SEN
médecins, ont tué il y a dens. mille deux \ . cents ans. » Et Icà-dessus il recommence à raconter si palliétiqiiement cet événement funeste, que la femme de chambre elJe-mème se met de la partie et fond en larmes.
Senliiiiciit de sa -valeur.
Jean Bart, amené à Versailles par le chevalier de Forhin, fumait sa pipe dans l'embrasure d'une fenêtre ouverte.
Louis XIV l'ayant fait appeler, lui dit : a Jean Bart, je viens de vous nommer chef d'escadre. — Vous avez bien fait, sire, » répondit le marin. Cette réponse avant excité un grand éclat de rire parmi les courtisans, qui la trouvaient aussi absurde que brutale : « Vous vous trompez, messieurs, leur dit gravement Louis XIV; cette réponse est celle d'un homme qui sent ce qu'il vaut, et qui compte m'en donner bientôt de nouvelles preuves. »
(Galerie de r ancienne cour. )
.Sentiment du beau.
Du temps de M. Colbert, M. de Navailles, ancien gouverneur du duc de Chartres, vint exprès à Sceaux pour le visiter. On lui montra la belle cascade, la galerie d'eau, qui est une merveille , la salle des marronniers, le berceau, bref, tout ce qu'il y a de beau à Sceaux. Il n'admirait rien de tout cela ; mais quand il vint au potager, où était la salade, il s'écria : » Franchement la vérité, voilà une belle chicorée! >-
(Princesse Palatine, Lettres nomelles et inédites. )
i»eutine11es.
Au siège de la Goulelte, Charles-Quint, faisant semblant, une nuit, de venir du coté des ennemis, s'approche d'une sentinelle, qui crie, suivant l'usage : » Qui vive? » Charles, contrefaisant sa voix, lui répond : « Tais-toi, je ferai ta fortune. » La sentinelle, qui le prend pour un eimemi, lui tire un coup de fusil, qui heureusement fut mal ajusté. L'empereur jette aussitôt un cri qui le fait reconnaître. [Diclionn. historique.)
SÉR
On assure que dan^ une autre occasion le même empereur précipita dans le fossé du rempart une sentinelle qu'en faisant sa ronde il avait trouvée endormie. Il occupa ensuite le poste jusqu'au moment où ou vint le relever (1).
{Mélanges d'une grande bibliotlièque. )
Voici un fait qui arriva en 1622, au siège de Montpellier, et qui prouve comme ou entendait jadis le droit et même le devoir d'une sentinelle insultée.
Le conseil étant fini, et M. de Marillac sortant à cheval par la porte du logis du roi, son cheval, en reculant, marcha sur le pied de la sentinelle, laquelle fiappa de son arme sur la croupe du cheval, ce qui donna une secousse à M. de Marillac, qui se retourna et battit la sentinelle. Ce soldat était de la compagnie de M. de Goas, qui, l'ayant su, le fit relever et arrêter prisonnier. Le commandant s'en fut de suite au logis de M. de Marillac, dans le dessein de lui faire mettre l'épée à la main. Le roi le si-t, et envoya chercher MM. de Goas et deiMarillac. Il fit une vive réprimande à ce dernier, luidisant que la sentinelle aurait dii l'avoir tué. 11 l'interdit des fonctions de sa charge de maréchal de camp pendant six jours, et lui défendit de commander dans l'attaque que feraient les gardes. Le soldat qui avait été arrêté prisonnier fut cité au conseil de guerre, et condamné à être dégradé des armes, à la tète du régiment et à l'estrapade, pour n'avoir pas tué M. de Marillac. S. M. lui fit grâce de tout ; mais M. de Goas ne voulut plus qu'il servit dans sa compagnie.
( Puysègur, Mémoires.
sérénité dans la Iioute.
La comtesse du Barry, qui a été reléguée à l'abbaye de Pont-aux-Dames après la mort de Louis XV, ne dément point son caractère dans sa retraite. Sans soins, sans souci, sans inquiétude, elle s'y procure tous les amusements qui dépendent d'elle. Cette sécurité de M'"« du Barry
(i) On raconte aussi que Napoléon I"', ayai trouve une nuit, en parcourant le camp, ni sentinelle endormie par suite des fatigues <|u les troupes avaient eu .î supporter, occupa so poste, mais sans la jeter dans le fossé.
SÉR
lui est commune avec ].resque tous ses illustres parents; car du Barry (le Roué) disait il y a peu de temps à 'un homme distingué qu'il avait rencontré dans sa fuite : « Cet outrage ne sera que passager, et j'espère qu'avant peu on rendra justice au mérite. » L'homme qui l'écoutait, et qui savait apprécier le mérite des du Barry, lui conseilla de se cacher dans le coin le plus reculé de la terre, pour se
mettre à l'abri des réc
étaient ducs : il a suivi ce
ompenses qui
sage
Pour M. le comte, époux pacifique de M"'* du Barry, il continue de filer les jours les plus heureux dans la ville de Montpellier, oii il a été relégué depuis longtemps. Il y a quelque temps qu'il disait à un de ses courtisans : « Rien ne manque à mon bonheur; je vis comme un petit roi en province; la comtesse ma femme vit comme une reine à Versailles. Une seule chose me chagrine : quand je jiarais dans les rues, tout le monde me suit et me montre au doigt; cette marque d'attention du public me gène... »
( Correspondance secrète. )
Sermenl.
M. de... promettait je ne sais quoi à M. L..., et jurait foi de gentilhomme. Celui-ci lui dit : » Si cela vous est égal, ne pourriez-vous pas dire : foi d'honnélè homme .3 »
(Chamfort.)
Sernieut déféré.
A M. le Chantre avait prêté Billonneau , de Poitou , quarante livres , lesquelles il lui demanda treize ans après. « Ho, ho, disait l'autre, et sa femme aussi, s'en souvient-il.? » Maître Mathurin fait venir son créditeur devant le juge ; ces deux ayant proposé leur fait, et dit oui et non, le juge fit jurer Nicolas pour savoir la vérité. Cette pauvre bonne personne d'homme n'osait et se feignait. Sa femme était derrière, qui lui disait : « Jure, vilain, jure, puisqu'il y a à gagner ; tu jures SI souvent que tu n'y gagnes rien! »
(BéroaldedeVerville, Moyen de parvenir.)
Serment imprudent.
Murvill
e, gendre de Sophie Arnould,
SEIl
lui disait un jour : .. Si", à trente ans, je ne suis pas de l'Académie françaisje me brûle la cervelle. — Taisez'vous donc, cerveau hrûlé, » lui répondit-elle. [Esprit de Sophie Arnould.)
Stermon abrég-é.
Un jour de Saint-Ëtienne, un moine devait faire le panégyrique de ce saint. Comme il était déjà tard , les prêtres , qui avaient faim, craignant que le prédicateur ne fût trop long, le prièrent à l'oreille d'abréger. Le religieux monte en chaire, et, après un petit préambule : « Mes frères , dit-il, il y a aujourd'hui un an que je vous ai dit tout ce qui se peut dire touchant le saint du jour Comme je n'ai pas appris qu'il ait fait rien de nouveau depuis, je n'ai rien non plus a ajouter à ce que j'en dis alors » Làdessus , il fit le signe de la croix et s'en alla.
(Pogge.)
Sermon escamoté.
L'abbé de Souvclles, à peine sorti du séminaire, allait voir de temps en temps une de ses proches parentes, prieure du monastère de*", qui crut lui faire une grande faveur en le chargeant de prêcher dans son église le jour de la fête du patron. L'abbé accepta, ou par complaisance on par distraction, et ne songea plus à cet engagement. Cependant, le matin du jour ou on l'attendait, il vit paraître chez lui une sœur converse, émissaire de la prieure, qui lui rappela qu'on comptait sur lui a trois heures après midi. L'abbé se trouva d'autant plus embarrassé, que nonseulement il n'avait rien préparé, mais qn occupé en ce moment d'objets bien étrangers à ceux de ce genre, il n'avait pas même le temps de consulter dans la légende la vie du saint dont il avait promis de faire le panégyrique; mais il se tira d'affaire par un tour d'adresse assez original. Se rappelant que l'église était placée dans un carrefour, au débouché de deux rues, il fit prix avec cinq ou six cochers de fiacre pour promener leurs voitures, avec le plus de fracas possible, autour de cette église, peiidant environ trois quarts d'heure que devait durer son sermon.
Ayant bien pris ses mesures pour que
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•es ordres fussent fidèlement exécutés, il monta en chaire fort tranquilleni(<nt à l'heure prescrite. Un extérieur agréaljle, l'air d'une assurance modeste, sans afiictation , séduisirent aisément son auditoire, composé en grande parlie de dévotes déjà prévenues sur les talents du neveu de M""* la prieure. Il prononça d'al)ord fort distinctement le premier texte (jui se présenta à sa mémoire; mais à peine parut-il commencer son exorde , en haïssant peu à peu la voix, que le claqueiiiout des fouets, le roulement des carrosses sur le pavé ne permirent plus de rien entendre de ce qu'il paraissait dire. Cependant, comme il prononçait de temps en temps avec des éclats de voix et des gestes affectés : «■ Ce grand saint dont nous célébrons aujourd'hui la fête,... ce saint dont l'église honore solennellement la mémoire, » et qu'il balbutiait dans l'intervalle quelques mots insignifiants , les bonnes religieuses et les dévotes, qui arrangeaient , selon leurs idées ou selon la prévention que leur inspirait le jeune prédicateur, les phrases qu'elles ne pouvaient entendre, soutinrent qu'il avait prêché à merveille et avec beaucoup d'onction. Quelques-unes seulement trouvèrent qu'il avait l'organe un peu voilé et qu'il ne relevait pas assez ses finales; mais toutes s'accordèrent sur sa prodigieuse mémoire, ayant remarqué qu'il n'avait pas de souffleur. Ce qu'il y eut de singulier, c'est que ce sermon fut l'origine de sa fortune. Toutes les personnes qui y avaient assisté sollicitèrent en sa faveur, et la sévérité de M. l'évèque de Mirepoix, qui avait alors la feuille des bénéfices, ne put tenir contre les rapports avantageux qu'on lui fit du zèle et des talents du jeune abbé de Souvelles, auquel il accorda, peu après, une très-bonne abbaye.
(Paris, Versatiles et les provinces.)
iiermoii iuterronipu.
Boutard disait un jour que dans sa famille ils aiment tous à parler, et faisait un conte d'une de ses tantes qui, étant an sermon, et voyant que le prédicateur ne pouvait trouver le nom d'un instrument à cultiver la terre, et qu'il avait dit plusieursfois : « Une.., une... » se leva enfin, et dit : « Là, là, mou père, n'â-
nonnez point tant, c'est une pioche. — Une pioche donc, dit le père, puisque pioche y a. Nous l'eussions bien trouvée sans vous. » Cela rappelle un miroitier de Châlons, qui entendait un sot prédicateur qui, faisant le panégyrique de saint Élienne dans l'église de ce saint , disait : '<■ Où mettrons-nous ce protomartyr.' A la dextre ou à la senestre de Dieu? etc. — Mettez-le en ma place, s'écria le miroitier; aussi bien suis-je las d'y être! » Et il s'en alla.
( Talleraant des Réaux. )
SerTante [La) de Molière.
On dit que Malherbe consultait sur ses vers jusqu'à l'oreille de sa servante; et je me souviens que Molière m'a montré plusieurs fois une vieille servante qu'il avait chez lui (Laforest), et à qui il lisait, disait-il, quelquefois ses comédies; il m'assurait que lorsque des endroits de plaisanterie ne l'avaient point frappée, il les corrigeait , parce qu'il avait plusieurs fois éprouvé sur son théâtre que ces endroits n'y réussissaient point.
(Boileau, Réflexions crilitjiies.)
Un jour Molière , pour éprouver le goût de cette servante, lui lut quelques scènes d'une pièce de Brécourt. Laforest ne prit point le change, et, après avoir oui quelques mots, elle soutint que son maître n'avait pas fait cet ouvrage.
(Brossette. )
Service mal récompensé.
La marquise de Charlus était très-avare et grande joueuse : elle y aurait passé les nuits les pieds dans l'eau. On jouait à Paris, les soirs, gros jeu au lansquenet, chez M""® la princesse de Conti, fille de M. le Prince. M"'* de Charlus y soupait un vendredi, entre deux reprises, avec assez de monde. Elle n'y était pas mieux mise qu'ailleurs, et on portait en ce temps-là des coiffures qu'on appelait des commodes, qui ne s'attachaient point et qui se mettaient comme les hommes mettent et ôtent une perruque et un bonnet de nuit, et la mode était que toutes les coiffures de femmes étaient fort hautes. M"'" de Charlus était auprès de l'arche-
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vr'qnc (lu Reims, Le Tellier. Elle prit un œuf il la coque, qu'elle ouvrit, et, en s'avanrant après pour prendre du sel, mit sii roiffurc en feu, d'une bougie voisine, sans s'en apercevoir. L'archevêque , qui la vit tout en feu, se jeta à sa coiffure et la jeta par terre. M"'" de Charlus, dans la surprise et l'indignation de se voir décoiffée sans savoir pourquoi, jeta son o'iif au visage de l'archevêque , qui lui déroula partout. Il ne fit qu'en rire, et toute la compagnie en fut aux éclats de la tête grise, sale et chenue de M""* de Charlus et de l'omelelte de l'archevêque, sui tout de la furie et des injures de M'^" de Charlus, qui croyait qu'il lui avait fait un affront , et qui fut du temps sans vouloir en entendre la cause , et après de se trouver ainsi pelée devant tout le monde. La coiffure étant brûlée , M""" la princesse de Conti lui en lit donner une; mais avant qu'elle l'eût sur la tête on eut tout le temps d'en contempler les charmes, et elle de rognonner toujours en furie, (Saint-Simon, Mémoires.)
Sit'VYices réciproques.
Philippe de Cospeau , évêque de Lisieux, ayant sacré l'évêque de Riez, ce prélat l'en alla remercier : « Hélas ! monsieur, lui dit-il , c'est à moi à vous rendre grâce : avant que vous fussiez évêque, j'étais le plus laid des évêques de France (I). ..
(Tallemant des Reaux.)
On sait ([ue La Motte soutenait que la prose peut s'élever aux expressions et aux idées poéticpies. Pour le prouver, il fit une ode et une tragédie en prose qae jiersonne ne put lire. Il disait un jour à Voltaire, à propos de son OEdipe, qui est un chef-d'œuvre de versification : « C'est le plus beau sujet du monde; il faut que je le metle en prose. — Faites cela , répondit Voltaire , et je mettrai votre Inès en vers. »
(Mi'iiiolr.-onrcdot.)
Serviteurs fidèles.
Un aml)assadeur d'Espagne témoignait
un jotn- à Henri IV qu'il était surpris de le voir environné et pressé par quantité de gentilsliommes : « Si vous m'aviez vu un jour de bataille, repartit vivement ce momarque, ils me pressaient bien davantage. «
(Hetiilciana.)
Le 21 janvier 179.3, j'espérais à tout instant entendre dire que les Parisiens s'étaient soulevés et avaient délivré le roi. A dix heures précises, j'entendis tirer le canon. J'espérai que c'était quelque mouvement en faveur du roi ; mais , hélas ! c'était l'heure où son auguste tête tomba. Meudon est situé sur une coUine, et j'aurais pu, avec une longue-vue, voir la place Louis XV, où cet hoi rihle meurtre fut commis. Je sortis, dans l'espoir de rencontrer quelqu'un qui pût m'apprendre le sort du roi. Enfin , vers midi , je vis venir le long de la route un homme tenant à la main un mouciioir trempé de sang.
Je le reconnus de suite : c'était un des ouvriers du palais de Meudon et un des plus dévoués à son royal maître. Il me raconta le terrible événement. H était allé à Paris , me dit-il , dans l'espoir d'être utile si on faisait quelque tentative pour délivrer le roi. 11 alla sous l'échafaud, et ôtant le mouchoir de son cou, il le trempa dans le sang du roi, comme « reliquede saint Louis XVI », Ce sont ses j)ropres paroles. 11 me donna un petit coin de son mouchoir, et mourut de chagrin environ deux mois après, en tenant ce mouchoir pressé contre son cœur.
Quelques-uns des gardiens du parc de Meudon , qui avaient l'habitude de chasser avec le roi, moururent aussi de chagrin.
(Mistress Elliot, Mémo:res.)
Serviteur indiscret.
M"" de Charollais, avant de devenir maîtresse en titre de Louis XV, eut des amants sans nombre; elle accouchait tous les ans , sans beaucoup jilus de mystère (pi'une fille d'opéra. Cependant, pour la forme, on la disait malade pendant les si\ semaines , et toute la cour, d'accord là-dessus, envoyait savoir de ses nouvelles. H ariiva, une fois, qu'un suisse, nouvellement entré chez elle et peu stylé,
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au manège, sans y faire tant de façons , répondit à ceux qui venaient : " La [uiucesse se porte aussi bien que son ^tat le permet, et son enfant aussi. »
( Fastes de Louis A'/''. )
Serviteur lualatlroït.
Molière était l'homme du monde qui se faisait le plus servir. 11 fallait l'habiller comme un grand seigneur, et il n'aurait pas arrangé les plis de sa cravate. 11 avait un valet, espèce de lourdaud, qui était chargé de ce soin. Un matin qu'il le chaussait à Chambord , il mit un de ses bas à l'envers : « Un tel , dit gravement Molière , ce bas est à l'envers. » Aussitôt ce valet le prend par le haut, et en dépouillant la jambe de son maître, met ce bas à l'endroit; mais, comptant ce changement pour rien , il enfonce son bras dedans, le retourne pour chercher l'endroit , et , l'envers revenu dessus , il rechausse Molière : « Un tel , lui dit-il encore froidement, ce bas est à l'envers. » Le slupide domestique , qui le vit avec surprise, reprend le bas, et fait le même exercice que la premièie fois ; et s'imaginant avoir réparé son peu d'intelligence, et avoir donné sûrement à ce bas le sens où il devait être, il chauss<* son maître avec confiance ; mais ce maudit envers se trouvant toujours dessus , la patience éciiappe à Molière. « Oh! parbleu ! c'en est trop, dit-il, en lui donnant un coup de pied qui le fit tomber à la renverse : ce maraud-là me chaussera éternellement à l'envers; ce ne sera jamais qu'un sot , quelque métier qu'il fasse. — Vous êtes philosophe ! Vous êtes plutôt le diable,» lui répondit ce pauvre garçon, qui fut plus de vingt-quatre heures à com- |)rendre comment ce malheureux bas se trouvait toujours à l'envers.
(Grimarest, Vie de Molière. )
Serviteur très-liunible.
Quand on déplaisait au cardinal de Kichelieu, il ne manquait pas de vous (lire: « Je suis votre serviteur très-humble. » Le maréchal de Rrézé, beau-frère (lu premier ministre, vint un jour prendre De Pontis pour le conduire à Ruel faue visite à Son Emincnce, avec laquelle il s'était brouillé, parée qu'il avait
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refusé de quitter le service du loi pour entrera celui ducardinal. Lorsque le maréchal eut présenté De Pontis, Richelieu le salua du serviteur très-humble. A l'instant cet officier fuit de l'appartement , monte à cheval , et revient en diligence à Paris. Quelques jours après, M. de Brézé lui demanda pourquoi il les avait quittés si brusquement ? « Le serviteur très-humble du cardinal, répondit-il , m'a fait tant de peur, que, si je n'avais trouvé la porte ouverte, j'aurais sauté par dessus les murs. » {Abu. litt.,\im.)
Sifflets.
Un jeune homme, ayant plus d'avantages extérieurs quede talents, jouait la tragédie, vers 1733 à 17 36, au Théâtre-Français; son nom de guerre était comme le mien : Fleury. Le public le goûtait d'autant moins, qu'alors c'était le bon temps do Quinault-Dufresne , et la comparaison ne pouvant être favorable au nouveau venu, le parterre l'avait pris en grippe.
Ce comédien avait un père aubergiste, rue du Faubourg-Saint-Honor'-, et de [Aws cent-suisse du roi. Ainsi qre tous les pères, il croyait au talent de son fils , attribuant, comme de raison, à la cabale le bruit injurieux dont on accueillait celui-ci. Une fois il veut y mettre un terme. 11 endosse son costume, fourbit son épée, et en la compagnie d'un magnifique chien, ordinairement gardien terrible de la maison, il s'achemine vers le théâtre, se rencl dans les coulisses. Bien entendu que le superbe Tarquiu est tenu en laisse. On craigiait cet homme, do t le caractère était indomptable, et comme il venait un petit jour ()), on le laissa se placer à sa fantaisie, après s'être assuré de la captivité de son compagnon. On jouait Iphigénie en Âulide. Le roi des rois avait éveillé Arcas, Ulysse venait de parler politique , Achille paraissait. (Achille, c'était mon homonyme.) Le parterre lui fit entendre à sa manière qu'il le reconnaissait. Fleury, en homme accoutumé, n'y fit pas autrement attention ; mais le père se lève furieux. Dans l'action, le chien s'échappe ; il court à son jeune maître, flaire les personnages, flaire la tente , remue joyeusement la queue, et lèche les mains du fils
(i) Les petits jours, à la Comédie Française alternaient avec les grands jours, qui avaient le monopole des pièces et des acieurs à succès.
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de Thétis. Certes, les chiens pouvaient être de coutume chez les Grecs, et tout le monde connaît l'histoire de celui d'Ulysse ; mais les spectateurs, peu touchés des tendres caresses de celui-ci, n'eu continuent que de plus helle. Les entrailles paternelles s'émeuvent, le cent-suisse ne peut se contenir ; il tire son épée, il va y avoir du sang répandu,., quand Gausslii s'approche de lui , retient son bras , et avec cet accent qu'on lui connaissait :
— » Eh, monsieur ! on avait aperçu votre chien : ne comprenez-vous pas qu'on appelle Tarquin.? » Le pauvre père, désarmé , crut d'autant plus cela , que Fleury, embarrassé de la bêle , criait du théâtre aussi haut que son rôle :
— « Sifflez donc, mon père, sifflez donc ! » Et le père de se joindre au chorus général, et, i>ar amour paternel, de siffler de toutes les forces d'un cent-suisse.
Depuis, chaque fois que pareille tempête se déchaîne contre un comédien, on nomme cela, en langage de coulisse : appeler Taitjuin (1).
(Fleury, Mémoires.)
Silence (Cltih du).
Vers la fin du dix-septième siècle, il se forma à Londres un club du silence (2). La loi fondamentale était ne n'y jamais ouvrir la bouche. Le président étaitsourd et muet ; comme les autres , il parlait des doigts , et encore n'était-il permis de déployer cette éloquence mécanique que fort raiement, et dans les occasions importantes. Après la fameuse journée d'Hochstedt, un membre, transporté de patriotisme, osa annoncer de vive voix la nouvelle de cette victoire; aussitôt il fut renvoyé, à la pluralité des suffrages, qui, selon l'usage de l'ancienne Rome, se donnaient en pliant les pouces en arrière.
Cette illustre coterie est encore citée avec respect en Angleterre.
( Journal de Parts, )
Simplicité «l'an g^rand homme.
En envoyant à la cour la relation de la bataille dé Staffarde , M. de Catiuat ne
(i)On dit aujourd'liui : appeler Azor.
fa) Ce club du Silence rappelle V académie silencieuse, dont l'abbé Blanchet a conte ingénieusement riiistoire, dans une page de ses apologues o;i>/i(a«r, citée par toutes les Anthologies litterai-
s'y donne que la part d'un soldat. Tous les colonels y étaient nommés , et le roi , au rapport du général, avait à chacun d'eux une obligation particulière. Catinal finissait en s'excusant au sujet de ceux qu'il oubliait. La cour n'apprit ses propres exploits que par les lettres de différents particuliers ; ou sut que son cheval avait été tué sous lui , qu'il avait reçu jilusieurs coups de feu dans ses habits et une contusion au bras gauche. En un mot , il était si peu question du général dans cette relation, que, quand elle fut rendue publique , un nouvelliste, qui en avait écoulé la lecture, demanda d'un air de curiosité : « M. de Catinat était-il à la bataille ? »
La vie que Catinat menait pendant la paix était fort simple : il se plaisait dans la société de sa famille, allait les dimanches entendre l'office dans la sacristie des Chartreux , et se promenait ensuite dans leur enclos. M. Le Roi , son ami , qui l'accompagnait dans ses promenades, raconte qu'un jour ses enfants , s'amusant à jouer pendant qu'il causait avec le maréchal, jetèrent leurs chapeaux surdes arbres, pour en faire tomber des nids d'oiseaux; les chapeaux restèrent suspendus aux branches. Le père arrive , et veut essayer de les faire tomber avec sa canne, qui, par malheur, reste aussi sur les branches. Le maréchal, pour les tirer tous d'embarras, grimpe à l'arbre, s'élance pour rattraper la canne, et fait en même temps tomber les chapeaux.
Un des plaisirs les plus vifs de M. de Catinat était d'aller le grand matin sur le pont Royal pour y jouir du spectacle t|ue la vue y présente : « Jamais, disaitil, je n'ai rien vu d'aussi beau dans tous les pays que j'ai parcourus. » 11 allait aussi toutes les semaines à l'Hôtel des Invalides. Un des.enfants deM. LeRoi,'ayant souvent entendu parler le maréchal de la beauté de cet édifice, eut la plus grande envie de le voir. Un matin il abandoiuie sa classe, arrive cbez le maréchal, mis comme un écolier, et le trouve avec M. le duc d'Orléans, depuis régent du royaume, et le maréchal de Médavi. M. de Catinat ayant obtenu d'eux la permission de le faire entrer, il lui demanda quelle raison l'amenait; l'enfant, embarrassé, dit en liésitant : « On m'a dit, monsieur, que
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vous pouviez me faire voir l'Hôlil des Invalides, et je viens vous demander cette grâce. » Sa naïveté fit rire les audijeurs. Le maréchal envoya dire à M. Le Roi que son fils était chei lui , et qu'il le lui ramènerait ; il fit dîner l'enfant, et dès qu'il fut libre , il le prit par la main pour le mener à pied aux Invalides. A l'arrivée du maréchal dans l'hôtel , les gardes prennent les armes, les tambours battent; tous les vieillards, les infirmes accourent; ou criait dans les cours :« Voilà le père la Pensée ! » Ce bruit effraya l'enfant ; le maréchal le rassura, en lui disant que tout cela prouvait l'amitié que tous ces gens respectables lui portaient. Il lui fit voir toute la maison , le mena, à l'heure du souper, dans tous les réfectoires , fit apporter deux verres , et but avec le jeune homme à la santé de tous ses anciens camarades : tout le réfectoire , debout et découvert, remercia le maréchal, et le reconduisit avec acclamation.
Catinat allait tous les quinze jours à Versailles. Le roi lui demanda pourquoi on ne le voyait jamais à Marly, et si quelque affaire l'en empêchait. « Aucune, sire , lépondit le maréchal ; mais la cour est très-nombreuse, et j'en use ainsi pour laisser aux autres la liberté devons faire leur cour. — Voilà bien de la considération ! » répondit le roi !
La simplicité de l'extérieur de M. de Catinat fut regardée par ses envieux comme l'effet d'un orgueil délicat. « Cet habit de drap uni , dont le maréchal est toujours vêtu , est pour lui , disaient-ils, T la manière la plus sûie de se faire remarquer. » Mais la conduite deM.de Catinat démentait cette calomnie , puisqu'il savait sortir de cette simplicité quand il était obligé d'assister à quelque cérémonie d'éclat. Il était alors vêtu comme les autres : on le voyait avec des habits magnifiques, mais qu'il quittait avec plaisir, lorsque le moment de la représentation était fini. Ce costume simple du maréchal donna Lieu à plusieurs anecdotes. Se trouvant un jour à la messe dans l'église des Jacobins, un précepteur, qui ne le connaissait pas , lui fit céder sa place à ses élèves.
On ditencore qu'étant allé pour affaires chez un premier commis , les valets le
firent attendre longtemps dansTantithambre. Un officier le reconnut, et avertit le commis ; celui-ci sortit pour lui faire ses excuses, auxquelles il répondit par celte leçon : « Ce n'est pas ma personne que vous avez tort de laisser dans votre antichambre, mais un officier; quels qu'ils soient , ils sont tous également au service du roi, et vous êtes payé par lui pour leur répondre. »
LouisXlV lenomma, en 1705, chevalier de ses ordres. Mais M. de Catinat ne voulut pas accepter cette grâce. Ses parents, jaloux de faire passer à leur postérité cette illustration , se réunirent pour le conjurer d'accepter le cordon ; ils lui présentèrent sa généalogie, pour lui faire voir qu'il était eu état de faire ses preuves, et ils ajoutèrent que sa conduite en cette occasion leur ferait tort à jamais. « Si je vous fais tort, leur répondit-il, rayez-moi de votre généalogie. » Il persista dans son refus.
Un jeune hourgeois de Paris, chassant auprès de Saint-Gratien, apei^ut le maréchal, et lui cria, sans ôter so.i chapeau : « Bonhomme, je ne sais à qui appartient cette terre ; je n'ai point permission d'y chasser : cependant je vais me la donner. » Le maréchal l'écouta chapeau bas, et continua sa promenade. Le jeune homme, voyant rire des paysans qui travaillaient dans la campagne, leur en demanda le sujet. Ces bonnes gens lui répondirent :
Il Nous rions de votre insolence, de parler ainsi à monseigneur; s'il avait dit un mot, nous vous aurions battu. »
Le bourgeois, confus, courut après le maréchal , lui demanda pardon, et l'assura qu'il ne le connaissait pas : « Il n'est pas nécessaire, lui répondit-il , de connaître quelqu'un pour lui ôter son chapeau ; mais laissons cela, et venez souper avec moi », ce que le jeune homme n'osa point accepter.
(Panckoiicke.)
!<$i:uplici<é de souverains.
Jacques Fournier était fils d'un boulanger ; il fut élu pape , et prit le nom de Benoît Xll. 11 avait une nièce : plusieurs grands seigneurs la recherchèrent en mariage; il répondit toujours qu'elle
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n'était point d'une naissance à recevoir riionneiir qu'ils voulaient lui faire. 11 la maria au fils d'un bon négociant de Toulouse. Ces deux époux étant allés le saluer à Avignon, il les reçut avec beaucoup d'amitié, les garda une quinzaine dejours auprès de lui , ensuite les congédia en leur donnant une somme assez modique , et leur disant" que leur onc\e Jean Foiirnier leur faisait ce petit présent; qu'à l'égard du pape, il n'avait de parents et d'alliés que les pauvres et les malheureux. »
( Saint-Foix, Essais sur Parts. )
A Sans-Souci , Frédéric n'avaitd'autre garde, la nuit, qu'un simple factionnaire, qu'il renvoyait le matin à Potsdam , et il dormait aussi paisiblement que s'il eût été entouré de cent mille baïonnettes.
Une après-midi , un Français de passage à Berlin, le comte de Clioiseul, à qui le roi avait accordé audience, arrive au château et frappe à la porte. Un petit homme vêtu d'un habit bleu râpé descend tranquillement lui ouvrir :
« Mon brave homme, je viens voir le roi. — Mon gentilhomme , c'est moi ! » ( P. Nougaret, Patrie. )
Pendant le voyage del'empereur Joseph, en Italie, le fer d'une des roues de sa voiture cassa sur le chemin. Il parvini, avec beaucoup de peine, au plus prochain village. Descendu à la porte d'un serrurier, il lui demanda de réparer sur Ic-champ le dommage qui l'empêchait de continuer sa route. «1 Je le ferais volontiers, dit l'artisan; mais c'est aujourd'hui fête, tout le monde est à la messe, et je n'ai personne même ])Our faire jouer le soufflet. — Qu'à cela ne tienne, dit l'empereur ; je ferai jouer le soufflet moi-même : aussi bien cela m'éehauffera. » Le monarque souffle, l'ouvrier forge, et tout est réparé. 11 faut jiayer. « Combien ? — Six sous. >> Joseph juet six ducats dans la main du serrurier, et part. L'honnête artisan court après lui. '< Monsieur, vousvoustrompez, vous m'avez donné six ducats, je ne pourrais changer cela dans tout le village. — Change où tu pourras , le surplus de tes six sous est po\ir le plaisir que j'ai en de souffler. >' ( Àlmanach litli-raire , 1783.)
Simplicité évangélitiiie.
En 1 84 'i , lors de la quête pour l'œuvre du Mont-Carmel, la commission se réunissait dans les salons de M^e la baronne de Maistre.
Roger de Beauvoir, fidèle à ses principes d'élégance, arrivait à midi avec des gants lilas; à deux heures, il les remplaçait par des gants jaunes , et à quatre heures il enfilait des gants blancs.
Fra Carlo d'Ogni-Santi, le quêteur du couvent de Palestine, qui ne connaissait pas les gants, même de réputation], demandait avec intérêt à Emile Deschamps : « Quelle maladie a donc ce beau jeune homme? Ses mains changent de couleur trois ou quatre fois par jour. — C'est une élégantiasis chronique, » répondit Emile Deschamps.
{La Petite Revue.)
Simplicité militaire.
Le maréchal de La Ferté, que son grand âge et ses infirmités avaient mis hors d'état de servir, avait un fds dont il faisait préparer les équipages de guerre. Son maître d'hôtel ayant , par les ordres de oe fils, fait une ample provision'de truffes, morilles, champignons et autres ingrédients propres à la confection d'excellents ragoûts, en fit un mémoire qu'il présenta au maréchal. La maréchal ne l'eut pas plutôt envisagé qu'il le rejeta avec indignation : « Allez dire à mon fils, s'écria-t-il, que ce n'était pas ainsi que de mon temps nous tenions la campagne :
de la grosse viande, simplement apprêtée, composait tous nos mets. Dites-lui que je ne veux entrer pour rien dans une dépense aussi folle et aussi indigne d'un homme de guerre. »
(Improvisât, français.)
Simpliiicatioii.
Diogène le cynique aperçut un enfant qui buvait dans le creux de sa main; il jela aussitôt le gobelet qu'il avait coutume de porter dans sa besace, et dit : « L'enfant me donne une leçon ! « Il jeta pareillement sa cuiller lorsqu'il eut vu un autre enfant qui , après avoir cassé son écuelle, ramassait ses lentilles avec une croûte de pain.
(Diogène de Laeite.)