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juofoiid salut , eut-il prononcé le mot Sire, que le roi lui dit, selon le protocoU' usité à Lisbonne : « Monsieur l'amh.issadeur, couvrez-vous. » Le pauvre .jiiiijassadeur fort étonné, et croyant n'avoir pas bien compris , recommença sa t( \nence, et répéta : Sire ; le roi reprit : '< Monsieur l'ambassadeur, couvrez-vous. « Il lui obligé d'obéir, et fut si déconcerté (ju il ne put ajouter un seul mot.
(Paris , Versailles et les provinces au XFIII' siècle.)
Orateur embarrassé.
Dans un meeting orageux, on cria à un interrupteur de monter à la tribune. On le presse; il paraît être au supplice; enfin il se décide à ouvrir la bouche, et d'un air embarrassé :
<i Messieurs , je n'ai jamais pu parler en public ; mais si quelcpi'un d'entre vous veut bien prendre la parole en mon nom, je lui tiendrai son chapeau. »
Oratenr maleucoutreux.
Pagnest, le jeune peintre qui a fait le beau portrait de M. Nanteuil, l'administrateur des messageries, est fils d'un courrier de la malle, à qui on enleva un jour ses dépèches, malgré la résistance de ce brave homme. Par suite, on l'a destitué. Des puissants qui s'intéressent à lui , ont projeté de le mettre à la chasse sur le chemin de l'empereur, pour tâcher d'en obtenir la grâce, car le souverain n'a pas pu ignorer l'événement et c'est son ordre qu'on a exécuté. Par malheur, le père n'est pas aussi éloquent que le fils est bon peinue. Pour y suppléer, autant que pour rassurer le pétitionnaire en présence d'un personnage aussi imposant, sa femme a composé et lui a ap|iris par cœur un discours aussi abrégé que possiljlc. Cela fait, on a mis le projet à exécution. Pagnest se présente. « Qui es-tu.' lui dit l'empereur. — Sire, je suis l'infortuné courrier qu'on a traîtreusement dévalisé sur la route de Lyon paidaut la nuit du 15 du mois dernier. •
A la manière dont il récitait sa leçon, l'empereur comprit tout àr suite.
« Qui est-ce qui t'a appris cela ? — Sire , répond le malheureux déjà déconcerté, c'est ma femme. »
Napoléon sourit , et l'affaire en est restée là. Il a fallu trouver une nouvelle
occasion. A la vue de Pagnest ; « Qu'estce ? dit l'empereur. — Sire, je suis l'infortuné courrier qu'on a traîtreusement dévalisé sur la roule de Lyon pendant la nuit du 15 du mois dernier... — Ah !
oui , je sais. Je donnerai des ordres. » Enfin la place est rendue. 11 ne s'agit plus que d'aller remercier le souverain. Pour cela, madame Pagnest imagine et fourre dans la tète de son mari un compliment dans toutes les règles. Mais voilà que la peur galoppe de nouveau le pauvre diable, à l'aspect du monarque! Il oublie sa seconde version , ne se rappelle que la première, et psalmodie d'une voix lamentable : « Sire, je suis l'infortuné courrier qu'on a si traîtreusement dévalisé.» Cette fois l'empereur n'y lient plus, et il achève du même ton : « Sur la route de Lyon pendant la nuit du 15 du mois dernier. » Et il s'échappe en récitant la phrase de manière à prouver qu'il la sait tout entière.
(Charles Maurice, Hist. anec^lotiquc de la littérature et du thUitre.)
Orateur peu couru.
Thibault faisait à Hambouig des lectures très-peu suivies : « Il paie les huissiers, disait Rivarol, non pas pour empêcher d'entrer, mais pour empêcher de sortir. »
Ortlounauce d'autocrate.
Un malheureux soldat, dans l'horreur des tourments qu'il endurait sous le bâton, par l'ordre de Paul 1 , pour une petite faute de service , s'écriait : « Ah ! maudite tête chauve ! maudite tète chauve ! » L'autocrate , indigné , ordonna qu'on le fil périr sous le knout, et rendit une ordonnance par laquelle il défend sous la même peine , de se servir de l'épithète de chauve en parlant de tèle, et de celle de camard en parlant de uez(l).
{Mémoires secrets sur la Russie.)
Orfire [Esprit d').
Tous les dix jours Caligiila faisait la liste des prisonniers qu'il voulait qu'on exécutât , et il appelait cela « apurer ses comptes ».
(Suétoue.)
(i) Paal fiait çamaid aussi.
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ORD
Au siège d'Amiens, comme M. de Chevreuse , très-jeune , n'était encore que prince de Joinville, sou gouverneur ayant été tué dans la tranchée , il se mit sur le lieu à le fouiller et prit ce qu'il avait dans ses pochettes.
(Talleniant des Rcaux.)
M. de Chaudebonne versa une fois dans un précipice. On avait peur qu'il ne se fût rom))u le cou ; mais comme on fut à lui : « Cherchez, dit-il froidement à ses gens, cherchez auparavant ma calotte, »
Id.)
Le poète Métastase était tellement ami de l'ordre , qu'il avait coutume de dire, en riant : « Je ne crains l'enfer que parce que c'est un lieu de confusion et de désordre. »
{^Improvisât, français.)
Ordre ainbig:u.
On était en 1814. Pressé un jour par les ennemis , le général Sébastiani envoie son aide de camp, Joly de la Vaubignon , prendre les ordres de l'empereur. L'envoyé fait diligence, arrive auprès de l'empereur et lui transmet le message du général.
Napoléon demeure plongé dans ses réflexions comme s'il n'avait pas entendu.
L'aide de camp réitère sa demande et sollicite une réponse. Troublé dans ses pensées, l'empereur répondit au capitaine par un
énergique : « Allez ! » M. Joly
reçut bravement l'apostrophe, et, sans se déconcerter, dit au maréchal Berthier :
« Comment dois-je interpréter l'ordre? » Ce mot dérida l'empereur, qui sortit de ses rèveiies pour donner audience au jeune aide de camp.
Ordre éludé.
On rapporte que le pape Thrun (1) irrita tellement l'empereur par la licence de sa langue , qu'il en fut disgracié et banni de ses terres, avec défense d'y retourner jamais, sous peine de la vie. Ce bouffon s'étant retiré au pays de Liège , et n'y trouvant pas les douceurs que l'on
(i) Bouffon de Charles-Quitit.
goi'ite à la cour, eut recours à ses artifices, et ayant loué un cheval avec un petit chariot , il l'emplit de terre de Liège, et prit la route de Bruxelles. A son entrée, il se vit aussitôt investi de la populace, dont le cri fut si grand qu'il eut de la peine de fendre la presse et de passer jusqu'au palais. Charles, surpris de ce bruit , voulut voir ce que c'était, et ayant reconnu Pape Tbeun qui était perché sur son chariot , il lui fit demander comment il était si hardi de venir sur ses terres , après la défense expresse qu'il lui en avait faite. Le bouffon, qui s'était attendu à cela, répartit brusquement qu'il n'était pas vrai qu'il fût sur ses terres, mais bien sur celles de Liège. Cette réplique plut si fort à l'empereur, qu'il lui accorda son pardon et le i reçut en grâce (1).
( Le Bouffon de la cour. )
Ordre insensé.
Un matin, au camp de Boulogne, Nrpoléon, en montant achevai , annonça CjU'il passerait en revue l'armée navale, et donna l'ordre défaire quitter aux bâtiments qui formaient la ligne d'embossage, leur position, ayant l'intention, disait-il, de passer la revue en pleine mer. Il partit avec Ronstan pour sa promenade habituelle , et témoigna le désir que tout fût prêt pour son retour, dont il désigna l'heure. Tout le monde savait que le désir de l'empereur était sa volonté; on alla, pendant son absence , le transmettre à l'amiral Bruix, qui répondit avec un imperturbable sang-froid qu'il était bien fâché, mais que la revue n'aurait pas lieu ce jour-là. En conséquence, aucun bâtiment ne bougea.
De retour de sa promenade , l'empereur demanda si tout était prêt ; on lui dit ce ([ue l'amiral avait répondu. Il se fit répéter deux fois cette réponse , au ton de laquelle il n'était point habituô, et, frappant du pied avec violence, il envoya chercher l'amiral, qui sur-le-champ se rendit auprès de lui. L'empereur, au gré duquel l'amiral ne venait point assrz vite , le rencontra à moitié chemin de sa baraque.
L'état-major suivait Sa Majesté et se rangea silencieusement autour d'elle. Ses yeux lançaient des éclairs.
(i) La même facétie se trouve dans le petit livre populaire intitulé Fie du duc de lloquetauie.
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« Monsieur l'amiral , dit l'empereur d'une voix altérée , pourquoi u'avez-vous point exécuté mes ordres ? — Sire, répondit avec une fermeté respectueuse l'amiral Bruix, une horrible tempête se préiiare. Votre Majesté veut-elle donc exposer inutilement la vie de tant de braves gens ? » Et en effet , la pesanteur de l'atmosphère et le grondement sourd qui se faisait entendre au loin ne justifiaient que trop les craintes de l'amiral. « Monsieur, répond l'empereur de plus en plus irrité, j'ai donné des ordres ; encore une fois, pourquoi ne les avez-vous point exécutés? Les conséquences me regardent seul. Obéissez! — Sire, je n'obéirai pas. — Monsieur, vous êtes un insolent ! » Et l'empereur, qui tenait encore sa cravache à la main, s'avança sur l'amiral en faisant un geste menaçant. L'amiral Bruix recula d'un pas, et'raeltant la main sur la garde de son épée : « Sire, dit-il en pâlissant , prenez-garde ! « Tous les assistants étaient glacés d'effroi. L'empereur, quelque temps immobile , la main levée , attachait ses yeux sur l'amiral , qui , de son côté , conservait sa terribleattitude.Enfin, l'empereur jeta sa cravache à terre, M. Bruix lâcha le pommeau de son épée, et, latète découverte, il attendit en silence le résultat de cette horrible scène.
a Monsieur le contre-amiral Magon , dit l'empereur, vous ferez exécuter sur-lechamp le mouvement que j'ai ordonné.
Quant à vous , monsieur, continua-t-il en ramenant ses regards sur l'amiral Bruix, vous quitterez Boulogne dans les vingtquatre heures, et vous vous retirerez en Hollande. Aller )> Sa Majesté s'éloigna aussitôt ; quelques officiers, mais en bien petit nombre, serrèrent, eu partant, la main que leur tendait l'amiral.
Cependant le contre-amiral Magon faisait faire à la flotte le mouvement fatal exigé par Tempeieur. A peine les premières dispositions furent-elles prises que la mer devint effrayante à voir. Le ciel , chargé de nuages noirs, était sillonnéd'éclairs, le tonnerre grondait à chaque instant, et lèvent rompait toutes les lignes. Enfin ce qu'avait prévu l'amiral arriva, et la tempête la plus affreuse dispersa les bâtiments de manière à faire désespéicr de leur salut. L'empereur, soucieux, la tête baissée, les bias croisés, se promenait sur la plage , quand tout à coup des cris terribles se firent entendre. Plus de vingt
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chaloupes canonnières, chargées de soldais et de matelots, venaient d'être jetées à la côte, et les malheureux qui les montaient réclamaient des secours que personne n'osait leur porter. Profondément touché de ce spectacle, l'empereur voulut donner l'exemple du dévoûment , et malgré tous les efforts que l'on put faire pour le retenir, il se jeta dans une barque de sauvetage, en disant : « Laissez-moi !
laissez-moi ! il faut qu'on les tire de là ! » E Li un instant, sa barque fut remplie d'eau. Une lame encore plus forte que les autres faillit jeter Sa Majesté par-dessus le bord, et son chapeau fut emporté dans le choc. Éloclrisés par tant de courage, officiers, soldats, marin s et bourgeois, se mirent, les unsàlanage, d'autres dans des chaloupes, pour essayer de porter du secours. Mais , hélas ! on ne put sauver qu'un petit nombre des infortunés qui composaient l'équipage des canonnières, et le lendemain la mer rejeta sur le rivage plus de d^ux cents cadavres avec le chapeau du vain jueur de Marengo.
Ce jour-là, je vis un tambour, qui faisait partie de l'équipage des chaloupes naufragées, revenir sur sa caisse, comme sur un radeau. Le pauvre diable avait la cuisse cassée. Il était resté plus de douze heures dans cette horrible situation.
(Constant, Mémoires.)
Org^anes {affaiblissement des).
Fontenelle étant devenu sourd dans les dernières années de sa vie, laissait ceux qui venaient levoirs'eutretenir ensemble; et toute la part qu'il prenait à la conversation était d'en demander le sujet , ou , comme il disait, le titre du chapitre. A la surdité succéda l'affaiblissement de la vue. II disait alors : » J'envoie devant moi mes gros équipages. »
(Calcrie de rancicniic cour.)
Quelques jours avant sa mort, comme son médecin l'interrogeait sur ce qu'il sentait , il répondit : <i Je ne sens autre chose qu'une difficulté d'être. »
Org^ueil.
Socrate observait qu'Antislhcnc tournait son manteau de manière à faire voir je coté décliiré. 11 lui dit : « A travers
OllG
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les trous de ton manteau j'aperçois ton orgueil. »
( Diogène de Laërte. )
Quand le kan de Tartane a dîné , un héraut crie que tous les princes de la terre peuvent aller diner si hou leur semble ; et ce barbare, qui ne mange que du lait, qui n'a pas de maison , qui ne vit que de brigandages, regardetous les rois du monde comme ses esclaves , et les insulte régulièrement deux fois par jour.
(Montesquieu, Lettres persanes.)
Un gueux demandait noblement l'aumône sur la roule de Madrid : « N'êtesvous pas honteux, lui dit un passant, de faire un métier aussi vil quand vous pourriez travailler ? — Monsieur, répondit le mendiant avec une fierté castillane, c'est de l'argent et non des conseils que je demande. )>
Swift, prêchant un jour devant une nombreuse et brillante assemblée , s'exprimaainsi : » Il y a trois sortes d'orgueil : l'orgueil de la naissance, l'orgueil de la fortune, et l'orgueil de l'esprit. Je ne vous parlerai pas du dernier; il n'y a personne parmi vous qui soit exposé à un vice semblable. >>
{Àîman. littéraire, 1753.)
Org:ucil aristocrafiqiic.
C'est un fait avéré que Madame , fille du roi, jouant avec une de ses !)onnes, regarda à sa main, et, après avoir compté ses doigts : « Comment ! dit l'enfant avec surprise , vous avez cinq doigts aussi , comLme moi.' » Et elle recompta pour s'en assurer.
( Cliamforl. )
Amelot , étant conseiller à la cour des Aides, disait à ceux de sa chambre qu'il ne prenait jws plaisir à coucher avec sa femme, parce qu'elle n'était pas noble.
(Tdllemant des Réaux.)
Le duc d'Aumont, en se regardant dans
sa glace disait : « D'Aumont , Dieu t'a fait bon gontilhoinme, le roi t'a fait duc, lais quelque chose pour toi, à Ion tour; faistoi la barbe. »
^j|mc (l'Ol)erkirch, Mémoires.)
Le duc d'Epcnion était extrêmement fier; on ne lui manquait pas de respect impunément. Il passait par le marquisat de Dagé ; le juge de cette terre alla audevant de lui pour le haranguer. 11 commença ainsi : « Monsieur, Monseigneur le marquis de Bagé m'envoie.... » Le duc , interrompant brusquement l'orateur, lui dit : « Le marquis de Bagé est monsieur, je suis Monseigneur, et vous êtes un sot. » Il lui tourna le dos, et poursuivit sa rouie. ( nibliothèque de société.)
Le maréchal de Brissac avait déjà perdu la connaissance. L'on fit venir un capucin pour le confesser. Le maréchal l'aperçoit, reprend ses sens, et dit : « Capucin , qui t'a fait si hardi que de t'éta!)lir médiateur entre Dieu et Timoléon ? » ( nom de baptême du maréchal ).
(Madame Neckcr, Nom. Mél.)
Les princes de Courtenay prétendaient descendre de Louis-le- Gros , en descendance légitime, et à ce titre ils se considéraient comme membres de la famille royale
Le vieux prince de Courtenay se tenait à Césy, dont onavait fait pour lui unesorte de comté de pièces et de morceaux , afin qu'il eût à sa disposition tout au moins quelques jusiiciers, une prison, des menottes, une potence, enfin une juridiction seigneuriale. On disait, du reste, qu'aussitôt qu'il fut en possession de son droit comtal, il avait commencé par faire confectionner une admirable collection de brodequins pour donner la question. Toujours est-il qu'il entendit raconter au fond de son Auxerrois que son fils allait accepter le cordon-bleu, quoiqu'il eut passé l'âge où les princes français le reçoivent. On lui dit aussi que le prince Charles Roger s'était engagé par écrit à retrancher de ses armoiries l'écu de France, que les petil«-filslégitimesdeLouis-le-Gros avaient le droit et la coutume d'y placer au premier quartier. Le père en tomba maladç
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decliagrin ; il se couclia sous la tente de l'cmpeieur Baudouin de Courtenay, qu'ils faisaient toujours déployer pour achever leurs épousailles et pour se faire administrer l'extrème-onction. On écrivit au (ils de la part du malade, et le voilà parti pour Cézy. 11 entra sous la tente impériale de ses grands-pères, tendue dans le milieu d'une salle immense » dont toutes les ouvertures étaient fermées. Le vieux prince était couvert d'un grand linceul; il a^ait l'air et la voix d'un mourant , et la scène était éclairée seulement par cpielques cierges, qui étaient placés sur une sorte d'autel avec des reliquaires. » — Je me rends à vos ordres. Monseigneur. — Ah! c'est vous, monsieur! J'ai des choses importantes avons rappeler. Écoutez-les patiemment, lui dit son père , et promettez-lemoi. i> Celui-ci promit tout ce qu'on voulut, et le vieux prince se mit à le sermonner sur la nécessité de ne plus se roidir contre les Bourhons, qui ne consentiraient jamais à leur former un apanage, à moins qu'il n'eut réduit ses armoiiies à l'écussou de Parthenay proprement dit. » Voyez la misère où l'obstination nous a fait tomber, disait son père; n'oubliez pas qu'une de nos grand's-mères n'avait su trouver rien de mieux à faire que d'épouser un paysan. » Son fds restait immobile. — « Souvenez-vous que la reine Jeanne d'Albret , dont le père n'était qu'un gentilhomme, était sur le point de faire pendre....— N'achevez pasceci. Monseigneur!
n'achevez pas ! je n'écouterai jamais le récit d'un pareil outrage, fut-ce même de la bouche d'un père. — Mais s'il en est ainsi, reprit le viei"'>(d, vous ne consentiriez point à diffamer nos armes, et vous n'accepteriez donc pas l'ordre du Saint- Esprit passé quatorze ans?... — Jamais!
jamais!.., — Monsieur, répli((ua vigoureusement sou père en se remettant sur sou séant, c'est une résolution qui vous fait honneur, et du reste elle est heureuse pour \ ous, car, ajouta- 1 -il en tii an t un pistolet de dessous son linceul,si je vous avais vu faiblir, j'allais vous faire sauter la cervelle : nous aurions vu si le petit-fils de Jtaime d'Albret m'aurait pendu. Dans tous les cas, c'est vous qui en auriez eu la conscience chargée ; car on n'est pas moins en obligation de veiller à la conduite de ses héritiers qu'à l'honneur de ses devancieis. »
Il faut vous dire que le vieux Courte-
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nay n'était pas plus malade que je ne le suis aujourd'hui, et qu'il a vécu douze ou qunize ans peut-être après cette parade grégeoise, toujours dans son castel de Cézy, avec ses courtines du Bas-Empire et ses brodequins bourguignons.
(Soiit'e/iirs de la marquise c/e Cléqui.)
On demandait à une duchesse de Rohan à quelle époque elle comptait accoucher « Je me flatte, dit-elle, d'avoir cet honneur dans deux mois. » L'houneurétait d'accoucher d'un Rohan.
(Chamfort. ,
Orgueil aristocratique (Erp/oitation de /'),
M. le Dauphin (fils de Louis XV), étant tres-jeune, avait une habitude dont on désirait fort le corriger : c'était de rester tro|) longtemps à la garde-robe. Un jour M. Du Muy et M. de Polastron, ses sousgouverneurs , perdirent leur crédit pour l'en tirer, quoiqu'on lui eût déjà dit plusieurs fois qu'on était trop malheureux d'être forcé d'obéir aux besoins de l'humanité pour s'y complaire et ne pas s'en éloigner aussitôt qu'on le pouvait. Rien n'y fit : les semonces étant inutiles, ils menacèrent M. le Dauphin d'aller chercher M. de Chàtillon, son gouverneur :
« Tant mieux, dit-il, j'y resterai en sa présence autant qu'il me plaira. »
Une réponse aussi peu attendue les étonna beaucoup; on courut en rendre compte à M. de Chàtillon , qui était tout près. D'abord que M. le Dauphin le vit :
«Monsieur, dites-moi, que vous était Gaucher de Chàtillon, dont je lisais hier les actions avec tant déplaisir.» — C'était un de mes aïeux, monsieur. » Et puis, commençant sa généalogie, il enénuméra les grands hommes sans songer où il était.
■< Eh bien , messieurs , dit M. le Dauphin à ses sous-gouverneurs, je savais bien que je resterais ici tant qu'il me plairait. » (Marquis dffValfons, Souvenirs.)
Orgfsieîl d'artiste.
Cimabuë de Florence fut un peintre aussi noble qu'on peut] l'imaginer. Il était si fier et si hautain, qu'il n'hésitait
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jamais à détriure son ouvrage, si précipiix qu'il fût , dès qu'on lui faisait apercevoir ou dès qu'il y apercevait lui-même un défaut.
(Vasari.)
Orgrneil littéraire.
Voici une anecdote racontée par M. Villemain, à propos du naïf amour-juopie de M. Viennet. Un jour qu'il passait à la chambre devant M. Laffitte , celui-ci lui dit : « Je viens de lire la Tour de Moiitlliéry ; c'est dans le genre de Walter Scott. — Moins les défauts, » répliqua M. Viennet.
{Le Nord.)
Ors^iieil national.
Lauiius, dans son discours académitpie contre la France, rapporte qu'un fou qui entendait louer les villes qui lui étaient étrangères tombait d'accord de tous les éloges qu'on leur donnait, pourvu qu'on vouliit convenir que la ville de sa naissance l'emportait encore dans le genre de mérite qu'on attribuait aux autres. On tomba dans la conversation sur le grand nombae de fous qui se trouvaient dans une ville ; celui devant lequel on parlait, ne voulant pas qu'aucune autre l'emportât sur la ville où il était né, interrompit le discours en disant que c'étaient de plaisants fous que ceux de la ville dont il s'agissait, en comparaison des fous de son pays.
(Dreux du Radier, Récréations historiques.)
Or|ir<icil réprimé.
Henri IV avait fait le marquis de Pisani gouverneur de M. le prince, qu'il venait de déclarer héritier présomptif de la couroinie. La peste étant survenue à Paris, le marquis eut ordre de mener son élève à Saint-Maur, où il demeura avec lui pendant deux ans. Et comme vni jour ils étaient ensemble à la chasse , et qu'un paysan près duquel ils passaient se fut mis le ventre à terre, sans que le jeune prince le saluât même de la tète, le mar([uis l'en reprit fort aigrement et lui dit : « Monsieur, il n'y a rien au-dessous de cet homme, il n'y a rien au-dessus de vous; mais si lui et ses semblables \w labouraient la terre , vous et vos sem-
blables seriez en danger de mourir de faim. »
(Tallemant des Réaux.)
Orientalistes (Deux).
J'avais beaucoup de loisir au séminaire, j'étudiai la langue ara!)e. Mon maître avait dressé pour mou usage quelques dialogues arabes qui contenaient par demandes et par réponses des compliments, des questions et différents sujets de conversation, par exemple : « Bonjour, monsieur, comment vous portez-vflus? — Fort bien, à vous servir. Il y a longtemps que je ne vous ai vu. — J'ai été à la cam[)agne, etc. » Un jour on vint m'avertir qu'on me demandait à la porte du ^ séminaire. Je descends , et me vois entouré de dix ou douze des principaux négociants de Marseille. Ils amenaient avec eux une espèce de mendiant qui était venu les trouver à la Loge (à la Bourse). Il leur avait raconté qu'il était juif de naissance, qu'on l'avait élevé à la dignité de rabbin, mais que, pénétré des vérités de l'Évangile, il s'était fait chrétien, qu'il était instruit des langues orientales, que, ^ pour s'en convaincre, on pouvait le mettre aux prises avec quelques savants. Ces messieurs ajoutèrent avec politesse qu'ils n'avaient pas hésité à me l'amener. Je fus tellement effrayé qu'il m'en prit la sueur froide. Je cherchais à leur prouver qu'on n'apprend pas ces langues pour les parler, lorsque cet homme commença tout à cou|) l'attaque avec une intrépidité qui me confondit d'abord. Je m'aperçus heineusement qu'il récitait en hébreu le premier psaume de David que je savais par cœur. Je lui laissai dire le premier vers et je ripostai par un de mes dialogues aralics. Nous continuâmes, lui par le deuxième vers du psaume, et moi par la suite du dialogue. La conversation devint plus animée; nous parlions tous deux à la fois et avec la même rapidité. Je l'attendais à la fin du dernier verset : il se tut eu effet ; mais, pour m'assurer l'honneur de la victoire, j'ajoutai encore une ou deux phrases, et je dis à ces messieurs que cet homme méritait par ses connaissances et ses malheurs d'intéresser leur charité. Pour lui, il leur dit qu'il avait voyagé en Kspagne , en Portugal , en Allemagne, en Italie, en Turquie, et qu'il n'avait jamais!
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vu lin liorame aussi habile que pp jeune abbé. J'avais alois vingt et un ans.
(L'abbé Barthélémy, Mémoires.)
Orientaux (Psciu/o-),
Trois jeunes gens de Saint-Germain, qui venaient de terminer leurs années de collège , ne connaissant personne de placé à la cour, et ayant entendu dire que les étrangers y étaient toujours trèsbien traités , s'avisèrent de se costumer parfaitement en Arméniens, et de se présenter de celte manière pour voir le grand cérémonial de la réception de plusieurs chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit. Leur ruse obtint tout le succès dont ils s'étaient flattés. Lorsque la procession défila dans la longue galerie de glaces , les suisses des appartements les milent sur le premier rang, et recommandèrent à tout le monde d'avoir beaucoup d'égards pour ces étrangers; mais ils firent l'imprudence de pénétrer dans l'œilde-bœuf. Là se trouvaient MM. Cardonne et Ruffin, interprètes des langues orientales , et le premier commis des consulats, chargé de veiller à tout ce qui concernaitles Orientaux qui étaient eu France. Aussitôt les trois écoliers sont environnés et questionnés par ces messieurs, d'abord en grec moderne. Sans se déconcerter, ils font signe qu'ils n'entendent pas. Ou leur parle turc, arabe; enfin un des interprètes , impatienté, leur dit : « Messieurs, vous devriez entendre une des langues qui vous ont été parlées ; de quel pays êtes-vous donc? — De Saint-Germain-en-Laye , monsieur, reprit le plus confiant. Voilà la première fois que vous nous le demandez en français. » Ils avouèrent alors le motif de leur travestissement ; le plus âgé d'entre eux n'avait pas dix-huit ans. On en rendit compte à Louis XV ; il en rit beaucoup. 11 ordonna quelques heures à la geôle , et que leur liberté leur fût rendue après leur avoir fait une bonne semonce.
(M"'" Campan, Mcmoires.)
Orig^iiiaux.
Le docteur Samuel Johnson était un homme énorme , à carrure de taureau , grand à proportion , l'air sombre et rude , l'ceil clignotant , la figure profondément ficatrisée par des scrofules, avec un habit 1
brun et une chemise sale, mélancolique de naissance et maniaque par surcroît.
An niilieu d'une compagnie, on l'entendait tout d'un coup maimotter un vers latin ou une prière; d'autres fois, dans l'embrasure d'une fenêtre , il remuait la tête, agitait son corps d'avant en arrière, avançait, puis retirait convulsivement la jambe. Son compagnon racontait qu'il avait voulu absolument arriver du pied droit, et que, n'ayant pas réussi, il avait recommencé avec une attention profonde, comptant un à un tous ses pas. On se mettait à table. Tout d'un coup il s'oubliait, se baissait, et enlevait dans sa main le soulier d'une dame. A peine servi, il se précipitait sur sa nourriture comme un cormoran, les yeux fichés sur son assiette, ne disant pas un mot, n'écoutant pas un mot de ce qu'on disait autour de lui , avec une telle voracité que les veines de son front s'enflaient et qu'on voyait la sueur en découlei. Si par hasard le lièvre était avancé oa le pâté fait avec du beurre rance , il ne mangeait plus, il dévorait. Loisqu'enfin son appétit était gorgé et qu'il consentait à parler, il disputait, vociférait , faisait de la conversation un pugilat , arrachait n'importe comment la victoire, imposait son opinion doctoralement, impétueusement, et brutalisait les gens qu'il réfutait : <i Monsieur, je m'aperçois que vous êtes un misérable wliig. — Ma chère dame , ne parlez plus de ceci, la sottise peut être défendue parla sottise. — Monsieur, j'ai voulu être incivil avec vous, pensant que vous l'étiez avec moi. » Cependant, tout en prononçant, il faisait des bruits étranges , tantôt tournant la bouche comme s'il ruminait, tantôt sifflant à mi-voix, tantôt claquant de la langue comme quelqu'un qui glousse. A la fin de .sa période, il soufflait à la façon d'une baleine, son ventre ballottait, et il lançait une douzaine de tasses de thé dans son estomac.
A vingt-six ans, il avait épousé par amour une femme de cinquante, courte, mafflue, rouge, habillée de couleurs voyantes , qui se mettait sur les joues nu demi-pouce de fard , et qui avait des enfants du même âge que lui. Arrivé à Londres pour gagner son pain, les uns à ses grimaces convulsives l'avaient pris pour un idiot , les antres , à l'aspect de son tronc massif, lui avaient conseillé de se faire portefaix. Trente ans durant, il
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avait travaillé en manœuvre pour les libraires, qu'il rossait lorsqu'ils devenaient impertinents, toujours râpé, ayant une fois jeûné deux jours , content lorsqu'il pouvait dîner avec six pence de viande et un penny de pain, ayant écrit un roman en huit nuits pour payer l'enterrement de sa mère. A présent, pensionné par le roi, exempt de sa corvée journalière , il suit son indolence naturelle, reste au lit souvent jusqu'à midi et au delà. -C'est à cette heure qu'on va le voir. On monte l'escalier d'une triste maison située au nord de Fleet-Strect, le quartier affairé de Londres, dans une cour étroite et obscure, et l'on entend en passant les gionderies de quatre femmes et d'un vieux médecin charlatan, pauvres créotures sans ressources, infirmes, et d'iui mauvais caractère, qu'il a recueillies, qu'il nouriit, <|ui le tiacassent on qui l'insultent. On demande le docteur, un nègre ouvre ; une assemblée se forme autour du lit magistral ; il y a toujours à son lever quantité de gens distingués , même des dames.
Ainsi entouré, il déclame jusqu'à l'heure du dîner, va à la taveine, puis disserte tout le soir, sort pour jouir dans les rues de la boue et du brouillard de Londres, ramasse un ami pour converser encore , et s'emploie à prononcer des oracles et à soutenir des tlièses jusqu'à quatre heures du matin (1).
Le marquis de Bagucville, officier général, si connu à Paris par la folle idée qu'il eut de se construire des ailes à ressort, avec lesquelles il prétendait traverser la Seine, et qui ne servirent (pi'à lui faire casser la cuisse, par sa chute sur un bateau de blanchisseuses, a donné depuis des marques d'aliénation bien évidentes. Il s'était persuadé qu'il serait possible de vivre sans manger. Mais, avant de s'assujettir lui-même à ce nouveau régime, il voulut en faire l'expérience sur ses chevaux. 11 lein- fit diminuer peu à peu le foin, la paille, l'avoine, et parvint à les laisser deux jours sans nourriture. Le troisième, on vint lui an-
(i) .le retrouve cette copie cl.issée à son rang parmi les matériaux du présent dictionnaire-, mais, par suite d'un oubli du copiste , l'indication de la source a été omise , et, après un intervalle de plusieurs années , je ne puis parvenir à la retrouver sûrement.
noncer qtie les pauvres animattx étaie morts. •<■ C'est dommage , dit-il ; ils y étaient presque accoutumés! »
Cette manie fut remplacée par celle de croire que les chevaux étaient susceptibles de civilisation. L'un des siens ayant donné un coup de pied à un palefrenier, le marquis de Bagueville instruisit son procès en règle , et le fit pendre à la porte de soti écurie , oii il ordonna qu'il resterait exposé pour l'exemple des autres (2). Peti de jours après, ce fut une puanteur instipportable datis l'hôtel , et la présidente de T"*, qui y demeurait, Itti porta ses plaintes. « Dites à m.idame la présidente, répondit-il, (|u'il y a douze ans qu'elle infecte mon hôtel, et qtie je ne ferai ôter mon cheval que lorsqu'il aura été décidé par experts qu'il pue autant qu'elle. » Il fallut recourir à l'autorité de la police poir faire enlever le cheval.
Il se promenait au Palais-Royal , au milieu de la foitle, avec un habit de grosse hure , garni en boutons de diamants fins; et les filous, dont ces lieux publics abondent, n'imaginèrent jamais de le dépouiller, ce vêtement ne paraissant à leurs yeux que celui d'un campagnard ridicule qui croyait se parer avec des piètres fausses.
Dans les derniers temps de sa vie , ses manies se tournèrent en avarice , et sa grande fortune le mettait à même de satisfaire cette infâme passion. Propriétaire d'ttn très-bel hôtel , quai Mazarin , il se tetiait constamment renfermé dans un petit appartement composé de trois chambres, où ses domestiques mêmes n'avaient pas la liberté d'entier. Là, avec un marteau, une truelle et du mortier, il s'occupait à faire des trous dans ses murs, à y enfouir son or, et à le recouvrir proprement. Un soir, ])endant qu'il était à l'Opéra, ayant dans .sa poche les clefs de cet appartement secret, on vint l'avertir que le feu avait pris à son hôtel. 11 attendit tranquillement la fin du spectacle,
(?.) Quelques voyageurs rapportent qu'en Afrique, sur le liaut des montagnes, on attaclie des lions en croix pour servir d'exemples aux autres. Les juges du comté de Valois firent le procès à un taureau qui avait tué un Iiommi^ d'un coup de corne, et le condamnèrent, sur la déposition des témoins, à être pendu ; la sentence fut confirmée par arrêt du Parlement le 7 février i3i4.
(Saint- Foix, £sîo/J sur Pans.)
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