‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 92 sur 180 · HEM · texte numérisé non relu

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Prissent; il entend leurs cris ai;;!!';, et ne peut plus les voir ; mais il leur dit : « Si nulle autre voix ne s'élève pour venger ma mort, la vôtre du moins accusera mes meurtriers. >. 11 dit et meurt.

Ou retrouva un cadavre dans la forêt , et quoiqu'il fût défiguré, celui qui devait recevoir Ibicus à Corinthe reconnut ses traits chéris. Tous les étrangers réunis à la fête de Poséidon déploient la perte d'Ihicus; toute la Grèce en est émue.

Chaque cœur le regrette, et le peuple se rassemble au Prytanée et demande avec colère à venger la mort du poète , à satisfaire ses mânes par le sang de ses meurtriers.

Mais comment reconnaître les traces du crime, au milieu de cette foule attirée par l'éclat de la fête ? Les bancs sont serrés l'un contre l'autre, et la vague rumeur de la foule ressemble au mugissement de la mei-.

Qui pourrait compter tous ces peuples?

Il en est venu de la ville de Thèbes, des bords de l'Anlide, de la Phocée, de Sparte, des côtes éloignées de l'Asie et de touies les îles. Et tous ces spectateurs écoutent la mélodie lugubre du chœur, qui selon l'antique usage, sort du fond du théâtre avec une contenance grave et sévère, s'avance à pas mesurés et fait le tour de la scène.

Un manteau noir tombe sur les flancs des femmes q!ii composent le chœur, et dans leurs mains décharnées elles portent des flambeaux qui jettent une lueur sombre ; au lieu de cheveux on voit se balancer sur leurs tètes des serpents, et des couleuvres enflées par le venin. Ce chœur épouvantable s'avance et entonne l'hymne fatal qui pénètre dans l'âme et enlace de ses propres liens la pensée du coupable. Les paroles de ce chant lamentable retentissent et agitent' ceux qui les écoutent, et nulle lyre ne les accompagne.

"■ Hiureux, disent-elles, celui qui n'a point senti le crime détruire la naïve innocence de son âmt! 11 peut poursuivre librementsa route. Mais malheur, mallieuià celui qui a volé, ou commis un meurtre ! Nous nous attacherons à ses pas, nous, filles terribles de la Nuit! Qu'il ne croie pas nous échapper ! Nous avons des ailes. Nous lui jetterons un lien au pied, et il tombera par terre. Aucun repentir ne nous fléchit; nous poursuivrons sans

relâche leco'ipable, nous le poursuivrons jusque dans l'empire des ombres, et là nous ne l'abandonnerons pas encore. »

En chantant ainsi, les Eiiménidts dansent leur ronde f!in(bre. Un silence de mort pèse si!r tonte l'asse nblée, comme si la Divinit était là piésente; et le chœur, poursuivant sa marche, s'en retourne à pas lents et mesu.es uau.-; .e fond du théâtre...

Tout à co"p on entend sur un des gradins les |)lus éle es m-e voix qui s'écrie : « Regarde, regaide, Timothée : les cigognes d'Ihicus! » Au même instant, on vit comme un nuage passer sur l'azur du ciel et une troupe de cigognes poursui re sou vol.

Ibicus! ce nom ravive les reg ets de tous les spectateurs, et ces naro'es volent de bouche en bouche : « Ibicus, que la main d'un meurtrier égorgea et que nous avons pleuré ! Qui parle de lui ? Quel rapport y at-il entre lui et ces cigogues ! »

Et les questions redoublent; un triste pressentiment passe rapide dans tous les esprits. « Faites attention, s'écrie la foule, à la puissance des Euménides. Le poète religieux sera vengé; l'assassin vient de se trahir lui-même. Saisissez celui qui a parlé d'Ihicus, et qu'il soit jugé. »

Celui qui avait prononcé ces paroles imprudentes aurait voulu les retenir, mais il était trop tard : ses lèvres pâles, son visage effrayé révèlent son crime. On l'arrache de sou siège, on le traîne devant le juge. La scène est transfoimée en tri- !)unal, et l'éclair de la vengeance frappe le meurtrier.

(Schiller, d'après Plutarque.)

Le jeune comte Zawisza, descendant d'une ancienne famille polonaise, ayant pris une part active à la révolution de son pays, dut s'enfuir après la défaite, et commit l'imprudence de rentrer en 18-33, pour voir sa mère, trop âgée déjà pour l'aller trouver dans son exil. Zawisza fut surpris, arrêté, accusé de co!ispiratiou nouvelle, jugé et condamné à mo!t

La mère va trouver le maréchal Paskiewisch pour lui demandei' la grâce de son fils. Le pri!)ce résiste à toutes ses sollicitations, à toutes ses larmes. Elle se relevé désespérée et s'éciie :

« Vous êtes sans pitié pour ma douleur mortelle! Eh bien! moi aussi je

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serai sans pitié pour vous ! Quand viendra votre heure dernière, vivante ou morte, je reviendrai... j'assisterai à voire ajjonie Elle sera terrible, et je serai vengée! K

Elle part. Zawisza est exécuté. Vmgtqnaire ans s écoulent. Puis le maréchal, accablé d'âge et de i'aiigues, tombe malade. Les journaux ont, peiidani plusieurs mois, constalé cette longue lutie que la mort devait suivre. L'agonie fut terrible. Chaque matin, le moribond se plaignait d'un supplice ajouté à ceux du mal qui l'empêchait de vivre, et qui ne le taisait pas encore mourir. Une lemme... la vieille comtesse Zawisza, apparaissait à son chevet, lui reprochait sa cruauté envers elle, l'accablait dp ses objurgations, se repaissait de ses douleurs, et les augmentait de ses sarcasmes... le te figure implacable, inévitable, — le remords vivai.t, — était pour le prince un mar )ie phi^ grand que ses maux ph)Siques , et le jour seul qui l'eu débarrassait se passait a en parler, — à la redouter encore... Il en i décrivait l'aspict, le vêtement, le son de | voix, et chacun tiémissait autour de lui. Une nuit, la comtesse, troj) hJele à sou effrayante habitude, est revenue au chevet du mourant. Mais son langage a en hi. changé :

H J'ai pitié de toi! dit-elle au prince; je me suis assez vengée de ta cruauté envers mes douleurs par la vue des tiennes !... Ton agonie si teirible m'a assouvie... tu ne me verras plus! Meurs eu paix ! »

Et eu effet, à dater de cette nuit-là, la comtesse Zawisza ne reparut plus... Huii jours après, le maréchal prince Paskiewisch d'EiiNau mourait paisiblement.

La funèbre appaiiliou était toute dans le cerveau du malade. — Lorsque le maréchal se croyait poursuivi par elle, la comtesse Zawisza était morte depuis douz ans !

(Larcher, Dictionnaire (/'anecrlolc.^ sur les finîmes. )

Remplaçants.

Un soldat, dans un régiment décimé tire au sort le pénultième avec le licinii de ceux qui devaient être pendus. Ilexlia le fa al l)d;el, et le dernier si-ldat,t|ui étail un Ero>s,iis, composa à cent écus poiii être pendu à sa place, disant qu'il étai

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