‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 25 sur 180 · MA H · texte numérisé non relu

MA H

vous y tenez, je vais vous marier, mais croyez-moi, mon ami, je sais bien ce que je faisais. »

M. de Bawr, officier russe, uu des hommes les plus beaux de son temps, riche de vingt mille livres de rente, — épousa par amour Sophie de Champgrand, quoiqu'il fût de dix ans plus jeune qu'elle.

On raconte que, le jour où les doux fiancés se présentèrent à la mairie pour être unis, l'officier municipal prit la mariée pour la mère du futur ; loin de se fâcher de cette méprise , Sophie- se mit à rire, et se tournant vers M. de Bawr :

« Voyez ! dit-elle, faites vos réflexions, il est encore temps. »

Il ne répondit qu'en baisant sa main avec ardeur, et l'on procéda à la cérémonie.

(Élise Gagne, Notice sur 31'"^ de Ba^vr.)

Mariasse (Proposition de).

On assure cpie Saint-Simon fit un jour à madame de Staël cette singulière ouverture :*

« Vous êtes , madame , la première femme de votre époque; j'en suis le plus grand philosophe : marions-nous pour voir ce que sera un enfant issu d'une telle union. »

( G. Bourdin, Saint-Simon. )

jyjme jg Staël elle-même, ou plutôt M"e Necker, avait fait un jour une proposition de mariage non moins singulière que celle-là. Ayant remarqué, à l'âge de dix ans , le plaisir avec lequel l'historien Gibbon , l'homme le plus laid d'Europe, était reçu par son père, qu'elle aimait à l'adoration , elle lui proposa de l'épouser, afin de le fixer pour toujours près de lui.

Slariagrcs d'amour.

M. de La Harpe était peut-être amoureux, mais il est plus sur qu'il était aimé de la fille d'une hmonadicre du faubourg Saint-Germain, puis(|u'elle se trouva un beau jour forcée de faire à sa chère mère la pénil)le confidence de l'état où l'avait réduite son cher amant. Sa mère, irritée, lui demande d'abord quel motif avait pu

MAR

."' lui faire illusion et la porter à une action

. aussi honteuse... « C'est que je l'aime, lui lépond-elle avec une candeur pleine de

• simplicité. — Apparemment, mademoiselle, que , pour vous amener à ces fins,

^ M. de La Harpe \ous aura promis de vous épouser ? — Il ne me l'a point pro- -mis. — Vous l'y engagerez sans doute, jjartousles moyens imaginai)les? — >'on, ma mère, je suis résolue de ne point l'y engager. Si la proposition vient de lui, je l'accepterai, et ce mariage fera mon bonheur souverain. Si mes sollicitations et nies prières étaient les seules causes qui l'y déterminassent , je vois clairement que je serais , par la suite, la femme la plus malheureuse qui existât; ainsi je suis décidée et très-décidée à ne lui en parler jamais la première. — Et si ce petit monsieur ne vous prévient pas à cet égard, quel parti pouvez-vous prendre? — Celui d'accoucher et de me retirer, pour le reste de

mes jours, dans un couvent »

Tout ce que put ajouter sa mère ne put la tirer de sa résolution, dans laquelle elle resta constamment inébranlable. C'est M. de La Harpe qui l'a pressée lui-même de la réparation qu'il lui devait, quoiqu'il ne la lui eût point promise. La fille n'a point de biens : M. de La Harpe n'a rien que son talent; et ils sont l'un et l'autre plus à plaindre qu'à blâmer de la folie que l'amour et l'honneur leur ont fait faire à tous les deux (1) .

(Collé, Journal. )

Victor Augier, jeune avocat de Valence, • vint à Paris passer quelque temps avec sou ami Magallon. Admis dans la société, il y remarqua une personne charmante; il s'informa de la famille à laquelle elleapjiartenait, et on lui apprit que c'était la illle du romancier Pigaull-Lebrun. 11 la vit deux ou trois fois encore avec plus d'intérêt, et finit paren devenir amoureux. 11 pria la maîtresse de la maison de vouloir bien parler de lui à M. Pigault, et de le sonder sur ses intentions relatives à sa fille. Le romancier, toujours original, demanda, dès que la conversation fut entamée, qu'on allât au fait, et aussitôt qu'il connut la demande, il répondit qu'il

(i) Les époux Técurent dans une si bonne intelligence, que l'épouse crut devoir se jettr dans un puits, à Saint-Germain-en-Laje. — Voir aussi Amitié peu prodiguée,

Dltr. D AM.CDiTtS. — ï. U.

se trouvait honoré du choix qu'on faisait de sa fille; mais qu'il n'avait aucune dot à lui donner, et que, semblable aux filles de la Normandie, elle n'avait quesonc/<npcl de ruses. Augier, qui n'était nullement conduit par des vues d'intérêt, dit qu'il piéférait une femme aimable à la fortune, et que dès lors les arrangements seraient bientôt faits.

Enchanté de cette action de son gendre futur, Pigault l'invita à un dîner où se trouvaient Michot,des Français, et sa femme , tante de la future , une autre tante et un parent. Au dessert, Pigault se lève, et prenant Augier par la main, il le présente, en disant : « Voici un garçon d'honneur qui demande à être mon gendre ; je lui ai fait savoir que je n'avais rien à donner à ma fille, il a préféré le bonheiir à la fortune, et il la prend sans dot : — C'est un peu sec, reprit Michot ; moi, je lui assure 100,000 francs, dont je lui remettrai moitié après la cérémonie. — Quant à moi, dit l'autre tante, je possède beaucoup de diamants et une grande quantité de vieille argenterie; je ne porte plus les uns, et ne me sers guère de l'autre. En conséquence , je donne à ma nièce mon écrin et un service complet. — Allons, mes amis, je ne veux pas être en reste , dit Pigault; comme père de la mariée, je compléterai les 200,000 francs , soit en linge, soit en argent. Soyez heureux, mes enfants, et aimez bien vos bons parents... Parbleu ! ce coquin-là, ajouta-l-il, est-il heureux ! il croyait n'avoir qu'une jolie femme , et le voilà qui trouve une jolie femme et luie jolie dot. «

( Chrcnique du XI X^ siècle.)

>Iariag;e de vicillai'il.

On demandaità un vieillard pourquoi il ne se mariait pas .» Il répondit qu'il n'avait point d'inclination pour de vieilles femmes. On lui repartit : étant riche comme il l'était, qu'il lui serait aisé d'en trouver une jeune. 11 reprit : « Je n'ai pas d'inclination pour les vieilles; puisque je suis vieux , comment voulez-vous qu'une jeune femme puisse avoir de l'inclination pour moi et m'aimer.' »

(Galland.)

Le comte de la Chélardie, âgé de près de quatre-vingts ans, vivait dans la dévo-

Page 1