‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 23 sur 180 · LUX · texte numérisé non relu

LUX

Duperrier, gentilhomme provençal, connu par ses excellentes poésies latines, se trouvant un jour dans le besoin, s'adressa à Chapelain , qui était aussi avare que riche. Celui-ci crut lui faire une grande libéralité, en lui donnant un écu. Après un tel effort de générosité, il disait : « Nous devons secourir nos amis dans leurs nécessités, mais nous ne devons pas contribuer à leur luxe. »

( Maximes de Vlionnête homme. )

liuxe «l'Opéra.

Les demoiselles du corps de ballet préfèrent toujours le superflu au nécessaire : le premier em|)loi que fit Tune d'elles d'un billet de banque, ce fut d'acheter des ananas, un Kings'Charles et un perroquet. Je remis une pièce d'or à un jeune élève de la danse pour qu'il pût s'acheter des souliers et un chapeau. <c Je vous remercie bien, me dit-il, je pourrai ainsi m'acheter une canne. « Une de ces enfants, grande dame de la veille, après m'avoir décrit tout son luxe, agite deux fois de suite sa sonnette ; deux domestiques en livrée accourent : « Pierre, Jean, leur dit-elle, n'est-ce pas que vous êtes mes domestiques ? » Elle n'avait pas

encore de chemise, mais elle avait pris tout de suite deux laquais.

( Docteur Véron , Mémoires d'un bourgeois de Paris. )

liuxe d'un roi de Perse.

Parménion écrivit à Alexandre, après avoir pris Damas et s'être lendu maître de tous les bagages de Darius : « J'ai tiouvé ti'ois cent vingt-neuf concubines, musiciennes du roi; quarante-six hommes occupés uniquement à faire des guirlandes et des couronnes ; deux cent soixante-dix-sept cuisiniers ; vingt-neuf garçons de cuisine; treize pâtissiei s ; dixsept hommes dislinés à préparer les boissons ; soixante-dix hommes chargés de filtrer le vin ; quarante parfumeurs. » ( Athénée. )

liuxe et misère.

Un jour, à Turin , dans un-^ belle rue, je vis une petite affiche sur l.iquelle je lus ces mots : La moitié d'un lit à louer. Cela me parut extraordinaire , et je voulus voir ce que c'était. J'entre, je m'informe; un gros homme, gras et suant, me reçoit [loliment , me dit que c'est la moitié de son lit qui est à louer, et me le montre, li ajoute qu'il était loué par un jeune officier de la garde du roi; qu'il mettait ses effets là, en me montrant un coffre; que tous les matins, levé de bonne heure, babillé et coiffé, il allait à son service et ne revenait que le soir. « Vous voyez, monsieur, combien c'est commode. « Je le remerciai de l'exactitude de sa description , et je me retirai. Je me figurais im jeune homme sortant d'un pareil lit, mettant un bel uniforme, brillant dans les cercles, à la cour, et revenant à ce lit. Je ne crois pas que le luxe de parade puisse s'allier à une misère plus dégoûtante. „

(Vaublanc, Mémoires.)

lUag^ie naturelle.

Quand les juges du parlement faisaient la maiéeliale d'Ancre son procès comme sorcière, on jirélend que l'un d'eux lui demanda de quels charmes elle s'était servie pour gagner l'esprit de la reine (Marie de Médicis) et qu'elle répondit : « Pas d'autre chose que du pouvoir qu'a une habile femme sur une balourde (1). » ( Tallemant des Réaux.)

Slag^istrats.

L'Hôpital, dont l'avis était toujours d'un grand poids dans les conseils, n'opinait jamais pour la guerre. Un jour qu'il parlait énergiquement d'après ses principes, le connétable de Montmorency, qui était d'avis de la guerre, l'interrompit brusquement , lui disant : « Que faites-vous ici, monsieur? que faites-vous dans des conseils où on délibère la guerre? — C'est à moi de la délibérer , lui répondit l'Hôpital , et c'est à vous de la faire. »

( Warée, Curiosités judiciaires. )

Quand Noël Brùlart, procureur général au parlement de Paris, rencontrait des évéques par la ville, il faisait arrêter leur carrosse pour leur demander quelle affaire les empêchait de résider. Si c'était un procès, il leur disait : « N'y a-t-il que cela qui vous retienne ici? Je le ferai vider; retournez à votre diocèse. « (Id.)

Le président de Harlay, au milieu de troubles de la Ligue, disait que si ou l'accusait d'avoir volé les tours Notre-Dame, il commencerait par se sauver.

(i) Ainsi le Mahomet de VcJlt.Tire légitime son autorité ; il règne

Du droit qu'unesprit Tort et ferme en ses desseins A sur l'esprit grossier des vulgaires hi

Le premier président de Bellièvre était un homme de grand mérite et de trèsbonne compagnie. Il aimait la bonne chère et se piquait d'avoir le meilleur vin de Paris. Un jour , sortant de la Giand'Chambre, il trouva le comte de Fiesque, avec MM. de Manicamps et de Jonsac, qui l'abordèrentavec un placet à la main, dont la teneur était : « Nous supplions très-humblement monseigneur le premier président de vouloir ordonner à son maître d'hôtel de nous donner six bouteilles de sou excellent vin de Bourgogne , que nous comptons boire à tel endroit, à la santé de Sa Grandeur. ■» M. de Bellièvre, avec un air de grave magistrat, prit son crayon et mit sur le placet : « Bon pour douze bouteilles, attendu que je m'y trouverai. »

(Warée, Curiosit. judiciaires.)

Le président Amelot dit un jour à une femme qu'il pressait : « Madame, voyez-vous , un premier président n'a point de temps à perdre. »

( Tallemant des Réaux. )

Prévost-Biron jouant un jour avec le président Aubry, qui était en caleçon de ratine, avec une barette et des plumes (jugez de la sagesse de l'homme ! ), il vint un trésorier de France récipiendaire ; le président le voulait renvoyer : « Hé! dit Prévost, ce pauvre homme n'a peutêtre point de temps à perdre ; par pitié, donnez-moi votre robe. « Il la lui donne, et va écouter. Prévost dit à cet homme ; « Voyez-vous , dans votre harangue, ne vous amusez point à nous dire de belles choses, car nous sommes tous des ignorants. » Le président ne put se tenir, il sort sans songer comme il était fait , et dit au récipiendaire : « C'est moi qui suis le président Aui)ry ; c'est un fou ; ne vous amusez point à ce qu'il vous dit. » , {Id.)

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Un jour que quelques conseillers parlaient un peu trop à l'audience, M. de Harlay dit : « Si ces messieurs qui causent ne faisaient pas plus de bruit que ces messieurs qui dorment , cela accommoderait fort ces messieurs qui écoutent. »

(Chamfort. )

Le duc de Guise, à la tète des séditieux, -voulait se rendre maître de la personne du roi Henri III, et ce monarque se vit obligé, eu 1588, de sortir en fugitif de sa capitale. Le duc étant allé visiter , après le départ du roi , Achille de Harlay , premier président , qui seul se promenait dans son jardin , lequel s'étonna si peu de sa venue, qu'il ne daigna pas seulement tourner la tète, ni discontinuer sa promenade commencée , laquelle achevée qu'elle fut et étant au bout de l'allée , il retourna, et, voyant le duc de Guise qui venait à lui. >< Alors ce vertueux magistrat, levant la voix, lui dit : « C'est une honte, monsieur, c'est une honte que le valet mette le maître hors de la maison ! Au reste , mon àme est à Dieu, mon cœur est à mon roi ; et, à l'égard de mon corps, je l'abandonne, s'il le faut, aux méchants qui désolent ce royaume. »

(Discours sur la rie et la mort du président de Harlay. )

Louis XIV voulait faire recevoir au l)arlement de Bourgogne un édit, auquel le premier président Brùlart s'oiiposa vivement, parce qu'il le regardait comme préjudiciable aux intérêts particuliers de la province. Le roi, irrité de sa résistance, le fit enfermer dans la tour de Perpignan. Quelque temps après, le roi le fit venir, comptant sur sa soumission à ses ordres; mais l'intrépide magistrat ne dit que ces paroles : « Sire , je vois encore d'ici la tour de Perpignan. »

Mag^istrat coiu plaisant.

Une femme d'un rang honnête fait demander à M. Lenoir, lieutenant général de police, une audience particulière. Introduite dans le cabinet du magistrat, elle

se jette tout en larmes à ses pieds , et lui expose sa situation. Mariée à un homme jaloux , emporté , et capable de tous les excès, elle se trouve dans le cas d'éprouver les plus justes effets de son ressentiment. 11 est absent depuis plus d'un an, et doit revenir sous peu de jours : elle est enceinte et près d'accoucher. Le désespoir de cette malheureuse femme rendait toutes remontrances inutiles. 11 s'agissait de la secourir, et d'épargner à son mari un crime affreux. M. Lenoir accueille la coupable avec bonté, avec commisération, convient de la nécessité de cacher une faute dont elle montre le plus amer repentir, et lui propose de se rendre en secret dans le faubourg Saint-Antoine, chez une sage-femme qui, à sa recommandation, aura le plus grand soin d'elle, et où elle sera d'autant plus en sûreté que les commissaires de police ont seuls le droit d'entrer dans ces soites de maisons, en grand costume, et en se faisant accompagner de la garde. La proposition est acceptée avec une vive reconnaissance. Celte femme retourne chez elle, prétexte devant ses domestiques un voyage dans une campagne qu'elle ne nomme point , et où elle n'a besoin de personne pour l'accompagner. Elle donne ses ordres pour le temps de son absence, monte dans un carrosse de place , eu change plusieurs fois en chemin, pour dérouter les surveillants, et parvient, avec le plus grand mystère, à sa destination.

Peu après le mari arrive; il est fort étonné de l'absence de sa femme , qu'il croyait prévenue de son retour, et plus encore de l'ignorance de ses gens sur l'endroit où elle a été. Après quelques joui s d'informations et de recherches infructueuses, il se rend à la police, fait part à M. Lenoir de ses inquiétudes, et le prie d'employer tous ses moyens pour les faire cesser. Ce magistrat demande la liste exacte et l'adresse de toutes les connaissances du mari et de la femme dans Paris, et promet de rendre réponse dans quelques jours. Ce laps de temps écoulé, il annonce qu'il n'a fait encore aucune découverte , et qu'il serait nécessaire d'avoir l'adresse des campagnes ou proviaces voisines oùelle pourrait s'être retirée. Les renseignements les plus détaillés sont aussitôt fournis; mais ces nouvelles recherches exigeaient de plus grands délais, et c'était tout ce que désirait M. Lenoir,

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pour donner à la malheureuse femme le temps de se rétablir.

Cependant le mari ne s'en rapportait pas tellement aux soins de la police, qu'il ne fît de son côté toutes les démarches possibles pour découvrir le séjour de sa femme. 11 était secondé par un valet fort intelligent, qui, à force de recherches, parvint à soupçonner la vérité et en fit part à son maître. A peine cette indiscrétion eut-elle été commise, que M. Lenoir en fut informé par les espions qu'il avait placés dans cette maison. Il se fait amener le domestique, l'interroge sur les moyens qu'il a eus de faire cette découverte, paraît la regarder comme invraisemblable, et lui dit que si elle se trouvait réelle, ce serait un très-giand malheur, puisque la femme ne manquerait pas d'être victime de la violence de son mari. « Au surplus, ajoutat-il, ce serait sur vous-même, comme premier auteur et complice de ces désastres, qu'en retomberait la punition; et la plus douce qu'on pourrait vous infliger serait votre réclusion per[)étvielle à Bicétre. Vous pouvez, au contraire, éviter toutes les horreurs que j'entrevois, par une conduite très-simple, et dont vous serez amplement récompensé. 11 ne s'agit que de garder la plus grande discrétion sur la conversation que j'ai avec vous, de continuer à servir fidèlement votre maître, et de m'avertir exactement de toutes ses démarches, ainsi que du parti qu'il prendra relativement à l'avisque vous lui avez donné. Décidez-vous, et songez que vous ne pouvez échapper à ma vigilance. »

Il n'y avait pas à balancer sur le choix; et le pauvre domestique, également intimidé par des menaces dont il sentait toute la justice, et attiré par l'espoir d'une récompense facile à obtenir, n'hésita pas à promettre la plus grande exactitude dans le devoir qu'on lui prescrivait.

Deux jours après, à dix heures du matin, il vint avertir M. Lenoir que le piojet de son maître était de se déguiser le soir même en commissaire de j)olice, de requérir la garde à la chute du jour, d'aller faire ain^îi une visite dans toute la maison de la sage-femme, et qu'il l'avait destiné à jouer le rôle de clerc à sa suite.

Aussitôt le magistrat fait appeler le commissaire Chenon, qui avait toute sa confiance. Il le charge de se tenir en embuscade, à quelques pas du corps de garde,

pour arrêter un faux commissaire qui s'y présentera le soir, et le lui amener dans son déguisement. En même temps il écrit à la femme, qui se trouvait parfaitement rétablie, lui fait part de tout ce qui s'était passé, et lui recommande d'être rendue chez elle à sept heures du soir; mais d'avoir soin de lui adresser sur-le-champ une lettre datée des environs de Rouen, où il savait qu'elle avait une amie intime, sur la discrétion de laquelle elle pouvait entièrement compter; lettre par laquelle, assurant qu'elle ignorait ic retour de son mari, elle remerciait le lieutenant général de police des soins qu'il avait pris pour l'en faire avertir, et annonçait qu'elle arriverait le jour même dans son domicile. La lettre fut écrite aussitôt, et M. Lenoir l'envoya à la poste pour y faire mettre le timbre de Rouen.

Cependant le mari ne manqua pas de se rendre, avant sept heures du soir, au coips-de-garde du faubourg Saint-Antoine, revêtu d'une grande robe, d'une perruque magistrale , avec un bonnet carré, et accompagné de son prétendu clerc. Il requiert une escouade pour marcher avec lui ; mais à peine a-t-il fait quelques pas, que le commissaire Chenon sort d'une allée, arrête la garde, et demande quel est le motif de cette démarche. Le mari, qui avait bien étudié son rôle, se présente hardiment, dit qu'il est le commissaire du faubourg Saint-Jacques, et que des ordres supérieurs l'obligent d'aller faire une visite dans la maison d'une sage-femme ,de ce quartier. « Vous le commissaire du faubourg Saint-Jacques !

réplique Chenon; vous en imposez: c'est un ami; je le quitte à l'instant. Qu'on arrête cet homme. » A ces mots le malheureux se déconcerte; il balbutie, avoue sa faute, veut séduire à prix d'argent h; commissaire, qui se trouve incorruptible, et demande pour dernière grâce de ne pas paraître dans son déguisement en présence du lieulenant-géuéral de police, dont il est connu; mais il ne peut rien obtenir. 11 est mené ainsi, bien accompagné, chez M. Lenoir, qui, après avoir pris pour la forme et devant lui des informations dont il n'avait pas besoin, le fait entrer dans son cabinet, et là lui reproche amèrement l'infamie du rôle dans lequel il a été surpris, lui en développe tontes les conséquences, l'effraye vivement sur la punition qu'il mérite, et finit

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par lui dire que, ne pouvant attribuer un tel égarement qu'à un excès de jalousie , il veut bien le lui pardonner et lui démontrer en même temps combien il est coupable, surtout envers sa femme, qui, sans doute n'ayant pas reçu sa lettre, ignorait son arrivée, et s'étant mise en route au premier avis qu'elle en avait eu, devait en ce moment être arrivée chez elle. Pour ne lui laisser aucun doute, il lui met sous les yeux la lettre qu'il s'est fait adresser, et (iont l'écriture, la date et le timbre font également foi. Le pauvre mari, pénétré de l'innocence de sa femme, honteux d'avoir pu la soupçonner, confondu de la bonté du magistrat, retourne chez lui plein de reconnaissance, y retrouve en effet celle qu'il cherchait avec tant de sollicitude, et tous les deux viennent ensemble le lendemaia remercier M. Lenoir.

(Paris, Versailles, les prcvinces au XVIIP siècle.)

lla«^istrat ferme.

Jacques II ayant voulu établir à Londres quelques nouveautés, le maire de cette capitale s'y opposa avec une fermelé respectueuse et inébranlable. Le roi le menaçant de quitter Londres, et de transporter dans une autre ville le séjour de la cour, et, avant de partir, de priver Londres de plusieurs avantages, ajoutant même avec colère qu'il eu emporterait

tout ce qu'il pourrait, pour la punir

Le lord maire lui répondit froidement : » Nous espérons, sire, que du moins Votre Majesté n'emportera point la Tamise. »

(Collé, Journal .)

Magistrat gogiieuaril.

Une dame fort laide (1) vint solliciter auprès de M. de Harlai, premier président du parlement de Paris, un procès qui devait bientôt se juger et qui était de conséquence. 11 la reçut avec un front sourcilleux. Elle crut que cet accueil lui annonçait la perte de son procès. Elle sortit fort mécontente; et dans sa colère, qu'elle exprimait à tout le monde, elle ne désignait ce magistrat que par le nom de t'ieux singe. Cela revint aux oreilles

de M. de Harlai ; mais, sourd à la voix du ressentiment, il écouta l'équité, qui lui parha en faveur de la dame. Elle apprit le gain de sa cause. Elle ne manqua point d'aller remercier ce magistrat. M. de Harlai, regardant la marquise avec un air riant, lui dit : « Il ne faut pas, madame, que vous soyez surprise de ce que j'ai fait pour vous : les vieux singes sont charmés d'obliger les guenons. »

(Blanchard, École des mœurs.)

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(!ucbcssp de La Fcrtc.

Le duc de Rohan , sortant mécontent de l'audience du président de Harlai, l'avait prié de ne le point conduire ; et après quelques compliments, il crut avoir vaincu sa résistance. Dans cette persuasion, il descend l'escalier en disant rage de lui à son intendant, qui l'avait accompagné.

Chemin faisant, l'intendant tourne la tète et voit M. de Harlai sur ses talons ; il s'écrie pour avertir son maître. Le duc de Rohan se retourne, et se met à complimenter pour faire remonter le premier piésident : « Oh ! monsieur, lui répond io magistrat, vous dites de si belles choses, qu'il n'y a pas moyen de vous quitter. » Et en effet, il ne le quitta pas qu'il ne l'eût vu monter en carrosse.

(Mémoires anecd. des règnes de Louis XIV et XF.)

Magnanimité d'nn mourant.

Les cris furieux des paysans vendéens qui demandaient la mort des prisonniers républicains (au moment du passage de la Loire) arrivaient jusqu'à l'oreille de Bonchamps, sans qu'il pût distinguer ce qu'ils réclamaient. Un ofûcier lui raconta ce qui se passait. Alors Bonchamps, élevant sa voix mourante : «. Grâce, dit-il, grâce pour les prisonniers! » Puis, se tournant vers d'Aulichamp : « Mon auii, lui dit-il, c'est sûrement le dernier ordre que vous recevrez de moi. Laissez-moi espérer qu'il sera exécuté. Grâce pour les prisonniers! »

A l'instant, plusieurs officiers sortirent de la chambre, et, montant à cheval, allèrent ré|)éter de proche en proche à la foule émue ces mots qui sauvaient cinq mille vies : « Grâce aux prisonniers ! Bonchamps mourant le veut ! Bonchamps l'ordonne ! » A ces paroles, qui leur annon- I çaieut en même temps la mort prochaine

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d'un chef bien aimé et sa dernière et magnanime volonté, les paysans sentirent leur colère tomber. La plupart d'entre eux faisaient partie de l'armée de Bonchamps, et le vénéraient comme un père. Ils n'avaient rien à refuser à son agonie suppliante. Bientôt des milliers de voix répétèrent : « Grâce aux prisonniers !

Bonchamps l'ordonne «... Les prisonniers étaient sauvés.

(Nettement, rie de M"'' de la Fxo.

chejaqueh'tn.)

Maig^reur.

Voltaire, comme on sait, était à la fin de sa vie d'une maigreur extrême. Il aimait beaucoup un jeune aiglon qui était enchaîné dans la cour de son château de Ferney. Un jour l'aiglon se battit contre deux coqs, et fut grièvement blessé.... Voltaire avait tnie servante nommée Madeleine, chargée de se trouver tous les jours à son réveil. La première question que son maître lui faisait, depuis le fâcheux événement, c'était : » Comment va mon aiglon? — Bien doucement, mousieur, bien doucement ! » Telle était la réponse ordinaire. Un jour Madeleine dit, d'un air riant : « Ah ! monsieur, l'aiglon n'est plus malade. — Il est guéri ! Ah ! ma bonne ! quel bonheur! — Non, monsieur, il est mort ! — Mort ! mon aiglon est mort, et vous m'annoncez cette nouvelle eu riant! — Ma foi, monsieur, il était si maigre! il vaut mieux qu'il soit mort. — Conmient maigre! et parce que je suis maigre, faut-il aussi que je meure ! Parce que vous êtes grasse, croyez- vous qu'il n'y ait que les gens gras qui aient droit à la vie? Sortez, sortez d'ici. » Madame Denis accourt aux cris de son oncle, et lui demande le sujet de son emportement. II le lui raconte en murmurant toujours. « Maigre! maigre! Il faut donc me tuer, moi? « Il exige que Madeleine soit renvoyée. La complaisante nièce feint d'obéir, et ordonne à Madeleine de se tenir cachée dans quelque coin du château. Ce ne fut qu'au bout de deux mois que Voltaire demanda de ses nouvelles. « Elle est bien malheureuse, lui dit madame Denis. Elle n'a pu trouver à se placer à Genève, dès qu'on a su qu'elle avait été renvoyée du cliâteau de Ferney. — C'est sa faute : pour((uoi rire de la mort de mon aiglon, parce qu'il était maigre?

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Cependant il ne faut pas qu'elle meure de faim : faites-la revenir; mais qu'elle ne se préseule jamais devant moi. — Non, . mon oncle. » Voilà donc Madeleine sor- tie de sa cachette, mais évitant soigneusement la rencontre de son maître. Un jour cependant Voltaire, sortant de table, se trouve face à face avec elle. Madeleine, interdite, rougit, baisse les yeux, veut balbutier quelques excuses. « Ne parlons plus de cela, Madeleine, mais au moins souvenez-vous qu'il ne faut pas tuer tout ce qui est maigre. »

( Coitrr. des specl., an XIII, "

liaison de campagne.

Barbin le libraire avait une maison de campagne à Ivry, maison fort ornée et fort enjolivée, mais qui n'avait ni cour ni jardin. Monsieur Despréaux fut invité d'y aller dîner, et quelques moments après le repas fit mettre les chevaux au carrosse : « Mais où allez-vous donc si vite ? lui dit Barbin. — Je m'en vais prendre l'air à Paris, ■» répondit monsieur Despréaux.

{Bolœana.)

Maitre à danser.

M. Cupis père était un maître à danser ; il avait mis au monde la Camargo, célèbre danseuse de son temps. Lorsqu'il vint pour me donner la première leçon de men\iet, il avait soixante ans; j'en avais dix, j'étais aussi haut que lui. Il tira de sa poche un petit violon, dit pocltelte.y m'étcnclit les bras, me fit plier le jarret; mais au lieu de m'apprendre à danser, il m'apprit à rire : je ne pouvais regarder les petits yeux de M. Cupis, sa perruque, sa veste, qui lui descendait jusqu'aux genoux, son hal)it de velours ciselé, je ne pouvais entendre ses exhortations burlesques , pour faire de moi un danseur, accompagnées de ses soixante aimées de danse magistrale, sans une dilatation de late. Jamais il ne vint à bout de me faire obéir à son aigre violon ; j'étais toujours tenté de lui sauter par-dessus la tète. Le soir je faisais à mes camarades la description de M. Cupis de pied en cap; sans lui je n'aurais pas été descripteur : il développa en moi le germe qui depuis a fait le Tableau de Paris.

(Mercier, Tableau de Parts.)

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Maître de musique.

Un jeune liomnie vint un jour prier Timothée de lui apprendre à jouer de la flûte.

« N'avez-vous pas déjà eu quelques maîtres? lui demanda le musicien.

— Oui, répondit le jeune homme.

— Eh bien ! vous me devrez une double récompense.

— Pourquoi donc'

— Parce que j'aurai avec vous une double peine; il faut d'abord que je vous fasse oublier les principes dont vous êtes imbu, et que je vous enseigne ensuite ce dont vous ne vous doutez seulement pas. » (Mercier, De la littératuie et des litterat.)

Maîtres et valets.

M. d'Hauterive avait un cuisinier qui épiçait toujours trop ; il le menaça longtemps de l'envoyer aux Moluques chercher des épiceries, puisqu'il aimait tant à épicer. Enfin, cet homme ne se corrigeant point pour tout cela, il lui commanda de faire des pâtés et de les porter dans un vaisseau qui allait aux Indes-Orientales. Il feignait que c'était un présent qu'il fesait à quelqu'un de ce navire. Cependant il avait donné le mot au capitaine de faire boire le cuisinier et de lever pendant ce temps-là les ancres. Ainsi le pauvre cuisinier fit le voyage, et après il faisait tout trop doux, tant il avait peur d'y retourner.

Une fois il avait un valet à tête frisée qui ne faisait que co(|ueter tout le jour. 11 le menaça de le faire tondre, s'il ne se tenait davantage au logis. Enfin ce garçon ne se pouvant captiver, un beau matin il fit venir un barbier, et fit tondre le galant si ras que de six mois il ne sortit de sa garde-rol)e.

(Tallemant des Réaux. )

tJn vieux serviteur qui avait vu naître le baron de Besenval occupait un appartement dans sa maison. 11 y passait tranquillement les derniers jours de sa vie, nourri , soigné , servi même avec des égards recommandés à tous les domestiques. On laissait à Blanchard ( c'était son nom) quelques petits détails, pour éloigner de lui la 'pensée qu'il était inutile. Un jour il eut le malheur de laisser tom-

ber un; vase du Japon où M. de Be/.t'n\al élevait avec soin un arbuste sorti de la serre de Trianon. La plante, couverte de ses fleurs, fut brisée. Le baron, furieux, maltraita de paroles le pauvre vieillard, qui , désespéré de sa maladresse et des reproches de son maître, lui demanda le lendemain la permission de se retirer ; it Vous me quitteriez, lui dit le baron ému, vous, Blanchard! 11 n'en sera rien, mon vieil ami. » Blanchard insiste. << En ce cas, monsieur, lui dit son maître, voilà la clef. Vous êtes plus ancien cpie moi dans la maison : c'est à moi de m'en aller. .. -

Blanchard, attendri, couvert de larmes, voulut se jeter aux pieds du baron . celui-ci le serra dans ses bras.

( Bezenval, 3Jci>iuires. )

je tiens du duc de Liaucourt que , voyant un valet de garde-iobe répandre des larmes pendant lamaladiedeLouisXV, il lui dit : « Eh bien ! vous pleurez votre maître.' » A quoi ce valet avait répondu tout haut : « Oh ! pour cela non. Si je pleure, c'est sur mon pauvre camarade, qui n'a jamais eu la petite vérole, qui va la gasner et qui en mourra. »

Lord Seymour avait la déplorable habitude de rosser les gens, — et ses gens.

Un de ceux-ci avait été maître d'armes. Un jour son maître lui donna un soufflet.

L'ex-prévôt d'armes le reçut sans sourciller, puis, tendant la main avec calme :

« Mylord, c'est cinq louis quand je ne les rends pas. »

(iVairi jaune. )

Maîtresses des grands.

Une 'des maîtresses du Régent voulut puofiter d'un de ces moments où le prince ne semblait plus être qu'un amant soumis : elle osa le sonder sur une affaire importante. Le prince à l'instant la prend par la main, et la conduit devant une glace : « Vois-tu, lui dit-il, celle tète charmante.' elle est faite pour les caresses de l'amour, el non pour les secrets d'Etat. "

^Mémoires artecdot.)

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Le chevalier de Mouhy venait de découvrir pour le maréchal de Belle-lsle un de ces sujets intéressants que le ministre l'avait chargé de lui procurer :

« Ah! monsieur le maréchal, l'heureuse découverte que je viens de faire! Seize ans, belle comme le jour, la fraîcheur, l'innocence même. Et ce n'est rien que tout cela, elle possède une qualité bien supérieure encore. — Eh! qu'est-ce donc?

— Le bonheur le plus rare; oui, monsieur le maréchal : elle est sourde et muette; le secret de l'État est en sûreté. )> (Grimm, Corresponriancc.)

Malade en titre.

M""" de Hautefort présenta à la reine rab!)é Scarron , qui lui demanda d'être son malade en titre d'office. La reine sourit, et Scarron prit ce sourire pour un brevet. Il lui fut accordé en conséquence une pension de cinq cents écus, et ce poète burlesque ne signa plus autrement que Scarron, malade en titre de la reine.

( Br. de la Martinière, Vie Je Scarron. )

Maladresse.

Un mauvais archer se préparait à tirer au but. Diogène s'y plaça. « C'est ici , dit-il, qu'on est le plus en sûreté. » (Diogène de Laërte).

Malentendu.

Lors de l'invasion des alliés, Bernadotte, voulant jouer avec piudence son rôle de prétendant à la couroime de France, crut devoir sonder tni des ministres de l'autocrate Alexandre. Un dîner fut arrangé avec le comte Pozzo di Borgo , autre transfuge. Charles-Jean , pressé d'aborder la question , demanda an ministre russe si les souverains avaient pris un parti définitif à l'égard de la France : « Ma foi, prince, lui répondit le iiisé Corse , on est fort embarrassé, et je pense que les conseils de Votre Altesse, qui connaît si bien ce pays, viendraient fort à propos. Que pensez-vous que doivent faire les puissances? Quel chef donner à une nation si difficile à gouverner? « Le Gascon voulait une réponse, et non des questions. Toutefois, il demande si le choix est encore à faire. « Oui, à peu près, malgré les instances de la maison

de Bourbon. — Il me semble, monsieur le comte, que cette famille est bien étrangère ici, et que ce qu'il faut surtout à la France, c'est un chef français qui n'ait rien à reprocher à la révolution. — Cela ne ]ie<it faire aucun doute. — Un homme qui ait des connaissances militaires suffisantes. — Je pense coDime Votre Altesse. — Un homme qui s'entende à la grande administration, qui ait pratiqué les intérêts de l'Europe. — C'est cela, prince, c'est cela! — Un homme, enfin, que les souverains aient déjà pu apprécier, et dont le caractère soit une garantie de modération et de bonne foi. — Eh bien, prince, ce que vous me faites l'honneur de me dire, j'ai pris la libertéde le dire etde l'écrire.J'aifait plus, j'ai osé désigner celui que, selon moi, il conviendrait de charger des destinées de notre ancienne patrie commune. ■» En parlant ainsi, Pozzo semblait porter un regard respectueux sur Bernadotte , qui, ïéprimant sa joie, dit en souriant : » Y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander quel personnage votre expérience a désigné? — Votre Altesse l'a deviné, je gage. — Je pourrais me tromper, monsieur le comte. Nommez, de grâce, celui qui a votre suffrage. — Vous l'exigez, prince? Eh bien... c'est moi, oui, moi, qui suis Français, militaire, administrateur, à qui les intérêts de l'Europe sont connus, et qui suis l'ami de presque tous les souverains. Ne sont-ce pas là les conditions qu'exige Votre Altesse? »

Bernadotte, furieux'd'une pareille mystification, se leva de table, et sûr que le courtisan russe n'eût pas osé la risquer sans s'être entendu avec le czar, il délogea de Paris, le matin même du jour où le comte d'Artois y fit son entrée.

( Bérangei-, Ma /jio^i-apliie. )

Malheur.

Gensonné, trouvant un jour Vergniaud fort triste , lui demanda ce ([u'il avait : <: 11 m'arrive un giand malheur, répondit le girondin, hier 3Iarat a dit du bien de moi. »

[Encyclopediana.)

Malheur {Heureux).

Marmonlel avait imprudemment promis le mariage à une coquette. 11 ne savait de quelle manière rompre cet enga-

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gement, lorsqu'un grand seigneur, irrité contre lui , le fit mettre à la Bastille : le prisonnier saisit l'occasion , écrit à la dame qu'après le malheur dont il est frappé il serait coupable s'il se prévalait des serments qu'il a reçus. Aussi rend-il noblement la parole qu'on lui a donnée. La belle, frappée de c««tte action, renonce à devenir l'épouse de Marmontel, et tout en lui promettant la plus tendre estime, court s'engager ailleurs. Quelques jours après, la Bastille lâchait sa proie. Le poète était libre de deux façons.

Slalheureux {^Respect pour les).

Le cardinal Dubois, attaqué d'une maladie grave qui exigeait les secours de la chirurgie, fit appeler Boudou, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, et lui dit : « J'espère au moins, monsieur, que vous ne me traiterez pas comme vos gueux de l'Hotel-Dicu. — Monseigneur, répondit Boudou , tous ces gueux-là sont des Éminences pour moi. »

{Galerie Je l'ancienne cour.)

Malheur» d'uu virtuose.

La première personne illustre que je vis à Turin, ce fut 31"" Servien, l'ami^assadrice; cette dame, toute bonne et tonte charmante, après avoir ouï mes airs exécutés par la voix de Pierrot in, n'eut pas de peine à se rendre au mérite de sa voix et aux charmes de mes chansons.

Aussi cette bonne dame ne se contenta pas dem'honorer de son estime, elle daigna bien | encore m'honorer de sa table et prendre ma ' protection dans cette cour. Mais comme je me préparais à porter mon encens à Leurs Altesses Royales, il airiva un accident à Pierrotin , que je puis mettre an nombre des plus cruelles disgrâces.

Ce malheureux enfant, né pour le désordre et pour l'intempérance , perdit entièrement sa voix. Les musiciens de Madame Royale, qui étaient aux écoutes, en furent incontinent avertis, et sachant très-bien comme il est dangereux de mal débuter devant les princes, ils ne manquèrent pas de se servir de cette mauvaise rencontre pour me défaire auprès de ces puissances couronnées ; ils excitèrent la curiosité de Madame, et la pressèrent si fort de m'envoyer quérir, que, lorsque j'y pensais le moins, je vis un carrosse à

six chevaux devant la porte de mon logis, avec un ordre fort pressant de la venir trouver à son palais de la Vigne.

Si j'eusse été bien avisé, j'eusse monté seul en carrosse, et j'eusse laissé Pierrotin dans la chambre mûrir son rhume et cuver son vin. J'en aurais été quitte pour faire mes excuses; on aurait remis la partie à une autre fois : ainsi j'eusse éludé la malice de mes envieux. Mais, bien loin de faire ces réflexions, j'étais si transporté de joie et de ravissement, que je ne me souvins pas seulement que Pierrotin fût enrhumé, ni même de prendre mes livres d'airs, que j'avais dédiés à cette princesse. Je fus donc à la Vigne, où Madame, dans sa chambre de parade, était assise au milieu de Mesdames les princesses ses filles, environnée de plusieurs autres princesses et de plnsieurs dames de qualité.

Outre cela, afin qu'il y eut plus 'de témoins de ma disgrâce, et qu'il ne manquât rien à ma défaite, elle était accompagnée d'un si grand nombre de courtisans, que je ne me souviens \ms d'avoir jamais vu une si solennelle assemblée. Ce fut en face de cette brillante cour, et devant un soleil, dont toute la terre adorait les charmes, que, pour lui exprimer la joie que j'avais de revoir ses beaux rayons, je fis dire à Pierrotin cette chanson :

Loin de moi, loin de n'oi, tristesse.

Sanglots, larmes, soupirs, .le revois la princesse , Qui fait tous mes désirs, etc.

Qui a jamais ouï miauler un chat quand il donne inie sérénade à sa maîtresse, ou grogner un cochon quand il fait un compliment à une truie, a ouï chanter comme Pierrotin chanta. Aussi je puis dire que nous eûmes besoin de toute la pitié de Madame pour nous pardonner une si lourde faute : ce n'est pas à la vérité que nous manquassions d'admirateurs, et que, cependant que Pierrotin chantait si agréablement , nous ne fussions l'objet de l'admiration de toutes ces princesses, car qui n'eût pas trouvé admirable que des gens comme nous fussent capables d'une si admirable impertinence. Pour moi, je m'étonne comme, dans cette admiration, les ennemis de ma gloire ne moururent pas de joie, et je m'étonne encore bien plus comme je ne mourus pas de douleur.

Quoique toutes ces princesses fussent

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à deux pas de moi, je ne les voyais plus que comme on voit le soleil au traveis d'un crêpe, et quoique Pierrotin fût à mes oreilles, je n'entendais plus sa voix, non pas même l'harmonie de mon luth , je prenais à toute heure une touche ou une corde pour une autre. Et afin que ma disgrâce fût complète, le dialjle, (pii était sans doute ce jour-là l'intendant de cette belle musique, me fit tomber ma casaque, et peu s'en fallut que le même accident n'arrivât encore à mes chausses, qui n'étaient attachées qu'à un bouton; et comme c'était lui qui dans cet instant battait la mesure, il voulut encore qu'en ramassant ma casaque je donnasse un grand coup du manche de mon théorbe dans la tête de M""" la princesse de Hàle, qui était tout contre moi. Peu s'en fallut qu'en me relevant je ne tirasse encore un œil à un cavalier qui était à la portée de mes coupj; de sorte que, dans cette aliénation d'esprit, qui représentait parfaitement l'ivresse d'un homme qui a haussé le gobelet, il prit un si grand éclat de rire à Madame Royale, que sans me trop vanter, je puis dire que jamais personne ne fit rire celte grande princesse ni mieux, ni avec plus de raison, et je doute encore si la plus excellente musique du monde eût pu produire en faveur de ses plaisirs un meilleur effet.

Enfin , pour conclusion, la troisième corde de mon luth étant rompue, la musique finit, et Madame, après avoir essuyé ses beaux yeux et cessé de rire, au lieu de nous envoyer aux galères, nous envoya dîner, où Pierrotin, après avoir chanté, non comme une créature humaine, mais comme une bête, ne mangea pas aussi comme un homme, mais comme un loup : comme il n'avait aucun sentiment de gloire, la perte de tout l'honneur du monde ne lui ain-ait pas fait man- ((uer un coup de dent ; et comme rien ne lui demeurait à la bouche, aussi rien ne lui tenait an ctnir.

(D'Assoucy, Aventures (T Italie . )

Slalice royale.

L'extérieur de Louis XVIII avait quelque chose de trop étrange pour une nation de soldats qui depuis quinze ans avait à sa tête un chef d'une dévorante activité. On ne saurait croire combien cette comparaison toute matérielle nuisait à

Louis XVIII. Il me fit un jour la grâce de m'en parler. Le loi avait, je ne sais trop où, répondu à ime harangue des maréchaux, que, tout goutteux qu'd était, si la gloire de la France l'exigeait, on le verrait marcher à leur tète. Ces messieurs, dont la plupart eux-mêmes étaient déjà goutteux, charmés d'être devenus à la mode, avaient pris le roi au mot, et ou pressait de leur part Sa Majesté de se montrer à cheval, ne fût-ce que pour quelques moments , et dans le local le plus soigneusement disposé. Le roi n'était pas homme à refuser net; il conseillait seulement de le flanquer, à droite et à gauche, de cavaliers robustes et habiles à prévenir ou à supporter sa chute ; il ajoutait : « Je tremble pour celui à qui écherra l'honneur de me soutenir » ; et il insinuait malicieusement (jue c'était à des maréchaux que cet honneur serait réservé. Le roi me disait que depuis cette petite explication on s'était refroidi de l'idée de le monter sur un cheval, et qu'il croyait en être quitte.

(Beugnot, Mémoires.)

Malpropreté.

' Rivarol disait du chevalier de P'", d'une malpropreté remarquable : « Il fait tache dans la boue. »

Avec de la naissance et une fortune plus que suffisante , M. de Ximenès n'a jamais su être qu'un homme ridicule. Il a quitté le service avant d'avoir obtenu la croix de Saint-Louis. On l'accuse d'avoir mangé tout son bien avec des créatures et des espèces. Il a passé sa vie à faire de mauvais vers, puisqu'ils sont médiocres, et à jouer aux échecs au café de la Régence, et il a fini par épouser la fille d'un homme de rien , et par vivre avec elle de rien et dans la misère : triste fin pour nn homme de condition ! Il chercha, à deux différentes fois , à épouser M""' Denis , et à se faire ainsi héritier éventuel de M. de Voltaire; mais la veuve Denis eut le bon esprit d'échapper deux fois à ce péril. M. de Ximenès joint à ses autres avantages celui d'être le plus désagréable et le plus malpropre de son siècle. Voilà pourquoi M. le comte de Thiard, le voyant indécis sur la manière dont il ferait mourir un Mustapha dans

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une lie ses tragédies, lui dit : « Je le sais bien, moi; vous l'empoisonnerez. >< C'est M. de Thiardqui disait aussi, en voyant un jour M. de Ximenès aller souper en tète-à-tète avec M. le prince de Turenne dans sa petite maison, et tout le monde s'inquiéter dé la manière dont ils passeraient leur soirée, « que c'était pour y marcher à quatre pattes tout à leur aise » . (Grimm, Correspondance.)

AlaniBUTres électorales.

Reschid-Effendi, commandant d'un détachement de troupes turques, parcourait la campagne crétoise en quête de députés. Il rencontre un pâtre ; les soldats se saisissent du troupeau. Le pâtre accourt implorer la restitution de ses brebis.

« On ne te les rendra, fit Reschid, que si tu viens à Constantinople comme député. — Mais je ne sais ni lire ni écrire; comment voulez-vous que je me fasse nommer député? — C'est juste ce qui!

me faut : prends cette lettre , va au village que voici et reviens avec un mandat en bonne forme. »

La lettre était ainsi conçue :

« Les habitants du village nommeront député le porteur de ces lignes, sinon leur village sera brûlé. »

Le malheureux pâtre est actuellement à Constantinople.

{Le Nord.)

Haquillasre.

La princesse de *" chargeait l'art do rendre à sa beauté délustrée et décrépite la fraîcheur et la nouveauté baptismales. Le rouge, le blanc , le bleu se mêlaient dans ces ingrédients; et à l'aide de cet Ingénieux enduit chimique, elle sortait de son laboratoire armée d'un superbe teint tricolore : de façon que, pour mettre en état de paraître sans inconvénients des charmes si luisants et si neufs, il lui fallait un temps considérable. Sa toilette durait des heures. Un matin je me présentai beaucoup trop tôt à sa porte ; son domestique me renvoya brusquement par ces mots : « Madame ne reçoit pas, Madame sèche. «

(Ch. Brifaut, Récits d'un 'vieux parrain à son eiine filleul.)

Maqnig^non snbtil.

Un maquignon ayant vendu un cheval, dit : i Monsieur, faites-le voir, je le galantis sans défaut. « Ce cheval se trouva aveugle : l'acheteur voulut l'obliger de le reprendre; mais le maquignon soutint qu'on ne pouvait pas l'y contraindre, puisqu'il avait averti qu'il était aveugle en disant : « Faites-le voir, je le garantis sans défaut. »

(Bibliothèque de société, \

Marâtre.

C'est l'ordinaire que rarement les belles- filles s'accordent avec leurs bellesmères. Un jour une belle-mère envoya à sa belle-fille, qui était nouvellementmariée, son portrait, qui était fait de sucre. Elle mit la langue dessus et dit : ■<■ Voyez un peu ce que c'est : encore qu'il soit de sucre, il ne laisse pas de me semiiler amer. » {Facétieux réveille-matin. )

llarchaiid d'écns au rabais.

Un seigneur de la cour avait parié que, s'étant déguisé, il se tiendrait deux heures consécutives sur le Pont-Neuf, avec une petite table devant lui, garnie d'écus de six francs tout neufs qu'il offrirait aux passants à vingt-quatre sous pièce, sans pouvoir se défaire de sa marchandise. En effet, il eut beau crier : (c A vingt-quatre sous les écus de six livres ! » personne n'eut envie de profiter du bon marché , parce qu'on les croyait faux. Il ne se présenta qu'un acheteur qui, après avoir bien examiné, fit emplette d'un seul écii qu'il alla porter chez un orfèvre pour en connaître la valeur. Enhardi par sa réponse, il courut sur le Pont-Neuf, dans l'intention d'acheter au même prix tous les écus qui restaient à vendre ; mais l'heure prescrite par la gageure était sonnée, et le marchand d'écus venait de disparaître.

{Mémoires anecd. de Louis XI iT et Louis xr. )

llaris.

Luther, afin d'échapper au babil importun de sa doctoresse Ketlia, prenait à la cuisine du pain, du sel et du beurre; fondu , et allait se blottir pendant trois jours et trois nuits dans son cabinet de

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travail, dont il cachait la clef, jusqu'à ce que sa femme, impatientée, menaçât d'aller chercher le serrurier.

( Audiu, Hist. de Calvin.)

Une jeune villageoise , nommée Nicole, ayant bonne envie de se marier, avait reçu de la dame du lieu dix écus pour se former ime dot. La dame voulut voir le préteadu. Nicole le lui présenta; c'était un Limousin, petit et fort laid : « Ah! ma fille, lui dit cette dame en le voyant, quel amoureux as-tu choisi là ? — Hélas ! madame, lui répond la naïve Nicole, que peut-on avoir pour dix écus? »

(Fetninxana.)

En partant un jour pour l'Isle-Adam , où elle n'allait pas avec lui, le prince de Conti disait à sa femme en badinant :

« Madame, ne me faites point c... pendant que je n'y serai pas! — Allez, monsieur, lui dit-elle, parlez tranquille, je n'ai jamais envie de vous faire c... que quand je vous vois. «

(Collé, Journal.)

Le prince de Vaudemont était loin de ressembler à sa femme,"que chacun aimait et aime encore. Elle était fort malade, et Louis XVI, qui prenait à elle un vif intérêt , demande un jour au prince de Vaudemont : « Comment se porte la princesse? Qu'en pense Portul? Comment estelle enfin ? — Ma foi, sire, répond le prince de Vaudemont , je ne voudrais pas être dans sa peau. »

11 faut songer que cette réponse était faite du plus grand sang-froid, et d'une voix et d'un accent inimitables.

(Duchesse d'Abiantès, Mémoires.)

Le général Menou avait épousé une Égyptienne... qui a été la plus malheureuse victime de notre expédition d'Egypte, car le général était un des premiers entre ces maris qui dépensent au dehors toute leur amabilité. Un jour j'allai la voir dans sa loge, au théâtre tlarignan, où les comédiens français, sous la direction de M"!^ Raucourt, donnaient une représenta-, tion du Tyran domestuitte. M"'e deMenou, dans je ne sais quelle situation de la

pièce, se met à fondre en larmes; je lui demande avec empressement ce qu'elle a : « Monsieur, me répondit-elle, c'est comme le général quand il est de bonne humeur. » .Tugez, si vous connaissez l'œuvre d'Alexandre Duval , ce que cela devait èUe quand le général était de mauvaise humeur.

{Le Piémont sous l'empire.)

On lit sur la pierre tumulaire d'une défunte épouse cette touchante plainte du veuf inconsolable :

« Mes larmes ne la ressusciteront pas . c'est pourquoi je pleure.

Un médecin se promenait avec un de ses amis, lorsqu'ils aperçurent une jolie femme devant eux. Le médecin s'empressa de traverser la rue pour l'éviter. Son ami voulant en connaître la cause : « J'ai soigné son mari, répondit le docteur. — Et vous avez eu le malheur de le laisser mourir? — Au contraire, je l'ai sauvé, » répliqua le médecin.

(Larcher, Dictionnaire d'anecdotes sur les femmes. )

M™^ X... était mourante. Son mari et sa sœur étaient à son chevet. La sœur pleurait. Le mari, iuimobile, le front penché, les yeux fixes , semblait absorbé par la douleur. Tout à coup, et sans sortir de l'espèce de léthargie dans laquelle il était plongé, il s'adresse à la sœur de sa femme : « Marguerite, lui dit-il, savez-vous l'adresse de madame de...? — Non...

pourquoi? — Oh ! rien : c'est que je fais dans ma tète une liste des billets de fairepart, et je ne veux pas l'oublier. »

« Vous bâillez ! » disait une femme à son mari. — Ma chère amie, lui dit celui-ci , le mari et la femme ne font qu'un, et quand je suis seul, je m'ennuie. «

Un négociant venait de perdre sa femme, le convoi était fixé pour midi. A huit heures du matin, selon ses habitudes, notre homme se lève. — « Huit heures !... j'ai encore le temps Jl- jeter un coup d'œil

MAR

sur mes livres. » — Et le voilà plongé dans son grand journal, dans son brouillard, dans son compte courant, — A midi, un commis vient le trouver dans le feu du calcul. « Patron, les invités vous attendent. — Eh ! qu'ils commencent sans moi ; vous savez ma devise : les affaires avant le plaisir. »

( G. Guillemot, Charivari. )

llarî [Vengeance d'un).

La femme du duc de Guise (le Balafré) se gouvernait fort mal. Un jour qu'elle se trouvait un peu mal , après avoir témoigné qu'il avait quelque chose dans l'esprit qui le chagrinait fort, il lui dit d'un ton assez étrange qu'il fallait qu'elle prît un Louillon : elle lui dit qu'elle n'en avait pas besoin. « Vous m'excuserez, madame, il faut en prendre un. » Et de ce pas il en envoya quérir un à la cuisine. Elle qui n'avait pas la conscience trop nette, crut fermement qu'il la voulait dépêcher, et lui demanda en grâce qu'elle ne prît ce liouillon que dans une demi-heure. On dit qu'elle employa ce temps-là à se préparer à la mort, sans en rien diie toutefois, et qu'après elle prit le bouillon (|u'il lui envoya et qui n'était qu'un bouillon à l'ordinaire.

(Tallemant des Réaux.)

M. Gaze, fils du fermier général, est im jeune maître des reciuètes, amoureux fou de M"e le Fèvre, actrice des Italiens, femme du sieur Dugazon de la Comédie française. Pour mieux couvrir son jeu, jouir plus à son aise de l'une, il avait présenté l'autre chez son père. On sait que cet acteur est grand farceur, même en société, et le jeune magistrat et lui faisaient souvent des parades pour amuser la compagnie et les maîtres de la maison. On ne sait comment le sieur Dugazpn s'est douté des motifs de son introduction dans cette famille et du bon accueil ([u'il y recevait. La jalousie s'est emparée de lui, et pour avoir une preuve complète de l'infidélité de sa moitié, un matin il s'est introduit dansl'apparlementdu jeune Gaze, a fermé les portes et, le pistolet sur la gorge, l'a forcé de lui rendre les lettres et le portrait de M"'^ le Fèvre. 11 s'est en allé après cette expédition. M. Gaze, revenu de sa friwour et le suiv;intsi:r l'e?":..-

lier, criait: « Al'assassin !jau voleur ! qu ou arrête ce coquin » !... Dugazon, sans s'effaroucher, ni sans précipiter son pas, répond avec un grand sang-froid ; « Amerveille, bien joué, la scène est excellente; les domestiques y seraient pris, s'ils n'étaient accoutumés à nos farces » Avec

ces propos il gagne la porte, et laisse les valets incertains si c'est une comédie on non. t

Il y a qùelquesjours qu'après la comédie italienne, M. Gaze se trouvant sur le théâtre, Dugazon l'aperçoit, laisse s'écouler la foule, et dans un moment où personne ne le regardait, il applique presto un ou deux coups de canne sur les épaules du maître des requêtes, puis se remet en posture. M. Gaze se retourne, voit son rival, fait des menaces; on ne sait ce que cela veut dire, on approche. Dugazon , sans se déconcerter, lui demande qu'il s'explique, si c'est une parade qu'il veut jouer encore ? Le magistrat, perdant la tète de rage, lui répond qu'il est un assassin qui vient de lui donner des coups de canne. L'acteur le persifle , prétend que cela n'est pas possible, qu'un histrion comme lui n'auraitjamais cette effronterie ; bref n'y ayant pas de témoins , cela n'a pas d'autres suites.

(Cachaumont, Mémoires secrets.)

Maris et amants.

François I^', étant devenu amoureux de la femme d'un marchand, comme il alla chez elle la nuit au rendez-vous, il ne fut pas plus tôt devant la porte que le mari, qui en était averti, mit la tête à la fenêtre et se prit à crier de toute sa force : Vive le Roi ! ce qui le fit retourner au Louvre sur ses pas, en riant de sa démarche.

(^Mémoires historiques sur les amours des rois de France. )

M. de P'** fut mené, par un de ses amis, chez un peintre de paysage dont la femme était fort jolie. Au bout de huit jours, il y retourna tout seul; mais le mari s'y trouva. Huit jours après, nouvelle visite de sa part, et toujours le mari présent. « Parbleu , moi'sieur, lui dit-il à lui-même, pour un peintre de paysage, vous n'allez pas souvent en campagne. » (Paris, Versai les et la province au XV//P siècle.)

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