‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 141 sur 180 · ACA · texte numérisé non relu

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Saint-Gilles, épicier de Saint-Germainen-Laye, ventriloque de sa nature, entre un jour dans le réfectoire des cordeliers de cette ville, où ces moines faisaient bombance, et dit, en jetant sa grosse voix sur une statue de saint François : « Il vaudrait mieux prier. » Aussitôt les révérends pères, consternés, abattus, quittent la table en l'église.

( Castil-Blaz«

chambre de celle qu'il aimait , le comie lui proposa de-l'aider à en sortir la nuit par la fenêtre, et de l'y ramener avant le jour, ce qui fut exécuté. Au retour, la terre se trouvant couverte de vergl.s ; l'amant prit sa maîtresse sur ses épaules.

Dans le temps qu'il traversait la cour, une vieille femme, qui avait une lanterne, passe près d'eux : le comte , pour l'empêcher de rien apercevoir, donne nu coup de pied dans la lanterne; malheureusement l'autre pied glisse sur le verglas ; il tombe avec son fardeau sur la vieille, qui se met à faire des cris affreux. La garde accourt, elle reconnaît le comte, et s'en retourne. Cette aventure éclata , et Von crut devoir en amuser la duchesse à sou lever. Elle dissimula avec le comte , mais dès ce moment elle prit le parti de l'abandonner entièrement. Quelques années après, cette princesse ayant été appelée au trône de Russie , elle ne voulut plus entendre parler de lui , et chassa de sa cour son chambellan , que le comte avait prié de s'intéresser pour lui auprès de sa souveraine.

{]\Jes Rêver if s.)

Vérification.

Lauziin , précipité inopinément dans un cachot du château de Pignerol, sans voir personne et sans imaginer pourquoi, y tomba si malade qu'il fallut songer à se confesser. Je lui ai ouï conter qu'il craignit un prêtre supposé; qu'à cause de cela il voulut opiniâtrement un capucin , ( t que, dès qu'il fut venu , il lui sauta à labarbeetlatiratantqu'ilputdetouseôtés, pour voir si elle n'était point poslicbe. (Saint-Simon, Mémoires.)

issant, et courent a

lUolicre miisic

Vergflas.

Tandis que la duchesse douairière de Courlande faisait une cour assidue et empressée au comte de Saxe, le comt-la faisait de même à l'une des femmes de la princesse. Une aventure à laquelle cette passion du comte donna lieu le priva très-vraisemblablement du trône de la Russie, auquel la princesse fut appelée par la suite. Ne pouvant avoir accès c'

isla

M. de Buffon prétendait que les femmes pouvaient bien avoir des envies, mais que jamais ces envies ne laissaient de traces. Mon oncle prétendait le contraire, parce que les exemples qu'il avait vus le rendaient crédule. La discussion s'en- --agea; la pauvre M"* de Buffon fut la martyre destinée à vérifier le fait. Elle était grosse, et depuis quelques jours elle témoignait un vif désir de manger des fraises; ce n'était pas la saison. Les belles serres 'chaudes de Montbard en contenaient plusieurs plates-bandes , mais encore verte?, cl M'"'" de Buffon guettait le

VÉR

« Pardie.,, l'abbé, dit M. de Buffon nous verrons qui de nous deux a raison. >' Jit le ieiidemain la serre est fermée les ordres les plus sévères sont donnés au jardinier, et la pauvre gourmande est oondamneea venir chaque jour contemple les plates-bandes sur lesquelles se dé-

J^iéil "'"''''"' J*""'" ^"''' P'"^

Enfin, M- de Buffon mit au monde "" enfant ayant une belle fraise sur la J)aup,ere gauche, preuve vivante pour leluter une erreur écrite et imprimée.

( Duchesse d'Abrantès. )

l^érité {Amour de la).

. L;amour de Caton pour la vérité était SI l.ien connu qu'il était passé en proverbe de dire, quand un fait ne semblait pas digne de foi : „ Ce fait n'est pas croyable, quand ce serait Caton luimême qui l'aurait dit. »

Christine de Suède étant à Rome le pape lui donna des cardinaux pour l'arcompagner, dans l'empressement qu'elle

témoignait de voir les tableaux et lés statues. 11 y en eut une du cavalier Bernin

d3marbreblanc,qui représentait la Vé-' ;^^,r '"'P'"''^*1"'^" effet est admiiable pour le modelé. Un cardinal qui s'approcha d'elle, et qui se p n n' vraisemblablement de beJesprTt ,^ ^"ce ;î;r,.""^r'^'Vquivoquesenllalie' lu. dit en s approchant un peu plus près « Madame, Dieu soit loué que Vous aye^ de 1 amour pour la vérité, que les tètes couronnées ne peuvent souffrir. - Je le crois bien, répondit la reine : tontes les ventes ne sont pas de marbre. ,.

( Clievixana. )

VÉR

I çhe, et moi je la défends et la défendrai jusqu au dernier soupir. »

(Niceron.)

Le père Malebrancbe rej)rochait quelqnefois, en badinant, au savant Jaccpies Leiong, les mouvements qu'il se donnait pour découvrir une date, ou quelques taits que les philosophes regardent comme une minutie. « La vérité est si aimable répliquait le savant oratorien. qu'on ne doit rien négliger pour la découvrir, même dans les plus petites choses. ., ( Tahl. des litter. )

Vérité {Indifférence pour la).

Fontenelle disait souvent : » Si je tenais toutes les vérités dans ma main, je me garderais bien de l'ouvrir pour les montrer aux hommes. >.

( Galerie de l'ancienne cour.')

Vers.

Il y a un proverbe espagnol qui dit qu II faut être sot pour ne pouvoir pas laiie deux vers, et fou pour vouloir en laire quatre. -

François Eudes de Mézerai, historiographe de France, avait deux frères: Jean Ludes chef des Eudistes , et Charles Eudes, fameux chirurgien-accoucheur. Ce dernier, s opposant un jour fortement à un dessein injuste qu'avait le Gouverneur d Argentan, lu. dit :« Nous sommes trois f.eres, adorateurs de la justice et de la vente. Le orem.er l'écrit, l'aut.e la prê-

Qiiand Santeuil était dans ses mouvements d'enthousiasme poétique, il disait • « Je ne suis qu'un atome, je ne suis rien • ma.s SI je savais avoir fait un mauvais vers, j irais tout à l'heure me pendre à la brève. »

A la première représentation de l'Or^^//^ dA. Dumas, a la Porte-Saint-Mariiu je me trouvais à côté d'un gros monsieur qui applaudissait à outrance. Il me doniia.t des coups de sou coude droit dans mon cote gauche; après le premier acte j étais deja meurtri,

« Vous aimez ce genre-là, lui dis-je pendant lenir'acte. - Oh! monsieur, me repond.t-il, Alexand.e Dumas, c'est mon dieu. Je le lis à Paris, en voyagema femme le lit, mes enfants le lisentnous buvons à sa si dans mes caves à Bcr

a sa santé en famille, et

Pendant la

mon voisin se livre

moitié du second acte.

ie au même exercice,

VER

mais semble se ralentir vers l'autre moitié.

Enfin il cesse complètement. Je lui en demande la raison :

« Ah! monsieur, me dit-il, c'est qu'il est farceur aussi, Alexandre Dumas, il m'y a déjà pris une fois à Caligula; ça n'est qu'au second acte que je me suis aperçu que c'était des verses. »

(Victor Coiiailhac, La vie de tliéàtre. )

Versa tilit

Charles-Emmanuel, duc de Savoie, qui échangea la Bresse contre le marquisat de Saluées, prenait indifféremment tantôt le parti de la France, tantôt le parti de l'Espagne. Il avait un juste-au-corps blanc d'un côté, et rouge de l'autre, qui pouvait servir également des deux côtés.

Était-il pour la France, le juste-au-corps était blanc. Était-il pour l'Espagne, le juste-au-corps était rouge. Voilà l'origine du proverbe tourner casaque.

( Bibliotlièijue de cour. )

Vertu.

Molière revenait d'Auteuil avec Charpentier, fameux compositeur de musique ; il donna l'aumône à un pauvre, qui un instant après fit arrêter le carrosse et lui dit : « Monsieur, vous n'avez pas eu dessein de me donner une pièce d'or. — Où la vertu va-t-elle se nicher! s'écria Molière, après un moment de léQexiou.

Tiens, mon ami, en voilà une autre. »

(Cousin d'Avallon, Molieraiia. )

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La mère de Fontenelle exhortait souvent son fils à joindre les vertus chrétiennes aux vertus morales : « Avec toutes vos petites vertus, lui dit-elle un- jour, vous serez damné. »

(Jim. /il t., 17 "7.)

Vétérans.

Un vétéran d'Auguste, ayant un procès, s'adressa à Auguste lui-même en le priant de défendre sa cause. Auguste, qui connaissait son courage et ses longs services, promit de lui donner un bon avocat :

« Eh ! quoi ! répondit le soldat, ai-je en-

voyé un autre à ma place quand il a fallu» à Actium, vous défendre contre Antoine?

N'ai-je pas payé de ma personne et reçu là les l)lessures que vous voyez? » Auguste, touché de ces rsproches, se rendit au forum, et plaida lui-même la cause de sou vieux légionnaire, qu'il gagna ( Suétone, y te d'Auguste. )

Au mois de juillet 1791, un inspecteur aux revues fit l'examen des jeunes volontaires parisiens qui se destinaient à partir pour l'armée. Il refusa d'admettre ceux à qui la faiblesse de leur âge ne permettait |ias de supporter la fatigue des camps. Cette précaution alarma un jeune gardenational. Il sort des rangs, et s'adressant à l'inspecteur avec inquiétude, il lui dit : « On ne me refusera pas moi, je suis vétéran. » Ce vétéran avait quinze ans.

» Monsieur, continua-t-il, j'ai fait plusieurs campagnes sur mer en qualité de mousse et de pilotin. J'ai déjà supporté plus de peine que beaucoup d'hommes. »

il fut reçu.

{Aliuanach littéraire, 17 32.)

Veufs.

Un homme était en deuil de la tète aux pieds : grandes pleureuses, perruque noire, figure allongée. Un de ses amis l'aborde tristement : « Eh ! bon Dieu ! qui est-ce donc que vous avez perdu? — Moi, dit-il, je u'ai rien perdu; c'est que je suis veuf. »

( Chamfort. )

Dialogue.

Le mailre. — Cocjuin, depuis que ta femme est morte, je m'aperçois que tu te grises tous les jours. Tu ne t'enivrais auparavant que deux ou trois fois par semaine. Je veux que tu le remaries dès demain.

Le valet. — Ah! monsieur, laissez quelques jours à ma douleur!

{Id.)

Deux fermiers conversant sur les belles apparences de la saison, l'un dit:

« Si ces pluies chaudes-là continuent, tout va sortir de terre. — Ah! que me

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dites-vous là I s'éciia l'autre, moi qui ai deux femmes dans le cinietiùic ! »

M. B..., ayant peidn sa femme, voulut se donner la triste consolation d'accompagner la défunte jusqu'au Père-Lachaisc.

Le soir même de l'enterrement, un ami de M. B..., étant allé lui porter ses coml)liments de condoléance, l'engageait à ne pas se laisser abattre par le chagrin.

« Il faut tâcher de vous distraire, lui disait-il; dans votre état de santé, l'exercice est une bonne chose. — C'est vrai, répondit M. B..., et cette petite promet nade m'a fait grand bien. »

{Mcsaî'jne. )

Veuves.

Artémise, reine de Carie, poussa l'amour i)our Mausole, son époux, jusqu'à ne pas vouloir que la mort même les sépaiât. Elle avalait chaque jour une portion des cendres de son mari, et devint ainsi le tombeau de celui qu'elle avait aimé.

Marie-Madeleine de Vignerot, nièce du cardinal de Richelieu, avait été mariée à Combalet, qu'elle ne pouvait souffrir. Quand il fut tué aux guerres des Huguenots, de peur que, par quelque raison d Ltat, on ne la sacrifiât encore, elle fit vœu, un peu brusquement, de ne se marier jamais et de se faire carmélite. Ce fut aux Carmélites même qu'elle fit ce vœu; elle s'habilla aussi modestement (|u'une dévote de cinquante ans. Elle n'avait pas un cheveu abattu. Elle portait une robe d'éîamine et ne levait jamais les yeux. Avec ce harnaislà, elle était dame d'atour de la reine mère et ne bougeait de la cour; c'était alors la grande fleur de sa beauté. Cette manière de faire dura assez longtemps. Enfin, son oncle devenant plus puissant, elle commença à mettre des languettes, après elle fit une boucle, ou mit un petit ruban noir à ses cheveux; elle prit des habits de soie, et peu à peu elle alla si avant, que c est elle qui esl cause que les veuves portent toutes sortes de couleurs, hors d I vert.

(Tiillemant desRéanx.)

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Un homme, nommé Bournazel, avait ete condamné à perdie la tète, par arrêt du parlement de Bordeaux, pour avoir assassiné le sieur de la Tour. Les parents de Bournazel obtinrent sa grâce de Charles IX, malgré les i)laintes et les protestations de la veuve. Pour l'apaiser, le roi ni ht offre de tous les biens du coupable ; mais la veuve de la Tour, en lui montrant le fils du défunt, lui répondit : « Sue, à Dieu ne plaise que je vende le sang démon époux! Puisque le crédit du meurtrier est au-dessus d.; la justice et des lois, accordez à mon fils la grâce dont il aura besoin pour venger la mort de son père par celle de l'assassin, à laquelle je l'exhorterai tous les jours. >.

(Panckouckc. )

Une dame venait de perdie son mari Un monsieur qui alla la voir la trouva jouant de la liarpe, et lui dit avec surprise :

« Eh ! mon Dieu ! je m'attendais à vous trouver dans la désolation. — Ah ! ditelle d'un ton pathétique, c'est hier qu'il lailait me voir ! v

(Chamfort

Le corps du maréchal Brune, massacré a Avignon en 1 8 1 5, fut jeté dans le Rhône. Les assassins espéraient que le fleuve emporterait la victimejusqu'à la Méditerranée et que cette mer ensevelirait à jamais les preuves du meurtre au fond de ses abîmes. Mais, de distance en distance, le Khone rejetait le cadavre sur ses bords... r.haque fois, soit passion politique, soit acheté, les riverains rendaient au fleuve le sanglant dépôt. Ce fut seulement à dix-huit lieues environ an-dessous d'Avignon, vis-à-vis du domaine le Mas des Tours, appartenant au baron de Chartrous», que, repoussé de nouveau par le Rhône, le cadavre put rester sur le sable (le la Grève ; il y demeura plusieurs jours. Un garde-champèlre, dit-on, dont l'attention fut éveillée par le vol d'un oiseau de proie qu'attirait la présence de ces lamentables restes, creusa furtivement le sable et recouvrit d'un peu de terre le général illustre. Averti par les conlulences des gens de son domaine, M. de Chartreuse, dans les derniers lours d" ISir,, ordonna de m.-tlre le ,•.,„. :.

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