PLIE
Pleuronectcs platessa, — Hotant, à Bordeaux. — Pleise, en Angleterre. — Platteis, en Allemagne. — Scholle, en Hollande.
C'est un poisson de mer plat, à nageoires molles.
La plie est bonne à manger, mais moins agréable au goût, moins tendre et moins délicate que la sole et la limande; elle est moins recherchée. Elle habite dans la Baltique, dans l'Océan boréal, et dans plusieurs autres mers.
On a cru pendant longtemps, sur quelques côtes de France ou d'Angleterre, que la plie était engendrée par un petit crustacé nommé chevrette ou crevette, de même qu'on croit encore que les macreuses sont poissons avant d'être oiseaux. On distingue deux espèces de ce poisson, savoir : la grande et la petite, qui est parsemée de taches jaunes ou rougeâtres. Celle-ci est le carlet. La grande plie, ou plane, ou platuse, est plus large
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que la sole. Ce poisson a les yeux sur la partie de dessus, qui est brune; ses nageoires font le tour de son corps ; sa queue est large; de la tête à la queue il y a un trait un peu tortu par le milieu du corps ; sa bouche est petite et sans dents. La plie entre dans les étangs de mer, et quelquefois dans les rivières fangeuses. On en pèche en quautité dans l'étang de Montpellier, dans la Loire et dans l'Océan.
Quand la plie aperçoit les pécheurs, elle trouble l'eau el se cache dans la vase. Sa chair est blanche, molle et d'un assez bon suc. On prend la plie à la senne, au tramail et au chalut. La plie mord rarement à l'hameçon, de même que la sole. Cependant j'en ai vu prendre. La limande, au contraire, mord très-bien à V hameçon. On amorce dans ce cas avec la pelouse, insecte de mer à pattes multiples, que l'on trouve sous les pierres à la marée basse.
Raja, — Clavelade, dans plusieurs départements méridionaux. — Raja clavata.
Poisson plat, large, cartilagineux. On en distingue différentes espèces. En général > les raies sont des poissons sans nageoires au corps; ils nagent à plat sur leur largeur; ils ont des piquants à la queue, semblables à ceux de ronces.
La raie bouclée ou la raie clouée a le bec plus court et moins pointu; on la nomme bouclée ou clouée, parce que ses aiguillons ont la figure de clous ; elle a un rang de piquants courbés sur le dos, et trois autres à la queue; son foie est gras et délicat. La peau du dos est noire.
La raie aigle est très-grande; elle a la tête beaucoup plus distincte du corps que presque toutes les autres parties du même genre; elle a des yeux assez gros et très-saillants. Sa queue ne présente qu'une petite nageoire dorsale placée au-dessus de cette partie, et beaucoup plus près de son origine que de 4'extrémité opposée. Entre cette nageoire et le petit
bout de sa queue on voit un gros et long piquant, ou plutôt un dard très-fort, et dont la pointe est tournée vers l'extrémité la plus déliée de la queue. Ce dard est un peu aplati et barbelé de deux côtés, comme le fer de quelques espèces de lances; les pointes dont il est hérissé sont d'autant plus grandes qu'elles sont plus près de la racine de de fort aiguillon; et comme elles sont tournées vers cette même racine, elles le rendent une arme d'autant plus dangereuse qu'elle peut pénétrer facilement dans les chairs, et qu'elle né peut en sortir qu'en tirant ces pointes à contresens, et en déchirant profondément les bords de la blessure. Lorsque cette arme particulière est introduite très-avant dans la main, dans le bras, ou dans quelque autre endroit du corps de ceux qui cherchent à saisir la raie aigle , lorsque surtout elle y est agitée en différents sens, et qu'elle en est à la fin violemment retirée par des efforts multipliés de ranimai) elle peut blesser le périoste, les tendons ou d'autres parties plus ou moins délicates, de manière à produire des inflammations, des coftvulsions et d'autres symptômes alarmants. Ces terribles effets ont été bientôt regardés comme les signes de la présence d'un venin des plus actifs ; et, comme ce n'était pas assez que d'attribuer à ce dangereux aiguillon, dont la queue de la raie aigle est armée, les qualités redoutables, mais réelles, des poisons, on a bientôt adopté sur sa puissance délétère les faits les plus merveil-
leux, les contes les plus absurdes. On peut voir ce qu'ont écrit de ce venin mortel Oppien, iEIien, Pline, car relativement aux effets funestes que nous indiquons, ces trois auteurs ont entendu par leur pastinaque ou leur raie trigone y non-seulement la pastinaque proprement dite, mais la raie aigle, qui a les plus grands rapports de conformation avec cette dernière. Non-seulement ce dard dentelé a paru aux anciens plus prompt à donner la mort que les flèches empoisonnées des peuples à demi sauvages, nonseulement ils ont cru qu'il conservait sa vertu malfaisante longtemps après avoir été détaché du corps de la raie, mais que son simple contact tuait l'animal le plus dangereux, desséchait la plante la plus vivace. C'était l'arme terrible que la fameuse Circé remettait à ceux qu'elle voulait rendre supérieurs à tous leurs ennemis. Et quels effets plus redoutables, selon Pline, que ceux que produit cet aiguillon, qui pénètre dans tous les corps avec la force du fer et l'activité d'un poison funeste 1 — Cependant ce dard, devenu l'objet d'une si grande crainte, n'agit que mécaniquement sur l'homme ou sur les animaux qu'il blesse. — La raie aigle est appelée coucou dans la Manche. Aussitôt qu'elle est prise, les pêcheurs se hâtent de couper cette arme justement redoutée.