‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 61 sur 180 · OUV · texte numérisé non relu

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Orthographe cômproinettaiiie.

Une dame de la cour , aussi connue par le dérèglement de ses mœurs que par son défaut d'éducation', mandait à sa tailleuse : « Envoyez-moi ma robe de satin, c'est la seule qui me convienne. « Et elle avait écrit satin par un c, sans cédille.

(Paris, Versailles les provinces.)

Ostentation.

La vicomtesse d'Auchy chassa une fois son maître d'hôtel. Cet homme alla servir je ne sais quel duc, où il ne trouva pas bien son compte. Étant allé voir la vicomtesse, il se mit à lui conter comme il servait chez son maître , l'épée au côté et le manteau sur les épaules : « Si vous vouliez me reprendre, ajouta-t-il. Madame, je vous servirais ainsi. » Cela lui sembla beau, et elle le reprit pour être servie comme une duchesse. Je m'étonne qu'elle ne prît aussi un dais et un cadenas, car son maître d'hôtel lui eût aussi bien donné cela que le reste (1).

(Tallemant des Réaux.)

Oubli des injures.

Le fils d'Haroun-al-Raschid vint se plaindre d'un homme qui avait calomnié sa mère, et en demander vengeance.

« Mon fils, lui répondit Haroun-al-Raschid , tu vas faire plus de tort à ta mère que le calomniateur, en faisant croire qu'elle ne t'a point appris à pardonner. » (Sàdi.)

M. de Turin était un conseiller au parlement de Paris, grand justicier, mais de qui on conte de plaisantes choses. Il appelait son clerc cheval, son laquais mulet, et sa femme p Un gentilbomme

dont il était rapporteur alla une fois pour parlera lui ; il le rencontra en habit court, fait comme un cuistre, qui revenait de la cave, avec son martinet à la main. Il ne l'avait peut-être jamais vu, ou il ne le reconnut pas, et il lui dit : « Mon ami, où est M. de Turin .» — Mon ami! dit

(i) (I Comme on faisait pour la table des rois. I,e cadenas était une espèce de coffret d'or ou de vermeil, dans lequel on serrait le couteau, la cuiller et la fourchette du roi. » [Paulin Paris.)

M. de Turin. Quel impertinent est-ce là.^ » Le cavalier, peu accoutumé à souffrir des injures, lui donne un soufflet et se retire ; il sut après que c'était M. de Turin : le voilà en belle peine. Le bonhomme rapporta le procès comme si de rien n'était, et dit à son clerc : « Cheval, apporte-moi le procès de ce batteur. », Il le voit, et trouvant que le cavalier avait bon droit, il le lui fait gagner, et l'ayant rencontré sur les degrés du Palais, il lui donne un petit coup sur la joue en riant et lui dit : « Apprenez à ne battre plus les gens : vous avez gagné votre procès. » L'autre, qui croyait tout perdu, pensa se mettre à genoux.

(Tallemant des Réaux.)

Oubli da passé.

Un grand seignein- dont la jeunesse avait été fort inégulièr"^, fit au siège de Mons tout ce qu'il fallut pour regagner l'estime du roi, et y réussit. « Monsieur, lui dit Louis XIV, vous n'étiez pas content de moi, je n'étais pas content de vous : oublions le passé ; et, dorénavant, datons de Mons. »

(Mémoires anecd. des règnes de Louis XIV et Louis XV. )

Oubli persistant.

Le chevalier de Lorenzi est l'homme du monde le plus riche en mouchoirs, et son inventaire sera un jour très-considérable quant à cet article. Comme il est logé fort haut, et qu'il oublie presque tous les jours, en sortant, son mouchoir, il trouve plus court d'en acheter un que de remonter chercher le sien. Aussi y a-t-il dans son quartier une marchande de linge qui lui tient tous les matins un mouchoir tout prêt.

( Grimm, Correspondance.)

Ouvragées microscopiques.

Callicrate, célèbre sculpteur de l'antiquité, fit des ouviages à la ténuité desquels on ne pouvait croire qu'en les voyant. 11 grava, dit-on, des vers d'Homère sur un grain de millet ; et sculpta un chariot d'ivoire qu'on cachait avec ses quatre chevaux, sous l'aile d'une mouche, et des fourmis de la même matière, dont on distinguait les membres. Pour faire ressortir

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petits objets, il les exposait sur de la e noire.

(Athénée.)

La vingtième année du règne d'Elisabeth, un forgeron du nom de Mark Scaliot fit une horloge, composée de onze pièces de fer, d'acier et de cuivre, qui , avec sa clef, ne pesait qu'un grain d'or. Il fabriqua aussi une chaîne d'or de qaarante-trois anneaux, qu'il attacha au cou d'une mouche, que cela n'empêcha pas de voler. Le tout, horloge, clef, chaîne et mouche, ne pesait qu'un grain et demi.

Oswaldus Noringherus, qui était plus fameux que Scaliot pour ses travaux minuscules, a, dit-on, fabriqué douze cents assiettes en ivoire tourné , parfaitement établies, mais si petites et si ténues, qu'il les faisait tenir toutes dans une coupe tournée d'un grain de poivre de grandeur ordinaire. Johannes Shaii, de Mittelbrach, emporta dans son voyage à Rome ce travail merveilleux et le montra au pape Paul Y, qui l'examina et en compta toutes les pièces à l'aide d'une paire de lunettes. Elles étaient si petites, qu'elles étaient presque invisibles à l'œil nu.

.Tohanncs Ferrarious, un jésuite, possédât des canons de bois qui, avec leur alfùt, leur caisson et tout leur attirail militaire, pouvaient aussi tenir dans un grain de poivre de grandeur ordinaire.

Jérôme Faba eut la patience de sculpter en bois tous les mystères de la Passion (1 ), qu'il renferma dans une coquille de noix. Il présenta à Frai» -^is Vei à Charles- Quint une voilure de la petitesse d'un grain d'orge, dans laquelle on voyait deux personnes; elle était traînée par deux chevaux et conduite ])ar un cocher. Un autre Italien, nommé Spanochi, porta au pape Clément VIII tout le symbole des ipôtres, avec le commencement de l'évangile de saint Jean, écrits dans l'cs-

r(i) L'auteur veut dire sans doule Lous le. iniUiimeuts de la l'assion.

pace d'une pièce équivalante à un centime.

{Choix cV anecdotes.)

Un horloger, nommé Bowrik, avait fabriqué une voiture à quatre roues, avec tous ses accessoires, et un homme assis dans la voilure, le tout d'ivoire, et traîné aisément par une mouche. La voiture, l'homme et la mouche ne pesaient qu'un grain. Une chaîne de cuivre, faite par le même ouvrier, longue de deux pouces, à deux cents anneaux, avec un crochet au bout, et un cadenas, et une clef à l'autre bout ne pesait que le tiers d'un grain.

Le naturaliste Needham, qui décrit tous ces ouvrages, et bien d'autres, en témoin oculaire, a encore vu une table de quadrille avec son tiroii-, une table à manger, un buffet, un miroir, deux chaises à dos, six plats, une douzaine de cuillers et de fourchettes, deux salières, avec un cavalier, une dame et son laquais, le tout contenu dans un noyau de cerise.

(Needliam, Observât, microscopi-

Brienne raconte dans ses Mémoires qu'uu charlatan avait imaginé d'atteler une puce à un petit canon d'or, pour amuser Louis XIV enfant.

La Bruyère parle aussi, à la fin de son chapitre sur les Jugements, de quatre puces à chacune desquelles un subtil ouvrier avait mis nue salade en tète, un corps de cuirasse, des brassards, des genouillères, la lance sur la cuisse.

Un nommé Néron, raconte Tallemant des Beaux, avait enchaîné des puces à un chariot.

Peut-être est-ce le même à propos duquel M"* de Sévigné rapporte un mot princier. Ou parlait d'un homme qui montrait, à Paris, un chariot ainsi traîné par des puces. Le dauphin dit à monseigneur le prince de Conti : « Mon cousin, qui est-ce qui a fait les harnais.' — Quelque araiguée du voisinage », répondit ^ le prince.

Pain bis.

Je logeais dans une auberge à Colmar.

Un jour, me trouvant à la table d'Iiôtc , où l'égalité amenait de même les puissauts du jour, j'y vois arriver un représentant du peuple dont le nom m'est échappé ; Lassère, commissaire ordonnateur, était avec lui. Le maître de la maison faisait les honneurs. Le représentant, à qui l'on présente du pain, se lève et s'écrie : « Comment, citoyen hôte, tu nous fais servir du pain blanc ici, tandis qu'à Paris et dans tous les départements que je parcours on ne mange que du pain bis! Je ne souffrirai pas que dans ce département on se distingue d'une manière aussi choquante pour tous les autres ; je te préviens, citoyen, que demain je donne à dîner chez toi à toutes les autorités de la ville, et je prétends que tu ne nous serve» que du pain bis. Obéis, si tu ne veux pas qu'il t'en arrive mal. «

L'hôte, déconcerté , n'ouvrait pas la bouche et tremblait d'autant plus d'attirer sur lui l'attention des autorités qu'il avait deux fils émigrés. Ce brave homme, dont j'étais depuis quelque temps le commensal, vint me confier sa peine et son embarras. « Allons, allons, lui dis-je, je vais vous tirer d'affaire, moi. Avez-vons de la farine? — Oui, mais je n'en ai que de très -blanche, et d'ici à demain je n'ai pas le temps de moudre d'autre grain. — Avez-vous encore du pain de cuit .'' — Oui, j'ai la provision de la semaine. — 11 suffit. Que votre femme et vos filles se réunissent à moi; nous passerons la nuit, s'il le faut , et je vous réponds que demain, avant le dîner, nous aurons converti votre farine blanche en pain bis. » 11 me regardait avec élonnemenl , mais mou assurance lui rendit la tranquillilé.

Mon moyen fut bien simple : je fis dé- 1 pouiller les pains cuits de leurs croûtes, 1 que je fis griller, puis délayer dans de •

l'eau épaisse et noirâtre, que nous mêlâmes dans le ])ctrin avec la farine blanche; et bientôt, à l'aide de nos bras; nous obtînmes du pain qu'on pouvait appeler plus que bis. Il ne fallait pas être grand sorcier pour cela ; mais personne aussi ne le fut assez pour deviner la nature de ce pain, et ce qu'il y eut de plaisant, c'est qu'au dîner du lendemain, le représentant et tous les convives le savouraient en s'écriant : « Parbleu, voilà d'excellent pain bis ! Mais — d'où le tires-tu, citoyen hôte? dit le représensant. — Citoyen, mon pain se fait toujours chez moi. — En ce cas, fais-en beaucoup : je veux en emporter pour le montrer paitout, et faire connaître ton habileté et ton dévouement ; ils ne resteront point sans récompense, sois-en sûr. Si je puis même, pendant que je suis ici, faire quelque chose en ta faveur, parle, et je suis prêt à l'obliger. » Ainsi qu'il l'avait dit, le représentant emporta quantité de ce pain dans sa voiture et dans celle de l'ordonnateur Lassère; ils le montrèrent, ils en donnèrent des échantillons dans les hôpitaux, et en envoyèrent jusqu'à la Convention. Je ne sais, tant ils étaient émerveillés, s'ils n'auraient pas fait donner un brevet à l'ajubergiste de Colmar; mais je sais bien que notre hôte ayant demandé les moyens de faire construire dans son vaste local un grand hangar pour y mettre à couvert les bestiaux du parc, le représentant le fit autoriser par le département à faire une coupe de bois dans la forêt des Vosges. Le hangar ne fut jMis construit; mais par la suite la vente de ces bois produisit au moins GO, 000 francs à l'hôlc. Que de fortunes dont l'origine n'est guère autre chose que de la croûte, de pain brûlée !

(Hannet Cléry, Mémoires.)

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