TITRE PREMIER
« Art. l*"'. Le droit de pêche sera exercé au profit de l'État :
« lo Dans tous les fleuves, rivières, canaux, contrefosses navigables ou flottables avec bateaux, trains
OU radeaux, et dont Fentretien est à la charge de rÉtat ou de ses ayants cause ;
« 2® Dans les bras, noues, boires et fossés qui tirent leurs eaux des fleuves et rivières navigables ou flottables dans lesquels on peut en tout temps passer ou pénétrer librement en bateau de pécheur, et dont Fentretien est également à la charge de rÉtat.
« Sont toutefois exceptés les canaux et fossés existants, ou qui seraient creusés dans les propriétés particulières, et entretenus aux frais des proprié* taires.
« Art. 5. Tout individu qui se livrera à la pèche sur les fleuves et rivières navigables ou flottables, canaux, ruisseaux ou cours d'eaux quelconques, sans la permission de celui à qui le droit de pèche appartient, sera condamné à une amende de 20 francs au moins et de loo francs au plus, indépendamment des dommages-intérêts,
« Il y aura lieu, en outre, à la restitution du prix du poisson qui aura été péché en délit, et la conflscation des ûlets et engins de pèche pourra être prononcée.
« Néanmoins, il est permis à tout individu de pécher à la ligne flottante tenue à la main, dans les fleuves, rivières et canaux désignés dans les deux paragraphes de l'article 1®^ de la présente loi, le temps du frai excepté. »
174 mSTRIJCTION
Ce dernier paragraphe établit d'une manière formelle une faveur gratuite pour tout le monde. Ainsi, excepté pendant le temps du frai qui varie dans chaque département du 1*" avril au 15 juin, et pour les truites de octobre à Janvier (1), chacun peut pécher avec une ligne flottante. La loi ne dit pas ce que c'est qu'une ligne flottante, mais les tribunaux ont tranché toutes les difficultés inventées par les gardes trop zélés des fermiers de pèche.
Artieh 3 4h régiment du préM de k^ Seine,
« Ne pourront être péchés et seront rejetés en rivière : 1° les truites, carpes, barbeaux, ombres, brèmes, brochets, meuniers ou . chevannes, ayant moins de 160 millimètres entre l'œil et la naissance de la nageoire de la queue; 2° les tanches, perches, gardons, lottes et autres ayant moins de 135 millimètres, également entre l'œil et la naissance de la queue; Z^ et les anguilles ayant moins de 75 millimètres de tour au milieu du corps.
*■ Lorsque y a deux temps de frai, ce qui a lieu dans toutes les rivières à truites où l*on trouve aussi d'autres poissous, si le fermier s'oppose à ce que l'on pèche la truite à la ligne pendant les mois d'avril, de mai et de juin, temps du frai des autres poissons, j'engage les amateurs à faire une réclamation à la préfecture de leur département, et il y sera sans doute fait droit. Pareille demande a été adressée à la préfecture du département de la Manche, et un nouveau règlement du 15 juin 1849 leur a donné satisfaeUoD,
Sixième défense de Vart. 7 du règlement du prifet
de la Seine.
« n est défendu d'enivrer et faire mourir le poisson, en jetant dans Teau des drogues et substances nuisibles, telles que cbaux, noix vomlque, momie, tlthymale, sucs infects de lins et de cbaûvres rouis et autres. »
Comme on le voit, les amorces de fond, telles que les asticots, des vers mêlés de terre, du sang, des eerises, du blé, toutes choses que le poisson recherebe et dont il fait sa nourriture, ne sont pas défendues. On peut mettre à sa ligne plusieurs hameçons et les amorcer avec toutes sortes de vers, insectes, pâtes et aliments quelconques qui ne contiennent rien de nuisible au poisson. On peut même, pour prendre le brochet, la perche, la truite et quelques autres espèces, amorcer avec une ablette, un goujon ou un vairon, morts ou vivants. Dans tous les départements où la pèche au vif n'est pas défendue par le règlement de préfecture, on peut pécher au vif sans payer. C'est une ligne flottante comme une autre si on la tient à la main.
DéJinitiQn de la ligne fiotèante.
On entend par ligne flottante une ligne tenue à la main, qui suit le cours de Feau, et qui impose au pécheur robligatîon de guetter l'instant où le poisson mord.
J'en distingue trois espèces :
La première, dite ligne au coup, est garnie d'une flotte(l) qui soutient la bannière ou corps de ligne sur l'eau, et lui permet de suivre le courant sans s'accrocher au fond. La flotte est adaptée au corps de ligne par un ou deux anneaux en plume qui la laissent monter ou descendre, selon qu'il y a plus ou moins de profondeur.
Dans une eau rapide ou très-profonde, on emploie un fort bouchon en liége, ou une plume de dinde ou de cygne, qui puisse, sans s'enfoncer, porter cinq à six grains de plomb de chasse n^ 1. Cette précaution est indispensable pour faire descendre Thameçon assez promptement pour que la ligne ne soit pas entraînée par l'eau loin du pécheur, et n'être encore qu'entre deux eaux quand il faut la rapporter de bas en haut.
Pour les eaux tranquilles «et peu profondes, une flotte légère est préférable, parce qu'on voit beaucoup mieux mordre le poisson ; il ne faut alors qu'un ou deux petits grains de plomb.
On met ordinairement à ces lignes deux ou trois hameçons, quand on pèche au petit poisson, et un seul quand on pèche au gros. C'est à Tagitation de la flotte que Ton reconnaît que le poisson mord, et
Ml y a des flottes de Leaucoup de sortes : en plume, en liége, en porc-épic, en bambou, etc.
que l'on juge qaand il est temps de piquer. La ligne ne doit jamais être chargée de plus de grains de plomb que la flotte n'en peut porter, autrement elle cesserait d'être flottante, et rentrerait dans la classe des engins soumis à la licence. Elle ne doit pas être non plus garnie de pierres, de terre ou de quelque charge que ce soit, en quantité suffisante pour la retenir en place et lui empêcher de suivre le cours de l'eau.
La seconde espèce de ligne flottante est la ligne, à fouetter. Elle se fait toute en boyaux de vers à soie, et le plus souvent en un ou deux crins au plus dans le corps de ligne. On la garnit de quatre ou cinq hameçons très-fins placés è 33 centimètres (1 pied) les uns des autres. Au-dessus de Thamecon du haut, et tout près du nœud qui l'attache à la ligne, on met un petit plomb de chasse n« 6, et à SO centimètres (18 pouces) au-dessus du plomb, une petite plume, comme une plume de pigeon ou de corbeau. Dans ce genre de pêche, ce n'est pas la plume qui indique que le poisson mord, c'est au mouvement continuel que l'on imprime à sa ligne, en la ramenant sans cesse contre le courant, que l'on s'aperçoit que Toh tient un poisson, quand même ce serait le plus petit vairon.
La pêche à fouetter demande une grande quantité d'iimorces ; il faut, si Ton veut faire bonne.péche, à tous moments jeter par petites ' pincées, pour faire
remonter la poisson, des asticots mâés de erottio, de marc de raisin, de son on de pain de chènevls ta poudre.
La troisième sorte de ligne flottante est la ligne à la volée ; elle peut se subdiviser elle-même en deux <»tégories : la première pour les mouches artificielles, la seconde pour les insectes naturels. On y prend principalement la truite et le chevanne dit meunier.
Pour la mouche artificielle, on se sert d'une canne à moulinet et d'une très-longue ligne^ laquelle n^a ni plomb ni flotte. La canne, longue de 4 à 5 mètres (12 à 15 pieds), est garnie de petits anneaux. La ligne doit avoir de ^0 à 30 mètres (60 à 00 pieds); elle est faite en queue de rat, enroulée sur le mouli* net ûxé au bas de la eanne et passée dans tous les anneaux. <-
La canne doit être très*-flexible pour lancer plus loin les mouches. Au bout de la ligne on ajoute un avançon ou bas de ligne en boyaux de vers à soie et long d'environ 2 mètres (6 pieds); ce bas de ligne, linsi que la ligne et les mouches, est l)Ouclé à chaque «itrémité pour s'adapter sans nœud au bout l'un de l'autre.
Le pécheur doit avoir une collection de mouches artificielles dans un portefeuille, pour choisir le modèle qui ressemble le plus à celles qui volent sur l'eau et dont il doit attraper une au bord. Cette pèche se fait de mars à octobre. En marchant et en descen-
4ant le eown des rivières^ le pèebeur ayee son pafnier sur le dos, sans atiean erabarras, parcourt en s*amusant plQsleurs lieue» de riTîère et revient rarement sans une beureuse capture. On ne saurait trop reeommander à cent qui la pratiquent d'éviter tout bruit et de ne s'avancer que le moins possible sûr lé bord. Lamoucbe artificielle, pour simuler la mouche naturelle^ doit tomber mollement sur Teau; le pécheur doit l'agiter un peu en faisant trembler légèrement la cannCf et dès qu'il voit mordre le poisson ou qu'il sent la secousse qu'il imprime à son bras en saisissant la mouche, il ne peut Jamais être trop leste à piquer. Par un tem|»s variable, orageux, accompagné d'un peu de vent, vous pouvez pécher toute la journée; par un temps cfaii^ et chaud, péchez de préférence le matin et le soir.
La seconde ligne à la volée se fait comme fa Hgne an coup^ elle doit étretrès^longue; on la garnit d'un bcFuehoâ et de plusieurs petites plumes placées à un mètre (8 pieds) les unes des autres. Avec de la mie de pain et avec le» insectes qui se soutiennent sut l'eau, on pèche à la surface; mais avec des cerises on du raisin, on doit donnef 50 à 60 centîm. (ta à 22 pouces) de fond. La canne doit être très«longtie. Une fois ta ligne lancée au large, on suit le cours de l'eau en laiiàsant filer i^a ligne bien loin devant soi.
Une autre ligne sans plomb tii flotte est encore employée avec beaucoup de succès, c'est la Itgne à
la surprise. Dans les rivières ombragées d'arbres, passez doucement votre ligne entre les branchés et laissez tomber légèrement une mouche ou une sauterelle; au même moment elle sera saisie, si le poisson ne vous à pas vu. Quand vous voyez les poissons, vous pouvez même choisir les plus gros. Si votre amorce est naturelle et vivante, laissez-la tomber devant lui ; si c'est une amorce artificielle, faites^la plutôt tomber derrière lui, et il se retournera pi^cipîtamment, de peur qu'elle ne lui échappe. En s*approchant à plat ventre des bords où il n'y a pas d'arbres, on y peut pêcher aussi de la même manière.
Ces lignes, telles que je viens de les décrire, sont depuis un demi-siècle employées en France et affranchies de tous droits. Les gardes de l'administration ou des particuliers n'étant autorisés à saisir que les instruments prohibés, toutes les personnes qui se conformeront aux lois et règlements sur la pêche, et aux instructions mentionnées dans ce traité, n'auront jamais à craindre aucuns frais ni la saisie de leurs ustensiles. !]^ut garde-pêche est porteur d'une plaque qui le fait reconnaître et qu'il doit exhiber en abordant le pêcheur à qui il s'adresse. Nous ayons dit plus haut que les tribunaux avaient prononcé sur beaucoup de questions relatives à l'interprétation de la ligne flottante et suscitées par l'imagination lAventive des gardes-péche.
Voici celles résolues jusqu'à ce jour : r La ligne
flottante peut avoir plusieurs liameçons, le nombre n'en est pas limité. ( Décision du tribunal correct tionnel de Versailles, 24 décembre 1844; Cour d'appel de Paris ^ 21 mai 1851.)
2*" On peut pécher aussi bien en bateau que sur les bords de l'eau arec une ligne flottante, pourvu toujours qu'on la tienne à la main. {Cour d'appfil^ 28 décembre 1835.)
3® On peut pécher avec un ver ou un insecte vi« vaut, ils ne sont pas considérés comnie amorce vive ; ce nom peut s'appliquer seulement aux petits poissons servant d'amorces. {Tribunal d'AreiS'Sur'-Aube^ 13 septembre 1844.)
Einfin le .compte*rendu ci-dessous prouve qu'on peut pécher aussi bien au fond qu'au milieu et à la surface de l'eau, que l'on peut mettre du plomb en telle quantité que l'on veut^ pourvu qu'il soit supporté par le bouchon et qu'il n'empêche pas la ligne de suivre le cours de l'eau.
I Yoici le compte-rendu du Constitutionnel du 21
mai 1851. ^
Procèfi de pAdmlniviration forestière et dn fermier de péclie contre M. Horieean. .
La cour a résolu aujourd'hui, par un arrêt bien net et bien explicite, une question qui intéresse vivement la classe si nombreuse des pécheurs à la ligne.
181 INSTRUCmON
On sait qoe dans les fienves et riYlères otTlgables, BVl ne peut pécher, s'il n'est muni d'une licence, ou ftll n'est adjudicataire de la pèche..* autrement qu'à la ligne flottante et à la main. Cette interdiction est éerite dans les articles 12 et 14 de la loi du 14 floréal an X, et encore dans Taitlele 6 de la loi du ifi airril
Ainsi la ligne flottante tenue à la main est af* franchie àà la licence. Mais qae faut^ll entendre par ligne fiotiantet
De temps imffiémorlai, les Hgnes flottantes ont été garnies d'ua ou deux grains de plomb destinés à tevo* riser l'immersion perpendiculaire de l'hameçen. A plusieurs rej^ses, cependant, des fermiers de pèche ou des gardes-pèehe ont voulu entendre la \g\. dans un sens restrictif, et des procès- verbaux ont été dres* ses par eux contre tous les pécheurs dont les lignes étaient garaies d'un plomb queleoncpio. Us prêtons daient que la présence d'un seul g^a!n de plomb, si minime que fût son poids, transformait la ligne fiottantCy qu^t permise, en ligne defond^ qui est prohibée. La plupart des déhuquants osaient à peine se déf^'dre contre ces procès*verbaux, et foien souvent même se laissaient condamner par défaut. La pénalité n'était pas terrible. . . C'était une simple amende de 5 francs que le tribunal prononçaltd'ordiDaire. Cependant ces poursuites ne laissaient pas que d'irriter profondément ceux qui en étaient Tobjet. C'était une
SUR LA LIGNE FLOtTANTE. 183
yexatiofi qni pouvait faire prendre en dégoût le plaisir de la pèche à la ligne.
M. Morieeau s'est alarmé de ces poursuites. Il est fabricant d'ustens^jes de pèche, il a craint avec raison que son commerce ne ressentît un contre-coup fâ^ cheux dé» vexations dirigées contre les pêcheurs à te ligne. En conséquence, il a voulu faire Juger la ques* tion de la pèche à la ligne flottante d'tme manière éclatante, et voici ce qu'il a fait :
Il a écrit au garde-pèche du dix-huitième cantod de pèche du département de la Seine, qui comprend le parcours de la Seine dans Paris, en lui déclarant que, K it février 1861, à neuf heures du matin, on le trouvef ait à un point déterminé de la berge, occupé à pécher avec une Jigne flottante garnie de plomb.
M. Morieean s'est en effet rendu à l'heure dite à Fendroit indiqué ; il a dévissé sa canne et ajusté les bouts, puis, après y avoir attaché une ligne à flotteur, garnie de deux plombs n** 4, et armée de deux hamc eons, il s^est mis à pécher comme il avait annoncé.
Le brigadier gtft^de-pèche s'était rei%ft à l'invitation de M. Moriccau : il lui fut par conséquent facile de constater que M. Morieean se servait d'une ligne garnie de deux grains de plomb n' 4, et armée de deux hameçons : on ne pouvait pas d'ailleurs se prêter de meilleur grâce que M. Morieean h la rédaction de ce procès-verbal.
Il est résulté de ce procès*verbaf que M. M()i4eea1l
a été cité devant la 7* chambre de police correction-r nelle, et qae là, quoique habilement défendu, il succomba courageusement, et fut condamné à 20 fi\ d'amende et à 5 fr. de dommages-intérêts envers le fermier de la pêche du dix-huitième cantonnement, qui s*était porté partie civile. Voici le texte de ce Jugement, qui porte la date du 8 mars dernier :
« Attendu que la loi n'ayant point défini la naturel de la ligne flottante, il appartient aux tribunaux de l'apprécier :
« Qu'il est évident que le législateur n'a voulu permettre l'exercice de la pêche à la ligne qu'autant qu'il n'en résulterait aucun préjudice pour l'adjudlfotaire de la pêche ; qu'ainsi on ne doit entendre par ligne flottante, que celle dodt l'hameçon reste à la surface de l'eau, sans être entraîné vers le fond de la rivière par un poids quelconque ; que, dans l'espèce, la ligne saisie est garnie de deux grains de j^lomb n"" 4 et armée de deux hameçous, et ne petit être considérée comme une ligne flottante, par ce motif que l'addition de deux graine de plomb n° 4 devait la faire plonger dans la partie inférieure de la rivière; qu'ainsi la ligue dont s'est servi Moriceau est une ligne prohibée;
« Condamne Moriceau à 20 fr. d'amende et à 5 fr. à titre de dommages-intérêts. »
M* Moriceau a interjeté appel de cette décision, et M* Nogent-Saint- Laurent, son défenseur, a attaqué le Jugement rendu.
A Le Jugement, a-t-il dit, déclare qu'on ne doit entendre par ligne flottante que la ligne dont Fhameçon reste à la snrface de l'eau, sans être entraînée vers le fond de la rivière par un poids quelconque. Mais c'est là une confusion entre la ligne volante et la h ff[ïe flottante.
« La ligne volante, amorcée avec des mouches artificielles, est une ligne d'une disposition spéciale, et qui reste, en effet, à la surface de l'eau ; on s'en sert uniquement dans les eaux limpides et solitaires que la navigation n'a jamais bouleversées, et qui sont habitées par deux espèces de poissons, la chevanne ou meunier et la truite. Ces poissons viennent toujours chercher leur pâture à la surface, et c'est pour cela que la ligne avec laquelle on les prend ne plonge pas.
« Mais la ligne flottante a toujours plongé dans l'eau ; s'il en était autrement, on ne prendrait presque jamais aucun poisson, si ce n'est de très-petits qu'il est défendu de prendre.
« .... Le jugement encore semble assimiler la ligné flottante qui plonge, à la ligne dormante ou ligne de fond, qui est prohibée. Il suffit de savoir ce qu'est une ligne de fond pour savoir que toute assimilatiofi est impossible. Une ligne de fond... figurez-vous une traînée d'hameçons plus ou moins longue, fixés à un gros fil extrêmement long. L'immersion s'opère à l'aide dfune pierre ou d'un plomb fort lourd, attadié à l'extrémité de ce fil et qui l'entraîne au fond de la
JSë INSTRUCTION
rivière; on fixe Taùtre extrémité in fil à un roseau ou tronc d'arbre» et cette sorte de ligne, ordinaire» ment tendue le soir, n'est relevée que le matin. Oa comprend comment le séjour prolongé de cette ligne nu fond de l'eau, l'immoblUté et la multiplicité des amorces sont des moyens de destruction. Telle est la ligne prohibée, la ligne d^fond proprement dite.
« Enfin f disait en terminant M* Nogent-Saint- Laurent, nous demandons à la cour de déclarer ligne flottante vme ligne qniflotte ; il est impossible de for* muler une demande plus simple et plus naïve.»
M"* Nougier, avocat du fermier de la pèche, le sieur Louis Fabrège, soutenait au contraire le bien fondé da jugement dont il demandait à la Cour la confirmation»
M'' Saillard, avocat-général, sans s'opposer à l'in* firmation du jugement, en raison de la flottaison de la ligne de M. Moriceau, constatée par le procès-verbal, a combattu néanmoins le système de la défense, en ce qu'il consacrait un principe trop absolu sur lu pèche à la ligne flottante.
La Cour a rendu aujourd'hui l'arrêt suivant :
« Considérant qu'aux termes de Fart. 6, alinéa 2 de la loi du 15 août 1829 sur la pèche fluviaUe, il a été permis à tout individu de pécher à la ligne flot* tante tenue à la main, dans les fleuves, rivières, ca« naux et autres fossés navigables ou flottables dont l'entretien est à la charge de l'Ëtat ou de ses ayants cause;
« Que cet article n'a fait que reprodatre e^ œtte partie les dispositions des anciennes ordonnanoea et des lois et arrêtés qui pero^ettaient l'usage de la ligne flottante tenue à la main ;
« Qu'en droit et en l'absenee de toute défloition légale de la ligne flottante, les trlbuuaui^ doiYeut m déoider par le setts naturel des mots employas par te législateur, par le sens donné à ces mots par un usage constant, et par les conséquences du sens adopté, qui doivent être en harmonie avee reaprit général de» lois sur la pêche ;
« Considérant que, dans leur sens naturel^ le» mots de ligne floitanU indiquent une ligne que le mouvement seul de l'eau rend mobile et fugitive, et qu'il faut que le pécheur ramène sans cesse à lui $ qu'un usage constant a consacré cette interprétation}
« Qu'il n'est résulté de l'usage de la ligne flottante ainsi définie, aucune conséquence de nature à féira croire que l'intention du législateur a été de hi prohiber, soit dans un inté^t d'ordre public^ soit dans l'intérêt des fermiers de la pêche, lorsqu'elle «erait garnie de quelques plombs ajoutés au poids de l'hameçon pour le maintenir perpendiculairemoit au liége ou flotteur indicateur, à une profiDndmir déter* minée;
« Qu'il suffit pour que la ligne toe cesse pas d'être flottante, qu'elle soit constamment soumise au mouvement du flot el du courant de l'eaU) et^ par consé"*
]gg INSTRUCTION
qnént, que Fappât ne repose pas au fond et n'y reste pas Immobile ;
« Qae la loi exige seulement que le pécheur tienne à la main la canne destinée à rejeter la ligne en amont toutes les' fois que le courant la fait flotter en aval à une trop grande distance ; que décider qu'une ligné n'isst flottante que lorsqu'elle ne flotte qu'à la superficie de l'eau par le seul poids de rhameçon serait donner un sens restrictif aux expressions de l'article 5 ci-dessus, et rendre illusoire la permission de pèche à la ligne flottante résultant dùdit article;
« Que les fermiers de la pèche ne seraient pas fondés à se plaindre du préjudice qu'ils pourraient en éprouver, puisqu'il ne s'agit que de l'application d'une disposition légale qu'ils n'ont pas pu ignorer, et qu'ils se sont soumis dès lors à cette condition en se rendant adjudicataires de la pèche;
« Gônsidéranf en fait que, le 17 février dernier^ Moriceau a été trouvé pècl^nt à la ligne tenue à la main, dans le dix-huitième canton de la pèche, sur la rivière dé Seine ;
« Que s'il résulte du procès- verbal régulièrement dressé ledit jour et des aveux même de Monceau, que la ligne avec laquelle il péchait était armée de deux hameçons et garnie de deux grains de plomb ^^ 4j destinés à faire plonger la ligne dans la 'partie inférieure de la rivière, ce poids ne pouvait suffire
pour empêcher la ligne de flotter dans le couraDt, et que le contraire n'est pas même allégué ;
« QxfBy dès lors, et par les motifs ci-dessus déduilis, la ligne dont s^est servi Morlceau devant être considérée comme flottante, la prévention n'est pas établie:
« Met l'appellation et le jugement dont est appel au néant ; émendant, décharge Morlceau des condam« nations contre lui prononcées; au principal, le renvoie des fins de la poursuite, condamne l'administration forestière et Louis Fabrège, partie civile, aux frais
de première instance et d'appeL »
Et avis sur la pèche à la ligne.
C'est encore à M. Morlceau que nous empruntons les instructions suivantes sur la pêche à la ligne :
Les véritables amateurs n'aiment pas aller pêcher en trop grande société, parce qu'ils savent bien qu'il n'est rien tel que la tranquillité pour réussir. Cependant deux amis qui vont d'habitude ensemble peuvent se rendre service. Si l'on a besoin d'un coup de main pour épuiser un poisson, si l'on renverse sçs amorces, oq est bien heureux d'avoir un compagnon qui puisse venir à son aide.
Quand vops arrivez au bord de l'eau, promenezvous un peu sur le rivage pour choisir l'endroit le plus favorable; montez rasuite votre canne ; attachez
la ligne au-dessous de la virolle de la seconde pièee» puis, faitesJa descendre en tournant jusqu'au boiit do selon où vous l'arrêterez par un nœudi nommé 0lef. Prenez la profondeur de l'eau pour savoir l'ia» tervalle que vous devez mettre entre la flotte et l'ba* meçon; promenez votre sonde à droite et à gauche pour voir si le terrain est égal ; si "vous trouvez au fond des herbes et des grosses pierres, allez plua^loin. Quand vous avez sondé, roulez sur votre scion une partie de la ligne et ne conservez que ce qu'il faut de bannière ; la ligne flottaate doit en général avoir un peu moins de longueur que la canne; moiiis la bannière est longue, plus on a de facilité pour piquer le poisson.
Jetez de Taraorce au fond, telle que du pain de ehènevis ou des pelottes de terre glaise pétries avec des asticots; en les jetant dans l'eau, faites le moins de bruit possible. Les pécheurs qui sont à même de faire tout cela dès la veille feront bien de ne pas le n^liger ; ils ne seront pas exempts de jeter encore quelques pelottes pédant leur pêche «t surtout à loir arrivée ; mais ils en jetteront moins alors pour ne pas rassasier le poisson.
Il faut jeter les unorces par morceaux plus ou moins gros, selon que le courant est j^us ou moins rapide ; observez aussi de les Jeter un peu au-dessus pour qu'elles ëb rendent au fond en face de vous. Les poissons étant etmemis du froid et du vent, Templa-
oement le jdas agréable au péeheur est soiiTe&t ansti te plos favorable à la pèche. Presque tous les pois* iona recherchent la soleil, surtout an prlstemps; placez^YOUS à Tabri d'un grand chapeau de paille t il est à t>b9erTer toutefois gue, poidant la saisflfu d^été, le milieu du jour n'est pas le moment propice pour prendre beaucoup de pdssen. Tant que voua n'en jMreodrez que des petits oi^des moyoïs, tous let tire* rez fadleraent de l'eau, mais si vous avez le boinbeur d'en piquer un gros, c'est alors que Vbus devez déployer toute votre adresse*
Aussàtât que vous avez donné le coup pour ferrer, élevez votre scion, tendez voDre Hgne, que votre canne décrive une courbe en suivait le mouvoRMlnt du poîssoU,t2ie cherchez pas à ramener à fleur d'eau, laissez^le se fatiguer au fond, ne voua pressez j^aa de chercher h le voir; que votre lignine soit jamaia lâcte, car il s'élancerait et vous démonterait, obser** vez bien surtout de ne jamais incliner la canne, vous n'auriez plus alors réiasticité du sokm pour soulager la ligne, et si le poisson en ce momeut&isait un grand effort, il vous échapperait infaillible^ ment. Les premiers bonds sont les plus dangereux; petit à petit il s'épuise , il vient sur l'eau, il moù^ tre son ventre, mais ne vous y âez pas; fatigUez" le encore, car, quoique affaibli, la \ue de l'épuiaetto hH donnera une nouvelle force.
Quand le danger est passé, faites^Ie approcher du
bord, sortez-lui la tête de l'eau et tâchez de Tenlever avec l'époisette du premier coup. A cet effet, posez répuisette dans Teau, et avec là ligné, amenez le poisson au-dessus, ou approchez doucement répuisette par derrière et enleves^Ie. Si vous êtes à même de pêcher souvent dans le même endroit, adoptez-le de préférence, car les poissons, trouvant à manger, fréquenteront cette placè^et ne s'en écarteront pas. Quand vous reployez vos lignes, examinez si les hameçons ne sont pas émoussés, si la racine ne menace pas de se couper, si le corps de ligne ne se pourrit pas.
Les pécheurs soigneux de leurs ustensiles ont l'avantage de se mdnter plus finement et par cela même d'avoir plus de succès. Généralement partout et en tout temps , la pèche au coup doit se faire à fond, c'ést-à-dire que l'hameçon, en suivant le courant, doit passer à 54 millim. (3 pouces) de terre* La majeure partie des poissons se posent le ventre au fond, la tête tournée vers le courant, attendant dans cette attitude ce que l'eau leur amène de nourriture.
Chaque fois que vous retirez votre ligne de l'eau pour lareporter verslecourant, donnez un coup comme pour ferrer, car il arrive souvent que Ton pique ainsi des poissons que l'on n'a pas vu mordre. Ne soyez jamais longtemps sans examiner rhameçon, l'appât peut se trouver manjjé ou rongé sans que vous vous en soyez aperçu, et vous perdez ainsi un temps précieux.