‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 94 sur 180 · REN · texte numérisé non relu

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manda d'où elles venaient : a Sire, lui dit-il cil liant, si \ous saviez d'où elles viennent , vous n'eu voudriez peut-être pas manger; mangez, mangiz, jjuis je vous le dirai. » Api es il lui dit : « C'est cet homme contre qui vous pestiez tant hier, qui me les a données pour vous les servir. )i II se mit à rire, et dit qu'il en voulait avoir des greffes. Entin M. d'Augoulènie fit la paix de MoiUatere, à condilion qu'il ne parlerait point. En effet, le roi lui dit : « Montatere, je te pardonne, mais point d'éclaircissement. »

( Tallemant des Réaux. )

ESéparatioiis d'honneur.

Henri IV était piompt , mais bientôt la raison le faisait revenir. Le colonel Tiscli, qui cOQimandait les Suisses dans son armée, lui vint demander les montres (1) (les Suisses la veille de la bataille de Dreux. Le roi, qui n'avait point d'argent, se mit dans une furieuse coleie, le traita fort mal, et s'emporla à des paroles injurieuses. Le lendemain, en rangeant ses troupes en bataille, il se souvint de ce qu'il avait fait ; et quand il fut devant les bataillons suisses ; « Colonel Tisch , lui dit-il, en i'embrassani, j'ai tort à votre égard, et je vous fais toute réparation. — Ah! sire, lui répondit le vieux colonel, vos bontés me vont coûter la vie. » On donna la bataille, et il fut tué.

(L'abbé de Choisy, Mémoires. )

Un jour, Molière s'étant présenté pour faire le lit du roi , un autre valet de chambre, qui de\ait le faire avec lui, se retira brusquement, eu disant qu'il n'avait point de service à partager avec un comédien. Bellocq , homme d'es|)rit, et qui faisait de jolis vers , s'approcha dan.le momeni, et dit : « Monsieur de Molière, voulez-vous bien que j'aie l'honneur de faire le lit du roi avec vous? »

( Molierana.)

Voici une anecdote du même genre, e!

que le père de M""' Campan tenait d'un vieux médecin ordinaire de Louis X.V :

(!) Ici montre signifi d'ordinaire dans les rev

■ la solde qu'o ve (larce qu'oi les du même i

Ce médecin, nommé Lafosse, était v.n homme d'honneur, e inca'pble d'inventer cette histoire. Il d. ail ipiL Louis XIV, ayant su que les ofliu.ers de sa cuiimore temoiguaieut par des dédains oluusauts combien ils élaient blessés dj manger à la table du cuutiôleur de la bouche avec Molière, Volet de chambre du roi, parce qu'il jouait la comédie , cet homme célèbre s'abstenait de mai ger à d tte table. Louis XIV, voulant faire cesser des outrages qui ne devaient pas s'adressera l'un des plu5 grands génies de sou siècle, dit un matin à Molière, à rheuie de sou petii lever : <i Ou dit que vousfaite> maigre chère ici, Molière, et que les ollicieis de ma ciiambre ne vous trouvent pas fait pou, manger avec eux. Vous avez peut-être faim, moi-même je m'éveille avec un trèsbon appétit; mettez-vous à cette table, et (ju'on me serve mou en cas de nuit, » (^ïous les services de prévoyance s'appelaient des en cas). Alors le roi coupant sa volaille, et ayant ordonné à Moiieie de s'asseoir, lui sert nue aile, en prend en même îeniiis une pour lui, et ordonne que l'on introduise les entrées familières, qui se composaient des personnes les plusmaiipiaiites et les plus favorisées de la cour. « Vous me voyez, leur dit le roi, occupé à faire manger Molière, que mes valets de chambre ne trouvent pas asstz bonne compagnie pour eux. » De ce moment Molière n'eut plus besoin de se présenter a cette table de service; toute la cour s'empressa de lui faire des invitations (l;. (M'"'' Campan, Mémoires. )

Ce même M. de Lafosse racontait aussi ([u'uuclief de brigade des gai des du corps, chargé de placer a la petite salle de comédie dans le palais de Versailles, fit sortir avec humeur un coi;ràleiir du roi, qui était venu preiu.re sur une banquette la |)lace que lui assignait a charge dont il élait nouvellement poui u. Ses prêtes atioiis sur son étal, sur son droit, tout fut inutile. Le démêlé s'était lermiué par ces mots du chef de brigade : « Messi -urs les i,'aides du corps , faites votre devoir. » Dans ce cas, le devoir était de preudie 1,1 personne et de la mettre à la porte.

(i) Cette anecdote, q (!i- M-h tableaux, ne se iro et elle est fcrt suspecte.

inspi,

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Ce contrôleur, qui avait payé sa cliarge soixante ou quatre-vingt mille francs, é ait uu homme de Ijonne famille, et qui avait eu l'iiouneur de servir le roi vingtcinq ans dans un de ses régiments. Ainsi liouteusemtnt chassé ce celte salle, il vint se placer sur le passage du loi dan» la grande salle des gardes, et , s'inclinant devant Sa Maji'sté, lui demanda de rendre l'honneur a un vieux militaire, qui a\ait voulu teiminer ses jours en servant son souverain dans sa maison civile, quand son âge lui interdisait le service des armes. Le loi s'arrêta, écouta son récit, fait avec l'accent de la douleur et de la vérité, puis lui ordonna de le suivre. Le roi assistait au spectacle dans une espèce d'amphithéâtre où était son fauteuil ; derricie lui était un rang de pliants pour le capitaine des gardes, le premier gentilhomme de la chambre et d'autres grands officiers. Le chef de brigade avait droit à uue de ces places ; le roi s'arrètant à la place qu'il devait occuper, dit à son contrôleur : « Monsieur, prenez près de moi, pour ce soir, la place de celui qui vient de vous offense)-, et que l'expression de mon mécontentement pour celte injuste ofldise vous tienne lieu de toute autre repu al ion. »

Le marquis d'Assigiiy U-ait.il uu jour bon nombre de g(ntiolioinuie-s. Ses propos de table étaient toujours de quii((ue 1)1 1 exploit de guene. Ce jour-là on parla foit des Neuf Prtuv, et entre autres d'Alexandre, d'Anuibal et de César. Un de la troupe, plus éveillé que les autres, et ptut-ètre aussi las d'cniendre tant de îaiibûles, se mit à diie qu'on faisait trop d'honneur à ces gens -la de ne pa; 1er point de leurs vices : qu'Alexandie était un ivrogne, qu'il avait tué Clilus, etc. ; César un débauché, uu tyran, et Annibal un

f boigue. A peine eut-il prononcé ces

bla.sphèmes, que le marquis se lève et lui fait signe de le suivre dans un coin de la salle; là il lui dit : « Je ne sais pas de quoi vous vous avisez de m'offenser de gaieté de cœur comme cela. » L'autre, le vo\ant parler si sérieusement, eut quelque fiajiur, et crut que c'était tout de bon. I! lui répond qu'il n'a jamais eu l'iiitenlioM de le fàclier, et qu'il ne sait pas en quoi il peut avoir déplu. » Pounpioi est-

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ce donc, continua le marquis, que vous dites du mal d'Alexandre , d'Anuibal et de César.' — Ah ! monsieur, dit le gentilhomme, qui entendait raillerie, je ne savais pas, ou Dieu me damne ! qu'ils fussent ni de vos parents ni de vos amis : mais je réparerai bien le tort que je leur ai fait; » et tout d'un temps, avant de se 1 émettre à table, il se fit apporter à boire, et but à Alexandre et à tous les autres, et se fit faire raison.

( Tallemant des Réaux. )

Seaton, colonel écossais, commit pendant une revue une faute dont le roi Gustave-Adolphe le réprimanda. Seaton voulut s'excuser; mais l'affaire s'échauffant, le loi alla jusqu'à donner un soufflet au colonel en présence de tout son régiment.

Seaton, dans l'impossibilité d'obtenir réparation de cette injure, donna immédiatement sa démission, et passa la frontière pour entrer au service du Danemark. Le roi se repentit vite de sa violence : montant à cheval, suivi de deux domestiques, il courut après Seaton. Il le trouva près de la frontière danoise : « Monsieur le colonel, lui dit-il, j'ai été injuste à votre égard, et je vous ai insulté. Je le regrette, car je vous tiens pour un homme d'honneui'. Je viens donc vous offrir une réparation. Ici, sur la frontière étrangère, Gustave-Adolphe et Seaton sont égaux.

Voici deux pistolets et deux épées, choisissez et vengez-vous, si vous le pouvez. »

Seaton tomba aux genoux du roi et le supplia de lui permettre dé vivre et de mourir à son service. Gustave-Adolphe le serra dans ses bras, et ils retournèrent au camp, où le roi dit devant plusieurs personnes quelle réparation il avait pro- [)0sée4 Seaton.

( André Fiyxcll, Ilht. de Giistave- JdvlpUe'.)

Le roi de Prusse, passant une revue, donna des coups de canne à l'un de ses officiers. Celui-ci saisit sou pistolet, coucha eu joue Sa Majesté, en disant : « Il ne tiendrait qu'à moi de me venger; » puis il tourna son arme conirelui-mème, et se fit sauter la cervelle, ne voulant ni tuer son roi, ni survivre à cet affront.

(Marquis d'Argenson, Me

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Reparties.

" D'où venez-vous? drnianda quelqu'un à Diogeiie. — De l'appaitenieiit des hommes à celui des femmes, répondit-il.

— Y avait-il beaucoup de monde aux jeux olympiques? lui dit un autre. — Beaucoup de spectateurs et peu d'hommes. « Ces réponses furent applaudies; et à l'instant il se vit entouré d'une foule d'Athéniens qui cherchaient à tirer de lui quelque repartie. « Pourquoi, lui disait celui-ci, mangez-vous dans le marché? — C'est que j'ai faim dags le marché. » Un autre lui ht cette question : << Comment puis-je me venger de mon ennemi? — En devenant plus vertueux. — Diogène ! lui dit un troisième, on vous donne bien des ridicules. — Mais je ne les reçois pas. » Le parasite Criton étant monté sur une chaise, lui demanda pourquoi on l'appelait chien : « Parce que je caresse ceux qui me donnent de quoi vivre, que j'aboie contre ceux dont j'essuie des refus, et que je mords les méchants. — Et quel est, reprit le parasite, l'animal le plus dangereux? — Parmi les animaux sauvages, le calomniateur; parmi les domestiques, le flatteur. »

A ces mois, les assistants firent des éclats de rire; le parasite disparut, et les attaques continuèrent avec puis de chaleur. « Diogène, d'où êtes- vous? lui dil quelqu'un. — .le suis citoyen de l'univers, it'pondit-il. — Eh non, reprit un autre, il est de Sinope; le^ habitants l'ont condamné à sortir de leur ville. — Et moi je les ai condamnés à y rester... »

Un jeune homme, d'une jolie figure, s'étant avancé, se servit d'une expression dont l'indécence fit rougir un de ses amis de même âge que lui. Diogène dit au second : (c Courage, mon enfant; voilà les couleurs de la vertu (1). » Et s'adressant au premier : « IS'avez-vous pas honte, lui dit-il, de tirer une lame de plomb d'un fourreau d'ivoire? » Le jeune homme en fureur lui ayant appliqué un souKh t : « Eh bien ! reprit-il sans s'émouvoir, vous m'apprenez une chose; c'est que j'ai hesoui d'un casque. — Quel fruit, lui demanda-t-on tout de suite, avez-vous retiré de voire philosophie? — Vous le voyez, d'elle prêta tous les événements. »

(Barthélémy, Voyage d'Aiiacharsis.)

(i) (I J'aime mieux ceux qui rougissent que ceux qui p.illssent, » disait Caton.

Le pocle Alexis aimait le poisson.

Quelques babillards le plaisantaient sur celte passion, et lui demandaient ce qu'il mangerait plus volontiers : « Des bavards rôtis, )> dit-il.

(Athénée.)

Iphicrate, capitaine des Athéniens, répondit à Harmodiiis le jeune, qui lui re- ])rochait, par forme d'injure, la bassesse de sa naissance (on dit qu'il était fils d'un cordonnier). « Je suis le premier de ma race, et toi tu es le dernier de la tienne. » (Cornélius Nepos.)

On s'étonnait que Calon n'eût point encore de statue, dans un temps où tant de gens obscurs en avaient : « J'aime mieux, dit-il, qu'on demande pourquoi je n'ai point de statue que pourquoi j'en ai. »

(ï*lutarquc. Vie de Caton.)

Annihal ayant tenté vainement d'attirer Fabius au combat, lui fit dire : « Si Fabius est aussi grand capitaine qu'il veut qu'on le croie, il doit descendre dans la plaine et accepter la bataille, « Fabius lui fit répondre : « Si Annihal est aussi grand capitaine qu'il le pense, il doit me forcer à la donner. »

(Plutarque."

Un jour que les soldats du roi Jean chantaient la chanson de Roland, comme (■'était l'usage dans les marches : a II y a longtemps, dit-il, qu'on ne voit plus de Roland parmi les Français. — On y verrait encore des Rolands, lui répondit un vieux capitaine, s'ils avaient un Charlemagne à leur tête. «

(Saint-Foix, £««« historiques sur Paris.)

Le roi et duc Guillaume (le Conqi'.éraut), qui était fort gros, tomba en maladie à Rouen, et y fut longuement. Et Philippe, roi de France, lui manda que jamais femme n'avait été si longtemps en gésine, et que, s'il relevait jamais, il devrait avoir beau luminaire à ses relevailles.

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Guillaume Im répondit que quand il loJèvira.t, le roi le saurait bien, et qu'il irait en hrance ouïr la messe à ses relevailles et y terait allumer .mille torches san^ Inmheaux dont les lumignons seraient de bois et qu il y aurait mille gaules garnies d acier pour les allumer. Après qu'il fnt soulage de sa maladie, il manda ses gens vers lui a Rouen. Il monta à cheval et entra en France, bn'.lant villes et maisons, sans rien épargner, et alla jusque devant Pans, ou le roi était, et lui fit dire t|» fl pouvait voir les luminaires de ses relevailles.

{Clironhjite de Normand e.)

liassompierre sortit de la Bastille, le 20 janvier IC'iS. Une inaction de douze années qn avait duré sa captivité, lui avait donne un embonpoint extraordinaire. Le jour qu'il reparut à la Cour, la eine voulant le plaisanter : «Maréchal, ^ait-ello, quand accoucherez-vous?

- Madame, répondit-il, quand j'aurai 1 oiMc une sage-temme. ,. Anne d'Autri- Hie, o.n de s'offenser de cette repartie, le 1 établit dans sa charge de colonel général. °

{Improvls. franc.)

Qnehp.e temps après la mort de l'emereur Rodolphe de Scinvartzbourg, qn.

I>t; 't dans une bataille contre son com- F.iteur l'empereur Henri IV, celui" «tant venu à Mersebourg, et avant vu e tombeaudeRodolphe,enîdmir.;Lma,i!

.'liait détruire ce tombeau, comme étant

>'op superbe pour un rebelle. L'empereur "r répondit. « Plût à Dieu que tons mes

'l'emis fussent aussi pompeusement en-

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|)uis que saint Pierre va en carrosse .; pondit Je capucin. '

(Dictio/i/i. d'anecdot.)

(Baron de Pollaitz, Lettres.)

Louis XI rencontra l'évèque de Char, n^s monte sur un cheval richement ca- Miaçonne : .. Les évèques, lui dit-il, „'a|. la.ent pas ainsi autrefois. Non, sire ré-

lênrs'V '''^''"^' ''"' '''™''' ^^^ """'^ Pa^- Un évêque voyageant dans son carrosse, in. capuc.n a cheval. Il demanda au '« eux, avoc un souris malin, .> depuis

ijnaïul ,a,nil.,ançois allait achevai?— Ue-

Quelque temps après être sorti de sa prison de Madrid, François I- demanda |)ar plaisanterie à une dame fort laide depuis quand elle était revenue du pays de beauté. « J'en revins, sire, réponditelle, le même jour que votre Majesté revnit de Pavie. »

(Blanchard, École des mcrurs.)

On admirait dans une compagnie l'esprit vif et formé du jeune Pic de la Mirandole. Un cardinal dit d'un air de rail- I lerie et de mépris, que plus les enfants avaient d esprit dans leur première jeunesse, moins ils en avaient dans un âge plus avance : « Si ce que vous dites est vrai, repartit aussitôt l'enfant, il faut que \ otre bmiiience en ait eu beaucoup étant

(Id.)

Un petit maître, voulant jeter un ridicule sur 1 incapacité d'un jeune seigneur, dit a Louis XIV qu'on ferait un gros livré de ce que ce seigneur ne savait pas. Le roi prenant un air sévère, dit à ce railleur : « Et l'on en ferait un fort petit de ce que vous savez (I). „

^rd.)

. En 1586, Philippe II avait envoyé le jeune connétable de CastiUe à Rome pour féliciter Sixte V sur son exaltation' ^e pape, mécontent de ce qu'on lui avait députe un ambassadeur si jeune ne putsempècherdelMidire: .. k qûoil votre maître manque-t-il d'Jiommes, pour m envoyer un ambassadeur sans barbe.?

(i) Va,ii>ntc dç crttr même anecdote, dans les souvenirs de liouhier r

VMé de Dangeau racontant un jour quelciue histoire, le feu comte d-Armagnae, qui était i.resent, dit qu il n'en avait jamais oui |iarler | • ,b|„; .|..i cmt qu'il voulait inspirer de la défiance sur* la \ ente de ce qu il avait avancé, dit ■ ,, On ferait un gros livre de tout ce que vous ne savez pas.

(.ela se peut, repartit le comte, mais on au.

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— Si mon souverain eût pensé, lui ré- • avec une espèce de mépris, et lui répond : pliqiia le fier Espagnol, que le mérite j « Monsieur, ceux de votre taille et de votre consistât dans la barbe, il vous aurait en- poil valurent di\ écus. » Il continua envoyé un bouc, et non un gentilhomme, d suite sou discours sans hésiter.

(Raynal, Mémoires liist.) {Passe-temps agréable.)

Henri IV rencontra un jour dans les appartements du Louvre un homme qui lui était inconnu, et dont l'extérieur paraissait très-commun. Il lui demanda à qui il appartenait : « A moi-même, répondit cet homme d'un ton fier et peu respectueux. — Mon ami, repartit le roi, vous avez un sot maître. »

( P. Larousse, Grand dictionn. du A7A"= siècle. )

Passant par un village, Henri IV fut ojjligé de s'arrêter pour y dîner; il donna ordre qu'on lui fit venir celui du lieu qui passait pour avoir le plus d'esprit, afin de l'entretenir pendant le repas. On lui dit que c'était un nommé Gaillard. « Eh bien ! dit-il, qu'on l'aille quérir. » Ce paysan étant venu, le roi lui commanda de s'asseoir vis-à-vis de lui, de l'autie côté de la table où il mangeait. « Comment t'appelles-tu? dit le Roi. — Sire, répondit le manant, je m'appelle Gaillaid. — Quelle différence y a-t-il entre Gaillard et paillard ? — ^ire, répondit le paysan, il n'y a que la table entre deux. — Veulre-Sain!gris! j'en tiens, dit le roi en riant, je ne croyais pas trouver un si grand esprit dans un si petit village. »

(Tallemant des Réaux.)

Un jour que le cardinal de Richelieu était au château de ce nom, tous les villages des environs envoyèrent complimenter Son Éminence : eutr'autresle bourg de Mirebaiais, fameux par une considérable foiie d'ànes, qui s'y tient tous les ans, députa sou juge. Un seigneur de la suite du caidinal, qui avait le poil roux, et dont la taille était fort au-dessous de la médiocre, étant présent au discours que faisait ce juge, crut qu'il ne serait pas difficile de le faire demeurer court, et de divertir par cela le cardinal. Pour cet effet, il l'inlerrompit, pour lui demander >i combien les ânes avaient valu à la dernière foiie du bourg". A celte demande, le juge se tourne ijp son coté, le regarde

Une fois qu'on dansait un ballet chez la reine Marguerite, la duchesse de Retz la pria d'ordonner qu'on ne laissât entrer que ceux qu'on avait conviés, afin qu'on |)iit voir le ballet à son aise. Une des voisines de la reine Marguerite, nommée ^jme l'Ovseau, jolie femme et fort galante, fit si bien qu'elle y entra. Dès que la duchesse l'aperçut, elle s'en mit en colère, et dit à la reine ([u'elle la priait de trouver bon que, pour punir celte femme, elle lui fit seulement nue petite question. La reine lui conseilla de n'en rien faire, et lui dit que celte demoiselle avait bec et ongles; mais voyant que la duchesse s'y opiuiàtrait, elle le lui permit enfin. On fait donc approcher M""" l'Oyseau, qui vint avec uu air fort délibéré : « Je voudrais bien, lui dit la duchesse, vous prier de médire si \es oiseaux ont des cornes? — Oui, madame, répondit-elle, les ducs eu porteul (I). « La reine, voyant cela, se mit à rire et dit à la duchesse : "■ Eh bien! ti'eussiez-vous pas mieux fait de me croire?» (Elle était galante.)

(Tallemant des Réaux.)

M"« d'Entragues, piquée de la fisçou dont Bassompierre refusait de l'épouser, lui dit : « Vous êtes le plus sot homme de la cour. — Vous voyez bienle contraire, » répondit-il.

(Cbamfort.)

Le duc de Retz, ayant un jour les cheveux très-frisés et très-poudrés, M. de Luynes lui dit, en l'abordant, qu'on voyait bien qu'il avait une maitresse. A quoi le duc repartit qu'il avait les cheveux ainsi frisés naturellement. Le roi (Louis XIII) l'ayant entendu, lui demanda si cela était

(i) Le Menagiana prête ce même mot ù une bourgeoise qui se trouvait dans un cercle de Versailles. Avant des Réaux, d'Ouville l'avait rapporté, comme vcnjnl d'un M. Loyseau. — Une autre réponse analogue est attribuée à une femme tie la halle, qui l'aurait faite à M. le Duc, marchandant un maquereau à la place Mauberl.

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vrai. «Non, sire, lépondit-il. — Et pourquoi, reprit le priuce de Luynes, nie le ciisiez-vous donc tout à l'heure? — C'est, dit le duc, que je dis au roi la vérité, et à vous ce que je veux. »

(Encyclop.)

On a accusé Bassompierre d'aimer mieux perdre un ami qu'un bon mot, et de ne connaître guère de réserve, même avec plus haut que lui. Un jour, il contait au roi qu'à son ambassade de Madrid il avait fait son entrée sur la plus belle jielite mule du monde, qu'on lui envoya de la part du roi. « Oh! la belle chose que c'était, dit le feu roi, de voir un âne sur une mule! — Tout beau, sire, dit Bassompierre, c'est vous que je représentais. »

(Tallemant des Réaux.^f

M. de la Rochefoucault dit à Bassompiene : « Vous voilà gros, gras, gris. — Kt vous, lui répondit-il, vous voilà teint, piiut, feint. » La Rochefoucault avait peint sa liarbe.

Malherbe avait un frerc .liné, avec lequel il a loujout s été en procès ; et comme (|uelqu'un lui disait : « Des procès entie des personnes si proches ! Jésus, que cela est de mauvais exemple! — Et avec qui voulez-vous donc que j'en aie? Avec les Turcs et les Moscovites ? Je n'ai rien à partager avec eux. »

Il y a un mot de l'abbé Terray qui rappelle celui-là. On lui disait, à propos de l'une de ses opérations financières : et Cela ressemble fort à prendre l'argent dans les poches. — Eh! où voulez-vous donc que je le prenne? »

Une vieille marquise, fort mauvaise joueuse, disait à un seigneur qui la gagnait au jeu : « Pardi, monsieur, il faut convenir que vous êtes bien heureux... Je jouerais mon derrière avec vous que je le perdrais. — Madame, jele laisserais pourles cartes. » ( Improvisât, franc.)

Le premier président de Verdun désirait voir le peintre du Moustier. Celui-ci y va. Le premier président donnait audience à beaucoup de jeunes gens; enlin il dit : « J'ai mal à la tête qu'on se retire. » On fit donc sortir tout le monde ; il n'y eut que du Moustier qui dit qu'il voulait parler à M. le président, qui avait souhaité de le voir : il vient et avait fait dire que c'était du Moustier. Le premier président lui dit : « Vous, M. du Moustier? Vous èles un homme de bonne mine pour être M. du Moustier! » Lui, regarde si personne ne le pouvait entendre, et, s/approchant de M. de Verdun, il lui dit : « J'ai meilleure mine pour du Moustier que vous pour premier président. — Ah ! cette fois, ditle président, jecounaisque c'est vous. » ils causèrent deux heures ensemble le plus familièrement du monde.

(Tallemant des Réaux.)

« Ne pourrai-je donc jamais battre ce maudit bossu? disait un général ennemi en parlant de Luxembourg. — Bossu !

qu'en sait-il ? répliqua le maréchal quand on lui rapporta ce propos : il ne m'a jamais vu par derrière. »

Après la bataille d'Hochstelt, si funeste à la France, Marlborough, faisant la revue des prisonniers, vit un superbe grenadier du régiment de Navarre, qui conservait toute sa fierté jusque dans l'esclavage. « Si le roi de France, dit Marlborough, avait cent mille hommes comme celui-là, il serait plus heureux à la guerre. — Ce ne sont pas cent mille hommes comme moi (|ni manquent à mon maître, reprit le grenadier, c'est un homme comme vous. »

(Encrclop.)

Le maréchal de Talard fut pris à la bataille d'Osmoiit. On le mena au cpiarticr du duc de Marlborough, qui n'oui)lia rien pour le consoler. Le maréchal, fatigué de tous les lieux communs qu'on lui débitait sur l'inconstance de la fortune, dit au gégéral anglais, avec une impatience déplacée : « Tout cela n'empêche pas que Votre Grandeur n'ait battu les plus braves troujies du monde. — ^ J'espère, répliqua

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niy'ord, que Votre Ginndenr c\cejitera celles qui les ont battues ».

( Panckoucke. )

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Comme on picsputait à Henri IV luiit geiitilsiiomnies du Péi igoid , dont le visage était très-maïqué des coups (|u'i!s avaient reçus à son service : ■■<■ Je suis ravi de les voir, dit ce prince; mais je verrais encore plus volontiers ceux qui les ont ainsi traités. — Sire, ils sont morts, » s'écrièrent à la fois les gentilshommes en lui montrant leurs épées (1).

(Nenriaiia.)

Le maréchnl de Ciéqui se préparait à assiéger la ville de Gavi ; on essayait de le détourner de l'entreprise, en lui repré-

(i) VHenriana est de 1801, et par conséquent cette anecdote est antéiieure à celle du grenadier d'Erfurt qui a été racontée de^ milliers de fois :

<( Un matin que Napoléon et Alexandre, alors réunis à Erfurt, étaient allés faire une promenade dans l'intérieur du pare, en rentrant au palais, î>iapoléon, qui avait passé familièrement son bras sous celui d'Ali xandre, s'arrête devant le grena ■ dier de sa garde qui, posé en faction au pied du grand escalier, leur présente les armes. Napoléon regarde un moment ce soldat, en secouant la tête avec orgueil , et fait remarquer au czar son visage orné d'une cicatrice qui part du front et descend jusqu'au milieu de la joue :

(( Que pensez-vous, mon frère, lui dit-il alors, de soldats qui survivent à de pareilles blessures ? — Et vous, mon frère, répond Alexandre, que pensez-vous des soldats qui les font ? — Ils sont morts, ceux-là I... » murmura le factionnaire d'une voix grave, mais sans rien perdre de son i)nmobilité.

Cependant, Alexandre, que la réponse de ce factionnaire avait un moment embarrassé, dit à Napoléon,

Mon frère, ici comme ailleurs, la victoire vous reste. — Mon frère, c'est qu'ici comme ailleurs mes grenadiers ont donné. .. dit encore Napoléon

mais on voit moinlenant qu'elle esl très-prohablement apocryiihe, et ((u'elle a été copiée de «elle que nous <lonnons plus haut, et peut-être d'une plus ancienne encore, par exemple de ce )iassage des Coules de D'Ouville :

Un gentilhomme ayant besoin de deux hommes fort vaillants, pour une certaine affaire, ce- j lui à qui il en avait donné la charge lui amenai deux hommes qui avaient le visage plein de taillades, pour témoigner qu'ils s'étaient trouvis en de bonnes occasions. Ce (|ue voyant, celui qui les demandait dit : « Amenez-moi ceux qui les ont ainsi traités, ce sont ceux que je demande. — On n'a garde, répondit l'un d'eux , de vous les amener, car s'ils nous ont anisi traités, nous les avons tués, nous, n

sentant la force de cette place, que n'avait pu prendre l'empereur Barberonsse lui-même :

« Et bien, dit le maréchal en se caressant la mousiache, ce que n'a pu prendre Barberousse, Barbegiise le preii-

(Chorier, rie du maréchal de Crenjii. )

Monsieur (Gnslon d'Orléan.s), avait la barbe rousse. Étant à sa maison de campagne, il demanda à un comique pourquoi il n'avait point de barbe : <> Je vais, lui répondit-il, vous en dire la raison. C'est que, le bon Dieu faisant la distribution des barbes, je suis venu lorsqu'il n'en restait plus que des rousses à donner, et j'ai mieu.v aimé m'en passer. »

(Tallcmant des Réaux, ^

Lor.sque Jeanne d'.\ibret, mère de Henri IV, vint au monde, les Espagnols, qui redoutaient toujours les droits de là maison d'Albret à la Navarre, disaient en triomphant, et en faisant allusion aux armes de Béarn , qui sont une vache :

« Miracle ! la vache a fait une brebis. >. Henri d'Albret, à la naissance deHenrilV, se souvenant de ce mot, disait en triomphaiit à son tour : « La brebis a enfanté un lion. »

{Eph. djuln.)

Un jotu',Marie-Anne-Christiiie- Victoire (le Bavière, qui avait épousé le grand dauphin, était éttMidiie sursoit lit, et sommeillait, ou faisait semblant. Entre la |)rincesse de Cotiti ( filie de Louis XIV et de M"* de la Vallière), qui, après l'avoir attentivement considérée, se mit à dire tout haut : << Madame la danphine est vraiment encore plus laide lorsqu'elle doit que lorsqu'elle veille. — Eh! Madame, répliqua la dau|)hine sans ouvrir les yeux, tout le monde n'estpas enfant de l'amour. »

(Chamfort.)

Benserade étant à l'Académie y prit la place de l'abbé Furetièie, qu'il n'aimiit par. : » Voilà une place oii je vais dire bien

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des sottises. — Couraf;e, répondit Fiiretièrr, vous avez bien rommenré. »

(Do Callières, Des bons mots et flei hont contes.)

Dans une clispulc que les reinésenf.'nils de Genève eurent avec le chevalier de Boutrville, l'un d'eux s'échauffant, le clievalier lui dit : « Savez-vous que je suis le représentant du roi mon maître? — Savcz-vous, lui répondit le Genevois, qtie je suis le représentant de mes égaux ? » (Chamfort.)

l'n liomnie qui appartenait à la maison de Médicis était fort déréglé et ne payait peisonne. Un de ses rréanciers l'ayant fait assigner, il s'ei trouva fort offensé, et alla trouver A'exandre de Médicis , due de Florence. Il se plaignit amèrement derinsolence du créancier, et del'at'fronl qu'il avait osé lui faire, sans aucun égard pour son Excellence, à laquelle il avait l'Iinnneur d'appartenir : « Prenez garde à vous, lui répondit froidement le duc, car si l'on vous mettait en prison, l'affront serait encore liien plus grand. «

{Ani)iia:re l'itt., 1772.)

Après la mort violente de Darneveld, ses deux fils , résolus de venger la mort de leur père, entrèrent dans mie conspiration qui fut découverte. Guillaume, l'un des deux, échappa par la fuite. Son frère René fut pris, et condamné à mort. Sa mère demanda sa grâce au pr nce Maurice d'Orange : « Il me paraît étrange, lui dil-il, que vous fassiez pour votre fils ce que vous avez refusé de faire pour votre mari. — Je n'ai pas demandé, repartit avec fietléladigneépousedpnarneve1d,la grâce de mon mari, parce qu'il était innocent ; je vous demande la grâce démon fils, parce qu'il est coupable. »

[hl.. 1771.)

Deux femmes se querellaient. L'une était icune et belle, et l'autre n'était plus ni l'un ni l'autre. Dans la clialeur .le leuis repio 'lies, elles en vinrent aux termes 'es plus offensants. « Al'cz, dit la vieille, vous êtes une guenon. — Allez, repartit

REP

la jeune, vou.s êtes une vieille sorcièie, — Je suis sorcière, reprit la vieille, jt devine donc' »

(DeMonforf, Vasconiana.)

L'amour-propre de Pope lui attira un jour une repartie assez plaisante. Il était petit et un peu contrefait ; il disputait contre quelqu'un, et, dans la vivacité de la dispute, il lui demanda d'un ton de mépris , s'il savait seulement ce que c'était qu'un point d'interrogation ? « Oui, lui répondit-on, c'est une petite figure tortue, bossue, qui fait souvent des questions impertinentes. »

( Panckoucke.)

Le roi d'Angleterre aperçut un ]0\\v Pope dans une rue de Londres, et dit à (iue]t[u'un de ses courtisans : « Je voudrais bien savoir à quoi nous sert ce petit bomme qui marche de travers? »

Le propos étant rapporté sur le champ 111 poète, il répondit : « A vous faire marcher droit. «

(Âlman. lit t.)

Jouvenet avait l'esprit vif et très-enjoué. On lui dit qu'un de ses confrères, qui venait de placer im tableau médiocre auprès d'un des siens, alléguait, pour en excuser la faiblesse , que Jouvenet avait retouché son ouvrage depuis qu'il avait vu la nouvelle production ; il s'écria : <c C'est bien plutôt lui qui a retouché mou tableau, en plaçant le sien à côté. »

Cet artiste eut à Piiris un procès considéraMe avec les religieux de l'abbaye Saint-Martin, parce que ces pères ne voulaient pas recevoir les tableaux qu'ils lui avaient commandés, sous prétexte que le peintre n'y traitait point assez la vie de saint Benoît, leur fondateur. Jouvenet répondit à ce reproche, en présence des jnges devant qui l'affaire se plaidait : « Que vouliez-vous, dit-il aux religieux bénédictins, ses parties adverses, que vouliez-vous que je fisse dans une grande composition de trente sacs de charbon, tels que ceux que vous portez? » — Les juges ne purent s'empêcher de sourire, et il gagna sa cause.

(Panckoucke,)

HEP

REP

BourvalaiA et Thévenin, (|iii avaient amassé des biens iaimeiises dans les affaires sous Louis XIV, eurent dispute l'un contre l'autre dans une assemljlée de financiers. Dans la chaleur de la querelle, Thévenin dit à Bourvalais : « Souvienstoi que tu as été mon laquais. — J'en convions, lépondit l'autre, mais je ne le suis plus; et si lu avais été le mien, tu le serais encore.

Fléchier était fils d'un fabricant de chandelles. Un prélat de cour, tout fier de sa naissance, fit sentir à l'évêque de Nîmes qu'il était bien surpris qu'on l'eût tiré de la boutique de ses parents pour le placer sur le siège épiscopal. « Avec cette manièie de penser, lui répondit Fléchier, je crois en elfet que si vous étiez né fils d'un chandelier, vous auriez fait toute votre vie des chaudelles (1). «

(j\oin\ bil'l. lie société.)

Un courtisan , grand dissipateur, voulant se moquer de M. de Lort, médecin du cardinal de Richelieu, le pria de lui dire quelle maladie il pouvait avoii-, et pourquoi, ne sentant aucune douleur, buvant bien, mangeant bien, dormant tout de même, ses e.vcréments étaient toujours verts : « 11 ne faut pas s'eu étonner, dit le médecin; c'est que vous £,vez mangé tout votre bien en herbe. >>

(Blancliard, École des mœurs.)

ses livres, un crocheteur, qu'il avait un peu trop chargé, lui dit : » Monsieur, vous m'en donnez plus qu'il ne m'en faut. — Vraiment, lui dit-il, il te fait beau voir de ne pouvoir porter ce peu de volumes; je porte bien tout ce qu'il y a ici dans ma tête. — Saint Jean ! dit le ( Tocheteur, il faut donc i[ue vous ayez une belle paire de cornes ! » Le crocheteur disait mieux qu'il ne pensait.

(Tallcmant desRéaux.)

Un des confrères de Santeul, religieux à l'abbaye de Saint-Victor, lui montra un jour devant quelqu'un des vers latins qu'il avait faits ; et comme il s'y était servi du mot (juouiain (l), qui est en vers une expression basse, Sai:teul, pour le railler, se mit à lui réciter, avec une volubilité étonnante, tout un psaume où se trouve vingt fois le mot quoniam, comme :

Confitcnsini domino quoniam bonus, Quoniam niisericorcliu ejus, Quoniam s.ilutarc suum, Quoniam veritale tua, etc-

Le religieux, piqué, lui lépliqua fort iiij;énieusement sur-le-champ par ce vei s des Bucoliques de Virgile :

Insanire licet quoniam tibi [i].

Cette réplique atlerra Santeul cl mit (in à lu raillerie.

(Saitloliaua. )

M. d'Amboise était maître des requêtes.

Son père avait été premier chirurgien du roi. Un jour, le feu président de Mesmes lui reprocha en bonne compagnie que son père était chirurgien du roi. « 11 est vrai, répondit-il, et il me souvient qu'il médisait qu'il n'avait jamais pu vous guérir de la ladrerie, ni AOlre père, ni vous. » Us en sont accusés; et le plus fâcheux , c'est qu'une de leurs sœurs mourut toute dévisagée de la ladrerie.

Ce bon M. d'Amboise avait une grande biblio'hccpie. Un jour, comme il changeait de logis , et qu'il faisait emporter

(i) Cette réponse, qui, comme on voit, est à l>eu près la même que la préccdfnte, a été attribuée h bcaiicoui) d'autres.

Louis XIV dit au comte de Grammout :

<i Avouez-moi la véi i é , vous avez bien quatre-vingts ans. « Le comte se jeta aux genoux du roi, et lui baisa les mains en lui disant : « Votre Majesté ne se lasse jamais de me donner. » Comme des courtisans qui l'entendirent voulaient le féliciter, il leiu- dit ; >< Le roi vient de me donner deux ans de plus que je u'ui. » ( Bibliothèque de cour, )

Mézerai demanda un jour au père Pétau, que l'on consultait comme un oracle eu matière d'érudition , ce qu'il pensait de sa nouvelle Histoire de France : « J'y ai trouvé mille fauies, répoudit durement le Jésuite. — Je vous croyais plus habile homme, dit l'historien ; quant à moi, j'eu ai trouvé deux mille. »

(i) Mot latin qui signifie en franral'^ i.^nc que. (z) Parce qu'il t'est iKimis d'elle lou.

REP

H El'

Nicole n'avail pas la repartie prompte dans la conversation; il fatiguait même ceux qui l'écoutaient, et était très-lent à trouver des raisons de ce qu'il avançait. Aussi disait-il, au sujet de M. de Trév'ille, qui parlait facilement : « M. de Tréville m'> l)at dans la chambre ; mais il n'est pas plutôt au bas de l'escalier que je l'ai coufonJu. »

Le marquis de Marivault, après avoir perdu un bras à l'armée, demandait, au retour de la rampague , une grâce à Louis XIV, qui, eii prenant son placet, lui dit : « On verra. — Sirel rcpaitit M. de Marivault, avec une fierté noble et respectueuse en même temps : Si j'avais dit on verra , quand il fallait aller contre vos ennemis, j'aurais encore mon bras. »

(Co'lr, Journal.)

Un sot raillait un homme d'esprit sur la longueur de ses oreilles : « Il est vrai, lui répondit la personne raillée, j'ai des oreilles trop grandes pour un homme; mais convenez aussi que vous en avez de trop petites pour un âne. »

Un seigneur à cordon bleu, dont le génie passait pour être fort petit, voyait briller un gros diamant au doigt d'une dame qui n'était pas belle, et qui avait la main assez maigre et décharnée. Il dit en riant à un de ceux qui étaient avec lui : « J'aimerais mieux la bague que la main. — Et moi, repartit la dame qui l'avait entendu, j'aimerais mieux le licou que la bête. »

[Ecole des mœurs.)

Le commandeur Forbin de Janson étant dans un repas avec Boilcan entreprit de le railler sur son nom : « Quel nom, ditil, portez-vous là? Boileau! J'aimerais bien mieux m'aj)peler Boivin. » Le poète lui dit : « Et vous, monsieur, quel nom portez-vous? Janson ! J'aimerais encore mieux m'apjieler Jean Farine (1). <> (Bil>liotlic<jue de cour.)

Le général d'Hautpoul , goiuerneur die l'Algérie, complimentait d'un trait de courage un militaire nommé Baillant :

'<■ Pourtpioi ne t'appelles-tu pas Vaillant? — Mon général, pour([uoi ne vous appelez-vous pas Poule d'eau ? »

(Petite Rcruc.)

Le grand Condé, assistant à une pièce dont il favorisait l'auteur, mais qu'atlaquiit une cabale acharnée, finit par s'impatienter du tumulte , et, désignant aux gardes un des plus bruyants, il leur dit : <t Prenez-moi cet homme-là ! » Le spectateur se retourna fièrement vers Condé, qui venait de lever le siège de Lérida : « Je m'appelle Lérida, dit-il, on ne me prend point. » Et il se perdit dans la foule.

Rigaud n'aiuiait pas à peindre les dames : « Si je les fais telles qu'elles sont, disait-il, elles ne se trouveront pas assez belles ; si je les flatte trop, elles ne ressembleront pas. » Une dame , qui avait beaucoup de rouge et dont il faisait le périrait, se plaignant de ce qu'il n'employait pas d'assez belles couleurs, lui demanda où il les achetait : « Je crois, madame, dit Rigaud, que c'est le même marchand qui nous les vend à tous deux. « ( Ch. BInnc, Histoire des peintres.)

On parlait un jour devant le peintre Casanova, chez un ministre, de l'illustre Rubens. Quelqu'un rappela qu'il avait rempli à diverses époques les fonctions d'ambassadeur : « Rubens, dit une dame, était donc un dijilomate qui s'amusait à être peintre? — Pardon, madame, repiit froidement Casanova , c'était un peintre qui s'amusait à étie ambassadeur. »

{Id.)

(0 .lean Farine était un célèbre clinitutan et iDuffon. Les Sprtiecles poput., par V. l-'ouniel, 1*. 234 ; Denlu, iu-ia.)

Une femme qui courait sottement après les airs accoste un jour M. de la Popcliiiièrc, qu'on venait d'annoncer, et lui dit : « Il me semble, monsieur, vous avoir vu quelque part. — Il est vrai, madame, lui répliqna-t-il, qu'il m'est arrivé d'y aller quelquefois. »

(Improvisateur français.)

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Pécoiii t reiuliiit de fréquentes visites à Ninon. Le comte de Choiseul le rencontra un jour chez elle. Pécourt av.iit un haliit assez ressemblant à un uniforme.

Après quelques propos ironiques, le comte lui demanda, d'un ton railleur, dans quel corps il servait : « Monseigneur, répondit Pécourt sur le même ton, je commande un corps où vous servez depuis longtemps. »

{^Dictionnaire des Itommes ill.)

M. le marquis de Grancé, revenu de l'armée, ericore tout couvert de poussière et avec uu habit malpropre, étant au Louvre pour faire sa cour , deux maréchaux de France qui le rencontrèrent dans l'antichambre en ce méchant é(piipage, lui dirent : « Comme vous voilà fait ! Vous êtes fait comme un palefrenier.— Oui, leur répondit brusquement cet homme rude , tout prêt , messieurs, à vous hien étriller. »

(Yigneul-ilarville.)

Eu l'année 1713, le roi ayant jugé à propos de faire de grands retranchemenis sur les rentes assignées sur l'hôtel de ville de Paris, beaucoup de gens intéressés dans cette perte en murmurèrent contre M. Desmarets , contrôleur général des finances. Leduc de Lauzun, entre autres, s'en plaignant à M'"^ Desmarets, et celle-ci lui alléguant le proverbe, qu'il n'y en a point de plus emharrassés que ceux qui tiennent la queue delà poêle : « Parbleu! madame, lui repartit le duc, ceux qu'on fricasse le sont bien davantage. »

(Bouhier, Soin'cnirs.)

Le comte de Gondomar, ambassadeur d'Espagne auprès de Jacques P"", roi d'Angleterre , s'entretenait en latin avec ce prince, qui parlait fort correctement celte langue. Le monarque savant se mit à rire de quelques fautes que le comte faisait. L'ambassadeur piqué lui dit : « Le latin que je parle est le latin d'un roi, et celui de Votre Majesté est le latin d'un pédant. »

Destouches, pendant qu'il était charié d'affaires à Londres, pria le roi Georges!" de demander au régent l'archevêché de Cambrai pour l'abbé Dubois, qui lui avait suggéré à lui-même cette bizarre démarche : « Comment voulez-vous qu'un prince protestant se mêle de faire un archevêque en France.' lui répondit le roi. Le régent en rira , et sûrement n'en fer.n rien. — Pardonnez-moi , sire , répondit Destouches; il en rira, mais il le fera. - Ce qui arriva, en effet.

I.e régent , par ordre duquel Voltaire ét.'iit à la Basiille, lorsqu'on représentait sa tragédie d'OEc/ife, fut si content de la pièce, qu'il rendit la li- !)erté au prisonnier. Le jeune poète vint sur-le-champ en remercier Son Altesse Royale, qui lui dit : « Soyez sage, et j'aurai soin de vous. — Je vous suis infiniment obligé, répondit l'auteu"; mais je supplie Votre Altesse de ne plus 5e charger de mon logement. »

(Galerie de l'ancienne cour. )

Il faut ([ue je vous conte ce que dit le jeune marquis de Tierceville, fils du lieutenant du roi de Dieppe, chez une femme de condition, où un de ces grands diseurs de rien qui veulent toujours primer partout l'avait introduit. — Ce beau|<arleur dit en entrant à la dame, avec un air de confiance : « Madame, voilà M. le maiquis de Tierceville que je vous présente, qui n'est pas si sot qu'il en a la mine. — Madame, répondit Tierceville, c'est la différence qu'il y a de lui à moi. »

(Mn"= Dunoyer, Lettres galantes.)

Le roi de Prusse, voyant un de sei soldais balafré au visage, lui dit : « Dans quel cabaret t'a-t-on équipé de la sorte.' — Dans uu cabaret où vous avez payé votre écot, à Kollin, " dit le soldat. Le roi, qui avait été battu à Kollin, trouva cependant le mot excellent.

( Chamfort. )

Quelquefois Frédéric H se plaisait à

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