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^iuéciire.
Quand ou donna Lisieu.v au lieu de Nantes à l'évèque PJiilippe de Cospeau , «luelqn'un lui dit : « Mais vous aurez bien plus grande charge d'àmes. — Voire, répondit-il , les Normands n'ont point d'àme. »
f Tallemant des Réaux. )
L'ai)ljé Prévôt venait d'être nommé aumônier du prince de Conti. •< Monsieur l'abbé, lui dit le prince, vous voulez être mon aumônier, mais je n'entends pas de messe. — Et moi, monseigneur, je n'en dis jamais. »
Sîobfiété de style.
Mine (Je La Fayette avait coutume de dire qu'une j)ériode retranchée d'uu ouvrage valait un louis d'or, et un mot vingt sols.
Utolii'iété salutaire.
.\u combat d'Echlet, où le duc de Bourgogne avait en tête le fameux Marlborough, les deux^armées se canonnèrent longtemps sans jamais s'approcher. La soif et la faim avaient obligé le prince de descendre de cheval ; ses officiers se disposaient à lui servir un repas : « Non, dit le duc de Bourgogne, ce n'est pas ici le temps et le lieu de tenir table ; » et se contentant d'un léger rafraîchissement, il reprit ses armes. Au même instant un boulet de canon renverse la table qu'il quittait , brise son siège, emportera tête d'un valet de chambre ; et ce premier coup est suivi d'un second, qui tue un de ses gardes à ses côtés.
( Ménioires-anea/. )
«oif.
On ae résiste pas toujours si longtemps à la soif qu'à la faim. En 1787, on vit mourir un des cent-suisses de la garde de Louis XVI pour être resté seulement vingt-quatre heures sans boire.
Il était au cabaret avec quelques-uns de ses camarades : là, comme il présentait son verre, un d'entre-eux lui reprocha de boire plus souvent que les autres et de ne pouvoir s'en passer un moment. C'est sur ce propos qu'il gagea de demeurer vingt-
quatre heures sans boire, i)ari qui fut accepté, et qui était de dix bouteilles de vin à consommer. Dès ce moment le soldat cessa de boire, quoiqu'il restât encore plus de deux heures à voir faire les autres avant que de se retirer.
La nuit se passa bien, comme on peut croire; mais dès le point du jour il trouva très-durde ne pouvoir prendre son petit verre d'eau-de-vie, ainsi qu'il n'y manquait jamais. Toute la matinée il fut inquiet et troublé. Il allait, venait, se levait, s'asseyait sans raison, et avait l'air de ne savoir que faire. A une heure il se coucha, croyant être plus tranquille : il souffrait, il était vraiment malade; mais vainement ceux qui l'entouraient i'invitaient-ils à boire, il prétendait qu'il irait bien jusqu'au soir; il voulait gagner la gageure, à quoi se mêlait sans doute un peu d'orgueil militaire, qui l'empêchait de céder à la douleur.
Il se soutint ainsi jusqu'à sept heures; mais à sept heures et demie il se trouva mal, tourna à la mort, et expira sans pouvoir goûter à un verre de vin qu'on lui présentait.
(Brillât -Savariu, P/iystolof^ie </u Soùt.)
SSoiu de sa personne.
M""= la comtesse de Soissons était bien faite, mais une pauvre femme du reste.
Elle ne fermait jamais les mains, parce que cela rendait les jointures rudes ; elle avait les mains belles. Elle avait des oreillers dans son lit, de toutes les grandeurs imaginables : il y en avait même pour son pouce.
(Tallemant des Réaux.)
Sitolécismes de civilité.
Uernvèremeut , raconte Deliilc , l'abbé Cosson, professeur de belles-lettres au collège Mazarin, me parla d'un dîner où il s'étaittrouvè, quelquesjoursauparavant, avec les gens de la cour, les cordons-bleus, des maréchaux de France, chez l'abbé de Hadonvilliers, à Versailles. « Je parie, lui dis-je, que vous y avez fait cent incongruités. — Comment donc! reprit vivement l'abbé Cosson, fort inquiet. Il me semble que j'ai fait la même chose que tout le monde. — Quelle présomption 1
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Je gage que vous n'avez rien fait comme |)ïîisoi)ne. Mais voyons, je me bornerai au dîner; et d'abord que fitcs-vous de votre serviette en vous niellant à table? — De ma serviette ? Je fis comme tout le monde : je la déployai, je l'étendissur moi, et l'attachai par un coin à ma boutonnière. — Eh bien, mon cher, vous êtes le seul qui ayez fait cela : on n'étale point sa serviette, on la laisse sur ses genoux. Et comment fîles-vous pour manger votre soupe.3 — Comme tout le monde, je pense. Je pris ma cuiller d'une main et ma fourchette de l'autre... — Votre fourchette, bon Dieu ! Personne ne prend de fourchette pour manger sa soupe. Mais poursuivons. Après votre soupe, quemangeâtes-vous.' — Un œuf frais. — Et que fites-vous de la coquille? — Comme tout le monde , Je la laissai au laquais qui me servait. — Sans la casser? — Sans la casser. — Eh bien, mon cher, on ne mange jamais un œuf sans briser la coquille. Et après votre œuf? — Je demandai du bouilli. — Du bouilli! Personne ne se sert de cette expression ; on demande du bœuf, et point de bouilli . Et après cet aliment? — Je priai l'abbé de Radonvilliers de m'envoyer d'une très-belle volaille. — Malheureux! delà volaille !0n demande du poulet, du chapon, de la poularde; on ne parle de volaille qu'à la basse-cour. Mais vous ne dites rien de votre manière de demander à boire. — J'ai, comme tout le monde, demandé du Champagne, du bordeaux, aux personnes qui en avaient devant elles. — Saclicz donc qu'on demande du vin de Champagne, du vin de Bordeaux... Mais ditesmoi quelque chose de la manière dont vous mangeâtes votre pain. — Certainement à la manière de tout le monde : je le coupai proprement avec mon couteau.
— Eh ! on rompt son pain, on ne le coupe pas... Avançons. Le café, comment le prites-vous? — Eh ! pour le coup, comme tout le monde : il était brûlant, je le versai par petites parties de ma tasse dans ma soucoupe. — Vous voyez donc, mon cher Cosson, que vous n'avez pas dit un mot, pas fait un mouvement, qui ne fût conti e l'usage. » L'abbé Cosson était confondu, continue Delille. Pendant six semaines il s'informait à toutes les personnes qu'il rencontrait de quelques-uns des usages sm lescjucls je l'avais critiqué, w — Delille lui-même les tenait d'une de ses amies,
et avait été longtemps à se trouver ridicule dans le monde, où il ne savait comment s'y preudre pour boire et manger conformément à l'usage.
[Classiques de la table. )
Solécisnies
J'allai un matin faire une visite au général Bouvier des Éclats, mon ami et mon compatriote. Je le trouvai parcourant son appartement d'un air agité, et froissant dans ses mains un écrit que je pris pour une pièce de vers.
« Prenez, dit-il en me le présentant; et dites-moi votre avis; vous vous y connaissez. »
Je reçus le papier, et l'ayant parcouru, je fus fort étonné de voir que c'était une note de médicaments fournis : de sorte que ce n'était point en ma qualité de poète que j'étais requis, mais comme pharmaconome.
« Ma foi , mon ami , lui dis-je en lui rendant sa propriété, vous connaissez l'habitude de la corporation que vous avez mise en' œuvre. Les limites ont bien été peut-être un peu outrepassées ; mais pourquoi avcz-vous un habit brodé, trois ordres, un chapeau à graine d'épinards?
Voilà trois circonstances aggravantes , et vous vous en tirerez mal. — Taisez- vous donc, me dit-il avec humeur: cet état est épouvantable; au reste, vous allez voir mon écorchcur, je l'ai fait appeler; il va venir, et vous me soutiendrez.
Il parlait encore quand la porte s'ouvrit, et nous vîmes entrer un homme d'environ cinquante-cinq ans, vêtu avec soin ; il avait la taille haute, la démarche grave; et toute sa physionomie aurait eu une teinte uniforme de sévérité si le rapport de sa bouche à ses yeux n'y avait pas introduit quelque chose de sardonique. Il s'approcha de la cheminée , refusa de s'asseoir; et je fus témoin auditeur du dialogue suivant, que j'ai fidèlement retenu.
Le génkual. — Monsieur, la note que vous m'avez envoyée est un véritable compte d'apothicaire, et
L'uomme noir. — Monsieur, je ne suis point apolhicaiie.
Lk géivékal. — Et qu'êtes-vous doue, monsieur ?
L'iioMMi-: NOiK. — Monsieur, je suis phaimacitn.
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Le GÉisÈUAt. — Kh bien, monsieur le [iharniacieii , votre garçon a dû vous dire... .' , .
L'homme noir. — Monsieur, je n'ai poùit de garçon.
Le génébal. — Qu'était donc ce jeune homme ?
L'homme noir. — Monsieur, c'est un élève.
Le général. — Je voulais donc vous dire, monsieur, que vos drogues...
L'UOMME NOIR. — Monsieur, je ne vends point de drogues.
Le GÉNÉRAL. — Que vendez-vous donc, monsieur.'
L'homme noir. — Monsieur, je vends des médicaments.
Là finit la discussion; le général, honteux d'avoir fait tant de solécismes et d'être si peu avancé dans la connaissance de la langue pharmaceutique, se troubla, oublia ce qu'il avait à dire, et paya tout ce qu'on voulut, (Brillât-Savarin , Pliyslolog'ic du goi'U.)
fSollicitiide coiijiig-alc.
J'envoyai, sous le commandement d'Alexis Orlow, suivi de quatre officiers choisis et d'un détachement d'hommes doux et raisonnables, l'empereur déposé (son époux) à vingt-sept verstes de Péterhof, dans un endroit nommé Ropscha, trèsécarté, mais très-agréable , tandis qu'on préparait des chambres honnêtes et convenables à Schlusselburg, et qu'on eut le temps de mettre des chevaux pour lui, aux relais. Mais le bon Dieu en disposa autrement : la peur lui avait donné un cours de ventre qui dura trois jours et s'arrêta au quatrième. Il but excessivement ce jour-là, car il avait tout ce qu'il voulait, hors la liberté. Il ne m'a cependant demandé que sa maîtresse, son chien, son nègre et son violon; mais, crainte de scandale et d'augmenter la fermentation dans les esprits, je ne lui envoyai que les trois dernières choses.
La colique hémorrhoïdale lui reprit avec le transport au cerveau ; il fut deux jours dans cet état, d'où s'ensuivit une grande faiblesse, et, malgré les secours des médecins, il rendit l'àmc.
(Catherine II, Foy. Schneider, Za cour de Russie il y a cent ans. )
Siolliciteuse.
Une duchesse avait au parlement un procès qui devait être bientôt rapporté. Elle alla voir un conseiller qu'on lui dit être son rapporteur, et qu'elle ne connaissait point. Elle entre chez lui , et trouve dans l'antichambre , sur son passage, un gros chat, qui, par des mouvements flatteurs, semblait l'inviter à le caresser, ce qu'elle fit, quoiqu'elle eût une aversion naturelle pour ces animaux ; elle lui passa deux ou trois fois la main sur la tête, elle le flatta. Dans ce moment, le conseiller, averti de la présence de la dame, parut et demanda à la duchesse ce qui lui procurait le plaisir de la voir chez lui : « Vous êtes mon rapporteur, lui dit-elle, et je viens me recommander à vous. — Madame , lui répondit-il, vous avez pris le change. J'ai un frère conseiller au parlement comme moi, et c'est lui qui est chargé de votre affaire. — Comment donc ! s'écria la duchesse d'un air chagrin en sortant avec précipitation, vous n'êtes pas mon rapporteur, et j'ai caressé votre chat ! »
Sioiniiainbiiles.
Un chirurgien se saignait en dormant, et ajustait ensuite son bras tout aussi bien que s'il eût été éveillé. Cet homme se levait, prenait sa lancette , se mettait sur une chaise, se piquait la veine, et réitérait cette opération toutes les fois qu'un mal de gorge auquel il était sujet se faisai sentir.
« J'ai vu un somnambule, dit Voltaire, mais celui-ci se contentait de se lever, de s'habiller, de faire la révérence, de danser le menuet assez proprement ; après quoi il se déshabillait, se recouchait et continuait de dormir, )>
Cela n'approche pas du somnambule de V Encyclopédie. C'était un jeune séminariste, qui se relevait pour composer un sermon en dormant , l'écrivait correctement, le relisait d'un bout à l'autre, ou du moins croyait le relire , y faisait des corrections, raturait des lignes, en substituait d'autres, remettait à sa place un motoublié, composait delà musique, la notait exactement, après avoir réglé sou papier avec sa canne, et plaçait, sans se tromper, les paroles sous les notes, etc., etc. Un archevêque de Bordeaux dit