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HAMILTON. — HANDICAP

HAMILTON (duc de). L'écurie de M. le duc de Hamîlton est presque exclusivement composée de chevaux français. Il s'est longtemps attaché à la spécialité des steeple-chases, mais depuis quelques années, son écurie a pris progressivement une grande importance ; elle compte aujourd'hui parmi les plus considérables existant en France. Les principaux chevaux qui ont jusqu'ici couru sous les couleurs de M. le duc de Hamilton proviennent du haras de Victot, ont été élevés par M. Paul Aumont et achetés par M. le duc de Hamilton. Capitaliste^ Gouvernail et Monseigneur sont tous trois de cette provenance. En raison de Pabstention de toutes les écuries françaises à Bade en 1871, M. le duc de Hamilton s'est pour ainsi dire trouvé sans concurrents et a gagné les principaux prix de la réunion. L'établissement d'entraînement de M. le duc de Hamilton est à Chantilly, sous la direction de W. Planner. Il s'est augmenté, cette année, de tous les produits du haraa de M. Desvignes, à la Morellière , près la Flèche ; ils sont devenus la propriété de M. le duc de Hamilton à la suite d'un marché passé pour plusieurs années.

HANDICAP. Un handicap est une course dans laquelle le poids, au lieu d'être uniforme et réglementaire pour tous les concurrents , se trouve inégalement réparti dans une proportion correspondante, ou présumée équivalente à la différence de qualité existant entre les concurrents.

On a beaucoup discuté le principe des handicaps , et il a été l'objet d'attaques violentes et le plus souvent inconscientes du but et du résultat réel des handicaps. On reproche à ce genre spécial de courses, de favoriser un cheval sinon mauvais, au moins médiocre, aux dépens d'un bon, le mérite de celui-ci se trouvant paralysé par l'inégalité de leurs poids respectifs. Absolument parlant, cela est vrai, mais resterait à savoir si cette épreuve, dont le vainqueur ne sort jamais qu'en donnant une juste appréciation de la valeur de sa performance (Voy. ce mot), toujours subordonnée au poids plus ou moins élevé qui lui est échu, n'est pas un des plus puissants auxiliaires de la prospérité des courses et du développement de l'élevage de pur-sang.

Si les courses se bornaient à donner un encouragement réel

à deux OU trois chevaux d'élite formant généralement, la pretïiière classe de la production de chaque année, il est incontestable , pour tous les hommes pratiques, qu'elles ne tarderaient pas à se restreirdre dans un cercle très-limité. Une fois le mérite respectif des différents che^aux de chaque saison connu, il n'y aurait plus de courses possibles. Tous ceux dont Timpuissance se trouverait démontrée par deux ou trois essais infructueux, seraient retirés d'entraînement, l'élevage s'amoindrirait progressivement, le nombre des produits de pursang diminuerait graduellement et ne tarderait pas à se réduire à une proportion numérique telle, que son influence sur la production générale deviendrait bientôt insignifiante. Un des éléments les plus puissants de l'impulsion et de la prospérité des courses réside dans la quasi-certitude pour un propriétaire de gagner au moins ses frais, chaque fois qu'il possède un produit, môme d'un mérite secondaire. Si cette faculté se trouvait supprimée , beaucoup se décourageraient et abandonneraient une industrie où les chances de succès deviendraient aussi aléatoires.

On objecte en vain que, si les meilleurs chevaux trouvaient, seuls, une rémunération dans les courses, les éleveurs s'attacheraient davantage au choix de leurs juments poulinières et des étalons qu'ils emploient. Cela serait vrai, si la production chevaline pouvait être assimilée à la fabrication du drap ou de toute autre matière inanimée, pour laquelle, avec des soins particuliers dans l'emploi de la matière première, et des procédés de fabrication irréprochables , on est à peu près sûr du résultat. 11 n'en est malheureusement pas ainsi , quelque soin que Ton apporte à l'élevage du cheval , en n'employant que d'excellentes juments, ne s'adressant qu'à des reproducteurs de premier ordre, élevant les produits dans les meilleures conditions possibles, on ne touche encore lo plus souvent qu' approximativement le but. Un cheval de premier ordre est toujours une exception dans la production. Le hasard ou, si l'on aime mieux, les secretsdela nature, exercent, sous ce rapport, une influence que la science et l'expérience de l'homme ne sauraient jamais dominer. La meilleure preuve que Ton puisse donner de l'incertitude et des chances aléatoires de l'élevage le

plus intelligemment dirigé , se trouve dans l'inégalité de mérite des mômes produits issus du môme père et de la môme mère, élevés sur le môme sol, par les mômes personnes et de la môme manière. Il est très -rare de voir un cheval célèbre rencontrer son égal parmi ses frères ou ses sœurs. Si la descendance* de certainesjuments présente parfois une homogénéité remarquable dans son ensemble, il existe toujours, entre les individus eux-mômes, des différences saillantes.

Il était indispensable , afin de créer et développer une race de pur -sang dans des proportions suffisantes et d'une manière appréciable, dans l'ensemble de la production générale , de lui donner, par la multiplicité et l'extension des courses , les moyens de s*alimenter et de se suffire à elle-même. Si Télevage ne pouvait trouver de rémunération que dans la production hasardeuse du meilleur, ou de Pun des meilleurs chevaux de Tannée, ce serait une industrie désastreuse à laquelle quelques personnes, placées dans des conditions exceptionnelles, pourraient seules se livrer.

Il fallait trouver le moyen d'ouvrir l'accès des courses au plus grand nombre de produits possible. L'exclusion , dans certains prix, de ceux dont la supériorité constituait un épouventail, devenait donc une absolue nécessité. Tout en leur abandonnant la part la plus large des encouragements affectés aux courses, on devait laisser aux autres au moins les moyens d'indemniser leurs propriétaires des frais énormes, résultant de l'élevage et de l'entraînement. Les surcharges imposées aux vainqueurs de certaines courses étaient une première • ressource pour remédier aux inconvénients, venant de la suprématie écrasante de deux ou trois produits supérieurs. Mais cette mesure ne tarda pas à devenir insuffisante , en face de l'extension de plus en plus grande prise, par les courses en Angleterre d'abord, et, plus tard, en France.

C'est à ce moment qu'à dû venir l'idée et la pratique du handicap. On avait remarqué qu'une différence de poids, plus ou moins grande, suffisait pour intervertir un résultat entre deux chevaux, c'est-à-dire que celui qui battait facilement l'autre, en portant le môme poids, éprouvait quelques difficultés à triompher de son adversaire, s'il portait un cavalier plus lourd.

On observa qae Pînégalité existant entre deux chevaux, s'augmentait à mesure que Pon rendait plus sensible une différeiice de poids entre eux, en chargeant progressivement le meilleur, qu'enfin arrivé à un certain point, la supériorité de celui-ci s'effaçait complètement et qu'il était battu aisément par un concurrent, dont il eût triomphé^ans efforts à poids égal.

Il devint donc constant, qu'il était mathématiquement possible d'équilibrer, et de rendre pour ainsi dire égal, le mérite de différents chevaux, dont cependant la qualité était intrinsèque • ment très-différente. Cette démonstration renferme tout le mécanisme du handicap; c'est-à-dire, étant donné un nombre quelconque de chevaux d'âge, de mérite différents et disparates, répartir les poids qu'ils doivent porter dans une course de telle ^ sorte que leur chance se trouve absolument égale, et qu'ainsi celui qui devrait incontestablement battre tous les autres au même poids, ne soit pas plus certain de gagner que le moins bon de tous.

Telle serait, du moins théoriquement parlant, la perfection du but poursuivi par le handicap. Un résultat aussi complet est évidemment impossible à obtenir dans la pratique. Soit, ce qui arrive forcément , que l'appréciation du handicapeur (voyez ce mot) ait plus ou moins manqué de justesse dans cette répartition proportionnelle ; soit qu'un ou plusieurs des concurrents ne se trouvent pas en bon état, ou ne soient pas heureusement partagés, au départ et pendant la course même. On ne peut agir sur la nature vivante comme sur une matière inanimée que Ton pondère, taille et rogne à sa convenance. Il faut d'ailleurs bien dans un handicap, comme dans toute autre course, que l'un des concurrents arrive le premier. Au reste si Tidéalité de l'abstraction qui préside à la conception d'un handicap, pouvait se réaliser , aucun des chevaui handicapés ne pourrait ni perdre ni gagner, puisqu'ils devraient être si parfaitement équilibrés par la répartition raisonnée des poids, qu'ils se trouveraient tous égaux, c'est-à-dire incapables d'avoir un avantage comme un désavantage, les uns vis-à-vis des autres.

Les handicaps occupent donc une place importante dans l'ensemble de la saison des courses» Une fois les réunions du Prin* temps à Paris et à Chantilly terminées, les chevaux sont

€6 que Ton est convenu d'appeler classés, c'est-à-dire leur valeur respective, les différences existant entre eux, suffisamment définies, pour établir des classifications distinctes, et se rendre compte des inégalités de poids qui pourraient rétablir une sorte d'équilibre entre la plupart d'entre eux. C'est à ce moment, que les handicaps deviennent en quelque sorte l'élément constitutif des réunions de province. Les grands prix d'Automne étant nécessairement réservés aux meilleurs chevaux, il y aurait deux ou trois courses seulement pendant cette saison, si la ressource des handicaps venait à faire défaut.

Telle est est l'organisation des courses dites handicaps, considérée dans son but utilitaire et réel. Il se crée toujours un abus à côté d'une chose bonne en elle-même. Les handicaps pas plus que beaucoup d'autres fondations ne pouvaient échapper à cette régie générale. 11 arrive donc, assez fréquemment, qu'un propriétaire se trouve posséder un cheval d'une qualité moyenne, ne pouvant avoir aucune prétention à figurer au non bre des concurrents de première classe, mais devant régulièrement se trouver honorablement placé dans les produits de seconde catégorie de son année. Dans ce cas, certaines écuries cherchent à tirer le meilleur parti possible d'un semblable animal. Il s'agit alors de le faire passer pour être d'une qualité inférieure à celle qu'il possède réellement, afin de le déconsidérer, d'inspirer au public et au handicapeur la conviction qu'il ne vaut absolument rien. Si on réussit, le handicapeur, après avoir vu le même <;heval consécutivement battu dans un nombre de courses illimité, finit par lui mettre dans un handicap important, un poids beaucoup trop léger, relativement à son mérite réel demeuré inconnu. Le public, d'un autre côté, habitué â voir ce même cheval perpétuellement battu, arrive à se persuader qu'il est incapable de gagner une course quelconque, et parie contre lui à une très-grosse cote.

Il suffit, pour obtenir ce résulat, d'avoir la patience de faire courir le cheval à chacune des premières journées du printemps, dans une condition incomplète, de façon qu'il isoit battu par des concurrents d'une médiocrité avérée. Si le handicapeur ne se laisse pas encore convaincre à la suite de

cette première tentative, et donne au cheval un poids moyen dans les premiers handicaps où il est engagé, on le fait partir et perdre, jusqu'à ce que Ton trouve Toccasion belle, pour réaliser ce qu'en argot de courses on nomme faire un coup. Ces abus sont impossibles à éviter, tout au moins absolument. C'est au handicapeur à se mettre en garde contre de semblables manœuvres; il ne le peut, il est vrai, qu'imparfaitement, et dans une certaine limite. Ce n'est pas cependant une raison pour jeter un blâme sur l'existence même des handicaps, qui constituent un des éléments les plus vivifiants des courses. En dehors de ces considérations, le handicap peut devenir et devient assez souvent une mesure exacte. Si le handicapeur met sur un cheval un de ces poids auxquels on donne le nom de top-weight (voyez ce mot) autrement dit poids pour arrêter un cheval, et le mettre dans l'impossibilité absolue de gagner, et que ce cheval accepte le poids et gagne, malgré ce désavantage, sa supériorité se trouve démontrée souvent mieux que s'il avait couru à poids égal avec des concurrents de sa classe.

Les engagements pour les handicaps se font comme tous ceux des autres courses, par lettres cachetées, adressées au secrétaire de la Société, où la course doit avoir lieu. La répartition des poids, faite parle handicapeur, est publiée dans un délai fixé au programme. Les concurrents auxquels est échu un poids, avec lequel il ne leur convient pas de courir, n'acceptent pas et font déclaration de leur forfait dans un délai déterminée au programme. Les autres sont censés accepter l'arrêt du handicapeur, et restent engagés, ce qui ne leur enlève en aucune sorte le droit de payer le forfait fixé plus tard, si cela leur convient: ils conservent d'ailleurs toujours, comme dans les autres courses, le droit de rester inscrits au programme jusqu'au dernier moment et néanmoins de ne pas courir.

Les principaux handicaps sont: au printemps à Paris: le Prix de Rieussec: 10,000 francs pour chevaux de 4 ans et au -dessus. Entrée 200 francs, forfait 100 francs et 50 francs seulement s'il est déclaré. Les entrées au second jusqu'à concurrence de 1,000 francs. Distance (è,000 mètres.

Comme le Prix de Rieussec est la première course de cette nature qui ait lieu chaque saison, il est exclusivement réservé

aox chevaux de quatre ans, dont la qualité respective s'est suffisamment démontrée la saison précédente,^ et confirmée aux débuts de leur année de quatre ans, pour que le handicapeur puisse avoir une donnée suffisante et faire entre eux une juste répartition des poids avec connaissance de cause.

Handicap, (sans autre dénomination) 10000 francs pour chevaux de k ans et au-dessus. Entrée 200 francs, forfait 100 francs et 50 francs seulement s'il est déclaré. Les entrées au second jusqu'à concurrence de 500 francs. Distance 4,000 mètres.

Par les mêmes raisous, les conditions sa trouvent les mêmes.

Prix de Viroflay (gentlemen-riders ) : 4,000 francs pour chevaux de 3 ans et au-dessus. Entrée 175 francs et 150 francs seulement si le nom du cavalier est déclaré, forfait lÔO francs et 50 francs s'il a été déclaré, les entrées au second jusqu'à concurrence de 500 francs. Distance 2,400 mètres environ.

La condition de gentlemen-riders fait du handicap de Viroflay une course exceptionnelle. L'échelle de poids doit nécessairement être beaucoup plus élevée, les gentlemen-riders ne pouvant monter à des poids aussi légers que les jockeys.

Prix du Lac: 8,000 francs pour chevaux de 3 ans et au-dessus ayant couru avant la pubhcation des poids. Entrée 200 francs, forfait 100 francs et 25 francs seulement s'il est déclaré. Les entrées au second jusqu'à concurrence de 1,000 francs. Distance 2,400 mètres environ. Un gagnant après la publication des poids portera 3 kilos et demi de plus.

Le handicap du Lac a lieu aux derniers jours de la réunion du Printemps à Paris. C'est le premier de Tannée où les chevaux de 3 ans soient admis. Gomme ils ont couru aux premières journées, on a déjà pu se faire une certaine idée de leur mérite. Par mesure de précaution une surcharge de 3 kilos et demi est imposé à tout concurrent, qui aurait gagné une course quelconque après la publication des poids. C'est un correctif pour ceux des concurrents qui auraient été réservés ou dissimulés en vue de cette course.

La réunion du printemps à Chantilly, donne lieu également à quatre handicaps importants, fondés sur le même principe que les courses de même nature à Paris.

Le prix des écuries ; 6000 fr. pour chevaux de trois ans et

au-dessus, entrée 100 fr.; forfait 75 fr. et 50 fr. seulement s*il est déchré. Les entrées au second jusqu'à concurrence de 500 fr. Un gagnant après la publication des poids, portera 3 kilogrammes 1/^. de plus. Distance 2400 mètres environ.

Le prix de la Pelouse ; 3000 fr. pour chevaux de 3 ans et audessus. Entrée 50 fr.; forfait 25 fr. s'il a été déclaré. Un gagnant, après la publication des poids, portera 3 kilogrammes 1/2 de plus. Distance 3200 mètres environ.

Le prix des Irions (gentlemen-riders) : 3000 fr., pour chevaux de trois ans et au-dessus. Entrée 125 fr. et 100 fr. seulement si le nom du cavalier ou le forfait à été déclaré. Les entrées au second, jusqu'à concurrence de 400 fr. Un gagnant après la publication delà poids, portera 3 kilogrammes 1/2. Distance 2400 mètres environ.

Enfin le prix de l'Empereur 2,000 fr., pour chevaux de trois ans et au-dessus. Entrée 50 fr., forfait 25 fr., s'il est déclaré. Distance 2 100 mètres environ.

Il est à remarquer que rimportance de ces handicaps, va décroissant constamment, au fur et à mesure que l'on avance dans le cours de la saison, c'est-à-dire, dans la connaissance du mérite réel des chevaux de trois ans, et par conséquent de la chance que laissent à un bon cheval, pour la reparti- ' tion des poids, les doutes subsistants sur les limites de sa qualité.

Le programme de la réunion d'été à Paris, contient trois handicaps seulement, le prix d'Ibos 6000 fr., le prix deMeudon, de la môme valeur, et le prix de la ville de Paris, également de 6000 fr.

Les handicaps, au printemps à Paris et à Chantilly, n'entrent donc pas comparativement, pour une très-notable proportion dans la répartition du budget des courses. Ils suivent d'ailleurs une sorte de gradation régulière, et présentent une mesure pleine d'intérêt, relativement surtout au parallèle qu'ils établissent entre les poulains de trois ans et les chevaux de quatre.

C'est à partir de ce moment, et dans les réunions importantes de province , que les handicaps commencent à prendre une position prépondérante ; ils forment môme l'élément

principal des programmes les plus habilement combinés. Les principaux sont :

Le prix de Fontainebleau 5000 fr., pour tous chevaux de trois ans et au-dessus. Entrée 200 fr., forfait 100 fr., s'il a été déclaré trois jours avant la course, et 25 fr. seulement s'il a été déclaré au moment de la publication des poids. Les entrées au second, jusqu'à concurrence de 500 fr. Un gagnant après la publication des poids, un gagnant des prix de Jockey-Club, du Orand prix de Paris, ou du Derby d'Epsom, portera 10 kilogrammes de plus, le gagnant d'une somme de 15.000 fr. en un ou plusieurs prix, 7 kilogrammes 1[2 de plus, de 12000 fr., 6 kilogrammes, de 10000 fr. 5 kilogrammes, de 8000 fr., k kilogrammes, de 6000 fr., 4 kilogrammes, de 4000 fr. , 2 kilogrammes, de 2000 fr., 1 kilogramme, distance 3500 mètres.

On voit déjà apparaître ici le véritable esprit du handicap, c'est-à-dire l'exclusion des gagnants précédents, afin de laisser aux propriétaires moins heureux, la chance de compenser les frais qui leur sont imposés.

Chaque réunion de province d'une certaine importance a un handicap , dont la valeur varie suivant ses ressources, et le nombre des engagements. Les principaux sont les handicaps, de Caen et de Deauville, qui forment, après Fontainebleau, les événements lès plus saillants de la saison intermédiaire. Celui de Caen est de 12 000 fr. donnés par la ville ; en y ajoutant le chiffre des entrées et des forfaits , il s'élève en moyenne , entre 20 000 et 25 000 fr., le second reçoit 1200 fr., et le troisième 500 fr. *

Le handicap de Deauville est d'une moindre importance: 6000 fr.; avec les entrées et les forfaits, il dépasse rarement le chi&re de 12 000 à 15000 fr.

C'est pendant la saison d'automne surtout que le handicap devient une précieuse ressource, sans laquelle il serait difficile d'arriver à composer un programme, surtout pendant plusieurs journées consécutives. L'Omnium est le spécimen le plus complet des courses de cette nature, pendant la dernière période de la saison. Le prix est de 6000 fr. seulement pour chevaux de trois ans et au-dessus. Entrée 300 fr., forfait 200 fr. et

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100 fr. seulement s'il est déclaré le mercredi précédant la course. Les entrées au second jusqu'à concurrence de 1000 fr. Un gagnant d'un prix de 2000 fr., après la publication des poids, portera 1 kilogramme li2 de plus; de plusieurs de ces prix 3 kilogrammes, d'un prix de 8000 fr., 4 kilogrammes, de plusieurs de ces prix 5 kilogrammes. Distance 2400 mètres. Le système des surcharges a dû être modifié ici, en raison de Tépoque de l'année. Gomme les chevaux connus ont été handicapés à un moment où leur mérite s'était suffisamment révélé , il reste seulement quelques précautions à prçndre contre ceux qui, pendant le cours de la saison, ont pu gagner une somme de quelque importance, répartie en plusieurs prix isolément insignifiants. L'Omnium est une des courses de l'année qui excite le plus d'intérêt et donne lieu à des paris considérables, engagés longtemps à l'avance. La valeur de l'Omnium varie suivant le le nombre des engagements et des forfaits entre 20 000 et 25000fr.

HANDICAPEUR. Le handicapeur est la personne chargée, par le Comité d'une société, de faire le handicap, c'est-à-dire de fixer entre les chevaux engagés la répartition des poids comme elle le juge convenable. Ces difficiles fonctions exigent de la part de celui qui les remplit, une connaissance approfondie de la matière. Il doit suivît attentivement toutes les courses, se rendre un compte exact des différences existant entre les concurents, de l'inégalité des poids nécessaire, pour établir une juste pondération entre eux. Ce n'est pas une appréciatiom facile de pouvoir évaluer combien de livres il faudrait mettre en plus sur le vainqueur d'une course, pour rendre problématique son succès avec les mêmes chevaux. Là ne se borne pas le mérite du handicapeur, il ne lui suffit pas d'égaliser, par la pensée, les chevaux qij'il vient de voir courir , et qu'il peut d'un jour à l'autre être chargé d'handicaper. Il lui faut encore établir une sorte de calcul proportionnel entre eux, et ceux qu'il connaît déjà. C'est une besogne d*autant plus difficile, qu'il se trouve forcément limité par une échelle de poids déterminée : il faut, partant d'un certain poids qu'il peut difficilement dépasser sans mettre ostensiblement un cheval hors de la course.

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arriver progressivement par une pente insensible au poids le plus léger. Tous les chevaux engagés, doivent se trouver enfermés dans ce cadre étroit, et conserver chacun une chince appréciable.

Aussi le handicapeur est-il toujours l'objet de blâmes, de colères et de rancunes, parfois en partie justifiés, car il est impossible de s'acquitter sans erreurs ni oublis d'une aussi épineuse besogne. Mais le plus souvent Tintérêt personnel est le point de départ de ce déluge de récriminations. Chaque propriétaire, ayant nécessairement le désir de gagner, trouve son cheval trop chargé, et celui Mu voisin pas assez. En dépit de toutes ces réclamations contre l'ignorance ou la partialité du handicapeur, le plus grand nombre des chevaux engagés acceptent généralement. Il n'est même pas rare de voir gagner un de ceux dont le propriétaire se récriait le plus violemment, avant la course, contre l'injustice dont il était victime.

Le handicapeur n'a pas seulement à se mettre en garde contre sa propre impression, il ne lui suffit pas d'être aux prises avec les difficultés d'une appréciation consciencieuse, basée sur des faits accomplis : il lui faut, encore, se tenir en défiance contre les subterfuges de toute nature, employés pour égarer sa bonne foi et ébranler sa conviction. Sans parler ici des chevaux arrêtés une ou plusieurs fois, en vue d'un handicap, beaucoup, se voyant dans l'impossibilité de gagner, n'arrivent pas bien exactement à la place qu'ils devraient occuper. Dès qu'ils se sentent battus, ils s'arrêtent, se perdent au milieu des derniers chevaux, et échappent ainsi à toute investigation appréciable. Le handicapeur doit, au moins les premières fois, tenir compte de toutes ces incertitudes et laisser les chevaux douteux dans une sorte de moyenne d'expectative, jusqu'à ce qu'il soit plus positivement éclairé. Néanmoins, quelle que soit l'habitude et l'expérience d'un handicapeur, il est absolument iijapossible, qu'au milieu de ce conflit d'intérêts contraires, de stratagèmes, un ou plusieurs concurrents ne parviennent pas à lui échapper, et à se faire donner un poids plus léger, que celui qu'ils devraient réellement porter. On' dit en ce cas qu'ils sont lâchés par le handicapeur, mais on ne s'en aperçoit le plus souvent qu'après l'événement.

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On peut aisément se rendre compte des difficultés épineuses, des ennuis et de l'étude constante nécessités par les fontions de handicapeur; aussi sont-elles généralement peu recherchées. Un bon handicapeur est, de toutes les autorités du turf, celle dont le choix et les fonctions comportent le plus de difficultés. Quelques personnes, cependant, grâce à une sorte d'intuition native, développée par Texpérience, arrivent, sous ce rapport, au plus haut degré de perfection possible. Un entraîneur formulait ainsi son opinion sur Tune des plus grandes et des plus justes réputations établies dans celte spécialité, « c'est rhomme le plus extraordinaire que je connaisse, disait-il, il peut handicaper cent chevaux, et si celui qu'il veut faire gagner ne gagne pas, c'est que l'animal n'est pas en bon état. » Il y a ici une erreur dans cette admiration, peut-être quelque peu enthousiaste : un handicapeur ne doit jamais vouloir faire gagner un cheval plutôt qu'un autre, il doit chercher à les faire tous gagner, ou plutôt à les empêcher tous de gagner, ce qui revient absolument au môme, car, une fois cette situation établie, il faut toujours bien qu'il y en ait un qui arrive premier.

Le triomphe d'un handicapeur, le nec plus ultra du succès de son travail, est qu'un handicap donne lieu à un dead-heat (Voy. ce mot), c'est-à-dire que deux ou plusieurs chevaux arrivent au but tellement près l'un de l'autre, qu'il soit impossible au juge de leur assigner une place. On s'exagère peut-être un peu l'importance de cette réussite, elle prouve tout au plus que les deux chevaux qui ont fait dead-heat ont été mathématiquement équilibrés par le handicapeur ; mais il n'en résulte nullement que l'appréciation soit aussi exacte vis-à-vii^ des autres concurrents arrivés derrière eux. Le fait d'un dead-heat peut, d'ailleurs, se produire en dehors de toute condition de poids; la seconde épreuve seule, en ce cas, démontre si le premier résultat doit être attribué au hasard , ou provient d'un parfait équilibre dans le mérite des deux adversaires. La preuve d'un handicap bien réussi, ressort beaucoup mieux d'un lotnombreux de chevaux restant ensemble pendant presque toute la durée de la course, et arrivant au but en peloton serré, la plupart conservant une chance de gagner jusqu'au dernier mo-

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ment, et le vainqueur ne dépassant le but, qu'après une lutte sévère avec plusieurs de ses concurrents.

Les opinions sont très-partagées relativement aux deux systèmes contraires suivis en France et en Angleterre, relativement aux handicapeurs, juges et starters (Voy. chacun de ces mots). En France, ces diverses fonctions sont entièrement gratuites et remplies par des personnes faisant partie des Comités des différentes Sociétés de courses. En Angleterre , au contraire, elles constituent une sorte de métier, et sont rétribuées d'une manière assez large. Le principal argument invoqué en faveur de la méthode anglaise consiste dans la présomption, qu'un homme remplissant une fonction salariée est censé posséder les aptitudes et la capacité nécessaires à cet emploi. Il y a évidemment beaucoup de présomption pour qu'il en soit ainsi ; la personne rétribuée est d'ailleurs toujours révocable, au cas où elle ne s'acquitterait pas de sa besogne à la satisfaction de tous.

Mais l'organisation des courses dans les deux pays est fort différente. En France, les prix, en grande partie, proviennent des cotisations des sociétés qui fondent un hippodrome dans une localité ; elles sont, il est vrai, secondées d'ordinaire par TAdministration des Haras et la Société d'encouragement. Les sociétés conservent néanmoins leur initiative propre, et leur organisation particulière. Il faudrait, si la méthode anglaise était adoptée, presque un handicapeur par société. On ne saurait, d'ailleurs, imposer cette manière de faire aux sociétés qui préféreraient conserver l'administration entière de leur œuvre. Il y aurait donc une double difficulté, Tune pratique et l'autre morale, à établir en France le système des handicapeurs salariés. On ne tarderait d'ailleurs pas à trouver, à tort ou à raison, des inconvénients plus grands peut-être encore. Quel que soit le handicapeur, salarié ou noTi, habile ou inexpérimenté, il ne réussira jamais à contenter tous les propriétaires des chevaux engagés. Leurs réclamations, au lieu de porter, comme aujourd'hui, sur son plus ou moins d'aptitude à ces fonctions, se traduira trèsprobablement par des accusations de corruption, toujours trèsfaciles à émettre. Un semblable état de choses présenterait de beaucoup plus graves inconvénients : les Commissaires de nos

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courses, les moins familiarisés avec ces fonctions, ont même une autorité morale et un caractère d'honorabilité qui remédie à bien des choses. Il serait absolument impossible d'investir d'un semblable prestige un handicapeur salarié. Chaque réunion de province voudrait avoir le sien, et au lieu de constituer une sorte de spécialité légale et autorisée, on tomberait plus que jamais dans le domaine de la fantaisie et du caprice.

L'homogénéité des courses en Angleterre, les bases inattaquées sur lesquelles elles reposent, permettent d'adopter pour toutes les réunions une organisation uniforme. Les intérêts divers et considérables, qui sont en jeu, laissent toute facilité pour subvenir à des dépenses qu'il serait impossible de régulariser en France. Si Pon veut adopter le système des juges, haodicapeurs et starters payés, il faut que ces industries soient rétribuées de manière à constituer une position aux personnes qui les exerceront. Gela ne serait que juste, puisqu'on leur demande d'apporter leurs soins et leurs capacités à une spécialité unique. Il faudrait, pour mettre cette organisation en vigueur, le concours unanime de toutes les sociétés de France; la réalisation d'une semnlable théorie est à peu près impossible. Si l'on substituait aux handicapeurs actuels des personnes dont . l'unique brevet de capacité serait d'être salariées , on ne trouverait pas une meilleure garantie quant à leur compétence, et en France surtout, oh. les habitudes ne sont pas les mêmes qu'en Angleterre, leur autorité morale serait considérablement affaiblie.

En principe, la question de salaire n'est ici d'aucune importance. Il n'y a, effectivement, aucune raison pour qu'une personne quelconque ait plus d'aptitude à remplir ces fonctions parce qu'elle le fait gratuitement ou non. Nous en avons la preuve dans toutes les réunions de Paris, où M. le baron de La Rochette, un des fondateurs des courses en France, un de ceux dont l'expérience et la science technique ont le plus contribué à leur développement et à leur prospérité , s'est imposé à la fois les deux Uches, déjà si difficilesà remplir isolément, de starter et de handicapeur. Nulle part on ne saurait mieux s'en acquitter. Il est donc préférable de laisser les choses comme elles sont, on ne peut remédier à tous les inconvé-

nients, la perfection n'est possible ni dans les courses ni ailleurs.

HARAS. Le mot haras, comme beaucoup d'autres employés dans le langage spécial du sport, comprend deux significations absolument distinctes. Employé sous la dénomination générique de : les Haras, il exprime Fensemble de PAdministration des Haras telle qu'elle est conitituée. (Pour tous les cas où il peut être appliqué dans ce sens, voy. Administration.) Pris dans son acception propre, haras veut uniquement dire localité présentant une disposition favorable pour l'élevage des chevaux, et appropriée, par l'homme, à cette destination.

Les haras, chez presque tous les peuples, à l'exception peutêtre des Arabes, existaient dès l'origine à l'état sauvage, c'està-dire les chevaux réunis en troupeaux, comme les bœufs et les moutons, paissant en liberté, et se reproduisantau hasard. Cette méthode primitive existe, encore aujourd'hui, dans quelques contrées, comme le Mexique, la Hongrie et certaines parties de la Russie, où l'état peu avancé de la culture et les habitudes un peu nomades des habitants laissent subsister de vastes espaces de prairies incultes et sans emploi. Cet état de choses a dû nécessairement se restreindre progressivement avec le perfectionnement de la culture, et surtout, le fractionnement de la propriété. En dehors de toute autre considération, la première condition de l'élevage à l'état de nature consiste dans l'abandon d'espaces aussi vastes que possible, où les animaux puissent trouver une nourriture suffisante et se déplacer quand ils ont épuisé une zone ; autrement, ils mourraient de faim, ce gui ne peut, en tout état de cause, être admis comme manière de les élever, même par les partisans les plus outrés de l'éducation dure et sauvage.

Les haras ont donc promptement été civilisés, ou mieux, domestiqués, dans les sociétés modernes, c'est-à-dire celles du moyen âge, leurs dimensions, les soins artificiels donnés aux animaux se multipliant au fur et à mesure que l'espace, qui leur était destiné, se rétrécissait, envahi par la culture et le produit de la terre. C'est surtout à partir de la première révolution, et du partage égal des biens entre tous les enfants d'un même

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père, que Télevage du cheval a dû devenir, chez nous, presque absolument artificiel ; c'est une conséquence de notre organisation sociale, il n'y a pas à la discuter.

Les partisans des haras sauvages ou de Pabandon aux différentes races d'animaux, du soin de se reproduire à leur gré, de naître, de vivre et de grandir comme des plantes, s'appuient sur le raisonnement le plus faux et le plus spécieux. Le haras sauvage eH une utopie née des idées fantaisistes de Jean-Jacques Rousseau,, tendant à prouver que tout est sorti pur et parfait des mains de la nature, et que Thomme seul a tout . gâté.

On a môme été jusqu'à prendre les souris pour exemple, et dire qu'elles n'avaient jamais dégénéré depuis l'origine du monde, et n'avaient cependant pas été soumises aux prétendues modes d'amélioration provenant du fait de l'homme. Par conséquent, en induisait l'ingénieux argumentateur, en élevant les chevaux comme les souris, on est certain de les avoir bons. Nous citons cette théorie dérisoire uniquement pour faire ressortir à quelles puérilités peuvent descendre môme des esprits d'élite, quand ils veulent s'occuper de matières pratiques absolument étrangères à leurs études.

Les souris, ou tout autre animal, naissent et vivent dans le milieu où leur existence peut s'alimenter : ils ne sont pas enlevés à leur indépendance, pour subir les exigences d'un travail souvent excessif; leur perfectionnement ou leur détérioration n'existe donc à vrai dire p^s, puisqu'il ne sont appelés à remplir que la destination, en vue de laquelle la nature les a créés. La domestication et l'élevage artificiel des animaux indispensables à nos besoins est une népessité de notre vie et de l'organisation actuelle. Il est donc indispensable de la régulariser; en ce qui concerne le cheval, le haras domestique est le seul mode praticable et possible.

Ces haras sauvages tant regrettés n'existent au reste que trop encore; le cheval, dans certaines contrées en France, est toujours abandonné à lui-môme, si ce n'est pour le hasard de sa naissance, au moins pour son élevage et sa domestication, jusqu'au moment oîi il entre en service. Seulement, ce mode d'élevage pratiqué, sur une étendue de terrain beaucoup trop

restreinte, sur un sol dont Tinflaence est contraire au dévelop- , pement de Tanimal, est exécrable en lui-môme, et ne produit que des animaux tout à fait inférieurs.

Dans les pays pauvres, où, en raison de Tiasuffisance de ]a population, du climat, de l'absence de culture, il existe de vastes terrains vagues sans emploi, on fait naître encore des troupeaux de chevaux qu'on laisse errer à l'aventure, les prenant quand on en a besoin , les rendant à la liberté dès que leur travail est accompli. Ce sont les animaux les plus informes que l'on puisse trouver, maigres, chéiifs, incapables d'aucun service.

La fondation d'un haras s'appuie sur deux conditions principales et essentielles : 1° la race ; 2« l'influence climatérique qui est peut-être la plus importante, en ce qui concerne, du moins, l'élevage ordinaire, c'est-à-dire celui oti le cheval reste pour aiùsi dire inactif, jusqu'à l'âge de quatre et cinq ans, sur le sol où il est né. Se nourrissant en grande partie des produits de ce sol' sur lequel il vit, il s'imprègne de son essence môme, et en devient en .quelque sorte partie intégrante. Il est à remarquer que tous les animaux nés et élevés sur le môme sol, jusque y compris l'homme, ont entre eux des caractères généraux communs ; il est donc aisé, une fois ce point acquis, de connaître l'influence d'un pays d'élevage, de la combattre ou de la seconder par des croisements différents.

Le principe est autre en ce qui concerne le haras, où l'on se livre uniquement à l'élevage du cheval de pur-sang. La tonalité de sa race, les soins spéciaux dont il est l'objet, la nourriture qu'il reçoit, son court séjour sur le sol natal, puisqu'il en sort à quinze mois, pour être soumis à un régime commun à tous les animaux de son espèce^ le font en grande partie échapper à l'action môme du sol. Ces conditions exceptionnelles contribuent à lui donner une physionomie uniforme, particulière à tous les chevaux de pur-sang, qu'il est impossible de méconnaître et les distingue de toutes les autres espèces. On peut apprécier ici tous les avantages du haras domestique ou civilisé, conmie on voudra. Le jeune animal, mis de bonne heure et constamment en rapport avec l'homme, perd cette susceptibilité et ce caractère sauvage, dont la violence rend parfois les chevaux

élevés d'une autre manièTe, intraitables sous quelques rapports pendant le reste de leur existence. Le poulain devient commode à dresser et conserve toujours les traces de cette sociabilité. La nourriture substantielle hâte son développement; à trois ans il se trouve plus formé, en état de rendre de meilleurs services que n'importe quel cheval de demi-sang resté inculte jusqu'à l'âge de cinq ans.

Cette précocité ne s'opère pas au préjudice de la durée de ranimai, car les exemples de longévité sont fréquents chez les chevaux de pur-sang ; il^ restent aptes à être employés presque jusqu'au jour de leur mort. Les haras, consacrés à l'élevage des poulains de pur-sang, peuvent donc être considérés comme le modèle des établissements de ce genre, sHl était possible d'appliquer la même manière de faire à tous les centres d'élevage,quelle que soit leur tlestination spéciale. Mais un semblable élevage deviendrait trop coûteux. Comme un haras, aujourd'hui, rentre dans la catégorie de toutes les industries agricoles, le prix de revient doit nécessairement être inférieur à celui de vente, sinon le haras, ou la prairie qui sert de patrie au plus grand nombre de chevaux, se voit bientôt converti en terres labourables. C'est, au reste, ce qui arrive aujourd'hui partout oh cela est possible. La plus grande cause de Tinférionté de notre production chevaline, comme nombre et comme qualité, réside dans cette difficulté de faire concorder les frais que comportent un élevage bien entendu avec le prix moyen où un cheval peut généralement être vendu. L'élevage n'existe plus guère à l'état d'industrie régulière que dans les pays où il est une nécessité de l'exploitation agricole, et constitue le meilleur moyen d'utiliser une terre sans autre destination.

 de rares exceptions près, les haras exclusivement destinés à la production de pur-sang sont donc, à vrai dire, les seuls qui méritent réellement ce nom. Ils se composent d'ordinaire d'une étendue de prairie plus ou moins grande, divisée en lots inégaux, suivant leur contenance ou les accidents de terrain, et séparés entre eux par des barrières assez hautes pour que les animaux que l'on y renferme ne puissent les franchir. Ces sortes de compartiments se nomment paddocks. Généralement, on construit sur chacun d'eux une écurie-abri, plus ou moins com-

plète, suivant que Ton a Thabitude de rentrer chaque soir les poulains dans une écurie spéciale *et de les relâcher le lendemain. Ce dernier mode n'est, d^ailleurs, praticable que dans les établissements d^une importance assez restreinte. Il comporterait trop de soins, et nécessiterait un nombre trop considérable d'employés. Le plus souvent donc, Pécurie où les poulains sont enfermés la nuit, est adjacente à la prairie où ils vivent en liberté pendant le jour.

Jusqu'à rage de cinq ou six mois, c'est-à-dire pendant tout le temps où le poulain reste sous la mère, il est préférable à tous les points de vue, d'affecter une écurie spéciale à chaque poulinière suitée, c'est-à-dire suivie de son poulain et le nourrissant; on évite ainsi des accidents presque-certains, les juments poulinières, môme les plus douces, devenant d*ordinaire plus ou moins méchantes et inquiètes, tant qu'elles ont leur produit avec elles, et se montrant assez mal disposées pour les enfants de leurs compagnes. En suivant la méthode contraire, il est presque impossible d'éviter les co'jps de pieds, les morsures, etc. Gomnri e un poulain de pur-sang est toujours un animal auquel on attache un grand prix, jusqu'au moment où Ton acquiert la conviction qu'il n'est pas en état de gagner une course, on fait bien d'isoler les poulinières et leurs produits pendant toute la période de l'allaitement. Par une sorte de fatalité, les accidents surviennent presque toujours aux meilleurs.

Au moment du sevrage, les poulains sont séparés de leurs mères, et peuvent alors être réunis plusieurs dans une même prairie sans incouvénients. On place d'ordinaire ensemble, dans des enclos séparés et autant que possible éloignés les uns des autres, tous les poulains mâles ensemble, et les pouliches également dans une même prairie, en a^ant soin de proportionner le nombre des animaux aux dimensions de l'enclos. Ce système présente plusieurs avantages et un seul inconvénient. Les jeunes animaux, ainsi réunis en troupeaux, ne se quittent pas, et n'ont aucune tentation de s'échapper de l'endroit où ils sont enfermés. Par gaieté, ou sous l'impression d'un effroi ou d'une excitation quelconque, ils prennent, à diverses reprises, de longs galops autour de leur enclos.

Leur émulation se déyeloppe, et Ton peut déjà, en les observant, se faire une idée approximative de leurs qualités respectives.

Quelques accidents peuvent nécessairement résulter de celte vie commune, mais il est impossible de s'affranchir de toutes les chances aléatoires. Le principal inconvénient réside dans la difficulté de répartir la nourriture entre eux d'une manière à peu près égale. C'est la condifion première de l'élevage de pur-sang, celle sans laquelle sa carrière peut se trouver longtemps entravée. Dans un lot de poulains, il y en a toujours un qui prend le dessus et, comme on dit, devient le maître. Comme les enclos, où sont lâchés plusieurs poulains, ont une vaste écurie-abri, où l'on les rentre ensemble chaque soir, et qu'ils ne sont pas attachés, on met dans la mangeoire commune la nourriture nécessaire à tous; le plus fort ne permet pas aux autres d'approcher avant qu'il ait mangé à sa convenance. Il se trouve toujours qu'un ou deux, les plus faibles, pâtissent, souffrent et se développent tardivement : on dit alors qu'ils sont surmangés. C'est un inconvénient, sinon impossible, au moins difficile à éviter, dans un haras d'une certaine importance. Pour les éleveurs qui possèdent seulement deux ou trois poulains, il est plus aisé de prendre des dispositions pour répartir équitablement la nourriture entre eux.

Le sevrage j assez difôcultueux d'ordinaire, est à peine sensible chez les poulains de pur-sang, parce qu'ils mangent généralement de l'avoine dès qu'ils peuvent la mâcher. Pour les habituer à cette nourriture artificielle, on attache la mère à une des extrémités de la mangeoire, et l'on étend l'avoine de façon à ce qu'elle soit contrainte d'en laisser séjourner une certaine quantité, jusqu'à ce qu'elle soit mise en liberté. Pendant ce temps, le poulain commence par mâchonner, puis ne tarde pas à manger avec avidité. De cette manière, la privation de sa mère se fait à peine sentir, et cette phase de son existence qui donne lieu d'ordinaire à quelques embarras, passe presque inaperçue.

Les poulains de pur-sang restent au haras jusqu'à quinze ou dix-huit mois : on leur donne alors le nom de Yearlings, A cet âge ils quittent la prairie, où les produits d'une autre es-

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