‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 58 sur 180 · OH A · texte numérisé non relu

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cédèrent toujours parmi les larmes. Tuis tout à couj), se prenant au duc de Beauvilliers et au roi, et accusant son éducation : « Ils n'ont songé, s'écria-t-il, qu'à m'abétir et à étoulter tout ce que je pouvais être. J'étais cadet, je tenais tète à mon frère, ils ont eu peur des suites, ils m'ont anéanti; on ne m'a rien appris qu'à jouer et à chasser, ils ont réussi à faire de moi un sot et une bête, incapable de tout , et qui ne sera jamais propre à rien , et qui sera le mépris et la risée du monde. » M""' de Saint-Simon en moin-ait de compassion , et n'oublia rien pour lui remettre l'esprit. Cet étrange tèle à tète dura près de deux heures. (Saint-Simon , Mémoires.)

Orateurs déconcertés.

Henri IV , fatigué d'une grande traite qu'il avait été obligé de faiie pour aller secourir Cambrai, passa par Amiens. Un orateur qui vint le liaranguer, commença par les titres de très-grand, très-l>on, très-clément , très-magnanime. — Ajoutez aussi , dit le roi, et très las. »

Tout étant prêt pour la réception du nouveau duc de Chanlnes (1711), le parlement s'assembla à l'heure accoutumée, et les princes du sang et les autres pairs y prirent leurs places. M. de Chaulnes , qui devait se tenir à la porte de la grand'chambre en dedans, pour les voir arriver et les saluer, comme c'est l'ordre, n'était point an ivé. On causait en place les uns avec les autres, et à la fin on s'impatientait. Au bout d'une heure, on soupçonna ([uelque accident ; et pour ne passer pas toute la matinée de la sorte on voulut enfin en être éclairci. Le premier président envo3a un huissier s'en informer à l'hôtel de Luynes. Il trouva le duc de Chaulnes , à qui on faisait la barbe, qui dit qu'il s'allait déjièclier, et qui ne parut nullement embarrassé de l'auguste séance qui l'attendait depuis si longtemps. On peut juger du succès du rapport de l'huissier. La parure du candidat fut encore fort longue; enfin il arriva d'un air riant et tranquille. Tout était rapporté , il n'eut qu'à prêter serment , et à prendre place.

La coutume est que le premier piérsidcnt fait un compliment au pair d'i-

rection nouvelle , aussitôt qu'il est assis en place, et qu'il n'en fait point aux pairs reçus par le titre de paiiie successive. Voilà donc le premier président qui ôte son bonnet vers la place où était le nouveau pair, lui dit deux mots , se couvre, continue, et se découvre et s'incline en finissant. Aussitôt M. de Chaulnes ôte son chapeau, y glisse un papier qu'il tenait en sa main et l'y déploie, et se met à vouloir y lire. Le pair, sou voisin, le pousse et l'avertit de mettre son chapeau ; de Chaulnes le regarde , et sur l'avis redoublé se couvre, et manifeste son papier en entier. Cela le déconcerte, toutefois il se met à vouloir lire. U répète : « Monsieur, » il àuonne , bref il se démonte au point (pi'il ne peut lire et qu'il demeure absolument court. La compagnie ne peut s'empêcher de rire. Il la regarde tout autour, il prend enfin son parti , il ôte son chapeau sans mot dire , s'incline au premier président comme pour finir ce qu'il n'avait pas commencé, regarde après la compagnie, et se met à riie aussi avec elle.

(Saint-Simon, Mémoires.)

Le comte de Merle, homme trè.s-ordinaire en société, devait être plus que médiocre dans l'art diplomatique ; cependant il fut nommé ambassadeur en Portugal, et on lui adjoignit, en qualité de secrétaire de légation , l'abbé Nardy , homme d'esprit, avec lequel il partit pour sa destination. Averti qu'à sa première audience il devait adresser au roi un compliment , il pria l'abbé de le composer, et surtout de le faire bien court , sa mémoire étant très-mauvaise, et n'ayant pas été exercée depuis longtemps. Deux ou trois phrases adulatrices furent bientôt mises sur le papier, et l'abbé reconnut que le malheureux comte n'avait pas même parlé modestement de sa mémoire , car, dans tout le trajet de Paris à Lisbonne , il ne put se mettre dans la tèle un seul mot de ce petit discours. Enfin, il imagina de rattacher dans son chapeau, écrit en gros caractères, et de manière à pouvoir le lire aisément. Fier d'une idée aussi lumineuse, il se présenta hardiment à l'audience. Mais l'étiquette de la cour de Portugal , dont il n'avait aucune connaissance, renversa cruellement son subtil projet. A peine, après un

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