et venait prendre le pain qu'on lui jetait.

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t* f**lé à fctocfcet.

Cette gaule se fait ordinairement d'un seul brin d'érable ou même de frêne, bien que ce bois soit un peu lourd. Comme cette gaule s'est pas tenue à la main, mais qu'on la laisse couchée sur l'eau, on n'exige d'elle qu'use qualité, une grande force, et assez de longueur pour atteindre en avant des roseaux qui bordent les rivières.

La ligne à brochet.

Très-simple dans sa structure, elle se compose d'une tige unique de soie torse du plus gros numéro, au bout de laquelle est une chaînette en métal, fer ou cuivre, mais plutôt en cuivre. Pour faire cette chaînette on se procure du fil de cuivre gros comme une très-forte épingle, on le fait recuire au feu pour le rendre plus flexible et moins cassant. On plante dans une table un fort clou d'épingle ou un poinçon destiné à faire l'œil du chaînon ; on passe le cuivre derrière, et on le fait revenir jusque passé la moitié du chaînon. On fait la même chose sur un petit morceau de fer rond à l'extrémité opposée. Les deux bouts rentrés en dedans, on tord le chaînon, on passe le bout du fil de cuivre par un des yeux, et Ton procède comme pour le premier. La même manière d'agir répétée quatre ou cinq fois produit la chaînette,

qui n'a ordinairement que ce nombre de chaînons. — L'hameçon dont on arme la chamette a deux branches ; on le nomme communément bricole. Pour le monter, on fait passer one des pointes dans l'œil du chaînon, et on fait glisser le fil de enivre, en appuyant pour faire ouvrir les brandies élastiques de la bricole, jusqu'à ce qu'il arrive dans le nœud, où il joue à Taise. On attache le cordonnet de soie dans l'œil du premier chaînon, et la ligne sera faite lorsqu'elle sera garnie de ses lièges.

Cyprinus carpio. — r Carpa, en Italie. — Rayna, aux environs de Venise. — Pontty, en Hongrie. — Strich, Saamen, en Allemagne.

Les carpes se plaisent dans les étangs, dans les lacs, dans les rivières qui coulent doucement. 11 y a même dans les qualités des eaux des différences qui échappent le plus souvent aux observateurs les plus attentifs, et qui sont si sensibles pour ces cyprins, qu'ils abondent quelquefois dans une partie d'une rivière ou d'un fleuve, et sont très-rares dans une autre partie peu éloignée cependant de la première. Par exemple, dans la Seine on pèche des carpes à Yillequier, mais rarement au-dessous, à moins qu'elles n'y soient entraînées par les grosses eaux; dans le lac Léman, les carpes sont aussi communes du côté du Valais que rares à l'extrémité opposée.

On en pèche dans plusieurs lacs de l'Allemagne septentrionale qui pèsent plus de quinze kilogrammes. On en a pris une du poids de plus de dix-neuf kilogrammes àDertz, dans la Nouvelle-Marche de Brandebourg, sur les frontières de la Poméranie.

On en trouve près d'Angerbourg, en Prusse, qui pèsent jusqu'à vingt kilogrammes. Pallas dit que le Volga en nourrit de parvenues à une longueur de plus d'un mètre et demi. En 171 1 on en pécha une à Bischofshause , près de Francfort-sur-l'Oder, qui avait plus de trois mèt(#s df ferag, plus d'un mètre de haut, des écailles très-larges, et pesait trente-cinq kilogrammes. On assure qu'on en a pris du poids de quarante-cinq kilogrammes dans le lac dç Zug en Suisse , et enfin , il en habite dans le Dniester de si grosses, que leurs arêtes peuvent souvent servir à faire des inanches de couteau.

Les cyprins dont nous nous occupons peuvent d'avant plus montrer des développements trèsremarquables qu'ils sont favorisés par une des prinr cipales caosçs de tout grand accroissement, le temps. On sait qu 7 ils deviennent trèa-vieux ; et nous n'avons pas besoin de rappeler que Buffon a pçrlé de carpes de cent cinquante ans, vivant dans les fossés de Pontchartrain, et que dans les étangs de la Ltysace, on a nourri des individus de la môme espèce âgés de plus de deux cents ans.

Dès le temps de Bellon on faisait avec les œufs de earpes du caviar, qui était très-recherché à Gonstantinople et dans tes environs de la mer Noire, ainsi que de l'Archipel, et qui était acheté d'autant plus par les juifs de ces contrées asiatiques et européennes, que leurs lois religieuses leur défendent de se

nourri* de caviar lait avec des œufs d'esturgeon.

Btous oc parlerons pas de tontes les vertqs extraordinaires et ridicules qui l'on a accordées, pour la guérison de plusieurs maladies, à une éminence osseuse du fond du palais {les carpes, que l'on a OOmméa pierre de carpe, et que Ton a souvent portée avec une confiance aveugle, comme un préservatif infaillible contre des maux redoutables.

M. Barci, contrôleur de la maison du prince de Gondé, a dit avoir vu, en 1733, sur la table du prince de Conti, à Offenbourg, une carpe du Rhin qui avait trois pieds et demi de long entre œil et bat; elle pesait quarante-cinq livres.

La carpe se nourrit d'herbes et d'insectes qu'elle trouve dqns les eaux.

Il semble que l'étang soit destiné poçr la carpe, tant elle y réussit bien.

La nature pourvoit d'autant plus à la reproduction qu'il y a plus de causes de destruction. La carpe femelle contient une quantité prodigieuse d'œufs, qui quoique paraissant innombrable, a été cependant soumise au calcul. M. Petit, en ayant pesé une certaine quantité dans une balance très-exacte, et les ayant nombres, a jugé ensuite , par voie de comparaison v qu'une carpe de grandeur moyenne donne trois cent quarante-deux mille œufs environ. Mais de ce nombre combien peu viennent à bien? La plupart de ees germes ou de ces ombrions naissants devien-

la proie et la

La carnes fraient d» le Mis de mai et d'nott;

n bonnes à manger, perce et insipides, comme il arrive à prcaqoc tons les antres pointom.

La carpe est dans sa grande bonté dans les mois de février, mars et avril.

Les carpes de la Saône, de la Seine, de la Loire et dn Rhin sont très-estimées, surtout ces dernières, parce qne Fean de ce fleuve est plus pore et plus rapide. La carpe est un bon aliment; elle se digère facilement, et convient à tous les tempéraments, excepté aux personnes sujettes à la goutte; on a des observations que son usage en réveille les accès. La laitance de ce poisson est, comme l'on sait, un mets délicat, et qui fournit une nourriture si substantielle, qu'on a vu, dit-on, des étiques guéris par l'usage de ces laitances.

Tout le monde connaît aussi la bonté exquise des langues de carpe et la délicatesse du palais de ce poisson.

Quoique l'eau paraisse le seul élément de ce cyprin, la carpe peut cependant vivre longtemps dans l'air; cela est prouvé par la manière dont on engraisse les oarpes en Hollande et en Angleterre. On les suspend à la cave, ou dans quelque autre lieu frais, dans un petit filet sur de la mousse humide, en sorte que la tête de la carpe sorte hors du filet ; de cette manière,

on les garde assez longtemps en vie pour les engraisser, en les nourrissant avec de la mie de pain et du lait.

La carpe se pèche de plusieurs manières, à l'ha* meçon ou au filet, mais très-aisément dans la plupart des étangs, parce qu'on les met à sec. Dans les étangs qui ne peuvent être mis à sec, elles sont assez difficiles à pécher; car c'est un des poissons les plus fins et les plus méfiants. Lorsqu'il sent l'approche du filet, il plonge la tête dans la bourbe, et laisse glisser le filet sur sa queue, qui ploie à volonté ; il reste ainsi tranquille jusqu'à ce qu'il n'entende plus de mouvement.

On fait aisément perdre le goût de vase à la chair des carpes, en les tenant seulement une semaine dans l'eau vive. — Voici les appâts préconisés pour la pêche des carpes. On prend du marc de chènevis environ une livre, deux onces de momie, autant de saindoux, d'huile de héron et de miel , une livre et demie de pain blanc rassis, et quatre grains de musc ; on mêle le tout ensemble, on en fait une espèce de pâte qu'on coupe par morceaux, et ces pilules servent pour garnir l'hameçon. — Voici une autre recette; prenez de la chair de héron mâle ou femelle, mettezla dans une bouteille, enterrez-la dans du fumier chaud, et laissez-l'y reposer quinze jours ou trois semaines, jusqu'à ce qu'elle se change en huile: tirez alors cette bouteille et tenez-la bouchée, de crainte que sa liqueur ne s'évapore. Quand vous vou-

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