‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 142 sur 180 · AG · texte numérisé non relu

AG

l'abri du fleuve, qui, dans une recrue, pouvait ressaisir sa proie. Ou était eu iiiver. Le jardinier du Mas des Tours, nommé Berlaudier, et un pauvre pêcheur, profitant des épaisses ténèbres d'une longue nuit, enlevèrent le corps à sou piemier asile, et vinrent le caclier à une grande profondeur, dans un fossé servant de clôture au jardin du domaine. Il y resta deux ans. Le secret de ces soins pieux fut longtemps gardé. De longues et persévérantes recherches firent pourtant connaître à la veuve le lieu où reposait la victime. Sur sa prière, M. de Chartrouse se rendit en Provence, et, aidé par Berlaudier et par deux autres de ses gens, qui s'étaient munis de lanternes et des instruments nécessaires, il procéda à une seconde exhumation. Le corps, retiré de la terre, fut placé dans une caisse que M. de Chartrouse amena lui-même à Paris, et la maréchale put enfin posséder ces tristes et chères, reliques. Elle invita M. de Chartrouse à venir recevoir ses remerciements le lendemain.

Arrivé à l'hôlel, le propriétaire du Mas des Tours fut reçu par des domestiques revêtus de deuil ; le vestibule, les escaliers, étaient tendus de noir. Introduit dans un salon décoré avec le même appareil funèbre, M. de Chartrouse y trouva la maréchale en grands habits de veuve, et entourée d'un petit nombre d'amis et de parents de sou mari. Elle se leva en l'apercevant, le présenta à chacune des personnes présentes, et, lui témoignant devant tous sa reconnaissance, elle l'invita à assister au repas des funérailles. La maréchale, dans celte réunion, annonça sa résolution de venger la mémoire de son époux. Toutefois, elle dut attendre pendant deux autres années le moment de la justice. Enfin, le 19 mars 1819, quittant la retraite où elle était restée jusqu'alors ensevelie, elle vint solliciter de Louis XVIIl l'autorisation de poursuivre les assassins de son mari.

Elle avait espéré que les collègues de Brune, ses frères d'aimcs, les anciens maréchaux de l'empire , tiendraient à honneur de l'accompagner aux Tuileries. Un seul , le maréchal Suchet, cédant à de nouvelles sollicitations, consentit enfin à donner la main à la noble femme, et à la conduire devant le loi. Sa requête, renvoyée à M. de Serres, garde

des sceaux, fut accneillie parce ministre, et, le 24 février 1821, six ans après l'assassinat, la cour d'assises de Riom procéda au jugement. Protégés par leurs nombreux complices et par quelques-unes des autorités mêmes du midi, les accusés n'avaient pu être arrêtés; l'assassinat, toutefois fut prouvé; mais l'assassin demeura impuni. Guindon, dit Roquefort, fut condamné à mort par contumace.

Ce n'était pas le ministère public qui avait pris l'initiative de ce procès , intenté à la requête seule de la veuve ; le condamné et la partie civile furent doue solidairement obligés au payement des frais de cette longue et coûteuse procédure. Guindon n'avait rien ; Brune, chef intègre et l'une des plus pures gloires de nos armées, était pauvre ; la maréchale se présenta pour acquitter sur sa fortune personnelle cette dernière dette de son union.

Cependant la mémoire de Brune était vengée de cette odieuse imputation de suicide que le Moniteur et toutes les feuilles royalistes s'étaient empressés de reproduire; la maréchale avait accompli sa tâche ; elle rentra dans sa retraite. Le courage de cette femme héroïque n'avait pas failli une seule fois : toujours calme et digne, elle avait religieusement assisté aux débats de la cour d'assises ; elle fut présente à toutes les séances. On raconte (pi'au moment du procès, complimentée par une personne qui s'étonnait de son énergie, elle se leva, et, conduisant le visiteur près de sa chambre, dans une pièce où tout était sombre et sévère, elle écarta un voile qui recouvrait un objet soigneusement conservé : c'étaient les restes du maréchal. « Il demeurera là, dit-elle d'une voix émue mais ferme, jusqu'au jour où j'aurai vengé sa mémoire et fait punir ses assassins. Je demande uniquement à Dieu de me laisser vivre assez pour qu'il me soit permis d'enfermer l'arrêt vengeur dans sa tombe : ce devoir rempli, je pourrai m'endormir près de lui dans notre couche de terre, d

(Vaulabclle.)

Veuve d'un poëte.

Je demandai un jour à la veuve de Delille si son mari laissait quelque ouvrage posthume : « Ah t ne m'en parlez pas, me répondit-elle en changeaut de ton et

^HG

VEU

(le voix. Le malheureux homme ! il avait fomposé sur la vieillesse un poëme admirable, c'est le mot : tous les connaisseurs qui en ont entendu des fragments vous le diront. Ce poëme, monsieur, il contenait au moins six mil!e vers, 'et quels vers! Il n'avait jamais rien fait de si beau. Mais vous savez son indolence : li négligeait le soin de la gloire comme celui de sa fortune. Je lui disais tous les jours : « Monsieur Delille, monsieur Delille, ne vous fiez pas à votre mémoire dictez-moi ces vers- là ; je veux les écrire pour qu'ils ne soient pas perdus. » Eh bien, monsieur, il ne m'a pas écoutée, il est mort, il a emporté dans la tombe son superbe poëme. Je m'étais déjà arrangée avec un libraire, qui m'en donnait un prix considérable; mais bah! voilà M. Delille ad patres, et l'ouvrage aussi. C'est dix mille francs qu'il m'enlève monsieur. Dix mille francs! « Et la respectable matrone de larmoyer, de sangloter à n'en pas finir, en répétant sur tous les tons : « Dix mille francs, monsieur dix mille francs! » Je me sauvai; résolu à ne plus remettre les pieds chez cette Artémise trafiquante.

(Charles Briffault, ^îeci/^ d'un vieux parrain à son jeune filleul. )

Lorsqu'on fit en 1789 l'examen des pensions dont était grevé l'État, à l'effet d'opérer la réduction de celles qui paraîtraient a l'Assemblée nationale trop fortes ou non méritées, un des membres du comité, établi pour cet examen, fit part à l'Assemblée que dans sa course il avait découvert douze morts qui touchaient fort régulièrement tous les ans leur pension viagère.

{Courrier français.)

Piron, qui était aveugle sur la fin de ses jours, entendant lire l'article de Voltaire, dans les Trois siècles littéraires ('e Sabat.er, s^écria : « Je savais bien que \oitaire n avait qu'une réputation viagère. Je vois qu'on commence à ne la plus payer. »

(Piroiiiana.)

On vint m

Viatique

' j"'"' annoncer à Cliarle-

Page 1