TUYAU
par quelle transition le mot turf est arrivé à devenir à la fois Fexpression de tant de choses différentes. Employé probablement à Torigine comme un dérivé de sa signification propre, gazon, on s'en servait pour désigner un terrain de courses quelconque, et, par une extension exagérée, on a fini par rappliquer sans distinction à tout ce qui se passe sur un terrain de courses.
TUTÂU. Ce mot, il y a quelques années, faisait encore exclusivement partie du vocabulaire des fumistes. Par quel artifice de langage s'est-il introduit dans Targot des courses? c'est ce qu'il serait impossible de dire. Ces sortes de dérogations à la langue usuelle, et l'introduction d'uu mot aussi bizarre appliqué à une signification aussi en dehors de son sens réel, se font à la manière des générations spontanées, sans que l'on sache jamais d'où ils tombent et d'où ils viennent.
Néanmoins, tuyau existe, il a un sens parfaitement défini et compris de tout le monde du turf. On dit qui! existe un tuyau dans une course, quand un cheval, soigneusement dissimulé jusqu'alors, inconnu ou toujours battu, est destiné à gagner. Cette certitude ne peut évidemment provenir que d'une connivence entre les propriétaires ou les jockeys de tous les chevaux de la course. Le tuyau constitue donc un acte d'insigne mauvaise foi, puisqu'il laisse le public s'égarer sur les chevaux qui devraient logiquement avoir une chance de gagner. On donne ceux-ci à leurs partisans à peu près à la cote qui leur convient, parce qu'on est, ou l'on se croit, certain qu'ils ne gagneront pas. On parie en même temps à une cote très- avantageuse pour le cheval qui est dans le tuyau et dont personne ne se méfie. Une fois cette petite manœuvre accomplie, les meilleurs chevaux de la course laissent gagner le cheval tuyauté, et le tour est fait. S'il fallait absolument trouver une étymologie à cette singulière expression, elle existerait dans cette particularité que le cheval imprévu reste dissimulé jusqu'au dernier moment et se montre tout à coup, comme sortant brusquement d'un tuyau, au grand ébahissement du public.
Quand cet ingéiiieux mécanisme n'obtient pas tout le succès
qae Ton en espérait, soit que le public évente la mèche, soit qne, malgré tout, le cheval, soigneusement tenu dans le tuyau, ne puisse gagner, on dit que le tuyau a crevé. C'est un grand désespoir pour les organisateurs de cette petite comédie, parce que généralement ils perdent des deux côtés, ayant la fois parié pour le cheval du tuyau et contre tous les autres.
TYPE. Le mot type, appliqué au cheval est à peu près impossible à définir d'une manière précise. Il exprime, en effet, un certain ensemble, qui se sent beaucoup plus qu'il ne s'explique, et résulte de l'aspect de l'animal tout entier, beaucoup plutôt que de telle ou telle partie prise isolément. Il existe nécessairement une variété infinie de types de chevaux, depuis le type-type, le cheval de pur sang, jusqu'au cheval de charrette qui, lui aussi, a son type.
Le mot type s'applique donc, indifféremment, à un cheval de toute espèce, à la condition que sa physionomie extérieure présente l'ensemble le plus complet possible des caractères généraux de l'espèce à laquelle il appartient. Il faut que l'animal dont on parle soit, en un mot, l'expression accomplie d'un groupe de chevaux plus ou moins nombreux, mais homogène, auquel on donne le nom de race. A vrai dire, le mot type, pris dans son acception stricte et isolée, n'est pas plus un éloge qu'un blâme, c'est un fait, il peut être aussi bien bon que mauvais, mais doit seulement présenter un caractère particulier et surtout distinct d'autres types différents et opposés. Il y a donc de bons comme de mauvais types de chevaux.
Les différences typiques existant entre les diverses races de chevaux, tendent de plus en plus à s'effacer sous l'influence du mélange des espèces, presque partout croisées entre elles plus ou moins judicieusement. Elles existaient autrefois et étaient assez saisissables pour qu*ttn connaisseur pût rarement s'y méprendre. Ainsi, un cheval du Midi ne ressemblait jamais à un produit normand, et réciproquement; il était impossible de ne pas distinguer un cheval anglais d'un cheval allemand. Sans s'effacer complètement, ces distinctions tendent de jour en jour à disparaître pour prendre un niveau moyen indéfînis-
sable, rayonnant dans les sens les plus différents et les plus disparates, précisément parce que le type originel disparu est remplacé par une confusion qui ne présente plus aucun caractère défini.
Cet état de choses, regrettable à tous les points de vue» est dû presque entièrement, en France, au déplorable système suivi par TAdministration des Haras depuis près de quarante ans. La faveur et Textension doonée à Tindustrie de Pélevage de rétalon en Normandie, a exercé une funeste influence sur tous les types existants. On peut dire sans exagération, qu'avec ce système on est parvenu à empoisonner toutes les races chevalines. Ces étalons normands , élevés en vue de devenir des reproducteurs à Page ot un cheval entre d'ordinaire en service, sont eux-mêmes des résultats de croisements renouvelés à Tinfini, dont il est impossible de saisir la marche et encore moins la raison d'être. Ils ont donc perdu toute espèce de type, si tant est qu'ils en aient jamais eu. Achetés par TAdministration des Haras, ils sont répandus au hasard, sur toute la surface de la France, imposé? dans les contrées où leur intervention peut être le moins justifiée. Ici, pour grandir une race que le sol ne peut produire bonne qu'à la condition de la faire petite; là,po.ur épaissir une espèce, que son sang, et le terrain sur lequel elle est élevée, condamnent forcément à une construction légère, sous peine de lui enlever toutes ses qualités. Il est résulté de ces malheureuses tentatives sur la production indigène un chaos impossible à décrire. On rencontre des chevaux ayant atteint la taille d'un Carrossier, mais décousus, embarrassés eux-mêmes d'un volume auquel la nature ne les a pas destinés, ayant perdu leurs qualités primitives, n'en ayant pas acquis de nouvelles, inaptes aux services auxquels on les employait autrefois, incapables de satisfaire à de nouvelles exigences. D'autres, tellement défigurés, que Ton reste confondu, se demandant en vain d'où ils peuvent venir, et à l'aide de quel croisement bizarre et incohérent on a pu parvenir à créer de semblables animaux. Quant à l'étalon normand, cause première de toute cette perturbation, malgré ces nombreuses et continuelles transformations, il est un caractère primordial qui ne peut s'effacer chez lui : le manque de qualité.
Un fait aoalogue, sinon absolument identique, a'est produit dans Pensemble des chevaux importés de Têtranger pour les besoins du luxe ou de la consommation usuelle. Ces deux industries, en dépit ou plutôt en raison de l'intervention de l'Administration des Haras dans la production chevaline, ne peuvent arriver à s'alimenter en France. Le plus grand nombre de ces chevaux viennent, ou sont censés venir d'Angleterre. Il était impossible, à un œil quelque peu exercé, de s'y tromper autrefois; les meilleurs juges s'y méprennent aujourd'hui. Le marché anglais, épuisé par une exportation hors de toute proportion avec la production, a eu recours à divers expédients. Il, vient probablement chercher, dans les grands centres d'élevage, comme dans certaines contrées de l'Allemagne, par exemple, de quoi alimenter les ressources d'un commerce lucratif. Des spéculateurs anglais achètent en Allemagne des troupeaux de poulains au sevrage, qui, élevés en Angleterre, sont revendus, comme chevaux anglais, à l'âge de quatre et cinq ans. Ils sont évidemment meilleurs que s'ils fussent restés sur le sol indigène ; mais ce ne sont pas des chevaux anglais, et ils ne rappellent en rien l'ancien type.
11 n'existe donc guère plus aujourd'hui que deux types parfaitement définis; ce senties deux extrêmes : le cheval de pur sang et celui de gros trait , et encore ce dernier n'a-t-il pu entièrement échapper à la décomposition de l'amélioration par le carrossier normand, cet universel empoisonneur. Fort heureusement, comme l'indastrie du cheval de gros trait est trèsfructueuse, que la race conârmée depuis longues années se maintient et se suffit à elle-même, les éleveurs se sont vite aperçus de l'invasion du fléau, et s'en sont soigneusement sauvegardés.
Quant au cheval de pur sang, son type est un et fixe, parce qu'il est le résultat d'une longue suite de générations appartenant toutes à une race originelle, c'est-à-dire pure , améliorée par la meilleure et la plus certaine de toutes les sélections : la course. Aussi, les chevaux de pur sang peuvent entre eux présenter certaines différences dans leur aspect individuel, mais le caractère commun, le type, est homogène, et il est aussi impossible de confondre un cheval de pur sang avec celui
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d'ane autre espèce, que de ne pas distinguer un cheval ordinaire d'un âne. Il porte en lui le dépôt sacré de la race, ce talisman que ne saurait jamais transmettre le plus brillant résultat du croisement le mieux combiné et le plus réussi, parce qu'en sa qualité de métis il en est lui-même dépourvu. Le cheval de pur san^ est donc le type par excellence, et peut, à vrai dire, seul être considéré comme le cheval type^ dans Tacception stricte et rigoureuse du mot.
Le mot type est également employé au figuré pour désigner un cheval d'un aspect plus ou moins séduisant : on dit c'est un joli type, un assez joli type, etc. Mais, ici, sa signiâcation est purement conventionnelle, et ne comporte aucune signif cation nette ni précise.
VALENCIENNES. Les courses de Valenciennes avaient autrefois une certaine importance, qu'elles ont conservée pendant plusieurs années. Elles avaient lieu au mois de juillet, à peu près à la même date que celles de Cbâlon-sur-Saône. La Société de Valenciennes a dû se dissoudre devant le mauvais vouloir et les prétentions exorbitantes des propriétaires du terrain de courses. Les courses de Valenciennes n'existent donc plus aujourd'hui.
Elles avaient été organisées en 1857, par le sous-préfet. Ce fut au moyen d'une souscription faite dans la ville qu'elles furent fondées. Ayant pu réunir une somme de 30 000 fr.,le souspréfet les mit à la disposition de la Société d'Encouragement.
Le 8 août 1857, jour de Pouverture, trois prix furent disputés; les prix du Chemin de fer, 2000 fr. , fut gagné par Derby, à M. Fasquel ; le prix de la Ville (handicap), 4000 fr., remporté par Dame-d'Honneur, au comte F. de Lagrange et enfin la grande course de Haies revient à Trambleur, au vicomte de Namur.