‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 26 sur 180 · MAK · texte numérisé non relu

MAK

lion et dans l.i retraile , chez son frère, alors curé de Saint-Sulpice à Paris, lors- <|irayant un jour pris le pasteur eu particulier : «Mon fière, lui dit-il , je vais sans doute vous surprendre ; mais la nécessité, j'ose mi me ajouter mon salut, ne me permettent pas de vous dissimuh r plus longtemps que, malgré tous les jeûnes et les macérations que j'ai mis en usage , le malin me tourmente au point qu'il faut, ou que je me damne, ou que vous me trouviez une femme! — Quoi ! dit le vieux pasteur, étonné de ce propos, y pensezvous bien, mon frère?... — Abrégeons , je me suis dit tout ce que vous m'alicz dire... Ou chargez-vous du soin de me choisir une épouse honnête, jeune, et, s'il se peut, bien née; ou ne trouvez pas mauvais que je la cherche moi-même ; car, en un mot, c'est un parti pris, auquel rien au monde ne me fera renoncer. Je suis, vous le savez, à mon aise, et trop .igépour ne pas sentir que j'aurais toit d'exiger que mon épouse fût le moins du monde avantagée du coté de la fortune : c'est de moi qu'elle doit la tenir; ainsi j'espère qu'il ne sera pas difficile de rencontrer l'objet que vous croirez le plus fait pour me convenir. »

Le bon curé, après avoir fait à son frère les représentationsles jjIus fortes, se détermine enfin, quoique à regret, d'aller au couvent de.... négocier le mariage du comte de la Chétardie. On lui vante les attraits et les bonnes qualitésd'unedemoiselle âgée de quinze ans au plus, fille de condition, mais sans fortune, et qui, malgrétoute sa retenue, ne saurait s'accommoder de la vie du cloître. Le curé demande à la voir, et, prévenu en sa faveur dès le premier coup d'œil, la comble de politesses. Un plein succès couronna sa négociation, et en peu de jours le mariage (lu comte fut conclu avec la jeune etcharmantedemoiselle de Monastérolles,qui ne fut tirée de son couvent que pouraller à l'église, et de là au presbytère qui fut le lieu (le la fête.

Cette aventure , qui fil alors du bruit dans Paris, en fit beaucoup plus encore lorscju'on apprit, le lendemain de la solennité, que les nouveaux époux étaient à peine au lit depuis une demi-heure, que la jeiuie comtesse ayant sonné avec beaucoup de vivacité, on avait trouvé le nonveau marié expirant à ses côtés !

Qu'on juge de la surprise que d'it pro-

MAR

duire sur les conviés un événement de cette espèce!... Il était minuit au plus. Après avoir délibéré sur ce qu'il convenait de faire en pareille circonstance , l'avis du curé, réunissant la pluralité des voix, fut de ramener dès l'instant même la jeune épouse dans son couvent, ce qui fut exécuté. Mais la chose à laquelle on s'attendait le moins, c'est que neuf mois après la jeune comtesse mit au monde un garçon, que l'Europe a vu, avec la qualité de marquis de la Chétardie, jouerun si grand rôle danssonam!)assadede Russie auprès de l'impératrice Élisabeti) , fille du fameux czar Pierre J*"^ qu'il eût probablement épousée , s'il eût été moins imprudent. On ajoutera que la jeune comtesse avait été si piquée de son aventure, qu'on no put jamais la résoudre à porter le nom de son mari, et qu'elle s'est fait appeler, tant (|u'elle a vécu, mademoiselle de Monastérolles.

{Galerie de l'ancienne cour.)

llarinî^^e forcé.

11 est d'usage à Lacédémonc que les femmes, en certains jours de fête, amènent à l'autel ceux qui ne sont pas mariés. Là elles leur donnent des soufflets, afin de les forcer à sentir bientôt le doux épanchcment de l'amour paternel, en se mariant lorsqu'ils sont en âge , et afin d'éviter les récidives de cet affront.

(Cléarque de Soli, cité par Atliénée.)

Le comte de Grammont a fourni à Molière l'idée de son Mariage forcé. Ce seigneur, pendant son séjour à la cour d'Angleterre , avait aimé mademoiselle Hamilton. Leurs amours avaient fait du bruit; il repassait en France sans avoir rien conclu avec elle. Les deux frères de la demoiselle le joignirent à Douvres, dans le dessein de faire avec lui le coup de pistolet. Du plus loin qu'ils l'apeiTtirent , ils lui crièrent : « Comte de Grammont, n'avez-vous rien o«iblié à Londres? — Pardonnez-moi, répondit le comte, qui devinait leur intention, j'ai oublié d'épouser M"e Hamilton... Il retourna et l'épousa.

(Cousin d'Avallon, Moliera.ia.)

MAR JllariH^c impromptu.

Un paysan mariait sa fille ; il lui donnait vingt-neuf écus de dot et l'ameuhlement ordinaire; les deux familles étaient assemblées avec les voisins, et le notaire finissait le contrat , lorsque le mariage rompit sur une paire de pantouQes que le futur exigeait , et que le père de la fille s'obstina de refuser. Un des assistants proposa sa sœur, trèslaide et plus âgée que l'autre, en offrant les vingt-neuf écus et les meubles :

« Donnerez-vous les pantoufles ? dit le jeune homme. — Oui sûrement, répondit l'autre. — En ce cas, répliqua le jeune homme, faites-la venir, nous changerons les noms du contrat. » Ce qui fut exécuté sur-le-cliamp.

(Métra, Correspondance secrète.)

Mariag^es mal assortis.

« Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font » fut le texte que prit le prédicateur au mariage de d'Aubigué , âgé de soixante et dix ans, et d'une jeune personne de dix-sept.

(Cliamfort.)

Voici un exemple bien terrible pour les pères qui marient leurs enfants contre leur inclination. M. Varin , qui a fait de si belles monnaies et de si belles médailles, obligea sa fille, qui était jeune et belle, et riche de vingt-cinq mille écus, à é|)ouser par force un correcteur des comptes, nommé Aubri , fils d'un riche marchand de marée, qui était boiteux, borgne et écrouelleux. Elle eut horreur de lui dès le soir de ses noces, en voyant quatre hommes occupés à le déshabiller, et à démonter son corps comme à vis, et lui ôter une jambe d'acier qu'il avait, et le reste du corps tout contrefait, voyant ce bel appareil de noces, elle se mit à pleurer, et se retira dans un cabmet , où elle demeura le reste de la nuit.

Le lendemain , ses parents ayant fait leur possible pour la remettre et la fléhir en quelque façon, sans en avoir nen pu obtenir, le mari, dont la présence ^tait fort odieuse à cette nouvelle épouse, monta à cheval, disant qu'il allait à Inhalons pour une affaire d'importance,

Page 1