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mis d'assister avec sa famille. Le malin do ce jour il me dit :
« Venez ce soir, à huit lieuics, nous comir.eiicerons à ijréparer nos cliiiïics pour le procliaiu budget. Nous aurons deux heures devant nous. Il sera temps que nous allions à dix heures au bal de voire collègue, n'est-ce pas? »
A mon arrivée au rendez-vous, je trouvai l'emperiurdans son salon particulier avec le grand juge (Régnier), qui réunissait alors le ministère de la police, et le préfet de cette partie, qui lui rendait compte des recherches que l'on avait continué de faire la nuit précédente pour iléconvrir un homme que l'on savait depuis quelque temps arrivé d'Angleterie avec des intentions //oi//7t'5. On était depuis plusieurs jours sur ses traces, et lorsque j'entrai le grand juge disait à l'empereur qu'à six heures du matin l'inspecteur de police était arrivé dans la chambre où cet homme avait couché, et qu'il ne l'avait manqué que de quelques minutes, lelit s'etant trouve encore c/iaïuL
« Parbku! s'écria Napoléon, il faut que vos gens soient bien maladroits pour n'avoir pu saisir encore un individu qu'ils suivent ainsi à la piste!... Au surplus, ce sont vos affaires.... Allons, ministre des finances, passons dans mon cabinet et travaillons. »
Nous nous mîmes au travail, et j'atteste que pendant près de sept heiues l'emj)ereur n'eut pas un moment de distraction.
Vers minuit, on frappe à la porte du cabinet : c'était un page envoyé par l'impératrice Joséphine, qui faisait dire à l'empereur que le bal était charmant , et qu'il y était impatiemment attendu.
« Tout à l'heure! répondit Napoléon à voix haute; dites à l'impératiice que je travaille avec le ministre des finances; nous irons ensemble. »
Une heure après, nouveau message , même réponse. Nous continuons toujours de travailler. Enfin la pendule sonne : « Quelle heure est-ce cela.? me demanda l'empereur. —Trois heures, sire. —Ah!
bon Dieu! il est trop tard maintenant pour aller au bal ! qu'en pensez-vous? — f^ire, c'est tout à fait mon avis. — Eh bien, allons donc chacun gagner notre lit. ') Puis Napoléon ajouta gaiement, au moment où je le quittais : « Beaucoup dé gens croient pourtant que nous passons
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notre vie à nous divertir et, comme les Orientaux, à manger des biscuits avec des confitures! Bonsoir, ministre. >>
Ceux qui ont bien connu rcnipercur apercevront facilement dans cette réflexion, qui semble au premier abord une simple plaisanterie, l'intention bienveillante de me dédommager delà légère privation qu'il m'avait fait subir, en me faisant sentir qu'elle ne lui avait point échappé.
( Gaudin , iVJmoires. )
Travail et prière.
Quand Henri IV travaillait à des affaires pressantes et qu'il ne pouvait assister à la messe, — j'entends les jours ouvriers, car les fétcs et dimanches il n'y manquait jamais, — il en faisait pour ainsi dire ses excuses aux prélats qui se trouvaient à sa cour, et leur disait : « Quand je travaille pour le bien public , il me semble que c'est quitter Dieu pour Dieu même.
( Tablettes Instoriques de France.)
Tra\ail cxpétlitif.
•le me présentai le C mai pour travailler avec le roi Louis XVllI ; je lui apportais quelques affaires sur lesquelles jVonsieur avait eu la discrétion de • dp vouloir pas statuer, dès qu'il avait été informé de la prochaine arrivée du roi.
Deux de ces affaires avaient une véritable importance. J'avais eu récemment encore l'occasion de travailler avec Napoléon à Mayence, et j'avais pris les mêmes allures avec le roi, c'est-à-dire que j'avais joint à chaque rapport les pièces justificatives, soigneusement arrangées, pour que je pusse les retrouver au besoin, et avant de commencer le travail j'en avais remis au roi la feuille, c'est-à-dire nu tableau qui comprenait sommairement l'indication du nom des parties, la nature de l'affaire, son degré d'urgence, et une colonne d'observations. Je demandai an roi de jeter un coup d'oeil surla feuille, et de daigner m'indiquer par laquelle de ces affaires je devais commencer. Le roi, qui n'avait jamais rien vu ni soupçonné de pareil, me demanda ce que je voulais dire. J'eus la maladresse de lui répondre qu'on en usait de la sorte avec Napoléon, qui n'avait pas toujours à donner à ses
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ministres le temps nécessaire à l'expédition des affaires qu'ils lui apportaient, et qui choisissait celles qui lai paraissaient avoir le plus d'urgence. « Fort bien , monsieur, me dit le roi', mais comme j'aurai toujours à vous donner tout le temps que vous me demanderez, vous pouvez abandonner les formes de votre travail avec Bonaparte ; je n'y tiens pas du tout. Commencez par le commencement. »
Ainsi fut fait : je pris la première affaire dans l'ordre de mon portefeuille; je la rapportai avec beaucoup d'attention, et j'entremêlai même mon rapport de la lecture de quelques pièces justiricati\es. Je ne sais pas combien de temps le roi me suivit, mais vers la fin il donna des preuves d'impatience et d'ennui , et je crois que déjà au fond de l'àme il se repentait bien de m'avoir promis qu'il me donnerait autant de temps que je lui en demanderais. Mon avis passa sans difficulté, et le roi signa l'ordonnance.
Je recommençai , sur le même ton et avec le même sciupule, le rapport de la seconde affaire. Ici la difficulté était plus grande : il fallait choisir entre deux partis également soutenables. Je m'étais contenté d'établir avec le même soin les raisons de part et d'autre, et je demandais au roi de décider. Cette manière eût onvenu à Napoléon; elle fatiguait Louis XVIII. Cependant, après avoir fait quelque temps le geste qui trahissait chez lui l'e nnui et l'indécision , il prononça avec justesse, et même en ajoutant quelques motifs à ceux que je lui avais présintés. Je retins ainsi le roi pendant] une h Hire et demie ; miis il ne put , vers la fin du travail , contenir l'expression de son plaisir d'être déban-assé de mon portefeuille et de moi : « Monsieur, me dit le roi, vous ne m'avez pas ménagé ; en voilà fort honnêtement pour un début. Mais je vous répète que je serai toujours prêt à vous recevoir. »
Le lendemain, M. de Blacas me demanda si je n'avais pas été conseiller au l>arlement. Je lui répondis que je n'avais pas eu cet honneur, et que j'avais été pendant fort peu de temps président de ce qu'on appelait alors un tribunal inférieur. « C'est cela, dit M. de Blacas, le roi l'a deviné. — Je veux savoir comment le roi a deviné une circonstance aussi peu remarquable. — A la manière
dont vous avez rapporté hier vos affaires.
— Est-ce que le roi n'a pas été content ?
— Je ne dis pas cela; mais il a trouvé que vous étiez un peu long, et que vous vous ap|)esantissiez sur les détails. » Je piomisde m'en corriger.
Quelques jours après, je retourne auprès du roi ; cette fois mon bagage était plus léger et je partais dans des dispositions expéditives. Je pressais en effet mes explications; mais elles étaient toujours des explications et emportaient quelcpie temps. Je n'occupai le roi que trois quarts d'heure, et je lui proposai une vingtaine de signatures. Je croyais bien avoir ce jour-là remporté un prix de diligence; je nie trompais : j'appris, et toujours par la même voie, que le roi me reprochait encore de me perdre dans les détails. J'eus occasion de conter mon insuccès auprès du roi à mon collègue l'abbé Louis, qui en rit de grand cœur : « Comment, me disait-il, ne vous êles-vous pas aperçu dès le premier jour, dès la première affaire, ([ue vous ennujiez le roi à mourir? Et puis, de quoi sert-il de lui faire des rapports ? Autant vaudrait en aller faire à un saint dans sa niche! Moi, je lui présente tout uniment des ordo.nances à signer, et il n'en refuse pas une. Seulement, et comme il est long à écrire son nom, pendant qu'il y travaille, je dis deux mots de l'afiaire! Je ne l'ennuie pas; c'est lui qui m'ennuie, parce qu'il ne finit pas quand il signe. « je me tiens pour suffisamment instruit et la première fois que je retourne au travail chez le roi, j'emploie le même procédé que l'abbé Louis ; je ne rencontrai pas plus de difficultés que lui.
(Beugnot, Mémoires. )
Travestissement jçi-olesque.
Il est arrivé ici, à Paris, une histoire incroyable, et qui prouve que l'homme ne peut pas répondre de lui un moment.
M. Petit de Montempuys est un homme de soixante ans , qui a régenté toute sa vie la philosophie au Plessis, homme rare par son érudition et sa sagesse ; il est présentement chanoine de Notre-Dame , prêtre, et de plus grand janséniste. Cet homme , qui n'avait jamais perdu sa gravité, n'avait jamais été au spectacle. Il lui a pris envie d'aller à la comédie, mais il a cru être déshonoréd'y être reconnu, =oit
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en habit long , soit en manteau court. Il a voulu se bien déguiser et n'a coulié son secict à personne. Pour cela, il a trouvé dans uu vieux coffre les habits de sa grand'mère : manteau, jupe, écharpe et cornettes très-haules, tandis qu'on les porte très- basses. 11 s'est affublé de ces habits de femme, sans songer à l'extravagance de son habillement, par la différence de ceux qui sont d'usage et de mode. Personne ne l'a vu , il est monté eu fiacre , et s'est campé aux troisièmes loges, à la comédie. Des gens ont trouvé celte figure extraordinaire, ont descendu au parterre, en ont averti d'autres ; enfin, on a regardé mon homme, elles gens du parlerre ont fait un tapage de tous les diables, suivant la louable coutume quand quelque chose déplaît au parterre.
L'exempt a su que c'était un homme déguisé en femme; il a monté en haut, il a fait sortir l'homme, il l'a mis dans un fiacre et l'a conduit chez M.) Hérault, lieutenant de police, qui n'était pas alors chez lui , C'est son premier secrétaire qui l'a reçu et qui me l'a dit. Jamais homme n'a été plus fâché ni plus interdit de la sottise qu'il avait faite. Le secrétaire a prévenu M. Hérault du caractère de cet homme, dont la figure était, dit-on, des plus risibles. On le renvoya chez lui, on lui promit même de ne pomt dire son nom, mais tout Paris l'a su. Les jésuites ont été charmés de cette aventure arrivée à un janséniste, et on l'a envoyé, en vertu d'une lettre de cachet, dans un couvent de province.
( Barbier, Journal. )
Trésor.
Vers l'année 1255 de la naissance du Christ , le grand sire des Tarlaies , qui Alau (Houlagou) avait nom, et qui était frère du grand sire actuel, vint avec une grandissime armée contre BauJac (Bagdad), et la prit de vive force, ce qui nctait pas facile; car il y avait en cette ville plus de cent mille cavaliers, sans compter les fantassins. Quand il l'eut prise, il trouva une tour, appartenant au calife, toute pleine d'or, d'argent et d'autres richesses, en si grande quantité, que jamais on n'en vit tant rassemblé en un seul heu. A la vue de ce trésor, il fut tout émerveillé, et fit venir devant lui le cabfe,et lui dit :« Calife, pourquoi as-tu
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amassé un si grand trésor? Que veux-tu en faire? Ne savais-tu pas que j'étais ton ennemi et que je marchais contre toi pour te détruire ? Et quand tu l'as appris, pour^ quoi ne l'es-tu pas servi de ce tiésor et ne l'as-tu pas donné à des chevaliers et à des soldats pour te défendre, toi et la cité? » Le calife se taisait, ne sachant que dire ; Alau reprit : « Calife, puisque je VOIS que tu aimes tant ton trésor, je vais te donner le tien à manger. » Il fit donc prendre le calife et le fit mettre dans la tour du tiésor, en défendant de rien lui donner à manger ni à boire, puis il lui dit : « Or ça, calife, mange de ton tiésor tant que tu voudras, car jamais tu ne mangeras autre chose. » Et il le laissa dans cette tour, où il mourut au bout de quatre jours.
(Marco-Polo.)
Trésoriers.
Le roi Henri IV ayant gagné un jour quatre cents écus à la paume , qui étaient sous la corde, les fit ramasser par des naquets (marqueurs) et mettre dans un chapeau , puis dit tout haut : u Je tiens bien ceux-ci , on ne me les dérobera pas, car ils ne passeront point par les mains de mes trésoriers. »
(L'Estoile, /o///7/fl/. )
Tribune {Inciileiils burlesques de).
Un représentant, du nom deMorhéri, ayant demandé un congé qui lui avait été accordé et voulant mo'ntcr à la tribime, Armand Marrast le cloua à son banc en lui disant : Vous n'en avez pas le droit... Vous n'ëîes plus ici. >•
— J'ai été témoin de quelques scènes de tribune vraiment bouffonnes.
Un orateur parlait avec feu , lorsque quelque chose fit iiruptiop hors de sa bouche, et tomba sur un huissier. Ce dernierramassa l'objet, — un ràteiiercomplet, — et, sans désemparer, le restitua à son proiiriélaire, demeuré bouche béante.
— M. Auguis, d'un tour de bras inconsidéré, ayant déraciné l'encrier qui était fixé dans le marbre de la tribune, et qui se vida complètement, voulut tirer parti de sa gaucherie. Il saisit une éponge a\«c laquelle uu huissier se disposait à réparer le dégât, et, essuyant l'encre lui-même, il s'écria les yeux levés au ciel : Que ne
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puîs-je effacer ainsi les fautes du gouveinement ! »
On allait l'applaudir, lorsqu'il eut la malheureuse idée de passer sur son front sa main tout humide. On conçoit ce qu'il en résulta.
Burlesques incidents , mais qui excitèrent moins d'hilarité que ceux qui vont suivre :
C'était en 1831. Casimir Périer venait d'annoncer à la chambre une nouvelle très-gi ave. Une proposition avait surgi, et faisait éclater une violente tempête.
M. R. s'élança à la triliune, et, s'y arcboulant des poignets , dit d'une \oix essoufflée (je copie le Moniteur) :
« Si j'ai mis quelque insistance pour obtenir la parole, c'est que depuis longtemps j'éprouve un besoin... (Ou rit), qui probablement est partagé par toute l'assemblée. (Uilarité générale et assez prolongée.)
M. LE PRÉSIDENT. — Les plaisanteries et les rires sont hors de saison.
M. R. {avec farce). — Le besoin que j'éprouve...»
Il voulait tout simplement s'entremettre pour ramener le calme.
A l'époque où florissait le père Marti neau, de légendaire mémoire, un député, appelé Pétou, ne cessait pas de demander la parole. A la fin le président (c'était M. Dupin) s'écria, d'un ton bourru : « 11 faut toujours que M. Pétou parle !
Qu'il parle ! » cria vivement la chambre.
( Figaro.)
Tribut.
Les Portugais, qui, en 1498, découvrirent les Indes, se virent en état, dès 1507, de s'emparer d'Ormuz, ville riche, située dans une île importante, à l'entrée du golfe Persique, et capitale d'un royaume assez considérable. Dans le temps qu'ils sont occupés à bàlir une citadelle pour assurer leur possession , le soplii envoie demander le tribut que le roi d'Ormuz lui paye tousles ans. Le chef des conquérants, le grand Albnquerque, s'étant fait apporter un grand bassin plein de boulets et de grenades, de fers de lance et de piques, d'épées et de sabres : « Allez, dit-il fièrement au ministre d'Ormuz, portez ce présent aux aniliassadeurs de Perse ; dites-leur que c'est le tribut que
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payent le roi de Portugal et les rois ses vassaux à ceux qui le leur demandent. » {Anecdotes militaires.)
Tricherie.
En général Bonaparte n'aimait pas le jeu ; mais s'il fallait jouer, c'était au vingt-et-un qu'il donnait la préférence, parce que ce jeu marche plus vile que les autres; et si, en rendant compte de ses beaux faits d'armes, il se plaisait à embellir, à vanter sa fortune, il ne dédaignait pas de l'aider les cartes à la main; en un mot, il trichait. Voici, par exemple, comment il s'y prenait au vingt-et-un : il demandait une carte; si elle le faisait perdre, il ne disait rien et la laissait sur la table ; il attendait que le banquier eût tiré la sienne. Le banquier montrait-il une carte favorable, alors Bonaparte jetait ses cartes sans les montrer et abandonnait sa mi-e. Si, au contraiie, la carte du banquier lui faisait dépasser vingt-et-un , Bonaparte jetait encore ses caries sans les montrer, et se faisait payer la mise. ]I riait beaucoup de ces |)etiles tricheries, surtout lorsqu'on ne s'en apercevait pas. .. Je dois me hâter de dire qu'il ne profitait point des petites violences qu'il faisait au hasard; qu'à la fin de la partie, il rendait tout ce qu'il avait gagné, et on se le partageait. Le gain , comme on peut le croire , lui était indifférent ; mais la forlune lui devait à point nommé un as ou un dix , comme elle lui devait un temps favorable le jour d'une bataille ; et si la fortune manquait à son devoir, il fallait que personne ne s'en aperçût.
(Bonrrienne, Mémoires.)
Triomphe ilrainatiqiie.
Les Comédiens ont donné par ordre le Siège de Calais gratis. Les harengères et le peuple , qui étaient à cette représentation , demandèrent à grands cris :
« Monsieur l'auteur ! w 11 parut, et ils crièrent : « Vive le roi , et monsieur de Belloy (1) ! « J'observe ici , en passant , qu'aux trois ou quatre premièies représentations il a été demandé par le public, et qu'il a paru , chose que l'on n'avait point encore vue.
Voici encore un honneur qui vraisem-
1 du poète est Dubello):
TIll
))lablemerit n'aura jamais son pendant.
La ville de Calais vient d'écrire en corps à M. de Belloy pour le remercier d'avoir mis au théâtre la helle action de leurs ancêtres; et elle lui marque que, ne pouvant se flatter de l'espérance de le voir dans leur pays, elle lui présentait des lettres de citoyen de Calais, et lui demandait la permission de le faire peindre à ses frais, afin d'avoir son portrait dans l'hôtel de ville; ce qui va être exécuté. Ses lettres de citoyen de Calais vont lui être adressées dans une boîte d'or aux armes de la ville; et M. Delaplace, qui est de Calais va faire faire un tableau au lieu d'un portrait au nom des officiers municipaux de Calais. Ce tableau représentera, dans l'enfoncement, le trait historique, et sur le devant M. de Belloy.
Je n'ai point souvenir que -depuis le triomphe du Tasse, et même auparavant, aucun poète ait jamais joui de pareils honneurs; ceux de M. de Belloy sont même, à mou sens, infiniment plus flatteurs : ils contentent en même temps et son amour-propre et son cœur. M. le duc de Bnssac, dans un transport de vrai patriote, dit ces jours derniers dans le fover : « Brizard, tu peux être malade quand tu voudras, je jouerai ton rôle. >,
(Collé, Journal.)
Troc inutile.
Seugébère, docteur en droit à Angers ayant accusé et convaincu d'adullere sa temme, qui était fort belle, il la fit enfermer dans un couvent, et prit une concubine en sa place. Un railleur, se trouvant dans une compagnie où l'on pariait de l'affaire de ce docteur, dit assez plaisamment : « P pourp ,il aurait
aussi bien fait de garder sa femme. »
[Mena glana. ) Tromperie vériilique.
Spinola étant passé en IG04 à Paris, Henri IV le reçut avec distinction. Ill'intorrogea sur les plans qu'il se proposait de suivre pendant sa prochaine campagne dans les Pays-Bas, et Spinola les lui révéla fianchement, très-convaincu qu'il ne scroitpascru. En effet, Henri écrivit secrètement au prince Maurice ce qu'il savoit de Spinola, en lui conseillant de se préparer à des entreprises diamétralement
TRO
opposées. Mais Spinola exécuta de point en point ce qu'il avait dit, et tout lui réussit. Henri fut également surpris et facile. « Les autres , dit-il à cet occasion , trompent en disant des mensonges; mais Spinola m'a trompé en disant la vérité. » (Panckouckc.)
Trop.
Voici un joli mot d'enfant. Le petit Charles de '"*, âgé de sept ans, est trèsgourmand, ce qui fait qu'on ne lui donne jamais à manger autant qu'il le désire. Un soir, à un bal d'enfants, il échappe à son précepteur, il court au buffet pour avoir des gâteaux de Savoie ; on lui demande ce qu'il en veut : Donnez-m'en trop, répond-il. Car ses parents lui disent toujours en lui retranchant quelque chose : « 11 y en a trop », et c'est ce trop qui seul pouvait le satisfaire.
(M""" de Genlis, Som'cntrsde FJlicie. )
Trop curieux.
Louis XV aimait à parler de la mort , quoiqu'il la craignît beaucoup (1); mais son excellente santé et son titre de roi lui faisaient probablement espérer qu'il serait invulnérable. Il disait assez communément aux gens tiès-enrhumés : « Vous avez là une toux qui sent le sapin. » Chassant un jour dans la forêt de Senart, une année où le pain avait été extrêmement cher, il rencontre un homme à cheval portant une bière. « Où portez-vous
cette bière? dit le roi. —Au village de
répond le paysan. — Est-ce pour un homme ou pour une femme.^ — Pour un homme. — De quoi est- il mort.? — De faim », répond brusquement le villageois. Le roi piqua son cheval, et ne fit plus de question.
(M"'^ Campan, Mémoires.)
Trop Mite en lieso^^ue.
L'impératrice Catherine II me raconta un trait fort singulier de M. Mercier de La Rivière, écrivain d'un talent distingué. M. de La Rivière, ancien intendant à la Martinique, avait publié à Paris un ouvrage qu'on estime encore aujourd'hui; il était intitulé : de l'Ordre naturel etes-
(.)Voy. En
■' funèbres.
TRO
sentlel des sociétés politiques. Ce livie ol)tint un I)rillant succès par sa conformité aux principes des économistes , qui étaient alors fort en vogue.
Comme Catherine II désirait tonnaîtic leur système, elle avait fait inviter ce pul)liciste à faire un voyage en Russie , en j rassurant qu'il y recevrait une ju>te iuj demnité pour sa complaisance. C'était à i l'époque où Catherine devait faire son entrée solennelle à Moscou; elle lui fit I diie de l'attendre dans cette ca|iitale. « M. de la Rivièie, me dit l'impératrice, se mit en route avec promptitude , et dès qu'il fut arrivé son premier soin fut de louer trois maisons contiguës , dont il changea précipitamment toutes les distributions, convertissant les salons en salles d'audiences et les chambres en. bureaux.
« Le philosophe s'était mis dans la tète que je l'avais appelé pour m'aider à gouverner l'empire et pour nous tirer des ténèbres de la barbarie par l'expansion de ses lumières. 11 avait écrit en gros caractères sur les portes de ses nombreux appartements: département de l'intérieur, département du commerce, département de la justice, département des finances , bureaux des impositions, etc.,e\. en même temps il adressait à plusieurs habitants lusses ou étrangers, qu'on lui indiquait comme doués de quelque instruction, l'invitation de lui apporter leurs litres pour obtenir les emplois dont il les croirait capables.
« Tout ceci faisait un grand bruit dans Moscou, et comme on savait que c'était d'après mes ordres qu'il avait été mandé, il ne manqua pas de trouver bon nombre de gens crédules, qui d'avance lui faisaient leur cour.
ic Sur ces entrefaites j'arrivai, et celte comédie finit. Je tirai ce législateur de SCS rêves; je m'entretins deux ou trois fois avec lui de son ouvrage, sur lequel j'avoue qu'il me parla fort bien , car ce n'était pas l'esprit qui lui manquait : la vanité seule avait momentanément troublé son cerveau. Je le dédommageai convenablement de ses dépenses. Nous nous séparâmes contents; il oublia ses songes de premier ministre, et retourna dans son pays en auteur satisfait, mais en philosophe un peu honteux du faux pas que son orgueil lui avait fait faire. »
Ce fut en faisant allusion à celte aiiic
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dote que l'impératrice éciivil à Vollaiie " M. de La Rivière est venu ici pour nous législaler. Il nous supposait marcher à quatre pâlies, et très-poliment il s'était donné la peine de venir de la Martiniijue pour nous dresser sur nos pieds de derrière. »
CDe Ségur, Mémoires.)
Trouble.
Ce n'élait pas un petit honneur de manger à la table du cardinal de Richelieu. Un jour il y fit mettre M. Tubeuf , qui en fut si surpris que, tout hors de lui. il meltait les morceaux dans ses yeux . au lieu de les mettre dans sa bouche.
(Tallemant des Réaux.)
Troiible-féte.
Ou sait que Charles-Quint déposa la pourpre impériale , pour endosser le froc monacal. Un matin qu'il éveillait à soi; tour les religieux , il s'avisa de secouei fortement un novice , enseveli dans un profond sommeil. Le jeune homme se levant à regret lui dit , d'un ton chagrin : <' N'était-ce donc pas assez pour vous d'avoir longtemps troublé le monde , sans venir troubler encore ceux qui en sont sortis. »
(Raynal, Mém. liist.
Pour fêler le général Dumouriez, aprèî ses conquêtes de la Belgique, Julie Talma et son mari avaient réuni tous leuramis dans leur jolie maison de la rue Chantereine. Vergnaud , Brissot, Boyer- Ducos, Boyer-Fonfrède, Millin, le généra Sauterre, J -M. Chénier, Dugazon, madame Vestris, mesdemoiselles Desgarcin.' et Candeille, Allard, Souque-Riouffe, Coupigny, nous et plusieurs autres faisions partie de cette réunion. Mademoiselle Candeille était au piano, lorsqu'un bruil confus annonça l'entrée de Marat, accompagné de Dubuisson, Pereyra et Proly , membres du comité de sûreté générale.
C'est la première fois de ma vie que j'ai vu Marat , et j'espère que ce sera la dernière. Mais si j'étais peintre, je pourrais faire son portrait, tant sa figure m'a frappé. 11 était en carmagnole, un mouchoir de Madras rouge et sale autour de la tête , 1 celui avec lequel il couchait probable-
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ment depuis fort loHgtemps. Des cheveux gras s'en échappaient par mèches, et son cou était entoui é d'un mouchoir à peine attaché. Je n'ai pas oublié un mot de son discours. Le voici :
« Citoyen, une dépulation des amis de la Liberté s'est rendue au bureau de la guerre pour y communiquer les dépêches qui te concernent. On s'est présenté chez toi ; on ne t'a trouvé nulle part. Nous ne devions pas nous attendre à te rencontrer dans une semblable maison , au milieu d'un ramas de concubines et de conlrerevolutionnaires. »
Talma s'est avancé et lui a dit : « Ci
toyen Marat, de quel droit viens-tu chei: moi insulter nos femmes et nos soeurs?
— Ne puis-je, ajouta Dumouriez, me reposer des fatigues de la guerre au milieu des arts et de mes amis sans les entendre outrager par des éjnthètes indécentes? — telle maison est un foyer de contre-révolutionnaires. « Et il sortit en proférant les plus effrayantes menaces.
Tout le monde resta consterné, car on ne doutait pas qu'une dénonciation ne s ensuivit. Quelqu'un voulut plaisanter mais il riait du bout des lèvres. Dugazon' qui ne perd jamais sa folle gaieté, prit une cassolette remplie de parfums, pour purifier les endroits où Marat avait passé Cette plaisanterie ramena un peu de gaieté, mais notre soirée fut perdue. Nous avons chanté des romances de Garât ; mademoiselle Candeille a touché du piano admirablement, comme à son ordinaire et le gros Lefèvre a joué de la flûte.
Le lendemain, on criait dans tout Pans : « Grande conspiration découverte par le citoyen Marat, l'ami du peuple • Grand rassemblement de Girondins et de coiitre-révolulionnaires chez Talma. »
( M"'* Fusil, Soiwe,iirs (/'n/ie actrice.)
Trouinille inutile.
Un Bédouin, dans une assemblée de joailliers a Basrah, racontait cette aventure : « Une fois j'avais perdu mon chemin dans le désert, et il ne m'était non resté de mes provisions. J'étais résigne a mourir, lorsque tout à coup je trouve une bourse pleine de perles Jamais je n'oublierai mon plaisir et ma joie, p;„ce que je m'imaginais que c'élait du froment grillé; ni aussi mon amer.