MAUVAIS DÉPART
Un mauvais départ est le contraire d'un bon, c'est-à-dire que, comme ensemble ou isolément, les chevaux ne sont pas partis sur la même ligne. Un mauvais départ se produit par des causes opposée? à celles qui constituent un bon départ. Le mauvais départ, peut provenir de la mauvaise volonté d'un jockey, d'un cheval impatient ou violent qui met le désordre dans le peloton, du manque d'à-propos du starter, qui ne saisit pas le moment où les concurrents sont ensemble et disposés à bien partir, et le plus souvent de toutes ces causes réunies.
On peut se rendre compte des difficultés de la mission du starter, et de l'importance qu'il y a pour une société de courses à s'assurer le concours d'un homme en état de remplir ces fonctions.
OERBT (Le) est à la fois la pins importante et la plus connue de toutes les courses d'Angleterre. Nulle ne présente un intérêt aussi grand, ne donne lieu à autant de paris faits à l'avance, et ne préoccupe autant l'attention publique, môme
dans ce pays, où les courses ont lieu presque sans interruption d'un bout de 1 -année àPautre.
Le Derby est en Angleterre une sorte de solennité et de fête publique ; un étranger pourrait croire tout le pays dans l'attente fiévreuse d'un événement auquel sa destinée est attachée. L'agitation et rioquiétude sont générales, et s'étendent à toutes les classes de la société. C'est Tunique conversation des salons, des clubs, des théâtres, de la rue. On n'entend que le nom des favoris. La variation de leur cote est le sujet de toutes les conyersations, depuis le plus grand seigneur jusqu'au dernier mendiant, qui a risqué sur le cheval de son choix l'aumône de la veille, et le dîner du lendemain. L'intérêt est le même chez le parieur dout la fortune doit se trouver après la course diminuée ou augmentée d'un million, et celui qui a risqué une livre économisée à grand peine depuis le commencement de l'année. Les bruits les plus contradictoires circulent sur la chance des chevaux, dont le public s'entretient depuis la saison dernière. Celui-ci n'a pas pris un bon galop, la veille, l'on craint pour les jambes de celui-là, en un mot c'est pour quelques jours le grand événement du pays, et nul ne peut échapper à l'exitation qu'il provoque dans toute l'Angleterre.
C'est bien autre chose encore le jour de la course ; l'hippodrome ressemble à une place publique, un jour d'émeute ou de carnaval. Les costumes les plus disparates s'y croisent et s'y coudoient; toutes les distinctions sociales, si tranchées et si rigoureusement observées en Angleterre, disparaissent momentanément. Des personnes de tout rang et de cljisses différentes, qui ne s'adressent jamais la parole pendant le reste de l'année^ s'abordent, discutent, parient. Tous les Anglais semblent égaux devant le Derby, commQ devant la loi. Une foule bigarrée, étrange, telle que l'on ne peut se l'imaginer sans Tavoir vue^ s'agite, gesticule, parle, crie, court et semble comme affolée. L'on entend les cris du Book-Maker, hurlant le nom des chevvaux contre lesquels il parie, les proportions qu'il donne ; les parieurs ou Backers se prei^nent et se bousculent autour de lui, pour placer leur argent sur leur favori du dernier moment.
Toute cette agitation cesse comme par enchantement au mo-
ment de rentrée des concurrents sur la piste. La vie entière de toute cette foule srmble suspendue à la casaque des jock'^ys; un observateur désintéressé pourrait saisir d'étranges expressions de physionomies, suivant que tel ou tel cheval avance ou recule dans le peloton. Plus on approche du but, plus rémotion redouble ; elle éclate enfin quand deux ou trois chevaux sortent du groupe pour entamer une lutte suprême. Leurs partisans, crient frénétiquement le nom de chacun d'eux, avec une sorte d'intonation de défi, comme si ces exclamations, expression de leurs désirs et de leurs intérêts, devenaient un encouragement et une exiutation pour leur champion. Dès que le juge a prononcé le nom du vainqueur, des exclamations enthousiastes semblent ébranler les tribunes jusque dans leurs fondements, chacun veut toucher le vainqueur, le voir de plus près. Il rentre au pesage, au milieu de l'enthousiasme délirant de ses admirateurs. Gomme ombre au tableau, on voit se former des groupes à l'attitude sombre et abattue > jetant des regards de haine à l'heureux vainqueur, et de reproche à leur champion malheureux, à celui auquel ils avaient confié leur espoir et leur argent.
En dehors de cette excitation factice, qui prend sa source dans l'intérêt, le Derby a acquis cette popularité en Angleterre, parce qu'il est en réalité la mesure de la qualité de la production de l'année, et que tout le monde, de près ou de loin, s'intéresse aux questions chevalines. L'élite de la production, c'est-à-dire les produits des plus célèbres étalons et des meilleurs poulinières, sont engagés dans le Derby. A de très-rares exceptions près, il est gagné par le meilleur cheval de Tannée, dont le nom reste comme la date d'un événement saillant, à laquelle tout le monde se reporte même dans le langage usue). On dit en Angleterre, c'était l'année de Blair- Athol, ou l'année de Gladiateur, comme si on parlait d'an des évén?ments que personne dans le pays, n'a le droit d'ignorer. C'est à cet enthousiasme, et à ce goût immodéré pour les courses que les Anglais doivent l'incontestable supériorité que leurs chevaux possèdent sur ceux du monde entier.
Le Derby se court à Epsom dans la première quinzaine du mois de mai. Le prix est formé des mises dés concurrents, qui i