‹ Dictionnaire du sport françaisChapitre 270 sur 339 · PURGATION · texte numérisé non relu

PURGATION

rétat naturel à la condition indispensable pour la carrière à laquelle il est destiné. L'effet de la purgation est analogue, pour les organes intérieurs, à celui que produit la suée sur l'extérieur de l'animal. Son but est de dégager, et de rendre les voies respiratoires plus libres. Sans cette précaution, dès que Ton soumettrait le poulain à un travail un peu sévère, il se produirait chez lui une sorte de congestion, ses jambes s'engorgeraient, la circulation générale se ferait mal, et il ne tarderait pas à être forcément arrêté dans son travail.

Un cheval a toujours besoin de plusieurs purgations pendant le cours de sa préparation. Le nombre ne saurait en être précisé, et dépend du tempérament de l'animal, de la plus ou moins bonne qualité de ses jambes, qui permet de lui donner le travail nécessaire, ou force de suppléer à son insuffisance sous ce rapport par fauxiliaire artificiel des médecines. Généralement, cependant, un cheval est purgé au moins deux fois . pendant la durée de son entraînement : au début de son travail, puis an moment oii on croit opportun de lui donner un repos de quelques jours avant de pousser sa préparation plus avant. Pendant cette période d'oisiveté relative, il prend une seconde médecine pour empêcher que l'inaction ne vienne paralyser les effets du travail momentanément arrêté.

L'abus des médecines est pernicieux, comme tous les abus; quelques entraîneurs s'en servent avec exagération. Elle détermine alors chez l'animal, victime de ce régime, une sorte d'inflammation intestinale. Il devient triste ; son poil se pique» la peau est sèche; il se produit une sorte de nostalgie générale. L'abus des médecines provient du désir de ménager des jambes douteuses ; mais, quand on dépasse une juste limite, cette précaution devient pernicieuse.

La médecine se compose d'une sorte de cartouche dont la base principale est l'aloôs. Deux hommes sont presque toujours indispensables pour l'administrer. L'un d'eux tient les deux mâchoires aussi écartées que possible; le second maintient d'une main la langue du cheval un peu en dehors de sa bouche, et introduit l'autre, qui tient la médecine, dans la bouche du cheval. Quand la médecine se trouve à l'orifice du gosier, il retire sa main et lâche simultanément la langue, en

maintenaat la tôte da cheval aussi haut que possible, de telle façon qu'il soit contraint d'avaler la cartouche. Cette opéraUon demande beaucoup d'habitude et une certaine habileté. Presque tous les chevaux de course en connaissent les préparatifs, les redoutent, se rendent tr^s-bien compte du résultat, et quelquesuns se défendent avec une excessive énergie. Il faut parfois avoir recours à des moyens vblents pour réussir. Deux jours avant de prendre médecine, l'hygiène du cheval doit être changée; on lui supprime l'avoioe et on la remplace par des mâches de son. La même précaution est bonne à prendre pendant un jour ou deux, quand la purgation a opérée complètement. Le but de cette modification au régime habituel est de combattre l'inflammation inséparable de la médecine.

PUR-SANG. Légalement parlant, et en dehors de tout principe et de toute discussion, un cheval de pur-sang est celui issu de père et de mère inscrits au Stud-Book ( voyez ce mot), et figurant lui-même sur ce registre, où son inscription est faite après vérification des certificats qui la justifie. Cette définition est cependant un peu aride et surtout iusuffîsante pour faire comprendre Ce qu'est en réalité le cheval de pur-sang, relativement sinon à son antagoniste, à celui, du moins, qui lui est constamment opposé, le cheval de demi-sang.

La différence des races entre les animaux de même espèce est un fait trop avéré pour être discuté. Qu'elle tienne à un long choix judicieux des reproducteurs , dont Tinfluence s'est trouvée augmentée par une hygiène particulière , ou qu'elle provienne de différences organiques, existant entre ces animaux dès l'origine, cette question n'a rien à faire ici et nous entraînerait trop loin. Sans se servir des mêmes mots, cette distinc* tion entre les différentes races de chevaux est aussi ancienne que le monde: il faut donc croire qu'elle doit avoir une raison d'être justifiée. Les Arabes sont les premiers chez qui on trouve des différences radicales, légalement établies entre les différentes races de chevaux. Ils en ont une dont ils font remonter l'origine aux chevaux de Salomon, et qu'ils tiennent en estime toute particulière. Ils lui donnent le nom de Kochlàni, et appellent les autres Kadisch (c'est-à-dire chevaux d'origine

inconnue). Les dénominations de pur-sang et de demi- sang ne sont pas autre chose.

On ne peut s*empêcher de reconnaître que l'origine constitue ici la plus grande partie de la supériorité de Tune de ces races sur l'autre. Les Arabes, dont Texpérience en pareille matière n'est pas contestable, y attacbeirt une telle importance qu'ils interdisent le croisement des juments de race Kochlàni avec les étalons d'autres races, dans la crainte d'en altérer la pureté, et que l'influence du contact avec un animal d'origine inférieure ne se fasse sentir dans leur descendance future, môme en leur donnant postérieurement un étalon aussi noble qu'elle-même. Une certaine opinion, moins dénuée de fondement qu'on ne serait peut-être porté à' le croire , prétend en eflFet qu'une femelle ressent, sinon toujours, au moins longtemps, l'influence du premier mâle dont elle a reçu les approches. En admettant môme, pour les gens à qui il répugne de le croire, qu'il n'existe pas des différences de races entre les animaux de même espèce et de même pays (peut-être parce qu'on pourrait appliquer ce raisonnement en dehors môme des animaux), il est impossible de ne pas reconnaître que, bien que faits de la même matière, et avec des caractères communs, on constate entre eux» dans leur extérieur et dans leurs qualités, des oppositions frappantes qu'ils transmettent à leurs produits. Une longue suite de générations, dont la filiation, soigneusement observée et préservée du contact de tout individu qui ne présenterait pas un caractère homogène, finit par constituer une réunion d'animaux, différant essentiellement de ceux de même espèce, pour lesquels on n'a pas eu les mômes soins. Ne voulût- on pas admettre d'autre point de départ, il suffirait pour démontrer que le mot pur-sang n'est pas une vaine appellation, et représente une idée confirmée par les faits et consacrée par l'expérience.

Nous ne pousserons pas plus avant ces recherches, le caractère de ce livre ne comportant pas une discussion de cette nature. Ces réflexions suffiront pour démontrer qu'il existe réellement une race de pur-sang» qu'elle est incontestablement supérieure à toutes, puisqu'aucun autre ne peut accomplir ce que l'on lui voit faire tous les jours.

Cette vérité, qui n'a pu encore parvenir à se faire jour en France, est reconnue depuis longtemps en Angleterre. C'est en grande partie à sa propagation, que ce pays doit son incontestable supériorité dans la production chevaline, comme, au reste, dans celle des animaux de toute espèce.

C'est à l'infusion du sang arabe pur que l'Angleterre doit la création, le développement et l'immense supériorité de sa race de pur- sang, suprématie incontestée et incontestable jusqu'au jour oti, adoptant le même principe, empruntant à nos voisins, non-seulement leurs étalons et leurs poulinières , mais encore l'organisation de leurs courses , profitant des efforts qu'ils avaient fait depuis un siècle, nous sommes arrivés au môme résultat. Suivant quelques-uns, la race de. pur-sang anglaise ne serait autre chose que la race arabe pure transplantée en Angleterre, modifiée par l'influence climatérique et un régime particulier. D'autres , au contraire , s'obstinent, dans l'intérêt des doctrines qui sont les leurs, à y voir un croisement de l'étalon oriental avec la jnment indigène anglaise. La première de ces deux opinions est la plus vraisemblable et la plus logique. On retrouve aujourd'hui, d'une manière certaine, les traces indubitables de l'importation en Angleterre d'étalons et de juments arabes dès le règne de Jacques 1er. n est donc plus que probable que c'est à ce noyau précieux, dépositaire de cet inaliénable dépôt, le sang noble, qu'il faut faire remonter l'origine de la race pure anglaise. Cette théorie déplaît en France à plus d'un titre, mais ce n'est pas une raison, au contraire, pour qu'elle ne soit pas rationnelle. Les faits semblent d'autant plus la confirmer ^^ que , quand par hasard un cheval de pur-sang se trouve de bonne heure soustrait à l'influence de l'entraînement qui modifie essentiellement sa forme extérieure et sa constitution, il retourne au type arabe avec une incroyable rapidité.

Des juments indigènes ont pu intervenir dans la création de la race de pur-sang anglaise ; cela prouverait uniquement que quelques familles de pur-sang sont entachées d'une . mésalliance lointaine dont les traces peuvent être ineflaçables ; mais on ne saurait en conclure que toutes se trouvent dans cette position, et même qu'un grand nombre n'ont pu échapper à

cette mésalliance. Il ne serait peut-ôtre pas besoin de chercher autre part les causes de Tincontestable supériorité de quelques familles de la race de pur-sang, et de Finfériorité relative de plusieurs autres. Ce n'est ici ni le lieu ni la place de donner plus de développement à cette opinion, nous nous bornons seulement à constater les faits, assez incertains, du reste, qui ont précédé l'avènement légal de la race de pur-sang anglaise en Europe.

La date certaine de cette époque ne remonte pas plus haut que 1791,. c'est-à-dire le jour où Ton sentit la nécessité de dresser les premières listes de chevaux de pur-sang, aân que inscription sur ce livre devint une constatation légale de leur origine et un moyen de les préserver du contact des espèces secondaires. Ces premiers essais furent quelque peu informes ; ce n'est qu'en 1808 que ces listes prirent un caractère authentique, et qu'il parut un volume du Stud-Book à peu près complet. Avant cette époque, tout est doute, incertitude, et sujet à controverse. En 1827, enfin, on publia une liste définitive des étalons et des juments de pur-sang, dont doivent nécessairement descendre aujourd'hui tous les chevaux qui ont droit à cette qualification. Ces documents peuvent servir d'argument à l'opinion que nous émettions plus haut sur là pureté originaire de la race de pur-sang anglaise. En consultant ces tables généalogiques, on est frappé de retrouver toujours dans le pedigree de tous nos bons chevaux l'intervention , par l'une ou l'autre ligne, de Godolphin Arabian et d'Eclipsé, c'est-à-dire le sang oriental dans toute sa pureté. Il en sera de môme dans l'avenir; il n'existera peut-ôtre pas un seul bon cheval en France qui n'ait, à un degré quelconque, dans les veines, une infusion du sang de Gladiator, Royal-Oak ou Monarque.

Une confusion et des doutes plus grands encore existent sur la date précise de l'importation en France de chevaux de pur- ^ sang et de leur intervention dans la production indigène. On retrouve bien en 1776 un cheval de pur-sang gris, né en 1772. et appartenant à Mgr le comte d'Artois, depuis le roi Charles X. Teucer, né en 1769, appartenant à M. le marquis de Conflans; puis, en 1770, Gomus Bai; en 1771, Bombary; en 1772, Glowworm et plusieurs autres. Si on remonte à l'origine de ces

chevaux/ on trouve qu'ils descendent tous d*un étalon araba que nous avons possédé en France, dédaigné et laissé partir en Angleterre, où il semble avoir pris à tâche de nous montrer toute la valeur de ce que nous n'avons pas su utiliser : tels sont Arabiac-Godolphin et Toulouse-Barb.

Ce n'est qu'en 1833, à la fondation de la Société d'Encouragement, sous la dénomination de Jockey-Club, que le principe d'un cheval de pur-sang et de son intervention dans Tamélioration chevaline en général, fut émis, et adopté par la nouvelle Société. 11 devint une doctrine, combattue en France encore aujourd'hui par des résistances opiniâtres et envenimées, uniquement parce qu'elle est la seule vraie, et surtout dispense d'administration, de discussions, et froisse de nombreux intérêts dont Terreur et la durée du déplorable état de nos espèces chevalines peuvent seules sauvegarder l'existence.

Le nouveau principe, sous la direction de la Société d'encouragement, au lieu de parcourir de nouveau pas à pas la route faite par l'Angleterre depuis un siècle, c'est-à dire de recourir à la source môme de la race pure, le cheval arabe, prit sagement comme point de départ, le résultat tout acquis, ce même cheval, acclimaté, modifié et façonné pour nos besoins. On évitait ainsi de longs tâtonnements et Ton gagnait «près d'un «siècle. La similitude du climat des deux pays évitait le travail toujours pénible d'un changement radical de régime. On s'adressa donc à l'Angleterre , où Ton alla chercher des étalons et des juments de race pure, comme ils les avaient eux-mêmes jadis empruntés à l'Arabie. Les premiers, ceux qui ont eu une plus grande influence sur la formation et le développement de la race pure française , sont : Royal- Oakj Young-Emilius, Ibrahim, Catland, Gladialor, Sting et The Prime-Warden.

Peu à peu un succès inespéré couronna l'œuvre de la Société d'Encouragement. Sous l'influence des courses, la race de pursang prit une extension dont l'apogée se trouve résumée dans les noms de Monarque, Fille -de -l'Air, Gladiateur, Vermout. etc. 11 ne s'agit plus aujourd'hui que de conserver ce que la Société a péniblement créé, au prix de tant de longs sacrifices. La France possède une race de pur-sang indigène, l'égale

Page 1