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pagné d'un luagnifique cliien de Terre- Neuve. La conversation des deux amis roulait sur les qualités instinctives qui distinguent ce quadrupède, et le propriétaire du chien avait assez de peine à persuader à son compagnon que la race de Terre-Neuve n'hésitait pas un instant à se précipiter dans les flots pour sauver un homme en d&nger.
« Savez-vous nager? dil-il à l'incrédule. — Non », répondit l'ami.
Le propriétaire du chien pousse son compagnon et le jette dans le canal : le chien de se lancer à la suite et de le saisir par un des pans de son paletot.
Mais en face, sur l'autre I)Ord, il y avait aussi un chien de Terre-Neuve, et le noi)le animal, ayant remarqué la scène qui se passait près de lui, se jeta à la nage, arriva en un instant sur le lieu du sinistre, et se saisit également du patient par le pan opposé.
Lts lieux chiens tirant également dans des directions contraires, il arriva que, conformément aux lois de la statique, riiomme resta en équilibre au milieu de se.^ sauveurs.
Toutefois un paletot, quchpie bon qu'il soit, ne résiste pas longtemps à des attaques aussi rudes; le vêtement céda, et les deux terre-neuve s'en allèrent chacun vers son maître avec un morceau de la dépouille du patient. Mais son ami veillait sur lui. Dés qu'il eut vu que les chiens avaient pris la partie pour le tout, il se jeta à son tour à la nage, et réussit, heureusement, à ramener la victime de cet essai un peu liasardé.
Terreur ( Episodes de la ) ,
Un jour, parmi les \ictimes entassées pour le supplice se trouvait un vieillard de Saar-Lihre, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il était d'une telle surdité, et possédait d'ailleurs si peu de français, qu'il ne savait même pas de quoi il était question. Il s'endormit à l'audience, et on ne le réveilla que pour lui prononcer son jugement, qu'il ne comprit pas plus que tout le reste. On lui persuada qu'on le transférait dans une autre prison, lorsque sur la ohanellc on le transférait à la mort; et il le crut.
(Biouffe, Mémoires d'un détenu.)
bous la Terreur, à Lyon, le sculpteur Chinard, proscrit pour avoir servi pendant le siège, se déguisa avec un énorme bonnet, prit un faux nom, se munit de quel<[ues papiers inutiles, et se fit arrêter comme fdou; il fut condamné à un an de détention par la police correctionnelle , et échappa de cette manière au massacre.
— Un of (icier municipal de M. . . , nommé Laurenson, espérait sa prochaine liberté : sa commune l'avait réclamé avec énergie, ses dénonciateurs se rétractaient, il allait être rendu à la liberté. Malheureusement, on l'avait mis sur la liste des condamnés; les sbires viennent, on l'entraîne. En vain il se récrie, on le fait marcher au supplice. Enfin un gendarme fait attention à lui; il prend pitié de l'infortuné, il fend la presse et présente sa réclamation. On y fait droit; mais pendant cet intervalle Laurenson continuait d'être traîné à l'échafaud. Déjà le bourreau retendait sur la funeste planche ; le gendarme crie, Laurenson est détaché. Le maliieureux avait perdu la raison. « Ma tête n'estelle pas à terre.' disait-il dans son égare ment. Ah! qu'on me la rende.... Ne voyez-vous pas mon sang qui fume! il coule près de moi et sur mes souliers.... Voyez ce gouffre où sont entassés tous ces corps. Retenez-moi, je vais y tomber. » 11 fut conduit à rhosj)ire.
— Voici un trait de barbarie que j'ai entendu raconter comme un fait trèscertain. 11 se trouve dans plusieurs recueils, et cep( udant j'hésite à le croire.
Une femme, âgée de quatre-vingts ans, nommée Martinon, malade au point de ne pouvoir se soutenir surla voiture qui la conduisait au supplice, y fut jetée comme un ballot, et, au moyen de cordes, on la garrotta avec force, de crainte qu'elle ne vint à rouler à terre. En vain elle fait entendre des cris plaintifs, on la serre encore davantage. Après quelques instants de marche, la charrette éprouve une secousse; le ventre de la malheureuse se brise, ses intestins se répandent, elle expire.
— Au milieu de ce délire de la férocité, on voyait éclater le plus grand cotuage, même dans l'âme de ceux où l'on devait s'attendre à en trouver le moins.
Une jeune fille de seize ans, nommée Marie Adriane, s'était habillée en homme, et avait servi dans l'artillerie pendant le
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siège de Lyon. « Comment, lui dirent les juges, as-tu pu Ijraver le feu, et tirer le canon contre ta patrie? — C'était, au contraire, pour la défendre, » réponditelle.
Une autre jeune fille du même âge refusait de porter la cocarde; on l'interroge sur le niotit' de son refus. « Ce n'est point, dit-elle, la cocarde que je hais; mais, comme vous la portez, elle déshonorerait mon front. >> Lafaye fait signe au guichetier d'attacher une cocarde au bonnet de la jeune personne. « Va, lui dit-il ensuite, en portant celle-là, tu es sauvée. » Elle se lève avec sang-froid, détache la cocarde, ne répond que ces mots : « Je vous la rends, « et marche au supplice.
— Les l)illets dits de su-ge obs'idional avaient été fabriqués dans l'impiimerie des frères Bruysset, et portaient la signature de l'aîné : c'était à celui-là qu'on en voulait. Au moment où le jugement devait avoir lieu, il était malade. On fait venir son frère, on lui présente un des billets, et on lui demande si c'est sa signature. Il se contente de répondre, sans autre explication : « C'est bien la signature Bruysset. » Cette équivoipie courageuse sauve son frère ; c'est le plus jeune que les juges envoient à la mort.
— M. Couchaux,jeune homme de vingtdeux ans, parvient à s'introduire dans le lieu de détention de son vieux père, à la faveur d'un mouvement autour des pri-* sons, et veut l'engager à fuir. Le vieillard s'y lefuse. » Ainsi, dit le fils, nous périrons tous deux, car je ne sortirai pas d'ici sans vous. » Le père cède ; mais il a les jambes enflées, ulcérées, et ne peut marcher. Le fils le charge sur ses épaules, ils arrivent aux barrières, et sortent de la Tille.
— On admira aussi le courage résigné de quelques prêtres. On exterminait tous ceux qu'on pouvait saisir. « Si votre devoir est de nous condamner, disait l'un d'eux, obéissez à votre loi; la mienne m'ordonne de mourir et de pardonner à mes ennemis. »
" Ciois-tu à l'enfer? disait le président au curé d'Amplepuy. — Comment en douter, dit-il, puisque je vous vois? »
Mais parmi les prêtres, il y en avait aussi de semblables à ceux dont la peur faisait des apostats dans d'autres départements. " Crois-tu en Dieu? dit Parrein à l'un de ces prêtres. — Très-peu, répondit-
il. — Meurs, infâme, et va le reconnaître. (Beaulieu, Essais historiques.)
Un jour, un des agents de Fouquier- Tinville vint à la prison du Luxembourg, avec une liste que son maître lui avait dit contenir dix-huit noms. Il en fait l'appel, il n'en trouveque dix-sepr. « Mais, dit-il au guichetier, Fouquier m'a dit de lui amener dix-huit contre-révolutionnaires; il me faut encore une pièce. >> Un malheureux suspect passant alors devant lui, il lui demande son nom. Celuici le décline. « Oui, dit-il, c'est toi, » et il le tait emmener par les gendarmes. Le lendemain, il fut guillotiné.
Une autre fois, un de ces agents appelait dans la galerie un détenu, d'environ cinquante ans, dont je ne me rappelle pas le nom, mais que je sais avoir été officier général en Corse. Celui-ci n'entendait pas, ou, sachant de quoi il s'agissait, ne se pressait pas de répondre. Un jeune étourdi, d'environ dix-sept ans, jouait à la balle dans la galerie ; il entend un nom à peu près conforme au sien, et demande si ce n'est pas lui qu'on appelle. .; Comment te nommes-tu? — N.... — Oui, c'est toi; viens au guichet. « On l'entraîne à la Conciergerie, et le malheureux enfant de dix-sept ans est guillotiné en place d'un homme de cinquante.
— Parmi les prisonnières se trouvaient les duchesses de Noailles et d'Ayen. La premièreétait àgéed'environ quatie-vinçttrois ans, et presque entièrement sourde ; à peine pouvait-elle marcher : elle éteit obligée d'aller comme les autres à la ga- ' melle, et déporter avec elle une bouteille, une assiette et un couvert de bois ; il n'itait pas |)ermis d'en avoir d'autre. Comme on mourait de faim, lorsqu'on allait à ce pitoyable dinei-, chacun se pressait pour arriver le plus tôt possible, sans faire attention à ceux qui étaient à coté de soi. La vieille maréchale était poussée comme les autres; et, trop faible pour résister à ce choc, elle se traînait le long du mur pour ne pas être à chaque instant renversée; elle n'osait avancer ni reculer, et n'arrivait à la table que lorsque tout le monde était placé. Le geôlier la prenait rudement par le bras, la faisait pirouetter et la faisait asseoir sur le banc. Un jour, croyant que cet homme lui adressait la
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parole, elle se retourne : « Qu'est-ce (|ue vous me dites? — Je dis, vieille 1).,.., que tu n'as personne ici pour porter ta cotte; f....-toi là. » Et il la plaça sur le banc comme s'il y eût mis un paquet.
(Deaulieu, Essais histor.)
Lorsqu'on vint cheicher dans la prison le chevalier de Molleville, mon frère, pour le traduire devant les scélérats qui, sous le nom de juges, prononçaient sur le sort des prisonniers et avaient jusqu'à ce moment envoyé à la niori tous ceux qu'ils avaient jugés, un des hommes qui le conduisaient, étonné du calme et de l'air de sécurité qu'il remarquait sur sa figure, lui dit, après l'avoir regardé fixement pendant quel(|ues momeuls : » Vous avez l'air d'un houuêle homme, vous; ou n'a pas un aussi bon visage quand on est coupable. — Aussi ne le suis-je pas, lui répondit mon fière. — Pourquoi donc èles-vous ici.' — Je n'en sais rien; personne n'a pu me le dire, et c'est par méprise que j'ai été arrêté. — C'est- il bien sur.' — Très-sûr. — Eh bien! eu ce caslà votre affaire est bonne , nous pourrons vous sauver ; n'ayez pas peur surtout, parlez ferme, et ayez confiance en Michel , entendez-vous? — Oui , oui , je n'aurai pas peur, soyez-en bien sûr, et vos services seront bien récompenses , je vous le promets. — Fi donc, fi donc, ne parlez pas de cà ! »
Le bonheur iualtendu de trouver dans cette horde de cannibales un protecteur aussi zélé donna à mon frère toute l'assurance dont il avait besoin. Parvenu à la barre de ce tiilniiial de sang, et interrogé par celui des bourreaux qui le présidait sur son nom et ses qualités, il dit sou nom, et ne prit d'autre qualité que celle de Maltais. « Maltais ! Maltais ! qu'est-ce que ça veut dire? qu'est-ce que c'est que ça, Maltais? s'écrièrent plus de cent personnes à la fois. — Ça veut dire qu'il est de Malte, répondit avec nue voix de tonnerre le conducteur de mon frère. C'est une île que Malte ; est-ce que vous ne savez pas ça ? J'ai connu beaucoup de gens qui en étaient, et tous ces geiis-là étaient dos Maltais. — Ah ! c'est une île, dit un autre ; l'accusé est donc étranger? — Eh! sans doule, il est étranger, f.... Léle. — C'est bon, c'est bon, ne vous fâ-
chez pas, citoyen. — A l'ordre ! à l'ordre ! président, ciiéreiit jilusieurs voix. Allons, allons, dépêchons. »
Le président demanda alors à mon frère de quoi il était accusé. Mon frère répondit qu'il n'en savait rien, et qu'on n'avait jamais pu le lui dire. « C'est faux, c'est faux, il mont, cria-t-on de toutes parts. — Silence donc, citoyens, répondit l'honnête Michel sur le ton le jilus impéraiif, laissez parler l'accusé; s'il ment, son affaire sera bieulôt faite; mais vous ne voulez pas le juger sans l'entendre, peut-être? — Non, non, c'est juste, il a raison , écoutons , écoulons ; président , va donc. — A quelle occasion avez-vous été arrêté ? reprit le président — Parce (pie j'ai eu le malheur d'aller faire ime visite à quelqu'un dans le moment même où la garde était chez lui pour l'arrêter ; on m'a conduit à la municipalilé avec lui. Mes amis ont fait plusieurs démarches pour obtenir ma liberté; on leur a toujours répondu que les oïdies allaie .t être expédiés à cet effet, et je ne conç is pas pourquoi ils ne l'ont pas encore eié.
— Mais êtes vous sûr qu'il n'y a aucune autre charge contre vous sir le registre ?
— J'ai lieu de le croire; s il y en avait, je ne serais pas embarrassé d'y répondre,
— Qu'on apporte donc le registre. » 11 fut lemis par le geôlier au président, qui, ne voyant à l'aiticle de mou fière ni motifs d'emprisoiineineiit ni charges q.ielconques, présenta leregistie aux autios membres du tiibuual pour les en convaincre, et prononça à haute voix que l'accusé avait déc'aré la vérité; q l'il n'exiitait aucune charg-- contie li i : « La nation doit donc le déc arer iimoc nt, » s'écria le bon Michel. Cette motion fut heureusement appuyée par ui oui géué-.
lal. Cette acclam;ition uiiauiiue dicta le jugement du triluiiial, au nom «luquel le président déclara i'aceusé innocciit, et ordonna qu'il fût mis en liberté. Ce jugement fut applaudi par des cris répétés de : « Vive la nation ! » Aussitôt Michel et un de ses camarades, qui paraissait s'intéresser aussi vivement (pie lui au sort de mon frère , le prirent |)ar le bras , le conduisirent à la porte extérieure de la prison , où s'exécutaient tous les massacres, et y |)roclamèrent son innocence.
A peine les mots de citoyen innocent eurent-ils frappé les oreilles de cette foule de bourreaux rangés en haie et avant
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déjà le bras levé poui- égorger mon frère, qu'ils se précipitèrent au-devaut de lui , rélevèrent dans leurs bras avec les trans- . poits de joie les plus immodérés, et l'accablèrent à plusieurs reprises de leurs liorribles caresses, auxquelles se mêlait le sang qui dégouttait encore de leur visage et de leurs mains. Ce supplice d'un nouveau genre, et auquel il fallait se résigner de bonne grâce, sous peine de la vie, aurai! été d'une longueur insupportable, si les deux vigoureux conducteurs de mon l frère n'étaient [)arvenus à l'arracher des [. mains de la populace, sous le prétexte qu'il avait besoin de repos , qu'il était près de se trouver mal, et qu'il y avait de la barbarie à l'empêcher d'aller se coucher.
.^près qu'ils l'eurent dégagé delà foule, ils lui demandèrent s'il n'avait pas quelque parent en ville chez lecjuel il voulût rêtre conduit. Mon frère leur répondit qu'il avait une belle-sœur chez laquelle il allait, mais qu'il ne voulait pas leur donner la peine cleraccom[)agner, parce qu'il se sentait encore la force d'y aller tout ; seul ; il leur témoigna en même temps sa I reconnaissance des services qu'ils lui ' avaient rendus, et leur présenta une poignée d'assignats de cinquante livres , comme une faible récompense de tout ce qu'ils avaient fait pour lui ; mais ils ne voulurent ni recevoir son argent , ni le laisser aller seul. « Nous répondons de - vous, lui dit l'un d'eux; nous ne vous quitterons pas que nous ne vous ayons mis en sûreté. Quant à vos assignats, nous n"( n voulons point, nous en avons assez; le honlieur de vous avoir sauvé nous vaut mil ux que ça : c'est donc chez votre belle- .' ri;r que nous allons; où loge-t-elle .' — l'aie du Chaume. — Cette bonne damelà sera sûrement bien étonnée et bien contente de vous revoir! — Oh! certainement, elle en sera enchantée. — Vous ne devineriez pas, monsieur, ce que nous disions là , reprit le bon Michel après avoir parlé bas un moment avec sou camarade. — Non, vraiment. — Nous dis ons comme ça, monsieur, que si vous Vouliez nous permettre d'entrer avec vous c'it/ madame votre belle-sœur, ça nous f I lit l)ieu du bien de vous voir si cont iiK l'un et l'autre. — Vous êtes bien honnêtes, mes amis ; mais il est trop tard, vous avez besoin de vous reposer. — Oh ! monsieui-, ça nous reposerait mieux que
tout. — Je le voudrais bien ; mais c'est que ma belle-sœur est si timide et d'une sauté si délicate, que je craindrais beaucoup pour elle l'eftet du saisissement que lui causerait une visite aussi inattendue; et si elle apercevait les taches de sang qui sont sur vos hahiis, elle en aurait une telle horreur qu'elle s'évanouirait sur-le-champ, j'en suis sûr, et vous seriez fâchés de lui faire ce mal-là. — Oh ! mais, monsieur, quand vous lui din-z (pie c'est nous qui vous avons sauvé , elle ne s'apercevra pas de tout ça, et elle sera bien aise de nous voir, soyez sûr que nous ne lui ferons pas peur. Allons, monsieur, rendez-nous donc ce service, ça nous soulageia tant ! Ça n'est pas si cher que tout l'argent que vous vouliez nous donner, et ça nous fera bien du plaisir. » Mon frère eut beau s'en défendre, il fut forcé de céder à leurs instances réitéiées, et de se laisser conduire par eux chez mon beau-père, où on fut d'autant plus agréablement surpris de le voir arriver, qu'on ne doutait pas qu'il n'eût été massacré.
M"** de Bertrand, préparée à l'étrange visite qu'elle allait recevoir, y consentit sans la moindre répugnance; soi cœur était trop plein de reconnaissance et de joie pour être accessible à un autre sentiment ; elle ne vit dans ces hommes couverts de sang que les libérateurs de mon frère, et les reçut comme ses meilleurs amis. Vivement touchés de cet accueil , des transports de joie de M"""^ de Bertrand et de toute sa famille, qui entourait et embrassait mon frère, Michel et son camarade jouissaient délicieusement du bonheur dont ils étaient témoins, en pensant avec raison qu'il était leur ouvrage, 'i C'est pourtant nous qui avons sauvé ce brave homme-là! » disaient-ils en essuyant de leurs deux mains à la fois les larmes de sensibilité que leur arrachait une scène aussi attendrissante, et peutêtre aussi les larmes du repentir.
(Bertrand de Moleville, Mémoires. )
Un voleur, nommé Barrassin, avait obtenu la confiance du concierge par les services qu'il lui avait rendus en se chargeant volontairement des travaux les plus pénibles et les plus dégoûtants de l'intérieur de la prison. Cet homme avait été condamné à quatorze ans de fers pour 2i
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ses crimes ; et il m'a dit plusieurs lois, dans ses moments d'ivresse, que, pour lui rendre justice, il eût fallu le faire expirer sur la roue. Le concierge, à qui Barrassin était utile , avait obtenu qu'il tiendrait son han dans la prison, au lieu d'aller aux galères. Je n'ai jamais vu de figure plus farouche que celle de Barrassin ; je n'ai jamais entendu de son de voix plus affreux. Voici la formule qu'il employait pour nous appeler ; c'est de cette manière que je l'ai entendu apostropher M. le duc du Châtelet , qui errait alors dans la cour au milieu d'une troupe de voleurs: « Eh! Châtelet, eh!... aboule ici, eh! Châtelet. » Aboule, en langue de prison, signifie inens. Et M. le duc obéissait docilement à Barrassin.
Le soir lorsqu'il fallait rentrer dans nos cachots, le guichetier était accompagné de Barrassin, qui nous appelait par chambrée, et toujours suivant la formule que je viens de transcrire. On nous comptait ensuite comme un troupeau de bêtes, et sept ou huit portes se fermaient sur nous avec un fracas épouvantable.
Quelque temps après, un des guichetiers reparaissait avec des listes de jurés, qu'il distribuait à ceux qui devaient paraître le lendeniiîn au redoutable tribunal, en leur disant, dans sa farouche gaieté :
« Tiens voilà ton extrait mortuaire. »
(Bertrand deMoleville, Mémoires.)
Depuis le 14 jusqu'au 26 décembre Louis XVI vit régulièrement ses conseils. Tous les matins M. de Malesherbes apportait à Sa Majesté les papiers-nouvelles, et les opinions imprimées des députés , relatives à son procès. Il préparait le travail de chaque soirée, et restait avec Sa Majesté une heure ou deux. Le roi daignait souvent me donner à lire quelquesunes de ces opinions, et me disait ensuite : « Comment trouvez-vous l'opinion d'un tel ? — Je manque de termes pour exprimer mon indignation , répondais-je à Sa Majesté ; mais vous, sire ! comment ponvez-vous lire tout cela sans horreur.' — Je vois jusqu'où va la méchanceté des liommes, me disait le roi, et je ne croyais pas qu'il s'en trouvât de semblables. » (Cléry, Journal du Temple.)
L'espèce de reposoir dressé au jardin du Luxembourg pour y offrir le cœur de Marat (après son assassinat par Charlotte Corday ) à la vénération et à la reconnaissance des patriotes était simple et touchant, et l'hommage qu'on y rendit au saint du jour fut aussi extraordinaire que l'objet de la fête.
Un oratem- a lu un discours qui a pour épigra[)he : O cor Jesu, ô cor Marat!
Il Cœur sacré de Jésus, cœur sacré de Maiat, vous avez les mêmes droits à nos hommages. « L'orateur compare dans son discours les travaux du Fils de Marie avec ceux de l'Ami du peuple : les apôtres sont les Jacobins et les Cordeliers... Jésus est un prophète , et Marat est un Dieu. L'orateur a fini par comparer la compagne de Marat à la Mère de Jésus : celle-ci a sauvé l'enfant Jésus en Egypte, l'autre a soustrait Marat au glaive de La Fayette, qui était un nouvel Hérode.
Brochet à rendu hommage aux talents de l'auteur, mais il a été surpris du parallèle. Marat n'est pas fait pour être comparé avec Jésus : cet homme fît naître la superstition ; il défendait les rois, et Marat eut le courage de les écraser (1).
(Prudhomme, Béroludoiis de Paris.)
Une demoiselle jeune , grande et bien faite , s'était refusée aux recherches de Saint-Just : il la fit conduire à l'échafauJ. Après l'exécution, il voulut qu'on lui représentât le cadavre et que la peau fût levée. Quand ces odieux outrages furent commis, il la fit préparer par un chamoiseur, et la porta en culotte. Je tiens ce fait révoltant de celui même qui a été chargé de tous les préparatifs : il me l'a raconté, avec des détails accessoires (pic je ne puis pas répéter, dans mon cabinet au Comité de sûreté générale , en présence de deux autres personnas qui vivent encore. 11 y a plus : d'antres monstres, à l'exemple de Saint-Just, s'occupèrent des moyens d'utiliser la peau des morts et de la mettre dans le commerce.
(Harmand, Anecdotes relatives à la Rcvolution.)
(i) Nous aonnons cet extrait tle Prudhomme tel quel, sans nous i>ermettre de le modiliei- en
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Un jour à Lyon deux cent dix nouveaux proscrits fuient destinés par Collotd'Hei bois à être mitraillés, mais sous une foinie de spectacle variée. En traversant le pont Morand , la gendarmerie les compta, et il s'en trouva deux de plus qu'il n'était porté dans la sentence. On en réfère à Collot-d'Herbois, qui répond : « Qu'importe qu'il y ait deux surnuméraires.'' S'ils périssent aujourd'hui, ils ne périront pas demain. « Arrivés dans la plaine fatale, on les attache avec descàj)lcs, à une longue rangée parallèle de saules, entre les canons qui vont les mutilei', et les soldats qui doivent achever de les faire mourir. On assure que la lassitude de ces derniers ne leur permit pas de consommer leurs assassinats, et que plusieurs respiraient encore le lendemain tjuand les fossoyeurs révolutionnaires vinrent couvrir leurs corps de chaux vive, dans le moment même du passage de la vie à la mort
— A son arrivée à Toulon, Fréron fait ranger le long d'une muraille plusieurs centaines de proscrits : à un signal donné l'artillerie joue, et tous ces infortunés sont foudroyés.
Cependant le proconsul savait que la mort qui frappe ainsi en masse n'atteint pas toujours tous les individus; une voix se fait entendre par son ordre : « Que cetix qui ne sont que blessés se lèvent. » L'espoir de la grâce en fait relever un grand nombre; mais une nouvelle décharge d'artillerie se fait entendre, et bientôt après le fer moissonne ce que le feu a encore épargné.
(Bertrand de Moleville.)
La Société des Jacobins, après le 9 thermidor, sentait bien que sa domination était finie... On venait même se moquer 'd'eux presque dans leurs tribunes. Un jour, une personne de ma connaissance s'était placée à l'entrée de l'une de ces tribunes, et écoutait les déclamations d'un Je leurs orateurs, dont voici l'exorde :
« Citoyens, les royalistes lèvent la tète, les aristocrates lèvent la tête, les feuillants lèvent la tète, les fédéralistes lèvent la tète, etc., etc. » L'écouteur, prévoyant combien de tètes l'orateur avait encore à faire lever, s'impatiente , et s'adressant à la société: « Et moi , citoyens, je lève le
derrière, et je m'en vas. » Peu accoutumé à entendre impunément de telles impertinences , tous les sociétaires , tous les habitués des tribunes sont en insurrection ; des cris : « Arrêtez ! arrêtez ! " partent de toutes les parties de la salle ; mais le mauvais plaisant est en bas de l'escalier : il a gagné la rue , et déjà le pouvoir de la société ne s'étend pas si loin. (Beaulieu, Essais historiques.)
Testaments bizarres.
D'après le P. Garasse, Louis Cartusius, jurisconsulte dePadoue, ordonnait dans son testament, que celui d'entre ses parents et amis qui pleurerait à son convoi serait exhérédé; qu'au contraire celui qui y rirait de meilleur cœur, serait son principal héritier ou son légataire universel. Il défendit de tendre en noir la maison où il mourrait, non plus que l'église où il serait enterré, voulant au contraire qu'on les jonchât de fleurs ou de rameaux verts le jour de ses funérailles; que les tambours , les flûtes et les violons tinssent lieu du son des cloches , et qu'on invitât tous les ménétriers de la viiie ; que cinquante d'entre eux marchassent à la tête du convoi, et autant à la queue; que son corps fût porté par des hommes habillés de vert, la bière couverte d'un drap de diverses couleurs; que les jeunes garçons et les jeunes filles qui accompagneraient le convoi , au lieu de flambeaux portassent des rameaux ou des palmes, et eussent des couronnes de fleurs sur la tête ; qu'il n'assistât à son convoi aucun religieux habillé de noir, ou qu'ils en changeassent, ne voulant pas que cette couleur, qui est une marque de tristesse , troublât la joie de son enterrement. L'exécuteur de sou testament était chargé de faire observer toutes ces dispositions.
(Dreux du Radier, Récréations liislorif/iies. )
Charles Bouton , seigneur du Fay, ordonne par son testament, qui est de l'an 1532, qu'après sa mort les chapelains de Louhans mettront sur son cercueil un linceul blanc ; qu'ils réciteront le Psautier avant de le portera l'église; que l'on fera porter son corps dans l'église Saint-
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Pione de Loulians, pour le reposer la nuit ; que le lencleniaiu au matin l'on fera mener sou corps sur un char avec quoi roii mène le fumier, en sa chapelle du Fay, dedans sou charnier, sans y faire d'autre hmiinairc que quatre petits cierges pesant chacun une demi- livre.
(G. Peignot, Testaments remarcjuahles.)
Un auditeur des comptes avait ordonné par son testament que les quatre mendiants seraient à son enterrement, et que ces quatre ordres porteraient quatre gros cierges qu'il avait dans son cabinet.
Comme on fut dans l'église, tout à coup ces cierges crevèrent, et il en sortit des pétards qui firent un bruit épouvantable. Les moines et toute l'assistance crurent que c'était le diable qui emportait l'âme du défunt. Regardez quelle vision de se préparer ainsi une farce pour après sa mort !
(Talieraaut des P.éau\.)
Le testament de M. Underwood de Nccsington, grand ami d'Horace, selon toute apparence , offre un véritable spécimen de l'originalité anglaise. Voici le delail de ses funérailles, en exécution de son teslament :
Le G mai 1733 fut enterré^ à Wittesca M. Jean Underwood de Necsington On l'a descendu dans la fosse à cinq heures, et, sitôt les prières finies, on a mis par-dessus son cercueil une espèce de voùlc, qui porte, vis-à-vis l'eslomac ilu delunt, un morceau de marhre blanc revêtu de celte inscription :
NON OMIVIS MORIOn.
JOHN UNDERWOOD.
Lorsque la fosse fut comblée et couverte de gazon, les six amis qui avaient eouduit le défunt en terre cl.antèient la dcruicre st.ophe de la xx-^ ode du second livre d'Horace... On lui mit < i'iis la mam gauche une petite édition d Horace, avec cette inscription : Musis """eus, J. U., puis YHorace de Bentley sous le coccyx. Quand la cérémonie hk iiuie, ses amis retournèrent à l'ancien logis du défunt, où sa sœur avait fait pré-
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parer un souper élégant ; et quand on eut desservi, ils chantèrent la xxxi* ode du premier livre d'Horace; puis ils burent paiement une rasade, et s'en furent sur les huit heures.
(0. Peignot.)
Voici un extrait du testament du poëte Tassoni,mort en 1G35 : « Mon intention serait qu'à ma pompe funèbre on ne vît qu'un prêtre, la petite croix et une seule chandi lie, et que pour la dépense on n'en fit point d'autre que celle d'un sac pour y fourrer mon corps, et d'un crochetcur qui voudra i)ien s'en charger.
« Toutefois je lègue à la paroisse où sera mon cimetière douze écus d'or, sans la moindre obligation; le don que je lui fais me paraissant fort mince , et d'autant plus que je ne le lui fais que parce que je ne puis l'emporter.
« A un fils naturel nommé Marzio , que j'ai eu d'une certaine Lucie, de la vallée de Carfagnane, du moins à ce qu'elle prétend, je laisse cent écus carlins, afin qu'il puisse s'en faire honneur au cabaret. »
La ducliesse d'Olonne , devenue également célèbre par son inconduile, par son procès avec le comte Orouike, et par les plaisants mémoires que M. Linguet a faits pour la défendre, est morte à la fin de l'année 177G. Le testament bizarre où ses dernières volontés ont été consignées doit donner à cette femme singulière quelques droits de plus à la célébrité. Kie y ordonne que son corps soit transporté à sa principauté de Lux en Basse-Navarre, c'est-à-dire environ à 260 lieues de Paris. Ce convoi c st parti le 3 décembre. Le prix de cette expédition funéraire est"" fixé à 18,000 livres, seulement pour le loyer des chevaux et voitures : celles-ci sont au nombre de six. Elle veut que son convoi, très-nombreux, ayant 200 pauvres à uu écii par jour, portant des torches, se fasse majestueusement, et ne parcoure pas plus de cinq lieues en vingtquatre heures ; qu'à chaque endroit où il reposera ou célèbre un service avant le départ , et que ce service se fasse avec tenture, et tout le vo^u- du |i,xe de ce
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cérémonial. Enfin on calcule que le tout pourra former une dépense de 150 mille
livres
La défunte traite fort bien tous ses domestiques, leur laisse des rentes proportionnées à leurs services respectifs; mais en même temps elle leur interdit de se trouver à son enterrement , et les exile, c'est à-dire leur assigne un domicile fixe à une certaine distance de Paris, où ils doivent résider chacun séparément pour toucher son revenu. Son motif est qu'elle désire qu'ils ne s'entretiennent pas d'elle après sa mort, et ne médisent pas sur son -compte. Elle institue exécuteur testamentaire de ces dispositions originales maître Falconet (jeune avocat); elle lui donne pour présent une petite terre et sa bibliothèque. Elle laisse aussi 15,000 livres au poète Robbé , qu'elle logeait dans son hôtel et soutenait à Paris. Ce poëte, le plus ordurier de la France, l'encensait continuellement dans ses vers pour ses bienfaits, et l'on jugeait par ce prètie de la divinité.
( Correspondance secrète.)
Grosley, associé libre de l'Académie des inscriptions et belles lettres , homme savant et homme d'esprit, fit sou légataire universel le troisième fils d'une de ses nièces, en recoiTnaissance de ce qu'étant encore enfant ce jeune homme lui avait offert de la meilleure grâce du monde une pèche qu'on lui avait donnée pour son goûter.
{.Journal lie Parts, 1786. )
Frédéric Christiau-Winslow, conseiller d'État, professeur de chirurgie et chevalier de l'ordre de Danebrog, dont les ouvrages sur la chirurgie ont été traduits dans presque toutes les langues de l'Europe, mourut à Copenhague , le 24 juin 1811. Son testament, par lequel il disposa de sa succession , montant à peu près à 37,000 écus, offre un article assez singulier. Il ordonne que ses chevaux de carrosse soient fusillés, pour qu'après sa mort ils ne soient pas tourmentés par ceux qui pourraient les acheter.
La veuve d'Adam Dupuis, sieur de Roqnemont, qui avait été en grande réputation comme joueuse de luth et de harpe, laissa une fortune considérable, dont elle disposa de la façon la plus saugrenue. — Nous allons détacher quelques passages de la singulière pièce qui renferme ses dernières volontés et dont le paragraphe final est un modèle du genre :
« Item, je donne et lègue à Jeanne, ma commère , quinze francs une fois payés, afin qu'elle prie Dieu pour moi. Je veux qu'ils portent le deuil de moi , un an durant , le mari et la femme , et qu'ils suivent mon corps. C'est elle qui m'a donné de bon lait d'ânesse... »
« Je prie M"" Bluteau , ma sœur, et M""^ Calonge, ma nièce, d'avoir soin de mes chats. S'ils sont deux, il faudra leur donner trente sous par mois, afin qu'on les nourrisse bien. On leur donnera deux fois du potage à la chair, de même que nous en mangeons ; mais il faut donner séparément , chacun sur une assiette. 11 faut que le pain ne soit pas coupé en soupe ; il faut le mettre en gios morceaux comme de petites noix : autrement ils ne le mangeraient pas. Quand on le-ir a mis du bouillon du pot, et que le pain trempe, on met un peu de chair menue dans le potage, on le couvre bien, on le laisse mitonner jusqu'à ce qu'il soit bon à manger. S'il n'y a qu'un chat, il ne lui faudra que la moitié de l'argent... »
(Colombey, Originaux de la dernière heure. )
M. Borkey , riche gentilhomme, mort le 5 maiI805,àKnights-Bridge, près de Londres, laissa, par son testament, une pension de 25 livres sterling à quatre de ses chiens. Ce particulier, d'une fortune aisée, était remarquable par l'excessif attachement qu'il avait pour cette espèce d'animaux. Sentant sa fin approcher, M. Borkey fiJ placer sur ses fauteuils, aux deux cotés de sou lit, ses quatre chiens, reçut leurs dernières caresses, les leur rendit de sa main défaillante, et mourut entre leurs pattes. Par un article de son testament, il ordonne que les bustes de ses quatre chiens, nés de celui qui lui avait sauvé la vie, en mettant en fuite des brigands qui l'attaquaient, soient
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sculptés aux quatre coins de son tombeau. (Gabriel Peignot, Testam, remarq.)
Le comte de La Mirandole , mort à Lucques, en 1825, donna toute sa fortune à une carpe qu'il nourrissait depuis vingt ans dans une piscine antique.
Il vient de mourir en Amérique un planteur de colon , dont le testament est certes un des spécimens les plus curieux de la fantaisie américaine. 11 laisse ime fortune de cinq cent mille francs, répartie aussi par un testament en bonne et due forme :
(I Je lègue tous mes biens aux enfants de mon frère, aux conditions suivantes : Désirant reconnaître le service que mon chien de Terre-Neuve m'a rendu en me sauvant la vie un jour que je me noyais, et voulant constituer une rente au prolit de ma gouvernante, j'établis ladite gouvernante nourricière, tutrice et mère (sic) ■le mon chien,
« Mes héritiers naturels seront obligés, de ce chef, à lui payer, sur ma forlune totale, une rente quotidienne dont voici les conditions:
« Cette rente durera aussi longtemps que vivra le terre-neuve, mais pas une seconde (sic) de plus.
« La première année qui suivra le jour de ma mort, aussi longtemps ipie vivra le terre-neuve , ma gouvernante touchera vingt-cinq francs par jour ; la seconde année, cinquante francs par jour, la troisièannée, soixante-quinze francs.
« Le mois de la mort du chien, il sera payé à la gouvernante , par jour d'existence dudit chien , six cent vingt-cinq francs.
« Le jour de la mort du chien , il lui sera payé, par heure, mille deux cent cinquante francs.
« La dernière heure de la vie du chien, elle recevra par minute mille huit cent
( i)On a pu lire , il y a quelques années, clans tnus les journaux, les curieuses dispositions testamentaires du commandeur deCama Machadocn faveur delà riche collection d'oiseaux. à laquelle il avait consacré tout sa vie.
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soixante-quinze francs, et par seconde do la dernière minute deux mille cinq cetiis francs
« Mon notaire est chargé de veillor à l'exécution de ce testament. »
Si nous voulons prendre tin moment ce testament au sérieux, et que nous en comprenions bien les dispositions, en admettant que le fameux terre-neuve rende le dernier soupir le 30 d'un mois , à cinq heures cinquante-neuf minutes cincpianteneuf secondes (nous admettons que le jour finisse à six heures de l'après-midi), on aurait à compter à sa gouvernante :
Pour 30 jours du dernier mois à C25 fr. 18,570 fr.
Pour 11 heures du dernier jour à 1,250 13,750
Pour 59 minutes de la dernière heure à 1,875 110,625
Pour 59 secondes de la dernière minute à- , . 2,500 ia7,500
La plus belle chance qui reste aux héritiers bipèdes de ce bizarre testateur, c'est que l'usufruitier avale une boulette foudroyante, le premier jour d'un mois, à six heures précises du matin, auquel cas sa mort ne vaudrait pour sa chère tutrice que six cent vingt-cinq francs.
(Opinion nationale.)
Testament d'ami.
Eudamidas,Coriuthien,avait deux amis.
C.iiarixenus et Aresteus. Venant à moinir étant pauvre, et ses deux amis riches, il fait ainsi son testament : « Je lègue à Areteus de nourrir ma mère et l'entretenir en sa vieillesse; à Charixenus, de marier ma fille, et lui donner le douaire le plus grand qu'il pourra; et, au cas que l'tin d'eux vienne à défaillir, je substitue en sa part celui qui survivra. » Ceux qui premiers virent ce testament s'en moquèrent ; mais ses héi itiers en ayant été avertis l'acceptèrent avec uti singulier contentement . et l'un d'eux, Charixenus, étant trépassé cinq jours après, la substitution étatit ouverte en faveur d' Areteus, il nourrit curieusement cette mère; et, de cinq talents qu'il avait en ses bietis, il en donna les deux et demi en mariage à tine sienne fille uniipie, et deux et demi potir le ma-
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liage lie la fille d'Eiidamidas , desquelles il fuit les noces en même jour.
( Montaigue, Essais. )
Testament de bra>e.
Edouard, roid'Angleterre,mort en 1330> ayant fait appeler son fils aîné Edouard If, qui lui succéda', lui fit promettre et jurer sur le saint Evangile , en présence de tous les barons, c'est-à-dire des grands du royaume, qu'aussitôt qu'il serait expiré il ferait mettre son corps mort dans une chaudière, et le ferait bouillir tant que la chair se départit des os, et après ferait mettre fa chair en terre et garderait les os, et toutes les fois que les Écossais se rebelteraient contre lui if séinondrait ses gens, et porterait avec lui les os de son père. Car il tenait fermement que tant que son successeur aurait ses os avec lui , les Écossais seraient l)attus. Froissart ajoute que Edouard If n'accomplit mie ce qu'il avait promis , mais qu'if fit rapporter son père à Londres , et/àenserelir; dont lui méchut.
Le fameux Jean Zischa ou Ziska, capitaine des Bohémiens, exigea à peu près fa même cfiose à sa mort. If ordonna qu'après son trépas on écorchàt son corps et qu'on fit un tambour de sa peau. Le I)ruit, dit-if suffira à effrayer nos ennemis, et vous procurera fes avantages que mon courage vous a procurés.
(Dreux duRadier,/îe'crert/(ow,y historiques.)
Testament équivoque.
Un ricfie personnage a voulu, en mourant, léguerun souvenir àdeuxdesesamis.
La phrase de sou testament est ainsi conçue.
<c Pour donner un dernier gage d'affection à messieurs X. et Z., je déclare léguera chacun d'eux (on deux), cent mille francs. »
Le vaoi deux, o\\ d' eux di~X-\\ une apostrophe.'*n'ena-t-ilpas? C'est la question, et elle est grave. Le papier. a été replié, à peine écrit, de sorte que l'encre encore fraîche a semé partout des arabesques simulant des apostrophes à foison, à tort et à travers. Mais le testateur en a-t-if mis une lui-même.' — Oui, disent naturellement les héritiers légaux. — Non, disent non moins naturellement messieurs X. et
Z. Chacun soutient son dire , au bout duquel il y a deux cent mille francs à gagner ou à perdre, ce qui est cher pour une apostropiie. On aura recours aux experts ; mais fes experts sont, après tout, de simples mortels, comme vous et moi, et ceux à qui ils donneront tort auront parfaitement le droit de ne nas les croire infaillibles.
Testament ingénieux.
Arlequin trouvait que .es hommes avaient tort de faire leurs testaments de la manière qu'ils le faisaient. Ils laissent , disait-il, tous leurs biens aux uns et aux autres après leur mort : c'est le vrai moyen que leurs héritiers souhaitent de les voir enterrer pour posséder l'héritage. Là-dessus il médit un jourà la promenade qu'if avait connu un prieur gascon, homme d'esprit, qui pendant une maladie dangereuse avait fait un testament d'une manière bien différente : il avait mis que s'il mourait il ne laissait rien à ses valets, mais que s'il revenait eu santé, il léguait à celui-là telle somme , à celui-ci tels meubles. Ce testament, ajouta-i-il, pensa coûter la vie au prieur, car chaque valet, pour avoir son legs , était toujours au chevet de son lit, malgré qu'il en eût, et ils lui rendirent tous des services si continuels, et quelquefois si peu nécessaires, qu'ils pensèrent le tuer de l'envie qu'ils avaient de lui faire recrouvrer la santé.
( Cottolendi. ) Testament trompeur.
Jean Conaxa, riche bourgeois d'Anvers, avait marié ses deux filles à deux des seigneurs les plus opulents de cette ville. Ceux-ci, maigre la dot considérable portée aux contrats et qu'ils avaient reçue convoitaientle reste de fa fortune du beaupère. Ils s'entendirent avec feurs femmes pour f'amener à un abandon compfet de ses biens. Circonvenu de belles paroles, de caresses de toutes sortes, le bonhomme consentit à cette cession. Quelques jours après , les prévenances qu'on avait eues pour lui commencèrent à diminuer -.'il ne devint bientôt plus qu'un importun, à charge à ses enfants.
Conaxa se promit de leur donner une
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leçon éclatante. Il alla trouver nii banquier de ses amis :
«Faites-moi le ] laisir, mon cher, dit-il, (le me prêter quinze cents écus, pour trois heures seulement. \'ous me les enverrez demain malin ; et pendant que je serai à dîner avec ma famille un de vos commis viendra de votre part me demander l'argent en question, et insistera pour que je le lui remette. »
L'arrangement conclu , Conaxa invita ses gendres à dîner pom* le lendemain.
Us vinrent, non sans répugnance, eux et leurs femmes : à quoi bon se déranger pour un homme dont on n'attend plus rien .*•
Au milieu du repas, on entend frapper à la porte de la maison. Un domestique va ouvrir, puis rentrant dans la salle :
« C'est pour les mille écus, dit-il à son maître, que vous avez promis de prêter à M" ban(piier. — Je suis en compagnie, et n'ai pas le temps de m'occuper d'affaires, répond Conaxa : qu'on repasse plus tiird. «
L'envoyé insiste, alléguant que le banquier a un besoin pressant de cette somme. Conaxa gagne en grommelant son cabinet, qui est tout proche : il compte les écus avec fracas, puis revient prendre sa place à table.
Quelle transformation dans la physionomie des convives! Tout à l'hcuie empreinte d'une réserve glaciale , elle est maintenant épanouie et souriante. Le vieillard n'a pas l'air de remarquer ce changement subit. Ses gendres, qui croient qu'il a caché des trésors, l'accablent de protestations de tendresse qu'il reçoit sans sourciller.
Pendant les quelques années qu'il eut encore à vivre, Conaxa se vit l'objet des soins les plus empressés.
Étant tombé malade , il donna à entendre à ses gendres accourus auprès de son lit, que celui qui se signalerait le plus par ses attentions serait le mieux partagé dans son testament. C'était à qui passerait le plus de nuits à son chevet.
Enfin on le pria de déclarer sa dernière volonté. Il répondit que c'était déjà chose fciite , et ordonna d'apporter son coffiefort à trois serrures, qui était dans son cabinet, et qui parut d'un poids énorme.
Conaxa fit ensuite appeler le prieur des •Jacobins d'Anvers, et, l'instituant son exécuteur testamentaire, lui remit une des
clefs du coffre-fort; les deux gendres en reçurent aussi chacun une. Le testament ne devait être ouvert que quarante jours après les obsèques.
«Mes enfants, leur dit Conaxa, jedésire, pour le salut de mon âme, faire quelques bonnes œuvrcsavant ma mort. C'est poiir- ([uoi je vous prie de payer une fois et présentement cent livres à chacune des églises d'Anvers et deux cents livres à l'église des Jaco))ins , où je serai enterré. Faites en sorte que mes funérailles soient honorables et répondent à votre rang et au mien : je vous assure que vous n'y perdrez rien. «
Les gendres promirent de remplir exactement les volontés du mourant. Us acquittèrent sur l'heure, par moitié, les legs faits aux églises, et, les larmes aux yeux, demandèrent à Conaxa sa bénédiction.
Celui-ci se prêta de bonne grâce à cette comédie.
On lui fit de magnifiques obsèques , comme à unhommequi laisse des millions.
Puis on attendit , avec une impatience fiévreuse, le moment fixé pour l'ouverture du coffre-fort.
Les quarante jours écoulés, le prieur des Jacobins fut invité à se rendre au domicile du testateur, et les trois clefs furent introduites dans les trois serrures. Mais Quel ne fut pas le désappointement des deux gendres! Le coffre n'était rempli que de vieilles ferrailles, sur lesquelles se prélassait un gourdin en forme de massuc, autour duquel serpentait un papier contenant ces mots :
« Moi, Jean Conaxa, je lègue ce bâton pour qu'on en frappe celui qui sacrifiera ses propres intérêts à ceux d'autrui. »
— Cette histoire, a écrit le P. Garasse, suffirait pour donner sujet à une très-belle comédie.
Un jésuite de Rennes en fit, en 1710, une pièce qu'il intitula «■ Conaxa ou les deux gendres dupés ». — On la remit au théâtre en 1812, pour ruiner le succès des « Deux gendres » de M. Etienne, qui était accusé de plagiat ; mais elle ne put fournir qu'une seule représentation.
(Colonibey, Origln. de la dernière heure.)
Théâtre de socîélé.'
Amateur des beaux-arts, le baron de Thicrs entretenait dans divers villages,
THÉ
ÏIT
dont il était seigneur, des maîtres d'école, de musique et de danse. Pendant sa résidence à Tugny, on donnait spectacle trois fois la semaine. On y jouait tragédie, comédie, opéra-comitjue et ballets.
Ses acteurs étaient pris , soit parmi ses gens, soit parmi ses viissaux. Pendant l'hiver il accordait dix sous par jour aux jeunes paysans et paysannes qui venaient prendre des leçons. On y montait les ballets, et on y exerçait les chœurs.
A l'exception des loges, destinées à ses commensaux, l'entrée du parterre était "accordée indistinctement à tout le monde, et les bourgeois de Rhetel se faisaient un plaisir d'assister aux représentations qu'il donnait.
Un jour que l'on jouait Zaïre, Orosmane se fit beaucoup attendre ; l'impatience gagnait lesspectateurs : «Messieurs, dit le baron, de sa loge, qui était sur le théâtre, je vous demande bien pardon pour Orosmane; mais cet acteur est mon cuisinier, et il est allé voir l'état des broches. »
( Chron. iiidisc. du XI\'= siicle. )
Théâtre (le) et Tau tel.
Un jour que Nestor Roqueplan se trouvait à Carpentras , il lui prit fantaisie d'aller déjeuner chez un de ses oncles, curé d'un bourg voisin .
Le bon curé fait fête à son neveu , et celui-ci de s'extasier sur ce bonheur tranquille, etc.
« Je ne suis pas à plaindre, dit le vieil oncle, et une seule chose m'attriste quelquefois : la pauvreté de mon église. Figure-toi, mon cher Nestor, que mes enfants de chœur sont tout déguenillés et mes chantres sans étole. Le sacristain fait son service en bras de chemise , et le suisse refuse d'endosser son uniforme sous le prétexte que de vert il est devenu tout jaune. C'est l'habit d'un ancien inspecteur des eaux et forêts. Sa veuve m'en a fait l'offrande. Tranquillisez-vous, mon oncle, répondit Roqueplan . Je pars pour Paris de main, et je vous enverrai des nippes comme l'église de Carpentras n'en a jamais eu. — Que Dieu t'entende, mon bon Nestor! ..
L'auteur de Parlsine était justement à cette époque directeur de l'Opéra-Comique. Il se rend au garde-meuble du théâ-
tre, et fait un choix des costumes les plus éclatants.
Quelques jours après, le bon curé recevait une caisse d'habits si brodés et si beaux, que ce fut une révolution dans le pays.
Pour le suisse, l'uiiiforme de Georges d'Avenelde la Dame-Blanclie; pour le sacristain, le manteau de Fra Diavolo (en velours d'Ulrecht); et pour les enfants de chœur , des tuniques chinoises empruntées à la Fille du Mandarin.
Les chantres furent métamojphosés en pêcheurs napolitaius.
Ému et ravi, le vieux curé monta en chaire, pour recommander son cher neveu aux prières de ses paroissiens, et dit lui-même une grande quantité de messes à son intention.
^ A. Mortier, Gaulois, )
Théologie milîtaii-c.
Un moine, faisant la prière, disait aux soldats d'Arnant qu'il ne leur servait d'être vaillants, que Dieu seul donnait les victoires; il le renvoya bien vite en lui disant : « Vous gâtez mes gens , il leur faut dire que Dieu est toujours du côté de ceux qui frappent le plus fort. « Le marquis de La Force répondit à un moine qui disait : « Recommandez-vous à Notre- Dame, )> qu'il fallait dire : « A Notre- Dame de Frappefort. »
(Tallemant des Réaux.)
Titre académique.
L'Académie française était assemblée pour admettre ou rejeter Piron. Le patriarche de la littérature, Fontenelle, âgé alors de quatre-vingt-huit ans, s'y fit transporter. 11 était complètement sourd. Il jugea, par les gestes de quelques académiciens, que les esprits s'échauffaient. « De quoi s'agit-il? demanda-t-il.
— Monsieur, lui répondit la Chaussée, on parle de M. Piron. Nous avouons tous qu'il a bien mérité le fauteuil; mais il a fait son ode, l'ode que vous connaissez.
— Ah , oui , reprit su})itement l'auteur des 3Io/ides : s'il l'a faite, il faut bien le gronder ; mais s'il ne l'a pas faite, il ne faut pas le recevoir. »
{yilm. lia., 1783.)