‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 136 sur 180 · TOU · texte numérisé non relu

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des gens qui contèrent à Sa M.ijesté de ([uelle manière la chose s'était passée. Le roi plia les épaules et dit : « cela est bien page ! »

(M""" Dunoyer, Lettres. )

Le duc de Coislin était fort cérémonieux (1). Son frère, le chevalier de Coislin, rustre, cynique et chagrin, tout opposé à lui, se vengea bien un jour de l'ennui de ses compliments. Les trois frères, avec un quatrième de leurs amis, étaient à un voyage du roi. A chaque logis, les complimenfsne finissaient point, et le chevalier s'en désespérait. 11 se trouva à une couchée une hôtesse de bel air et jolie, chez qui ils furent marqués. La maison était bien meublée, et la chambre d'une glande propreté. Grands compliments en arrivant, plus encore en partant. M. de Coislin alla voir son hôtesse dans la chambre où elle s'était mise.

Ils crurent qu'ils ne partiraient point. Enfin les voilà en carrosse, et le chevalier de Coislin beaucoup moins impatient qu'à son ordinaire. Ses frères crurent que la gentillesse de l'hôtesse et l'agrément du gîte lui avaient pour cette fois adouci les mœurs. A trois lieues de là et qu'il pleuvait bien fort, voilà tout à coup le chevalier de Coislin qui se met à respirer au large et à rire. La compagnie, qui n'était pas accoutumée à sa belle humeur, demande à qui il en a ; lui à rire encore plus fort. A la fin il déclare à son frèie qu'au désespoir de tous ses compliments à tous les gîtes, et poussé à bout par ceux du dernier, il s'était donné la satisfaction de se bien venger, et que, pendant qu'il était chez leur hôtesse, il s'en était allé danslachambre où son frère avait couché, et y avait tout au beau milieu poussé une magnifique selle, qui l'avait d'autant plus soulagé qu'on ne pouvait douter dans la maison qu'elle ne fût de celui qui avait occupé celte rhaml)re. Voilà le duc de Coislin outré de colère, Ks autres morts de rire. Mais le duc furieux, après a\oir dit tout ce que le désespoir peut inspiiei', crie au cocher d'arrêter et au valet de chambre d'approcher, veut monter son cheval et retourner à l'hôtesse se laver du forfait, ou accuser et déceler le cou-

(.) Voir Ctvitil Dir.r. d'anecdote;

pable. Ils virent longtemps l'heure qu'ils ne pourraient l'en empèclicr, et il en fut plusieurs jours tout à fait mal avec son frère.

(Saint-Simon, Mémoires.)

Tra<Iition fie famille.

Trois députés des états de Bretagne vinrent pour haranguer le roi. L'évèque, qui était le premier, oublia sa harangue, et ne put en dire un seul mot. Le gentilhomme, qui le suivait, secioyant obligé de prendre la parole en sa place, s'écria : « Sire, mon grand-père, mon père et moi, sommes morts à votre service, v

( Bibliothèque de société. )

Tradiictetirs

Dans une audience que la reine Marie (le Médicis donnait à des ambassadeurs suisses, après que celui qui portait la parole eut achevé sa harangue, la reine demanda à Melson ce que ces messieurs avaient dit, afin de savoir ce qu'elle avait à leur répondre. Melson, qui était interprète, mais qui ne savait pas la langue des Suisses, répondit hardiment : « Madame, ces ambassadeurs disent que Voti i Majesté est la plus grande princesse, la plus belle ctla plus aimable qui soit dans l'Europe, » et s'étendit sur les louanges. Des gens qui entendaient le suisse étant pré'icnls à cette audience, dirent que les ami assadeurs n'avaient rien dit approchant de ceb. L'interprète, tout en colère, reprit: « Oh ! s'ils ne l'ont pas dit, ils ont dû le dire. »

[HJvrcg'ai'.a.)

M"ie(]eLaFa\elte comparait un traducteur inexact à un laquais que sa maîtresse envoie faire un compliment. Plus le compliment est délirât, plus on est sûr que le laquais s'en tire mal.

Un traducteur des épîtres de Cicéron lui fait dire : « Mademoiselle votre fille, madame votre femme ; » et je me souviens d'un auteur, qui appelait Brulus et Coliatinus, les bourgmestres de la ville de Borne.

( Carpculeriaua.)

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Arrive un jour à l'Académie des sciences un sujierne manuscrit envoyé par le c/.ar Pierre l*"". Ce manuscrit, déterré en Sibérie, dans les ruines d'un vieux temple, renfermait des caractères d'or appliqués sur du vélin, mais que personne à Saint- Pétersbourg n'avait eu le talent de déchiffrer. Seulement les savants de cette capitale, écrivait l'empereur Pierre, souj)çonnaient que c'était de l'ancienne langui» de Taugut, que personne d'eux n'entendait, et qui était absolument perdue.

« Comment! les académiciens russes n'entendent pas le tangut? s'écrie M. deFourmont. Catalamus singiilariter naminat'wo. » Et le Sganarelle académique de France poussa l'imiJudence au point d'en donner une version, qui fut non moins impudemment envoyée au czar, qui la paya en souverain magnifique. Fourmont reçut l'argent, et mourut avec la gloire d'être le seul homme de l'univers qui entendît la langue de Tangut. Or, tout le monde sait de quelle importance il est, à Paris, d'entendre ce que les autres n'entendent pas! Cependant des Russes qui avaient demeuré à Pékin, et appris le fartare ainsi que le chinois, reviennent à Saint-Pétersbourg, et ont occasion de voir le fameux manuscrit avec la version française. Ils lurent le premier sans difficulté, c'était tout bonnement du tartare. Mais la version était du galimatias, qui n'y avait aucun rapport (1).

{F. ne y cl 01).)

Tra;sré«lie pathétique.

Un jeune auteur dramatique anglais offrit, il y a quelque temps, une tragédie en cin(( actes, de sa façon, à un directeur de troupe. .< Ma tragédie est un chefd'œuvre, disait modestement l'auteur, et je réponds qu'elle aura le plus biillant succès; car j'ai cherché à travailler dans le goût de ma nation, et ma pièce est si tragique que tous mes acteurs meurent au troisième acte. — Eh! quels sont donc les acteurs des deux derniers actes, lui demanda le direcleur.» — Les ombres de ceux que j'ai tués au troisième », répondit l'auteur.

( Panckoucke. )

Trag'étlie et ehuiiiioii.

Il y avait un mois que Béranger habitait Sainte - Pélagie , lorsqu'un jour M. Vienuet vint lui rendre visite.

« Vous avez dii composer déjà bien des chansons depuis que vous êtes ici.^ lui dit notre académicien.

— Je n'en ai encore commencé qu'une, lui lépond Béranger.

— Cela m'étonne!

— Ah ça, ajoute le chantre de Lisette, croyez-vous qu'on fait une chanson comme ou fait une tragédie (I)! »

(Rochefort, Mémoires d'un vaudevilliste.)

Trahison {Cltdtiment de la).

Lorsque Soliman faisait le siège de Rhodes, en 1522, un homme s'offrit de lui livrer la place, pourvu que le sultan promît, si l'entreprise réussissait, de hji faire épouser une de ses filles. Elle réussit, en effet; et le vainqueur, sommé de tenir sa promesse, Pt venir sa fille, qui parut toute couverte d'or et de pierreries, et à qui il assigna une dot considérable. Se tournant ensuite vers le traître : « Tu vois, lui dit-il, si je sais tenir ma parole.' Mais, attendu que tu es chrétien, et ma lille musulmane, je ne puis te la donner pour femme, à moins que tu ne sois musulman en dedans et en dehors la peau, ainsi que nous nous faisons tous un devoir de l'être. »

Soliman ordonna, en conséquence, que son futur gendre fut écorché, et qu'ensuite on le couchât sur un lit couvert de sel, afin qu'il prît la peau d'un vrai musulman. L'ordre fut exécuté sur-lc-chanip. Le malheureux, à qui l'on présenta son épouse après qu'il fut ainsi dépouillé, no retira d'autre fruit de sa trahison que de mourir au milieu des tourments.

(Choix d'anecdotes.)

Dins la guerre de riudépendance entre les États-Unis et l'Angleterre, le général américain Arnold trahit la cause qu'il servait, passa du coté des Anglais, et se signala par d'atroces cruautés. Les troupes auiéricaines fai.saient tous leurs efforts

HUpriscs. On trouvera aussi plusieurs (,) Suivant d'autres : .. Comme on fait

. ae Uevuc; de traducteurs, t. I, p. i4r. pocmc épique.

pour s'tMupaicr de lui. Un jour qu'il avait été pressé vivement, il demanda à uti de ses prisonniers ce que ses compatriotes

î auraient fait de lui s'ils l'avaient pris : « Nous aurions, dit le soldat, séparé de

: ton corps ta jambe blessée au service de la patrie, et pendu le reste. »

{Choix d'anecdotes.)

Trahison ( Horreur de la ).

Sous la minorité de Louis XIV, au plus fort de la guerre civile, deux gentilshommes français , l'un de Picardie , nommé d'Esclainvilliers , et l'autre de Champagne, nommé de Renneville, tous deux morts lieutenants généraux, mangeaient un jour ensemble avec plusieurs autres officiers. D'Esclainvilliers dit à la compagnie : Buvons à la fanté du roi!

Tous les conviés aussitôt, mettant la main sur leur épée, prièrent Dieu de changer en poison le vin qu'ils allaient boire à la santé du roi, s'ils avaient d'autre pensée ilans l'âme, que de verser leur sang pour le service de leur prince et de leur patrie.

( Anielot, Notes sur Tacite. )

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Oran était assiégé en 170G par les Maures. Philippe V, malgré lasitualion presque désespérée de ses affaires, ordonna au comte de Santa-Cruz d'y conduire des secours. Mais ce lâche officier, au lien de prendre la route d'Afrique, alla livrer ses galères et ses troupes à la flotte anglaise ; ce qui fut cause que ce port tomba entre les mains des infidèles. Un archidiacre de Cordoue, frère du perfide, instruit de cette action, courut aussitôt à la paroisse chercher le registre des baptêmes, et, arrachant la feuille où le nom du comte était inscrit, il dit, avec une fureur dont l'honneur était le principe : « Qu'il ne reste, parmi les hommes, nul souvenir d'un homme aussi méprisable. »

(Saint-Philippes, Mémoires. )

Dans le temps que le brigand Testalunga infestait la Sicile avec sa troupe, Romano, son ami et son confident, fut pris. C'était le lieutenant de Testalunga et son second. Le père de ce Romano fut arrêté et emprisonné pour crimes. On lui

promit sa grâce et sa liberté , poui vi que Romano trahit et livrât son chef, Tes talungn. Le comi^at entre la tendresse filiale et l'amitié jurée fut violent. Mais Romano père persuada son fils de donner la préférence à l'amitié, honteux de devoir la vie à une trahison. Romano se rendit à l'avis de son père. Romano père fut mis à mort; et jamais les tortures les plus cruelles ne parent arracher à Romano fils la délation de ses complices.

(Diderot, Les deux amis de Bourhonne.)

Trahison ( Profits de la ).

L'abbé de la Rivière avait l'ambition de s'élever au cardinalat, et pour y parvenir, il ne faisait aucune difficulté de trahir même son maître et son bienfaiteur (Gaston, duc d'Orléans) auprès de ceux qui pouvaient être utiles à ses desseins. Aussi M. le duc, après avoir éloigné cet indigne favori, disait-il souvent : « L'abbé de la Rivière doit savoir ce que je vaux, car il m'a vendu plusieurs fois. »

(Panckoucke. )

On s'étonnait, il y a quelques jours dans un cercle, de l'immense foitune de M. le prince Talleyrand de Périgord.

« Rien n'est moins surprenant, dit quelqu'un de la compagnie : il a vendu tous ceux qui l'ont acheté. »

{Le Nain jaune. )

Trait «l'esprit.

Louis XV, visitant les bureaux de a guerre, apeiçut des lunettes sur une table, et les prit en disant : « Voyons si elles sont bonnes. » En même temps , sa main se porte sur un papier qui paraissait négligemment laissé sur celte même table, et qui n'était autre chose qu'un éloge pompeux du monarque. Après avoir lu les premières lignes, il rejette l'écrit et les lunettes, et ajoute en riant : <> Elles ne sont pas meilleures que les miennes; elles grossissent trop les objets. «

( Grimm, Correspondance.)

Traiiail et plaisir.

L'empereur avait demandé au ministre lie la marine (Decrès), pour un de nos jours gras, un bal auquel il lui avait pro-

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