JAMBES
L'interdiction autrefois était limitée au ressort de la jurisprudence du Comité où elle avait été prononcée. Ainsi, un propriétaire, un entraîneur ou un jockey, frappé d'interdiction en France, pouvait exercer son industrie en Angleterre et réciproquement. Une interdiction encourue sur un hippodrome n'était pas obligatoire de plein droit sur le terrain d'une société voisine, l'exéculion en était laissée à l'appréciation des juges. Un semblable état de choses rendait la pénalité en grande partie illusoire, en présence 4u développement et de la conneiité des courses dans tous les pays, et pouvait donner lieu à de graves abus. Par suite d'une convention passée entre les deux Jockey- Clubs français et anglais, les pénalités prononcées dans l'un des deux pays sont signifiées au Jockey-Club de l'autre ; cette déclaration les rend exécutoires partout. Il en est de môme sur tous les hippodromes français où le règlement de la Société d'encouragement est en vigueur, c'est à-dire la presque totalité des sociétés de courses.
Cette mesure est devenue indispensable, en raison surtout du manque d'obéissance des jockeys vis-à-vis des starters. Ces désordres auraient promptement pris d'inquiétantes proportions, si la répression fût restée aussi insuffisante.
JAMBES (Se mettre sur ses). On désigne ainsi le plus ou moins de facilité qu'éprouve un cheval dans la transition qui précède toujours le passage d'une allure modérée à l'extension du train de course dans toute son étendue. Cette transition ne peut nécessairement pas être instantanée , mais elle s'opère chez chaque cheval avec plus ou moins de célérité. Un cheval qui, en raison de sa construction, éprouve une extrême facilité à passer rapidement de la presque immobilité du départ à la plus grande extension de sa vitesse, trouve dans cette faculté un grand avantage pour Ips courses à courtes distance'. S'il se mène,
bien, cette facilité lui est également profitable dans une course quelle qu'elle soit, eu lui permettant de se placer à sa convenance au départ, et de modérer son allure ensuite, quand il se trouve au rang qui lui convient. On dit, en ce cas : Il se met vite sur ses j ambes .
D'autres, au contraire, ont besoin, pour s'étendre dans leur allure, d'un certain espace, et ne se mettent dans leur véritable train qu'en s'allongeant progressivement. Ils ont nécessairement un désavantage au départ, et si leur -qualité réelle ne compense pas cet inconvénient, leur chance est moins bonne. D'autant plus qu'il y a peu de remèdes à cette disposition, résultant le plus souvent de la construction de l'animal. Si Ton veut le presser et précipiter son mouvement, il se brouille, se désunit, et au lieu de remédier au mal, on l'augmente. On dit de cette catégorie de chevaux : Ils sont lents à se mettre sur leurs jambes.
JENNINGS (Henry). Henry Jennings est un des meilleurs entraîneurs que nous possédions, on peut également le considérer comme une des physionomies les plus originales et les plus typiques du turf français. Nul n'a porté plus loin l'étude et Tintuition du cheval de course. Henry Jennings est presque un innovateur dans l'art de l'entraînement ; il s'est, le premier, affranchi des anciennes pratiques qui tenaient le cheval dans un état trop artificiel. Ses clievaux courent généralement plus haut d'état que les autres, surtout au commencement de la saison ; aussi accomplissent-ils, pendant tout le cours de l'année, une suite non interrompue de courses le plus souvent heureuses. On a, parfois, reproché à Henry Jennings de suivre trop cette méthode qui lui est particulière, et de ne pas amener un cheval complètement prêt à un jour donné. C'est une erreur; sa manière n'est nullement exclusive d'un entraînement excessivement fin à point nommé; il l'a prouvé à maintes reprises, et entre autres avec Ruy-Blas, dont la préparation présentait de grandes difficultés ; le cheval est arrivé pour le grand prix de Bade, aussi prêt que possible.
Henry Jennings est, au reste, par caractère, entreprenant, aventureux et innovateur. Il a tenté dernièrement une innova-
tion audacieuse qui a, du reste, pleinement réussi. Frappé des inconvénients de la ferrure, de la difficulté de trouver parfois dans les déplacements un maréchal expérimenté, il a imaginé d'entraîner et de faire courir ses chevaux sans fers. Cette tentative a été couronnée de succès et aujourd'hui le plus grand nombre des chevaux placés sous sa direction travaillent déferrés, et malgré tout ce qu'on a pu dire de cette innovation inusitée^ ils ont les pieds en excellent état ; il est à remarquer, en outre, que comparativement au nombre des chevaux dont il dirige la préparation, il y a che« lui, toute proportion gardée, moins d'accidents que partout ailleurs.
Henry Jennings est en France depuis son extrême jeunesse ; il est venu d'Angleterre avec Th. Carter, à l'origine des courses. Quelques temps après, il entra au service de M. le prince Marc de Beauvau, et ne tarda pas à montrer une habileté et une aptitude telles, que Pécurie du prince figura bientôt au nombre des plus importantes de cette ^que. Henry Jennings a dirigé l'écurie de la Morlaye dans les dififôrentes mains où elle passa successivement, jusqu'au moment de Tassociation de MM. le comte de Lagrange et le baron Nivière. 11 resta pendant deux années environ à la tète de l'écurie française de Passociation, puis fonda un établissement d'entraînement public à la Croix- Saint- Ouen (près Compiègne). Sa réputation, la confiance qu'il inspirait à tous les points de vue, donnèrent bientôt à cet établissement des proportions encore inconnues en France, elle devint un auxiliaire puissant pour les courses, en permettant à plusieurs propriétaires d'avoir isolément des écuries, d'une importance restreinte, conduites cependant avec tout le soin et l'habileté des mieux favorisés sous ce rapport. Henry Jennings entraîne à la fois pour MM. le comte de Juigné, Paul Aumont, E. de la Charme, Delàtre, André et quelques autres propriétaires, ayant chacun un ou deux chevaux seulement. La moyenne de l'écurie s'élève ordinairement à soixante ou 3oixante-dix chevaux.
JENNINGS (Tom). Tom Jennings est le frère cadet de Henry Jennings; l'intuition de Pentralnement parait inné dans la famille. Les deux frères se sont acquis une réputation égale et
aussi justement méritée. A tort ou à rabon, on établit quelques différences entre eux. Les chevaux dirigés par Henri sont, diton, plus aptes à rester en condition pendant un long espace de temps, parce qu^au début il ne pousse pas leur préparation aussi avant Nul, au contraire, n'excelle comme Tom Jennings à amener au poteau un cheval dans le maximum de sa condition à un jour et pour une course donnés. Il a effectivement fait de véritables tours de force sous ce rapport: l'apparence extérieure de certains chevaux préparés par lui en vue d'une course importante constitue une véritable œuvre- d'art, ils sont pour ainsi dire sculptés. Il est assez dans la nature de l'esprit humain de chercher toujours à refuser à celui-ci la qualité que l'on accorde à celui-là, et réciproquement. La vérité est que les deux frères Jennings sont deux entraîneurs hors ligne; chacun porte sa nature et son caractère dans ce qu'il entreprend, il existe nécessairement certaines différences dans la manière de faire les mêmes choses. Mais les hommes supérieurs comme Henri et Tom Jennings arrivent au môme but avec des moyens absolument les mômes, différant peut-être seulement dans la manière de les appliquer. Henry est peut-être plus disposé à s'écarter de la route tracée, Tom plus rigide observateur de la règle, et, dit-on, un peu sévère avec ses chevaux. Ce sont deux hommes d'une intelligence peu conunune et d'une grande supériorité dans leur spécialité. Ils ont-, Pun et l'autre, le sentiment du cheval développé à un degré très-remarquable, une longue expérience et une profonde connaissance de leur métier.
Peu d'entraîneurs ont eu une carrière aussi heureuse que celle de Tom Jennings. Il suffit, pour s'en convaincre, de citer les noms de Gladiateur, Fille -de-l'Air, Trocadéro, Hospodar, etc. Tom Jennings était au service de M. Alexandre Aumont, lorsque celui-ci vendit son écurie à M. le comte de Lagrange. On ne pouvait laisser le soin de continuer le succès de ce magnifique lot d'animaux à des mains plus habiles. Tom Jennings est resté à la tête de rétablissement de M. le comte de Lagrange, jusqu'au moment où il a mis ses chevaux en vente. Aujourd'hui, il dirige l'écurie fondée récemment par M. Lefèvre. C'est l'établissement le plus considérable qui ait encore existé; il compte environ cent quinze chevaux à l'entratnement. Ce