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rmbanasser la personne qui lui paihiil , en lui adressant une question peu ol)ligeante ; mais aussi il ne s'irritait jioint d'une repartie piquante. Un jour, voyant venir sou médecin, il lui dit : « Parlons franrhenient, docteur ; combien avez-vous tué d'iiommes pendant votre vie? — Sire, lépondil le médecin, à peu près trois cent mille de moins que Votre Majesté. »
( De Ségur, dJemoircs. )
Le duc de Nivernais n'avait pu oljtenir un régiment pour un de ses parents.
Comme on félicitait devant lui le nouveau colonel, qui avait enlevé ce grade à force d'intrigues, celui-ci dit avec un semblant de modestie :
« Ce qui me flatte le plus en celte occasion, c'est que pour obtenir une si haute faveur je n'ai fait nucune démarche. — Je le crois bien, murmura le duc : quand on rampe on ne marche pas. »
{Chronique scandaleuse de 1783.)
Lors d'un voyage en Savoie, un roi de Piémont avait reçu de grandes doléances sur la misère où se trouvait le pays. Il s'agissait sans doute d'obtenir quelque dégièvement d'impôts.
Comme plusieurs gentilshommes étaient venus faire leur cour en habit de gala, il leur fit sentir qu'un si bel équipage démentait l'annonce de leur pauvreté :
« Sire, répond l'un d'eux, nous avons fait ce que nous devions pour honorer Votre Majesté; mais uous devons ce que nous avons fait. «
L'abbé Dcsl'outaines, voulant se justifier auprès d'un magistrat qui ne iJcnsuit pas avantageusement sur son compte, le magistrat lui dit : « Si on écoutait tous les accusés, il n'y aurait point de coupables. — Si on écoutait Ions les accusat( urs, repartit l'abbé, il n'y aurait point d'innocents. «
( Galerie de Vancieune cour. )
L'abbé Desfoiitaines, qui n'était, comme tant d'autres abbés de Paris, ecr tlésiastique que de nom, rencontra Piron (pii était habillé plus magnifiquement qu'à
l'ordinaire ; « Quel habit pour un tel homme, lui dit-il d'un ton méprisant. — Quel homme pour un tel habit! » lui répliqua Piron.
Le juge .lefl'ries, de sinistre mémoire, indiquait un jour avec sa canne un drôle à la ligure patrbulaire qui se trouvait sur le banc des accusés.
« Jl y a une fameuse canaille à l'extrémité de ma canne, » dit-il. L'accusé lui demanda sans sourciller : « A quel bout, mylord.^ »
(Inlernatio/ial.)
Un particidier qui était roux entrait dans une société où se trouvait un jésuite, cpii dit à une personne placée auprès de lui : « Cet homme est roux comme Judas. >> Le nouvel ariivé répoi dit au jésuite : <c Monsieur, il n'est pas sûr ((ue Judas fut roux; i! est seulement prouvé qu'il était de la compagnie de Jésus. » {Choix d'anecdotes.)
Naiiinc eut le plus grand succès. L'autour, en sortant, demanda malicieusement à Piron ce qu'il en pensait Celui-ci lui ié|)Oiidil gaiement: « Je pense que vous voudriez bien que ce fût Piron qui l'eût faite. « — Voltaire reprit : « Je vous eslime assez pour cela. »
( Mcinoir. anccd. )
Voltaire, entouréd'admiiateurs, vit approcher Piron. « Eh ! bonjour mon cœur!... — Que vous ai-je fait, lui répondit Piron avec son air sec , pour me dire une injure ? »
{l'oUairiana.)
Ce fut après la ])rpmièrc représentation de firu'us que Fontenelle dit à Voltaire qu'il ne le croyait point propre à la tragédie, que son style était trop fort, tiop pompeux, trop brillant. « Je vais donc relire vos pastorales, » lui répondit Voltaire.
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Dans le temps que parut sui- le tiicàtie la Métope de Voltaire, un M. Dumont , spectateur hal)itiié, soiiant extasié de la première représentation decettepièce, entra dans le calé de Procope eu s'écriant : (1 En vérité, Voltaire est le roi des poètes. « L'ablié Peilegrin, qui y était, se leva aussitôt, et d'un air piqué, dit brusquement : « Eh ! qui suis-je donc , moi ? — Vous!... vous en êtes le doyen, » lui répondit Dumont.
(Pauckoucke.)
Pendant le procès de M""' de Saint- Vincent avec M. de Richelieu , celui-ci, s'ohstinant à nier qu'il lui eût jamais fait de billet de 100,000 écus, lui dit avec amertume. « Mais, madame, regardez donc votre figure ; cela se payerait-il une somme aussi exorbitante.? — Je n'ai pas cette présomption, répliqua la présidente; mais vous, monsieur le maréchal, considérez la vôtre, et voyez s'il faut moins que cela pour la faire passer! •»
{Mémoires secrets.)
M. le cardinal de Luynes se trouvant chez M'"^ la duchesse de Chevreuse, M. de ConQans plaisanta Son Éminence sur ce qu'elle se faisait porter la queue par un chevalier de Saint-Louis. Le prélat répliqua que c'était un usage ; qu'il en avait toujours un pour gentilhomme caudataire ; <■ et le prédécesseur de celuici , qui plus est, ajouta-t-il , portait le nom et les armes de Conflans. — H y a longtemps , en effet , répliqua l'autre avec gaieté , qu'il se trouve dans ma famille de pauvres hères dans le cas de tirer le diable parla queue (1). »
( Mémoires sucrets. )
Un paysan qui passait à Paris sur le pont au Change n'apercevait point de marchandises dans aucune boutique. La curiosité le prend ; il s'approche d'un bureau de change : « Monsieur, demandat-il,d'un air niais, dites-moi ce que vous vendez. » Le changeur, jugeant qu'il pouvait se divertir du personnage : » Je vends, lui répondit-il, des tètes d'âne.
(i) Dans quelques recueils de seconde oiiflans est remplacé par Burnis.
— Ma foi , lui réplicjua le paysan , voi;s on faites un grand débit, car il n'en re.-te plus qu'une dans votre boutique. »
{Bibliothèque de salon.)
Une fois la duchesse de '**, personne fort acariâtre, fort méchante, fort laide, ce dont elle enrageait, car elle était en outre fort galante, se fit conduire à la maison de M"^ Dervieux, danseuse de l'Opéra, par un de ses adorateurs qui jossait pour l'être aussi de cette actrice. Elle trouva le logis vide, en apparence du moins et se croyant bien seule avec son introducteur, elle donna carrière à sa jalousie, à l'indignation que lui inspirait ce luxe, très-dé|)lacé il est vrai, et n'épargna pas la propriétaire. En entrant dans le boudoir, la plus coquette de toutes les retraites, elle redoubla ses exclamations. « Ah! s'écria-t-elle, c'en est trop, cei passe toute idée, c'est un conte des Mille et une nuits. »
En ce moment un petit œil de bœuf, adroitement dissimulé dans une rosace de cristal de roche , s'ouvrit , une tête mutine et railleuse se montra : c'était M"* Dervieux, cachée en observation et impatientée de s'entendre habiller de la sorte.
« Oui, madame, dit-elle, et je doute qu'aucime des vôtres en ait jamais valu autant. »
( M™e d'Obcrkirch, Mémoires.)
On appela à la cour le célèbre Levrct pour accoucher la feue dauphine. M. le dauphin lui dit : « Vous êtes bien content , monsieur Levret , d'accoucher M"'" la dauphine ; cela va vous faire de la réputation. — Si ma réputation n'était pas faite, dit tranquillement l'accoucheur, je ne serais pas ici. "
(Ghamforl, Caractères et anecdot.)
Beaumarchais, auteur des Deux Amis (pièce qui n'avait pas eu de succès) affectait de dénigrer l'Opéra dans une société où se trouvait M"" Arnould.
« Vous avez, dit-il en s'adressant à cette célèbre actrice, une très-belle salle, mais vous n'aurez personne à votre Zoroastre. — Pardonnez-moi, reprit-elle Iranquille-
•h'< rep
mont, vos Deux Jiuis nous eu oiivci-
lOlll, »
[Esprit ,/is Aiia.)
Miral)eau l'aiiu', étant allé voir son frère, que de trop fréquents sacrifices à IJacrhns retenaient dans son lit, lui dit : « Est-il possible, mon frère, que vous ne rougissiez point d'un vice aussi cra- (luleux? — Parbleu, mon frère, répondit le malade, c'est le seul que vous m'ayez laissé. »
( Iic'i'ol(tlioiiia/ia. '•
M'"'' de Simiane, qui se servit de son influence sur l'esprit et le cœur de la Fayelte pour lui inspirer, à l'âge de dix-huit ans, l'arnour delà gloire, puisque ce fut elle qui l'engagea à la quitter pour aller en Amérique; ]Vr"^de Simiane, disje, sortait de la comédie. Elle dit à Luxembourg, le crieur : « Appelle mes gens. « Un passant s'écria très-haut :
« Il n'y a plus de gens, tous les hommes sont frères. » Cette dame répondit suile-champ : « Eh bien ! crieur, appelez mes ficres servants. »
( Condorcet , Mémoires . )
Dans une séance de la Convention, le boucher Legendre s'emporta jusqu'à menacer Lanjuinais de le frapper :
« Avant de m'assommer, fais donc décréter que je suis un bœuf », répliqua Lanjuinais.
Ce même Legendre, maigre de coi ps comme d'esprit, étant entré tm jour dans la boutique d'un libraire où était Lanjuinais, prit un volume de Montesquieu, el se mit à répéter, comme par affectation et pour faire preuve de goût, le passage suivant : « Qui commande à des hommes libres doit être libre lui-même. » Puis , se tournant vers Lanjuinais : « Que pensez-vous de cet adage, monsieur.^ lui ditil- — Jl n'a pas le sens commun, reprit Lanjuinais; c'est comme si l'on disait : Qu conque tue des bœufs gras doit être gras lui-même. »
(Encyclopeduina.)
Apies la chule de Jou PùJre, par Aiiiault , le premier consul dit à l'auteur : " Voilà ce que c'est que de faire des tragédies après Corneille et Racine. — Général, repartit Arnaiilt, vous donnez bien des batailles apiès Turenne! »
I!()iiaj)arto , s'il ne prit pas une part directe à la journée du 18 fructidor, approuva du moins celte mesure. Quelques années après, il demanda à Carnot pourquoi il s'était laissé chasser comme un enfant. « Il valait bien mieux, lui dit-il, passer à Barras votre épée au travers dû corps. — • J'y ai pensé, répondif Carnot, mais j'ai eu peur de vous trouver derrière et de vous blesser. » '
(Alissan de Chazet, 3Iémuirvs.)
CrcI ry, sous l'empire, se souvenait d'; voir élé encouragé et applaudi sous l'ancienne monarchie. Napoléon le savait bien, et voulut lui en témoigner quelque rancune lorsqu'il reçut l'Institut pour la première fois. « Comment vous nommezvous? dit-il à son confrère, en s'arrêtant
devant lui avec une feinte surprise.
Grétry, » répondit-il modestement. Puis Napoléon passa outre, fit le tour du cercle, et se retrouvant en face du vieux royaliste, voulut une seconde fois lui témoigner le même dédain par la même questioiu — Comment vous nommez-vous donc, lui répéta-t-il.? — Toujours Grétry, sire. >. (De Falloux, Correspondant.)
Comme Fiévée (employé par le gouvernement impérial à |>lusieurs missions délicates) passait pour un agent des Bourbons, Bonaparte s'amusait quelquefois à le railler sur son ancien dévouement. Vn jour, devenu empereur, il lui dit :
<c Fiévée, vous devez être riche, vous.' — Moi , sire ! Et pourquoi ?— Le comte de Lille ( Louis XVIII ) vous a sans doute comblé. — Jugez-en parce que votre majesté me donne. » Depuis ce temps les plaisanteries napoléoniennes cessèrent.
(Charles WihyW, Récits et t tu vieux parrain.)
M de Talie^iund pcidit la faveur
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de Louis XVIII à la suite du discours qu'il |jrououça, à la chambre des pairs, contre le piiojet de la guerre d'Espagne, en 1833. Le lendemain de la séance où M. de Talleyrand fit acte d'une opposition à laquelle il n'avait pas habitué, Louis XVI II, le recevant, lui demande s'il ne compte pasretourneràla campagne: «Non, sire, à moins que Votre Majesté n'aille à Fontainebleau, où j'aurais l'honneur de l'accompagner pour remplir les devoirs de ma charge. — Ce n'est pas cela que je veux dire, reprend Louis XVIII ; je vous demande si vous n'allez pas repartir pour vos terres? — Non, sire. — Ah!... mais dites-moi, combien y a-t-il de Paris à Valençai? — Sire, il y a quatorze lieues de plus que de Paris à Gand ! »
(Curiosités anecdot.)
A Saint-Cyr, Arm. Carre! n'était pas aimé de ses chefs : « Avec des opinions comme les vôtres, vous feriez mieux, lui dit un jour le général d'Albignac, commandant de l'école, de tenir l'aune dans le comptoir de votre père. — Mon général, répondit le jeune Carrel irrité, si jamais je reprends l'aune de mon père, ce ne sera pas pour mesurer de la toile. » ( H. Castille, Portraits historiques.)
A l'époque du procès Fualdès, dont l'affreux drame se passa à Rodez, dans une maison de débauche tenue par une femme nommée Bancal, madame de L*'*, croyant mortifier M. de Talleyrand par un mauvais jeu de mots sur son infirmité (on sail qu'il était boiteux), lui dit en entrant dans son salon : « Mon Dieu! monsieur, croiliez-vous bien qu'on vient d'écrire sur \otre porte : IfJaison Bancal! — Que voulez-vous, madame, reprit M. de Talleyrand, le monde est si méchant!... On vous aura vue entrer.
Laffitte causait avec le duc de Lévis, et, dans la chaleur de la conversation, il s'oublia jusqu'à lui donner deux ou trois fois son titre. Cette fatale distraction lui inspira de tels remords, qu'il se hâta de reprendre ses appellations honorifiques, en ajoutant : « Oùavais-jela tète? Sachez bien que si je vous ai donné du mo'isieur
II' dur, c'est par pure courtoisie ; car je n'y suis pas obligé. — Oh ! mou Diiii , répond malignement son noble interlocuteur, soyez tianquille, je n'ignore pas du tout qu'à vos yeux nous sommes, nous autres, de vieilles médailles effacées; et vous, messieurs, vous n'aimez que les lingots. »
(Charles Rrifaut, Passe-temps d'un reclus.)
Harel et d'Épagny se trouvaient en concurrence pour obtenir la direction de rOdéon; d'Épagny l'emporta. Harel, qui ne désespérait jamais de l'avenir, se vengea momentanément par un mot , suivant sa coutunre.
<( D'Épagny n'a fait qv\''entr^om'rirVO- (léon.
— C'est vrai, dit à son tour d'Épagny, à (pii l'on rapportait le mot ; c'était pour no pas laisser entrer M''* Georges (1). » (Couailhac, La l'ie de théâtre.)
Michaud, de spirituelle mémoire, discutait un jour avec un jeune Iiomme, admiiateur fanatique de la Montagne ; « Monsieur, dit le jeune homme, Robespierre n'est pas encore jugé. — Heuieusement il est exécuté », répliqua le vieux pidjliciste.
C'était chez le comte Appony. Le jeune duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, venait d'entendre annoncer le commandeur de Borgia.
(( Comment se trouve-t-il encore quel- (|u'un pour porter ce nom ? » dit-il à demi-voix.
La réflexion avait été entendue; elle fut reportée au commandeur :
« Celte observation a lieu de m'étonner, dit-il , dans un pays où il s'est trouvé deux personnes pour porter le nom de duc d'Orléans. »
(E. de Grenville, Ra-ue de Paris.)
— Ricntot, disaient à 3l"« Rachel
(i) jM"!^ Georges, dont les dimensions colossales n'flaient guère moins célèl)res que la bcniilé et le talenr, passait pour intimement liée avec Harel.
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quelques étourdis de Saint-Pétersbourg, — nous irons à Paris l)oire votre bon vin de Champagne.
— Du vin de Champagne, messieurs !
mais , pardon ! nous n'en donnons pas à DOS prisonniers !
[Le Sport.)
Quand il avait affaire à ses compagnons d'armes, le maréchal Soult avait des aperçus justes et fermes, des instincts puissants, des mouvements et des mots îienreux, qui lui donnaient une rare autorité. Le général Hulot , qu'il avait fait mettre à la retraite, lui en témoir gnait à lui-même son humeur avec une violence qui avait l'air d'une provocation personnelle : « Vous n'y pensez pas, général, lui dit le maréchal ; vous oubliez qu'il y a quarante ans que je ne me bats plus qu'à coups de canon, n
Un jour, pendant que nous étions réunis en conseil au ministère de la guerre, il fit appeler le colonel Simon Lorière pour l'envoyer en mission à Nantes. Ses instructions reçues, avec l'oidre de partir sur-le-champ, le colonel se retira ; mais à peine hors du salon , il rouvrit précipitamment la porte en disant : « Monsieur le maréchal, où trouverai-je une voiture? — Me prenez-vous pour un carrossier? » lui dit le maréchal , en refermant brusquement sur lui la porte.
( Gnizot, Mémoires. )
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— Au moins, riposta Villemain, je ne porte que la mienne ! »
[Figaro.)
M. Villemain interrogeait sur l'histoire un malheureux candidat à l'agrégation , i|ui s'embrouillait et pataugeait depuis un quart d'heure.
« Monsieur, s'écrie M. Villemain, impatienté, dites-moi au moins combien le I*ont-Euxin avait d'arches ? — Monsieur, riposte vivement le candidat, il en avait autant que Lascaris a eu d'éditions après la première!... »
l'n très-haut dignitaire de l'Église se trouvait à l'une des fêtes de la cour à Saint-Cloud. Pour passer d'un salon à un autre , il fallait traverser un défilé étroit, où deux dames fort décolletées fermaient le passage de leurs immenses robes de gaze. Voyant le prélat très-embarrassé , une des dames s'efforce de comprimer les plis bouffants de sa robe et dit en souriant : « Tâchez de passer, monseigneur. Nos couturières mettent au^ jourd'hui tant d'étoffes aux jupes... — Qu'il n'en reste plus pour le corsage , » répond , en souriant , le spirituel prélat (1).
Dans une de ces soirées de l'hôtel do ville où l'encombrement gêne la circulation, un jeune homme marche par hasard sur la robe d'une dame très-décolletée : « Flcliu maladroit! i> s'écrie celleci en se retournant avec colère. — Ah ! madame, fit le jeune homme , voilà un mot qui serait mieux placé sur vos épaules que sur vos lèvres ! »
Elle est bien cruelle cette répartie de feu Villemain à Tissot, le successeur de Pelille , qu'on accusait d'avoir porté la tètedc M '"■' de Lamballe.
Une vive querelle était survenue entre le<; <leux collègues : « Eh! dit Ti sot, vous portez bien haut la tète, monsieur ! j niclicvcques de Pari
Un évéque ( Mgr Affre, dit-on ) et un commis voyageur se trouvaient dans une voiture publique. Le commis, voulant se divertir aux dépens du saint homme, lui adressa la question suivante : " Quelle différence y a-t-il entre \m âne et un évéque ? >i L'évèque, surpris, regarde l'im' pertinent et lui répond, après un moment de silence, qu'il n'en sait rien. <i C'est, reprend le questionneur, qu'un âne porto sa croix sur le dos, et que l'évèque la poite sur la poitrine. — Et vous, monsieur, dit à son tour l'évèque, savezvous quelle difl'éience il y a entre un âne et un commis voyageur? — Non. — En bien! ni moi non plus. »
{F.iicyclop.)
Répartition ég^nle.
Malherbe donna un jour à dîner à six
(i) Le mot
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(le sps amis. Tout 1& festin ne fut que de sept chapons bouillis, à chacun le sien , disant « qu'il les aimait tous également, et ne voulait êtie obligé de servir à l'un la cuisse et à l'autre l'aile ».
( Tallemant des Réaux. )
Repas d'un roi.
La longueur de son interrogatoire à ia Convention avait épuisé les forces de Louis XVL II chancelait d'inanition.
Chaumeite lui demanda s'il voulait prendre queUpie aliment. Le roi refusa. Un moment après, vaincu par la nature en voyant un grenadier de l'escorte offrir au procureur de la commune la moitié d'un pain, Louis XVI s'approcha de Chaumette et lui demanda, à voix basse, un morceau de ce pain. « Demandez à haute voix ce que vous désirez, lui répondit Chaumette, en se reculant comme s'il eût craint le soupçon même de la pitié. — Je vous demande un morceau de pain , reprit le roi en élevant la voix . — Tenez , rompez à présent, lui dit Chaumette, c'est un déjeuner de Spartiate. Si j'avais une racine, je vous en donnerais la moitié. » On annonça la voiture. Le roi y remonta, son morceau de pain encore à la main ; il n'en mangea que la croûte. Embarrassé du reste, et craignant que s'il le jetait par la portière, on ne crût que son geste était un signal, on qu'il avait caché un billet dans la mie de pain, il le remit à Colombeau , substitut de la commune, assis en face de lui dans la voilure. Colombeau jeta le pain dans la rue. «■ Ah ! lui dit le roi, c'est mal de jeter ainsi le pain dans un moment où il est si rare. — Et comment savez-vous qu'il est rare.' lui demanda Chaumette.
— Parce que celui que je mange sent la poussière. — Ma grand'mère, reprit Chanmelte avec une familiaiité joviale, me disait dans mon enfance: «■ Ne jetez jamais une miette de pain, car vous ne sauriez en faire pousser autant. — Monsieur Chaumette, dit en souriant le roi, votre grand'mère avait du bon sens, le pain vient de Dieu. »
(Lamartine, Histoire des Girondins. )
Repas figuré.
Héliogahale faisait servira ses parasites des repas de verre; et Ton garnissait
quelquefois sa table de nappes sur lesquelles étaient figurées, à l'aigiille ou en tapisserie, tous les plats qui devraient paraître aux dilférents services. Paifois encore on leur mettait sous les yeux des tableaux où ces mets étaient peints; eu sorte qu'on paraissait leur servir de tout, ot que cependant ils mouraient de faim. ( Lampride. )
Répétition dramatique.
Pendant que Voltaire était à la cour de Frédéric, en 1750, la tragédie de Rome sauvée, qui n'avait encore paru que sur le théâtre de la duchesse du Maine, fut représentée à Potsdam par la famille royale. A une répétition de cette pièce, les soldats qui formaient les gardes prétoriennes, fort instruits dans les manœuvres militaires, entendaient fort mal les évolutions du théâtre. Voltaire , qui faisait Cicéron, oubliant dans un moment d'impatience que les princesses étaient présentes , s'écria : « F.... , j'ai dnmandé des hommes , et nor des Allemands ! » Les princesses tel tèrent de rire de l'énergie avec laquelle l'orateur romain exprimait son impatience en français.
{Vie de Foltaire.)
Réponse à longue écliéanec.
Voltaire se trouvait un jour au spectacle, en loge et avec des femmes aimables. Piron était debout au parterre, assez mal à son aise : « Piron, comment te trouves-tu? » lui cria Voltaire de sa loge. Piron ne répondit pas. Quelques jo\irs après, Voltaire étant au parterre, et Piron dans nue loge, l'auteur de la Métromanie crut qu'il était temps de répondre à l'auti ur de Zaïre : « Voltaire, à merveille », luicria-t-il de sa loge.
( Improvisateur français. )
Réponse à une invitation.
Le maestro Paër était caustique et fin ; ce fut lui qui, ayant reçu un jour d'un bourgeois-gentilhomme, enrichi dans les affaires, une invitation au bas de laquelle se trouvait ce singulier avis : « On est prié de ne pas venir en bottes, » répondit ainsi : » Les souliers du maestro Paër, fort enchantés de l'invitation particulière
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dont ils sont l'objet par M"*, auront l'honneur de se rendre chez lui; mais leur maître, pris d'une attaque de goutte, se voit privé de l'iionneur de les accompagner. ..^
Et à l'heure dite, Paër envoya, par un domestique, sa plus belle paiie de souliers chez le Turcaret tout confus.
(Petite Revue.)
B«>poiises coiirajs^eiises.
Une fois, l'eunuque Calligone, grand chambellan, s'avança devant Ambroise , évêque de Milan, et lui montrant le poing : « C'est donc toi, dit-il, qui outrages Valentinien. Je saurai bien te faire sauter la tête. — Que Dieu exauce votre vœu , dit Ambroise en souriant. Je souffrirai ce que doit souffrir un évêque : vous vous ferez ce que doit faire un eunuque. »
( A. de Broglie, TJ Église et l'empire romain.)
Horace Yernet avait ses coudées franches à la cour de l'empereur Nicolas. Un jour le czar lui demanda en riant :
« Mon cher Yernet, avec vos idées libérales, si je vous priais de représenter une victoire des Russes sur les Polonais, vous refuseriez .3 — Pourquoi donc, sire ? répondit aussitôt l'artiste ; n'ai-je pas déjà peint plusieurs fois, dans ma vie, le Clirist attaché à la croix.^ »
Réponse cruelle.
Quand le duc d'Albe eut fait périr sur un échafaud les comtes d'Egmont et de Horn , comme certaines personnes paraissaient étonnées de ce qu'il avait fait tomber sa sévérité sur les têtes les plus illustres, il leur répondit : a Quelques têtes de saumon valent mieux que plusieurs milliers de grenouilles. »
( Grotius. )
Ifiépoiise cynique.
Livie, femme d'Auguste, et Julie, fille ce prince, avaient attiré sur elles les regards du public, dans un spectacle de gladiateurs, par la différence de leur suite. Livie était entourée d'hommes graves, Julie d'une foule de jeunes gens, et même de libertins. Son père lui écri-
de
vît, pour lui faire remarquer cette différence de conduite entre deux femmes d'un rang également élevé; elle répondit ingénieusement : K Ces jeunes gens deviendrout vieux avec moi. «
(Macrobe, Saturnales.)
CSéponscs Aères.
Scanderbeig gagna vingt-deux batailles, et fit paraître une force si extraordinaire qu'on attiibna à son sabre une vertu surnaturelle. Mahomet II le lui ayant demandé, il le lui envoya. Mahomet, après l'avoir examiné, le lui fit rendre, en disant qu'il ne concevait pas qu'il eût fait tant de choses avec ce sabre-là ; qu'il en avait de meilleurs : « Je le crois, répondit Scanderbeig; mais en lui envoyant mon sabre, je ne lui ai pas envoyé mon bras.» ^
( Improi-is. français. )
Fernand Corlez ne fut point accueilli à la cour d'Espagne avec la considération qu'il avait lieu d'attendre. A peine put-il o!)teuir une audience. Un jour qu'il se |)i ésenta brusquement devant l'empereur, Charles-Quint lui demanda : « Qui êtes vous.' — Je suis un homme , répondit fièrement le vainqueur du Mexique , qui vous ai donné plus de provinces que vos pères ne vous ont laissé de villis. »
( anecdotes militaires. )
Lorsque Louis XIV partit |)our aller faite le siège de Mons, madame de Maintenon dit à M. de Louvois ! «. Nous répondez-vous de la vie du roi.' — Non , dit ce ministre ; maisje réponds de sa gloire. »
Le comte d'Estaing, cité devant le tribunal révolutionnaire, et interrogé sur son nom : «■ 11 est assez connu, répondit-il ; quand vous m'aurez fait couper la tète, envoyez -la aux Anglais, ils ne la méconnaîtront pas. »
(Histoire de la Révolution. )
Le magistrat Angran d'Alleray, traduit devant le tribunal révolutionnaire, et accusé d'avoir fait passer des secours aux émigrés , avoua noblement qu'il avait en ef-
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{et envoyé de largent à son gendre :
« Ignorais-tu la loi iiui le défend, lui dit un des jurés. — Non , mais, répondit le vieillard, j'en connais une plus sacrée : celle de la nature, qui ordonne aux pères de secourir leurs enfants. » 11 fut condamné à mort.
( Nciwelle Biographie générale. )
L"un des plus puissants protecteurs de Villemain, M. de ISai bonne, le fait appeler un jour, vers 1812, et lui dit: « L'empereur veut faire retrancher des ou% rages de l'antiquité classique destinés à la jeunesse certaines phrases dont l'esprit I olitique lui déplaît ; il m'a chargé de vous demander si vous voudriez vous charger de cette tâche ... — Monsieur, répondit nettement M. Villemain, j'ai le regret de ne pouvoir consentir à ce que souhaite Sa Majesté. Veuillez, je vous prie , lui demander si elle pense qu'Auguste ait jamais fait expurger les œuvres de Cicéron pour les mettre entre les mains de la jeunesse romaine. »
Répouses g^alautes.
L'impératrice-reine (Marie-Thérèse ) ayant demandé à Maupertuis s'il connaissait la reine de Suède, sœur du roi de Prusse : « On dit, ajouta-t-elle, que c'est la plus belle princesse du monde. — Madame, répondit Maupertuis, je l'avais cru jusqu'à ce jour. »
( Galerie de l'ancienne cour. )
LaprincessedeCouti, niledeLouisXlV, parlante l'ambassadeur de Maroc, se récria sur la pluralité des femmes permise chez les mahométans. « Madame, repartit l'ambassadeur, la pluralité n'est permise chez nous que parce que nous ne pouvons rencontrer qu'en plusieurs femmes les qualités qui se rencontrent ici dans une seule. »
{^Curiosités anecdotiques. )
Réponses héroïques.
Des soldats persans se vantaient devant un Lacédémonien de ce que les traits cl les javelots de l'armée de leur roi étaient assez nombreux pour obscurcir le
soleil. « Tant mieux ! nous combattrons à l'ombre, » répondit le Spartiate.
Xerxès, qui s'avançait sur la Grèce à la tète d'une armée immense , ayant envoyé un héraut sommer les trois cents Spartiates réunis aux Thermopyks de mettre bas les armes : « Viens les prendre ? î) lui répondit Léonidas.
( Hérodote. )
Quand Pélopida=;, général des Tiiébains, paitait pour aller à l'armée, sa femme, les larmes aux yeux , le conjurait de veiller sur lui : « C'est un conseil à donner aux simples soldats, lui répondit il; quant aux généraux, il faut leur recommander de veiller sur les autres. «
Pendant que Pélopidas marchait contre Alexandre, tyran de Phères, quelqu'un vint lui dire que le tyran s'avançait avec une armée des plus nombreuse, « Tant mieux , dit-il , nous en battron. davantage. »
Les Thébains, que conduisait Pélopidas, rencontrèrent à Tégyra les Lacédénioniens qui revenaient de la Locride.
Dès qu'on les vit déboucher des défilés, on accourut lui dire : « Nous sommes tombés au milieu des ennemis. — Pourquoi pas les ennemis au milieu de nous ? » répondit-il.
(Plutarque.)
L'abbé de Villclc, étant all-i visiter M. de Cussac à la prison des Cannes , cpielques jours avant le massacre des prêtres, lui dit : « Si je pouvais vous rendre service, comptez sur mon dévouement. — Le seul service que vous puissiez me rendre, répondit M. de Cussac , c'est de me procurer les actes des martyrs. ■»
( Sorel, Le couvent des Carmes pendant la Terreur.)
On disait à Masséna, qui n'avait que deux mille hommes à opposer à trente mille Russes : « L'ennemi est bien près
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de nous. — Dites que nous sommes urès de lui , » répoudil-il.
Réponses heureuses.
Un officier général , homme un peu brusque , et qui n'avait pa* adouci son caractère dans la cour même de Louis XIV, avait perdu un bras dans une action , et se plaignait au roi, qui l'avait pourtai t récompensé autant qu'on peut le faire pour un bras cassé : « Je vondiais avoir perdu aussi l'autre, dit-il, et ne plus servir Votre Majesté. — J'en serais bien fâché pour vous et pour moi, » lui répondit le roi : et ce discours fut suivi d'une grâce qu'il lui accorda.
(Voltaire, Siècle de Louis XIV.)
Louis Xlil , encore fort jeune, s'était échauffé à courir et à sauter dans les jardins de Fontainebleau. Comme il était couvert de sueur, un valet de cliami)re accourut pour l'essuyer. Le jeune prince ne voulut point le permettre. Le courtisan lui en demanda la raison, en lui représentant qu'il s'exposait à se faire mal : « Eh ! dit le jeune roi , qui viendra donc m'essiijer quand je suerai à la guerre? »
(^Passe-temps agréable. )
Le duc de Berry passait un jour la revue d'un régiment de cavalerie en garnison à Versailles; quelques soldats témoignaient avec franchise, en sa présence, des regrets de ne plus combattre sous Bonapaite.
« Que faisait-il donc de si merveilleux ? demanda le duc de Berry. — il nous menait à la victoire, réjiomlireut-ils. — Je le crois bien, ré|)lit]ua le prince; cela était bien difficile avec des /'... à poil comme vous! »
(Berryana. )
Réponse inévitable.
Gacon dit un jour à Houdart de la Motte : « Vous ne voulez donc point répondre à mon Homère 'veiigé? C'est , sans doute, que vous craignez ma réplique. Eb bien I vous ne l'éviterez pas; je vais faire une brochure qui aura pour litre : Réplique au silence de M, de la Motte, »
(Mo; cri, Dictionn.)
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Réponses iu&^énieuses.
Grégoire XIII avait la principale obligation de son élévation au trône pontifical au cardinal Charles Borromée. Le saint prélat eut, peu de temps après, connaissance de certains écarts de jeuiiesse dont le saint-père se trouvait entaché : » Si je les eusse su, lui dit un jour le cardinal Bonomée, vous n'eussiez pas eu ma voix. — Tranquillisez- vous , lui dit Grégoire, le Saint-Esprit savait tout cela quand il vous inspira de me donner votre suffrage. ).
[Vie du pape Benoît XIV.)
Charles-Quint , traversant la France pour aller châtier les Gantois, fut reçu magnifiquement par François F'', qui alla audevant de lui jusqu'à Orléans. Un jour que ces deux monaïques se promenaient ensemble, un prèlrequi portait le Saint- Sacrement vint à passer. L'empereur, • surpris de ne voir personne à la suite du ( roi des rois , dit au monarque français qu'en Espagne tout le monde escortait le Saint-Sacrement . » Je le crois , dit François I*"". Vous avez dans le pays des Maures et des Juifs, qui sont ses grands ennemis : vous êtes obligés de l'accompagner quand il sort ; mais comme le Saint-Sacrement est ici sans ennemis, il sort seul. ( L'esprit des conversations aoréa-
On disait à M"* Scudéri que Versailles était un lieu enchanté : « Oui, dit elle, pourvu que l'enchanteur y soit. » Elle voulait parler du roi.
M""' de Béthune avait une affaire contre le maréchal de Broglie. Cette dame, soufflée par Linguet, plaida sa cause avec ini succès et un éclat extraordinaires.
Aussi le maréchal, de fort mauvaise humeur, rencontrant l'avocat dans une des salles du Palais, ne put se tenir de l'apostropher sur un ton significatif : « Mous Linguet, songez à faire parler aujourd'hui madame de Béthiuie comme elle doit parler, et non comme mous Linguet se donne quelquefois les airs de le faire; autrenicnt vous aurez affaire à moi, entendez-
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vous, mons Lingiiet? — Monseigneur, riposta celui-ci, le Français a depuis longtemps appris de vous à ne pas craindre son ennemi. » 11 était impossible, je crois, d'envelopper une plus lière réplique et une plus juste leçon dans une louange plus délicate.
(V. Fournel, Du rôle des coups de bâton. )
Un jeune homme fut amené par son père au maréchal de Belle-Isle, pour obtenir une compagnie. Le père s'étendit sur le mérite de son fils : « lisait le latin, dit-il au ministre, il sait le grec. — A quoi bon du grec ? dit le maréchal ? — A quoi bon ? reprit sur le champ le jeune homme. Quand ce ne serait que pour comparer la retraite des dix mille et celle de Prague. >>
Dans «n bal à la cour. Napoléon interl)ella brusquement M™« de Souza : « Vous étiez hier à l'Opéra, madame! Il paraît que M"* X. a fait une chute. — Oui, sire, — Jusqu'où a-t-on vu? — Jusqu'à ré|)aule, sire, » fit M""^ de Souza, avec une révérence.
M"'* de Staël, voulant savoir un jour si elle était aussi aimée de Talleyrand qu'une autre dame, lui dit : « Si nous tombions toutes les deux à la rivière, laquelle de nous deux retireriez-vous d'abord.?— Je suis sur, madame, répondit le diplomate , que vous savez nager comme un ange. »
Charles Dickens se trouvait un jour à la campagne avec un de ses amis. La conversation tomba sur l'éducation des enfants, un des sujets favoris du grand écrivain.
L'ami de Dickens , homme sérieux et positif, prétendait qu'il fallait le plus possible tuer l'imagination chez les enfants : « Nt leur racontez jamais d'histoires merveilleuses, disait-il, laissez-les s'élancer libres de préjugés, dans la carrière qu'ils auront à remplir. »
Dickens ne répondait rien et se con- 'entait de sourire. Cependant, par la fe-
nêtre ouverte entre un 'papillon dont les ailes brillaient des plus riches nuances.
« Que faites-vous? dit l'homme positif en voyant son ami s'emparer du pauvre petit animal , laissez-lui la liberté. »
Dickens enleva à l'aide de son pouce la Iirillante poussière qui colorait les ailes du papillon, et le laissa s'envoler.
I- 0 mon cher ami ! vous êtes un barbare, dit l'homme positif.
— Du tout, répliqua Dickens, je viens d'appliquer vos principes, en débarrassant cet insecte d'un ornement inutile , qui l'eût empêchéde s'envoler librement. » (Boui)ée, Gazette de Frauce.)
Réponse militaire.
A Eylan,le général Ordener tua Je sa main un officier j,'éiiéral ennemi. L'empereur lui demanda s'il n'aurait pas pu le prendre vivant : « Sire, répondit le général avec son accent fortement germanique, ché né donne qu'un coup, mais ché triche qu'il soit pou. »
(Constant, Mémoires.)
Réponse mortifiante.
On ne fera peut-être jamais une réponse plus mortiliante que celle de Fonteiielle à un auteur qui, ayant besoin de lui, venait s'accuser humblement de l'avoir outragé dans une brochure : « Monsieur, lui dit le philosophe, vous me l'apprenez. »
{Improiis. franc.)
Repos.
On disait à Diogène : « Tu es vieux ; rei ose-toi. » 11 répliqua : « Si je disputais le prix de la course, serait-ce en approchant du but que je voudrais me ralentir? »
(Diogène de Lacrle. )
Le génie du docteur Arnauld était tout à fait guerrier. Nicole, son compagnon d'armes, né avec un caractère plus doux et plus accommodant, lui re|)!ésenlait qu'il était las de se battre, la plume à la main, et qu'il voulait se reposer : » Vous reposer, répond impétueusement Arnauld !
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Eh ! n'aurez-vons pas, pour vous reposer, l'éttruité entière? »
(Fonlenelle. )
Hcpos {Amour du).
II est peu d'hommes qui aient poussé plus loin que M. du Hellain, ancien juge de paix près de Caen, mort en 1828, l'amour du repos et presque de l'immobilité; et comme le lit est le meublé le plus propre à favoriser ce genre de quiélisme physique, M. du Hellaiu le quittait rarement. On prétend même que lorsqu'il exerçait les l'onctions de juge de paix, sa chambre à coucher devenait salle d'audience, et il rendait ses arrêts la tête sur l'oreiller et le corps mollement étendu, dans la position horizontale, si favorable à son goût pour ce que l'on appelle la paresse. Son acte de dernière volonté a porté la clause expresse qu'il voulait être enterré la nuit dans le lit et dans la position où la mort l'aurait surpris, c'est-àdire avec sa couche, son matelas, ses draps, son oreiller et tout ce qui compose son lit. Rien ne s'opposant à l'exécution d'une pareille clause, une fosse énorme a été creusée, et le défunt a été descendu dans sa dernière demeure sans qu'on l'ait dérangé en rien de l'attitude oii il se trouvait quand il a rendu le dernier soupir ; on a placé des planches au-dessus du lit pour que la terre en tombant ne troublât jiiis le repos de cet imjiertnrbable quiéti^te.
(G. Peignot, Testaments rcmarijuahUs.)
Marivaux ne répondit jamais à la crili(iue que l'on lit de ses ouvrages. J'aime mon repos, disait-il à Madame de Tencin, cl je ne veux pas troubler celui des antres. Il
ISepos nécessaire.
Le roi ( Louis XV ), en témoignant à La Martinière, son premier chiruigieu , ses iiKluiétudes sur le délabrement de sa santé, lui dit un jour : « Je vois bien que je ne suis plus jeune, il faudra que j'enraye. — Sire, lui ré|)ondit la .Martinière, vous feriez bien mieux de dételer. »
{Calerie ele Vanclcnne cour.)
Représailles.
Les Milanais s'étant révoltés contre Frédéric, avaient chassé de leur ville l'im- ])éralrice son épouse, montée sur une vieille mule nommée Tacor, ayant le dos tourné vers la tête de la mule, et le visage vers la queue. Frédéric, après les avoir subjugués, fit mettre une ligue dans le derrière de Tacor, et obligea tous les Milanais captifs d'arracher publiquement cette figue avec les dents, et de la remettre au même lieu sans l'aide de leurs mains, à peine d'être pendus sur-le-champ, et ils ('■(aient obligés de dire au bourreau qui était là : Ecco la fisca, La plus grande injure qu'on puisse faire aux Milanais, c'est de leur faire la figue en montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins,
(Proicrliiaiia.)
Une reine d'Espagne, dont j'ai oublié le nom (1), perdit le roi son mari, qu'elle aimait beaucoup; elle fut tellement indignée contre Dieu de le lui avoir ôté, qu'elle lit un édit par lequel elle défendait à tons les peuples de croire en lui de six niois, pour lui apprendre à vivre.
(Livre sans nom. )
Etéprimandes înlenipeslives.
Platon réprimandait Socrate d'avoir réprimandé publiquement, à table, un de ses familiers : « N'aurait-il pas mieux valu, lui disait-il, lui faire la réprimande seul à seul. — Et toi-même, lui dit Socrate, ne pouvais-tu attendre , pour m'en réprimander, que nous fussions seuls ?
(Plntarque, Comment on distingue le fhtlleur de l'ami, )
On dit que Pythagore fit publiquement à un jeune homme une si sévère lépriniaiide, que celui-ci se pendit de déses- |.oir. Depuis ce temps, ce philosophe ne réprimande jamais personne que tète à léle.
(Ol.'l.isloin-n. o qiiVllf m- l'ait jama
KliP
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Aii>tomèiie, gouverneur du loi l'Iolomée, voyant ce prince qui s'endormait en donnant audience à des ambassadeurs, et l'en ayant réprimandé (1), les flatteurs en prirent occasion deleperdre. Ilsaflectèrent la plut vive indignation contre cette liardicsse, et dirent au roi : « Si , accablé de veilles et de travaux, vous vous laissez quelquefois surprendre au sommeil, votre gouverneur devait vous avertir en particulier d'y faire attention, et non vous éveiller publiquement, et vous faire rougir devant une si nombreuse assemblée. » Ptolémée ne larda pas à lescroiro, et la réprimande fut d'Aristomène pa\é( d'une coupe de poison , ([ue le roi lui enenvova lui ordonnant de la boire.
(Plutarque. )
ISépriiuaiidv maternelle.
Un petit gaiçon adoré de sa mère était avec elle cliez M""' Geoffrin, où se trouvait un homme honnête et de fort bonne société. On portait alors des gants à franges ; l'enfant prit un de ces gants et en donna un soufflet de tontes ses forces à cet homme respectable. Les grains d'épinard entrèrent dans ses yeux, et lui firent beaucoup de mal. Pour toute correction, la mère s'écrie : « Eh bien! mon fils toujours de la main gauche ? » (2).
( Impiov. franc. )
Réptiblicuiiisiue outré.
Eu 17i)3, dans l'opéra du Déserteur, au lieu de dire : le roi passait, etc., <n\ disait le tyran passait, etc., de manière que rarieîte finissait par ; Five le tyran! rive le tyran .'.'.'. .
Un acteur du Théâtre Français qui, j endant que ses camarades géaiissaieni dans les prisons de Robes|)ierre, ne cessait d'attirer la foule, en jouant Marat dans le souterrain , etc., disait dans le nourrit bienfaisant : Échec au tyran, an lieu de dire échec au •ci,
( inertes révolutionnaires. )
Requêtes insrénieuses.
Montescpiieu reçut un jour, d'Henri Sidly, excellent artiste anglais et l'un de ceux qui ont le plus contribué à perfectionner l'horlogerie en France, le billet suivant : « J'ai envie de me pendre, mais je crois cependant que je ne me pendrais pas si j'avais cent écus. "Montesquieu répondit : « Je vflus envoie cent écus; ne vous pendez pas, mon cher Sully, et venez me voir. »
( Improvisateur français. )
(0 Mot à mot, « lii V«.r Tihciller ...
(') Voir Enfunt gâu
ay;inl iiiar
Le jour où M. Berryer plaida pour Jlgr Dupaiiloup dans le procès (|ue lui intentait le Siècle, M. Villemain écrivit à son confrère, pour lui demander une carie d'entrée, un billet ainsi conçu : « Quand Patru plaidait, il y avait toujours une petite place pour Chapelain. »
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que Chapelain eut aussitôt sa place.
Bésigiiatiou clirétienue.
Lorsqu'on eut arrêté Fouquef, la nonvtUe de sa détention fut aussitôt portée do toutes parts à sa famille : un valet de chambre fut chargé de l'annoncer à sa mère. Cette dame, d'une piété exemplaire, aimait son fils avec tendresse : on craignait de lui porter le coup mortel; mais ayant entendu le discours du domestique, elle se jeta à genoux et s'écria : « C'est maintenant, 6 mon Dieu, qi;e j'espère du salut de mon fils ! (1) »
( Ménwir. anecdot. )
Je me souviens (pie l'i ii M. le duc, qtti était horriblement contrefait, disait à feu Monsieur. « Étant masqué, on m'a pi is pour vous. » Monsieur ne fut pas flatté de ce compliment, et trouva mauvais qu'on l'eût confondu avec le duc; aussi, répondit-il : « Je mets cela au pied du crucifix. »
(Duchesse d'Orléans, Correspondance.)
liési^uatiou héroïque.
Bailly épuisa la férocité de la populace, dont il avait été l'idole, et fut lâchement abandonné par le peuple, qui n'avait jamais cessé de l'estimer. On cracha sur
(i) Voj- zoUlère résigiicc.
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lui; on biùla un drapeau sous safigiiie; des hommes furieux approchaient de lui pour le frapper, malgré les bourreaux , indignés eux-mêmes de tant de fureur. On le couvrit de boue. Il fut trois heures à la place de son supplice, et son échafaud fut dressé dans un tas d'ordures. Une pluie froide, qui tombait à verse, ajoutait encore à l'horreur de sa situation : les mains lices derrière le dos, obligé de ravaler l'himieur qui s'écoulait de son nez, il demandait quelquefois le terme de tant de maux ; mais ses paroles étaient proférées avec le calme dtn» des premiers philosophes de l'Europe. 11 répondit à un homme (|ui lui disait : « Tu trembles, Bailly ? — Mon ami, c'est de froid. «
(Riouffe, Mémoires.)
ItéMgiiation philosophique.
Un soir Newton avait laissé par mégarde une chandelle allumée sur son bureau l)cndant qu'il était absent. Diamant, son chien favori, renversa la bougie sur des papiers importants, qui prirent feu, détruisant ainsi en quelques secondes le résidtat de longs et profonds calculs, (juaud Newton revint, il se contenta de dire . «' Ah! Diamant, tune te doutes guère de ce que tu viens de faire là ! »
Respect de la consigne.
C'était sous la monarchie de Juillet. Le maréchal de Castell ne , d'excentrique mémoire , commandait , en qualité de général de division, la place de guerre de l'erpiguan. Les consignes des soldats étaient très-sévèrr ssur une foule dépeints. Ainsi, il leur était expressément défendu de permettre aux cavaliers de galoper sur les ponts-levis des portes des forts.
Un jour le général Castellane, en grand uniforme, comme toujours, arrive au galop sur une voie aboutissant à un de ces pouls-levis. La sentinelle proteste de la voix et du geste ; mais le général fait la sourde oreille et pénètre sur le pont sans ralentir son allure. Le soldat croise alors la baïonnette et s'efforce d'embrocher le cheval, qui en est quitte pour une blessure au poitrail et continue sa course à toute vitesse.
Le lendemain, le soldat est mandé devant le général deCastellauc , qui lui dit, en présence du colonel du régiment :
« Ta conscience ne te reproche-t-elle rien ? — Bien , mon général : j'ai exécuté nia consigne. — Colonel , ré|)lique le général, le fusilier un tel passera caporal. » {Progrès de Lyon,)
Résislance calculée.
Un jour un enfant, assis au pied du comptoir d'une lingère, criait de toute sa force. La marchande, importunée de ses cris, lui dit : « Mon ami, pourquoi criezvous?— ^C'est qu'ils veulent me faire dire A. — Et pourquoi ne vouiez- vous pas diie A? — C'est que je n'auiai pas dit sitôt A, qu'ils voudront me faire dire B.. >> (D'Ouville, Contes.)
Respect du pouvoir.
Pour montier la grande puissance du cardinal de Bichelieu , on faisait un conte dont Bois-Robort divertit Son Imminence. Le colonel Hailbrun, Écossais, homme qui était considéré, passant à cheval dans la ' ne de Tiquetonne, se sentit pressé. Il entre dans la maison d'un bourgeois, et décharge son paquet dans l'allée. Le boing ois se trouve là et fait du bruit ; ce bonhomme était bien empêché. Son valet dit au bourgeois : « Mon maître est à M. le Cardinal. — Ah! monsieur, (lit le bourgeois, vous pouvez ch..r partout, puisque vous êtes à Son Ëminence! » (Tallemant des Réaux.)
Ressem iilance.
Un jour, étant allé chez un peintre qui avait fait son portrait, pour lui dire qu'il l'avait mal tiré, Santrul ne trouva que sa fille, à laquelle il dit en colère : « Je crois que ton père se moque de moi. — Pourquoi, monsieur? répondit sa fille. — C'est qu'il m'a peint comme un fou , dit Sanleul. — Il vous a peint comme vous êtes, monsieur, » lui répliqua la fille, qui n'y entendait peut-être pas finess(>. ( Les bons mots de M. Santeul.)
Ressemblance imprévue.
Lo comité révolutionnaire de Luzarche vint un jour chez Sophie Arnould faire une visite domiciliaire. Déjà quelques voix la déclaraient suspecte, quand un des membres de ce comité, apercevant son buste en marbre , s'écria : n Frères ,
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voilà le buste de Marat : la citoyenne est patriote. » Tout le comité applaudit au civisme de l'actrice, et se retira. « Si la méprise, disait-elle, ne fut pas galante, du moins elle fut salutaire. Voilà ce que c'est que d'avoir un patron dans l'occasion ! >i
{Esprit de Sophie Arnould.)
Ressource des faibles.
Le roi de Pologne, Stanislas, forcé de mettre quelques impositions sur une province, et fatigué des remontrances d'un des députés des États de celte province, lui répondit dans un moment d'impatience : « Et quelles sont vos forces pour vous opposer à mes volontés ? que pourrez-vous faire?... — Obéir et haïr, » répliqua le député.
( Galerie de l'ancitune cour. )
Ressources de conversation.
A l'âge de soixante-dix ans, ou peu s'en fallait, le maréchal d'Estrées alla voir M""' Coinuel, qui, pour aller parler à quelqu'un, le laissa avec M''* de Belesbat. Elle revint, et trouva le bonhomme qui voulait prendre d'assez fortes privautés avec cette fille ?. « Eh ! lui dit-elle en riant, monsieur le maréchal, que vouli zvous faire.' — Dame, répondit-il, vous m'avez laissé seul avec mademoiselle; je ne la conuais point : je ne savais que lui dire. «
(Tallemant des Réaux.)
Ressuscites.
L'armée royale assiégeait en 1502 la ville de Rouen , occupée par les protestants. Un gentilhomme normand, François de Civille, faisait partie de la garnison ; il commandait à une compagnie de cent hommes à pied. Blessé, dans un assaut, d'un coup d'arquebuse à la joue et à la mâchoire droites, la balle soi tant par derrière, Civille tomba du haut du rempart dans le fossé. Il était onze heures du matin. On vit son corps inanimé côte à côte avec un autre corps mort : on les enterra tous les deux.
Vers lanuit,le domestique du capitaine, désireux de procurer à son maître une sépulture plus honorable , demanda au gouverneur de Rouen, qui était M. de
DlCr. D'A.NtCDOTtS — T. 11.
Montgommery, la permission d'aller l'exhumer.
Ayant découvert les deux cadavres , il ne put reconnaitre d'abord lequel était celui de M. de Civille, tant les visages étaient couverts de sang et de boue. 11 allait se retirer, quand l'éclat d'un diamant au clair de la lune le fixa dans sa recherche. Ce diamant appartenait à son maître. Il prit le cor|is souillé dans ses bras et le porta dans la place. Chemin faisant, il le trouva chaud. Il fit venir des chirurgiens. Ces derniers répondirent :
« Ce gentilhomme est mort. » Sans les écouter, le brave valet coucha son maître dans son propre lit et le veilla. Civille demeura là cinq jouis, sans faire un mouvement, mais brûlant de fièvre. Des parents se décidèrent à le venir voir. Les médecins finirent parle panser. On lui fit avaler un peu de bouillon en lui desserrant les (1( nts. La fièvre continua. Le onzième jour, elle commençait à toniler. La ville lut prise d'assaut; elle revint plus forte qu'auparavant. Des soldats entrèienl pour piller la maison; ils eurent pitié du malade; mais un officier des girJes écossaises vint occuper ce logemeni, et ses domestiques jelèi eut le pauvre capitaine sur une paillasse dans une mauvaise chambre.
Civille avait un frère. Les ennemis de ce frère vouhnent profiter des Uunblts pour le tuer. Ils entrèrent dans l'appartement, n'y trouvèrent pas leur houune, et, dans leur désir de vengeance, ils jetèrent le blessé parla fenêtre. Uu las de fumier se tiouva au-dessous pour le recevoir. 11 demeura là trois jours el trois nuits, en chemise, avec un simple bonnet de nuit sur la tète, grelotiant. Au bout de ces tioisjours, un (piatrieme |)dreut, M. de Croisse!, vint prendre de ses nDuvelles. « On l'a jeté par la fenêtre! » répondit une vieille femme.
Le parent alla au fumier et trouva Civille guéri de sa fièvre, mais mourant de besoin. 11 le fit transporter par eau dans son château, à une lieue de Rouen, sur la Seine. Au bout de quelques mois, guéri, leste, ingambe, notre capitaine rejoignait son régiment. 11 vécut quatre-vingts ans, et mourut des suites d'une imprudence.
Amoureux d'une jeune fille, il avait passé la nuit sous sa fenêtre par un temps de gelée. Une fluxion de poitrine l'emporta. Ou lui fit réj)itaphe suivante :
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f.i-gît qui deux fois dut i)trir Et deux fois revint à la vir, Et que famoureuse folie Dans sa vieillesse fit mourir.
(Tony Révillon, Petite Presse.)
Le baron de Panât était un gentilhomme huguenot d'auprès de Moiilpelliei-, de qui on disait : « Loti baron de Panât, ptiteau mort que iiat, c'est-à-dire plutôt mort que né ; car on dit que sa mère, grosse de près de neuf mois, en mangeant du hachis, avala un petit os qui, lui ajant bouché le conduit de la respiration, la lit passer pour morte; qu'elle fut enterrée avec des bagues aux doigts ; qu'une sci-vaiite et un valet la désenterrèrent de nuit, pour avoir ses bagues, et que la servante, se souvenant d'eu avoir été maltraitée, lui donna quelque coups de poing, par hasard, sur la nuque du col , et que ces coups ayant débouché le gosier, elle commença à respirer, et que, quelque temps après, elle accouchade lui, qui, pour avoir élé si miraculeusement sauvé, n'en fui pas plusliomme de bien.
(Tallemant des Réaux. )
M. l'abbé de Voisenon a passé sa vie à être mourant d'un asthme et à se rétablir un instant après. C'est un fait, qu'un jour à la campagne, se trouvant à l'article de la mort, ses domestiques l'abandonnèrent pour aller chercher les sacrements à la paroisse. Dans l'intervalle, le mourant se trouve mieux, se lève, prend une redin gote et son fusil , et sort par la porte de derrière. Chemin faisant, il rencontre le prêtre qui lui porte le viatique, avec l.i procession ; il se met à genoux comme les autres passants, et poursuit son cliemin. Le bon Dieu arrive chez lui avec les prêtres et ses domestiques ; on ne trouve plus le malade, qui, pendant qu'on le cherchait dans toute la maison , tirait des lapins dans la plaine.
(Grimm, Correspondance.)
Restaurant de la g^uilloiiiie.
II existait encore en 1852, entre les deux portes du corps de garde (Iç droite,
en entrant dans le jardin des Tuileries . un établissement sur lequi 1 ou lisait en lettres rouges : Rkstauiiant.
Voici les curieux détails que nous trouvons, à propos de cet établissement dans un opuscule de Courtois, le fils du conventionnel.
Dans ce" restaurant , voisin de l'échafaud , venaient diner les nombreux amateurs de la guillotine. Pendant la belle sai ■ son, les exécutions se faisaient de quatre à six heures. On se disputait les places, toujours retenues d'avance et chèrement payées. A la carte étaitattachéela liste des condamnés qui allaient mourir et les motifs de la condamnation. On s'arrachait ce menu.
L'arrivée des charrettes était toujours impatiemment attendue. Lemoment venu, on montait sur la terrasse, où les loueurs de lorgnettes faisaient de bonnes affaires. Les gens comme il faut étaient , comme on voit , aux premières loges. Quant à la canaille , elle entourait l'échafaud , au pied duquel les plus diligents vendaient leurs places, depuis deux so\is jusqu'à douze, aux retardataires.
A ce restaurant vint diner Robespierre, le jour où Danton, Camille Desmoiiiinset treize autres condamnés montèrent sur l'échafaud pour « saluer la statue de la Liberté et éternucr dans le sac, » selon l'hori ible et pittoresque expiession de l'époque.
Robespierre, du haut de la terrasse du restaurant de la Guillotine put entendre la voix retentissante de Danton disant au bourreau : « Tu montreras ma tète au peuple; elle en vaut bien la peine. »
Peu après , au même lieu , sur le même échafaud,en face du mêu)e restaurant, li même main montrait au mèmepeuiile la tête de Robespierre.
Restitution consciencieuse*
M'i« Arnould, excédée de la jalousie de M. de Lauraguais, profita de son absence pour rompre avec lui. Elle lenvoya à M""" la comtesse de Lauraguais tous les bijoux dont lui avait fait présent sou mari, même le carrosse, et deux enfanta dedans, qu'elle avait eus de lui.
( lîachaumont, Mémoires secrctSi)