‹ Dictionnaire du pêcheur: traité complet de la pêche en eau douce et en eau salée: histoireChapitre 47 sur 118 · GOUJON · texte numérisé non relu

GOUJON

Cyprinus gobio. — Goiffon, dans quelques départements de France. — Gmndling, en Allemagne. — Grondel, en Hollande. — Greyling, Gudjeon, en Angleterre.

On le trouve dans les eaux non salées de l'Europe, et particulièrement dans celles qui reposent ou coulent mollement et sans mélange sur uu fond sablonneux. Il préfère les lacs que la tempête n'agite pas. Il y passe l'hiver, et lorsque le printemps est arrivé, il remonte dans les rivières, où il dépose sur les pierres sa laite ou ses œufs, dont la couleur est bleuâtre et le volume très-petit. Il ne s'en débarrasse que peu à peu, et en employant souvent près d'un mois à cette opération. Dans quelques rivières, et notamment dans celles de la Corrèze, il ne fréquente ordinairement les frayères que depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever.

Vers l'automne les goujons reviennent dans les lacs. .

Ils vivent de plantes, de petits œufs, de vers, de débris de corps organisés. Ils paraissent se plaire plusieurs ensemble; on les rencontre presque toujours réunis en troupes nombreuses. Ils perdent difficilement la vie. A peiue parviennent-ils à la longueur d'un ou deux décimètres. On distingue plusieurs sortes de goujons : il y en a de blancs, de ûoirs,

de jaunâtres, comme il y en a de petits et de moyens. Leurs couleurs varient avec leur âge, leur nourriture, et la nature de l'eau dans laquelle ils vivent; mais le plus souvent un bleu noirâtre règne sur leur dos. Leurs côtés sont bleus dans leur partie supérieure, le bas de ces mêmes côtés et le dessous du corps offrent des teintes mêlées de blanc et de jaune; des taches bleues sont placées sur la ligue latérale, et l'on voit des taches noires sur la caudale et sur la dorsale, qui sont jaunâtres ou rougeâtres comme les autres nageoires.

Rana.

Il y a des différences notables entre la grenouille et le crapaud : celui-ci a le tronc également ample. Les grenouilles ont le bas-ventre bien fait et délié, kt tête tout près de la partie antérieure du corps ou de la poitrine, des cuisses menues; leur tête est plus allongée que celle des crapauds. La grenouille, comme les chiens, se tient accroupie sur ses pattes de derrière, et le crapaud rampe communément à terre. Les grenouilles sont très- vives. Leur dos devient arqué et même anguleux si on les touche ou qu'on les prenne par les pattes de derrière; les crapauds, au contraire, sont engourdis. Au reste, les pieds de de-

vant des uns et des autres sont garnis de quatre doigts; ceux de derrière en ont cinq. Les grenouilles les plus ordinaires sont : la grenouille brune terrestre, la grenouille d'arbre, nommée raine ou grésouille verte, et la grenouille aquatique, qui est la grenouille verte ou commune. La grenouille aquatique est une espèce d'amphibie, très-vivace, mais plus aquatique que terrestre, couverte d'une peau lisse, dure, verte en dessus, tachetée de points plombés, et jaunâtre sur un fond blanchâtre en dessous; son dos est aplati, son ventre ample et comme gonflé; sa tête est grosse, mais un peu aplatie; ses yeux sont grands et saillants, avec une membrane clignotante ; la bouche est grande et très-fendue. La mâchoire supérieure de eette grenouillé est armée d'une rangée de petites dents, outre deux grandes dents situées aux deux extrémités du palais. La langue est longue, fortement adhérente au haut de la mâchoire inférieure, et libre vers le fond du gosier, comme dans les poissons; par ce moyen la langue lui sert h enfoncer les aliments dans le fond du gosier. Cet animal a peu de cervelle dans le crâne, ce qui explique la fable de La Fontaine. Il a quatre pieds, dont ceux de devant sont plus courts, terminés chacun par une espèce de main à quatre petits doigts détachés ; ceux de derrière sont plus gros, et fournis de cinq et même six doigts jaunâtres et palmés ; le pouce est plus long que les autres doigts. Cette grenouille n'est point

dangereuse. La grenouille verte aquatique vit ordinairement dans l'eau des rivières, des lacs ou des étangs; cependant elle sort aussi au bord quand il fait un beau soleil; mais sitôt qu'elle entend quelque bruit et qu'elle aperçoit quelqu'un, elle se plonge aussitôt dans l'eau.' Quand les mâles coassent, ils font sortir des deux coins de la bouche deux vessies blanches et rondes qui manquent aux femelles; ce qui fait qu'au lieu de coasser, elles ne font que grogner en enflant la gorge. Cette espèce de grenouille surpasse toutes les autres en grosseur, excepté une espèce particulière à l'île de Cuba. La grenouille verte croit pendant dix ans, et peut vivre jusqu'à seize ; elle s'accouple en juin; c'est la meilleure espèce à manger. Elle est très-vorace. Elle ne se nourrit pas seulement d'insectes et de toutes sortes de lézards aquatiques, elle se jette aussi sur les jeunes souris et sur les petits oiseaux, souvent sur les canards nouvellement éclos. Au temps de leurs amours, les mâles coassent fortement. Le frai des femelles tombe au fond de l'eau sans y remonter. C'est l'espèce de grenouille la plus féconde en œufs ; les sortes de vers qui en proviennent ont besoin de cinq mois pour arriver à la forme parfaite de grenouille. La grenouille d'arbre ou raine, ranaarborea, est la plus petite de toutes les grenouilles, quelque âge qu'elle ait. La partie supérieure de son corps est d'un fort beau vert, et l'inférieure blanchâtre , à l'exception des

pieds dans les deux sexes et de la gorge du mâle qui est brune.

Les grenouilles se nourrissent d'insectes tant ailés que reptiles ; mais elles n'en prennent aucun qu'elles ne l'aient vu remuer. Elles se tiennent immobiles jusqu'à ce qu'elles le croient assez proche d'elles ; alors elles fondent dessus avec une vivacité extrême, faisant quelquefois des sauts de plus d'un pied et demi, et avançant la langue pour l'attraper. Leur langue est enduite d'une mucosité si gluante, que tout ce qu'elle touche y reste attaché. Elles avalent aussi les araignées ; mais elles font leur principale nourriture d'une espèce de petit limaçon, dont la coquille est de couleurs fort vives, et qui cause des dommages considérables aux jeunes plantes de toute espèce, dont il mange les plus tendres et salit les autres par ses excréments. Les grenouilles avalent ces animaux entiers avec leurs coquilles. Les parties osseuses se dissolvent dans leur estomac comme elles le feraient dans les acides végétaux. Pour se convaincre de ce fait, il suffit, lorsqu'on rencontre une grenouille dans un jardin, de l'ouvrir par le dos, et l'on y observera les coquilles des limaçons plus ou moins attendries et digérées. On prend les grenouilles à l'hameçon, avec des vers rouges, de la viande, ou simplement un morceau de drap rouge. On fait avec les grenouilles une sctope qui ressemble beaucoup à la soupe à la tortue.

J'ai ta que parmi ce genre d'animaux il y ai a une espèce nommée verdier, qui est muette, qui monte sur les arbres et dont le venin est si dangereux que les boeufs en perdent les dents s'ils le mâchent seulement avec les herbes. « Il y a des grenouilles, selon l'observation des anciens, qui viennent de la corruption de la terre trempée par les pluies d'été ; ces grenouilles ne vivent guère. » Ajoutons qu'elles n'ont jamais existé.

Un pécheur de grenouilles se disposait à faire frire sa pèche : « Arrêtez, bonhomme, lui dit quelqu'un. Qu'allez-vous faire? Parmi vos grenouilles il y a phisieurs crapauds. — Plusieurs crapauds, dit le pê- . cheur, ma foi, tant pis pour eux. »

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