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■ En publiant un nouveau Dictionnaire d'anecdotes, il serait difficile de dire que l'on vient cotnblerune lacune. Les recueils de ce genre existent déjà par milliers: cela prouve le goût insatiable des hommes, en général, et des Français, en particulier, pour l'anecdote; mais cela prouve-t-il qu'il ne reste pas à tenter quelque chose de plus neuf et de plus complet pour le satisfaire ?
Rien ne s'explique mieux que la publication successive de cette multitude 'i de répertoires anecdotiques. L'anecdote est faite pour plaire à tous, et elle I joint une utilité réelle , sous la :ondition d'être bien choisie, à un agrément plus évident et plus incontestable encore. On aime à voir le dessous des cartes et le revers des médailles, à rencontrer les grands hommes en robe de chambre, et à pénétrer dans les coulisses de l'histoire. 11 y a, en chaque fils comme en chaque fille d'Eve, un fonds de curiosité . |. l'ir : . pas dire de malignité naturelle, qui trouve à se satisfaire dans ce.-i révf, tions intimes, ces confidences familières, ces bons mots et •■ ~ 6n/. ; { contes, comme disaient nos aïeux. L'anecdote n'est pas seulemini, ?''- .
IvantTine expressiondevenue classique, la monnaie de l'histoire; eue en est souventaussi la réalité vivante et courante, en contraste avec la légende banale, avec les mensonges solennels, les conventions pompeuses, les traditions consacrées par une sorte de formalisme superstitieux. Même lorsqu'elle n'est pas vraie, — ce qui est l'écueil fréquent, dont il faut se défier sans cesse, car nous ne partageons pas l'opinion de Voltaire , qui disait sans façon à l'abbé Velly : « Qu'importe qu'une anecdote soit vraie ou fausse. Quand on écrit pour amuser le public, faut-il être si scrupuleux à n'écrire que la vérité »? — on peut dire qu'elle a encore son avantage relatif: l'avantage de la comédie ou du drame bourgeois sur la tragédie en toge et en cothurne, du poëme héroï-comique ou du roman de mœurs sur l'épopée, de la lettre et de la conversation sur le discours bâti d'après toutes les règles delà rhétorique, de la statuette en terre glaise sur la statue en bronze, et de la photographie qui saisit au vif la nature humaine en un clin-d'œil, sur le portrait à l'huile qui la fait poser. C'est-à-dire que, à défaut de la beauté artistique , poétique et idéale, elle a la beauté pittoresque, le mouvement eîla vie, et que, même historiquement fausse, elle peut revend!-
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quer souvent cette vérité morale qui a fait écrire à Aristoteque la poésie est plus vraie que l'histoire, et appliquer ce mot par M. Villemain aux romans de Walter Scott. Peut-être est-ce dans le même sens que Voltaire s'exprimait,en donnant à sa pensée une forme incomplète et excessive, et voulait-il dire simplement : « Qu'importe qu'une anecdote n'ait pas la vérité matérielle, si elle a la vérité morale ! »
L'anecdote, d'ailleurs, est poésie aussi bien que prose : elle ne se borne pas à déchirer les voiles et à éteindre les auréoles usurpées; souvent elle scelle les réputations d'un coup de cachet rapide et brillant ; elle frappe la gloire en médailles, elle donne l'élixir d'une vie et^d'un caractère, elle résume et concentre dans un de ces traits qui deviennent proverbes \ et qui sont si profondément vrais parfois sans être authentiques, l'àme , l'idéal, le vice, la vertu, la passion d'un homme ou d'une époque. Tantôt elle est lacontre-partie de r/izs^oîVe, contre laquelle elle nous met en garde, — chose salutaire, pourvu que nous sachions aussi nous teniren garde contre elle; tantôtelle en est la fleur etla quintessence.
Aussi l'anecdote est-elle vieille comme le monde. Je ne Tirai point rechercher jusque dans Homère et la Bible, ce qui serait à la fois bien ambitieux et bien puéril. Mais, sans réclamer pour elle des origines si lointaines ni si problématiques, qu'est-ce que Diogène de Laërte , Plutarque, Élien, Suétone et les historiens de l'Histoire Auguste , Macrobe , Procope , — le Procope intime qui écrivait lui-même jour par jour la réfutation de ses annales officielles, — et tant d'autres moins connus : Aristodème, Lyncée de Samos, Machon,etc., etc., sinon des anccdotiers purs et simples, quelque puisse être le titre dont ils se parent? Athénée est rempli d'anecdotes. L'historien Théopompe, Démophile deBithynie, Philagrius et le philosophe néo-platonicien Hiéroclcs avaient composé des recueils d'anecdotes, et ce sont là des ancêtres dont s'honore l'humble compilateur du présent Dictionnaire. Que dis-je? Cicéron lui-même, — il nous l'apprend dans une lettre àAtticus, — et César aussi comptent parmi nos aïeux : tous les érudits, tous ceux qui ont étudié à fond l'histoire de la littérature latine le savent parfaitement. Il n'est pas jusqu'aux moines qui n'aient cultivé le genre : il suffira de rappeler les noms dePlanude, auquel on doit la vie légendaire d'Ésope, et de Luther, qui écrivit les Propos de table.
En France, c'est bien mieux encore, ou bien pis, suivant les opinions. On sait la place que tient dans notre littérature le conte en prose ou en vers. A partir du XVI1I° siècle surtout, les Mémoires se multiplient chez nous; et les Mémoires sont la grande et inépuisable mine des anecdotes historiques. Sous leurs diverses formes, de Souvenirs, de Confidences, de Confessions, de Correspondances, ils n'ont cessé d'alimenter la curiosité publique. Puis est venue la création des gazettes, grandes propagatrices d'anecdotes dès leur origine. Au XVII'= siècle, Tallemant des Réaux collige des myriades d'historiettes, et les a«a sont fort en faveur, — anagé-
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néralement bien graves , voire un peu lourds ^ comme le Huetiana, le Maudœana, le Valesiana, le Sorberiana, etc., qui ne sont guères que des recueils de notes sans liens sur des objets très-divers; mais souvent aussi mêlés de bons mots et de traits piquants, comme le Menagiana, ou même dans lesquels dominent le souveniret le récit anecdotiques, comme dans le Bolœana, le Segmisiana, le Santoîiana.
Le XYIII*^ siècle est l'âge classique de l'anecdote en France. Les Mémoires secrets, les Correspondances secrètes, les Espions, les Chroniques et Gazettes scandaleuses fourmillent alors. Les historiens et les polygraphes , — Saint-Simon, DucloSjMarmontel, Diderot, Voltaire; les érudits et les compilateurs, comme de La Place, d'Artigny, l'abbé Trublet, concourent avec les Bachaumont, les Imbert et les Métra, les Pidansat de Mairobert, les Grimm, les Favart, les Rivarol, les Chamfort, les prince de Ligne, etc., etc., à créer ce vaste fonds, d'une richesse inépuisable, où tout le monde vient fouiller sans le tarir. Qu'est devenu le recueil entrepris par Piron ? Il est probable que ce recueil était fort salé, tout à fait dans le goût gaulois, et qu'il différait notablement de cette collection d'anecdotes, c'est-à-dire de curiosités d'érudition, qu'a\ ait amassées le savant médecin Falconetsur plusde 50,000 cartes, et qu'il légua à son ami Lacurne de Sainte-Palaye.
Au XIX^ siècle, les ana renaissent, mais sous une nouvelle forme. Cousin d'Avalon, et à sa suite une foule d'autres, découpent toutel'histoire enmenus morceaux. On fabrique des a««s avec la biographie de chaque homme célèbre : VoUairiana , Pironiana, Bonapartiana , Rousseana, '^l.dlmtiana. Puis on prend des époques, et on fait le Revolutioniana, ou i;;i Amries révolutionnaires. On prend des pays, et l'on publie le Gasconiana ; 'y{.\ des professions, des vices, des travers, des ridicules particuliers, et l'on dorme le Comédiana , l' Asiniana , le Harpagoniana , l'Ivrogni"Ma, — qae dis-je? — le Pofesomana. Ces fleurettes puériles s'épanouissent de toutes parts, avec une abondance qui atteste leur succès. Dans ces dernières années, la création ou le développement du courrier de Paris, l'impcrtance prise tout à coup pa.r le 2oetit journal , par la presse légère , qui fait métier d'être indiscrète et satirique , de propager la nouvelle sous toutes ses formes, depuis celle de la chronique jusqu'à celle du fait-divers, viennent encore vulgariser de plus en plus parmi nous le goût de l'anecdote.
Nous sommes restés la nation dont le penchant à entendre et à conter des histoires frappait déjà César. La promptitude, la curiosité et la causticité de l'esprit national sont passées en proverbe, et la hâte des affeires, la fièvre de la vie moderne se joignent à ces causes premières pour en accroître les effets. Nous avons toujours aimé la maxime brève , le mot piquant, le trait rapide et acéré. Pour plaire à la foule, s'en faire accepter et comprendre, la morale se met en récits, l'expérience en dictons, la tragédie en sentences, l'histoire en morceaux choisis, et la politique en couplets. Dès qu'un illustre meurt, il pleut des milliers d'anecdotes sur sa tombe, en
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guise d'oraisons funèbres, et personne n'a oublié le succès obtenu , il y a quelques années, par un auteur de petites biographies, qui avait compris ce goût, et par quelques-uns de ses imitateurs.
Ainsi s'explique comment des recueils de la nature de celui-ci ont été entrepris si souvent déjà. Dans cette innombrable multitude, parmi les meilleurs et les plus connus , on en peut distinger particulièrement trois :
L'Improvisateur français, ^nhYié par S. (Sallentin) de l'Oise, en 21 volumes in-i2(1804-G);
L'Encyclopediana de Panckoucke, qui forme le supplément de la grande Encyclopédie du XVIII'^ siècle, — et un autre Encydopédiana, — Recueil d'anecdotes, anciennes, modernes et contemporaines, sans nom d'auteur, sans divisions ni titres, dont il s'est publié plusieurs éditions depuis un certain nombre d'années.
Nous avons voulu faire quelque chose d'analogue, mais autrement néanmoins, afin de donner à notre recueil sa raison d'être et, nous l'espérons, sa supériorité. Une compilation comme celle-ci a toujours un avantage naturel sur les précédentes : celui de pouvoir profiter des résultats acquis en les accroissant, de les compléter en comblant l'espace écoulé depuis, et en puisant aux sources nouvelles, qui se sont multipHées dans ces derniers temps. Nous avons tâché de nous en assurer d'autres encore.
L'Improvisateur français, d'ailleurs très-volumineux, devenu rare et relativement chei", n'est pas, à proprement parler, ou du moins n'est pas exclusivement, il s'en faut, un recueil d'anecdotes. Il renferme des définitions, de petites dissertations, des maximes, des vers, des traits de toute espèce, rangés sous un mot quelconque, non pas celui qui en indique l'idée dominante, mais le premier venu, pourvu qu'il se trouve dans les citations groupées par le compilateur, et n'eùt-il aucun sens par lui-même ( par exemple le mot que ou (jui ).
Ni V Encyclopédiana de Panckoucke, ni l'autre, plus moderne, n'indiquent leurs sources. Ce dernier n'a même de classement d'aucune sorte; les histoires s'y succèdent sans séparation comme sans lien , sans titre ni points de repère. Et dans le recueil de Panckoucke , comme aussi, quoiqu'à un moindre degré, dans l'Improvisateur français, que d'ivraie mêlée au bon grain, que de platitudes, de fadeurs, de lourdeurs, de longueurs et d'inutilités 1 II faut avoir parcouru et fouillé ainsi que j'ai dû le faire, tous ces recueils spéciaux, pour savoir combien ils renferment de banalités flasques et ennuyeuses, de traits émoussés et sans pointe, de mots incolores et éventés, et surtoutdans quelle rédaction molle et pâle, qui trouve moyen d'alourdir l'esprit même, sont noyés le plus grand nombre de leurs récits. Ce n'est qu'avec beaucoup de bonne volonté qu'on peut emprunter quelque chose aux Anecdotes militaires, aux Anecdotes des beaux-arts, etc., et cette bonne volonté ne suffit même point pour trouver une ligne à prendre dans les Anecdotes de la cour de Philippe-Auguste, par M"cdeLussan ,
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les Anecdotes de la cour de France, par Varillas, les Anecdotes orientales , espagnoles, anglaises, etc., par de La Place , qui peuvent avoir tous les mérites du monde, sauf le mérite de brièveté rapide et piquante, de vivacité et de relief, qui constituent à proprement parler le genre anecdotique.
Voici les caractères particuliers que nous nous sommes efforcé de donner à notre recueil.
D'abord il a, avant tout, le caractère historique. Nous avons généralement exclu les anecdotes fictives, tirées des romans et des œuvres d'imagination pure, sauf quelques-unes qui peuvent passer pour des traits de mœurs et d'observation personnelle. Non pas, on le comprend bien, que nous voulions garantir l'authenticité de tous les traits que nous citons : on devient très-modeste sur ce chapitre quand on a pu voir par soi-même les innombrables déguisements que revêt la même narration, et à quelles origines imprévues et lointaines se rattachent souvent celles qu'on semblait avoir lieu de croire les plus authentiques. Mais elles sont prises dans des ouvrages ayant le caractère historique, et nous avons préféré celles qui intéressent particulièrement l'histoire de France et l'histoire des derniers siècles, la biographie des hommes célèbres dans les divers genres. Nous n'avons pas cru devoir exclure les anecdotes devenues en quelque sorte classiques, et qui sont comme la base de tout dictionnaire analogue : précisément parce qu'elles se trouvent partout, notre recueil eût semblé incomplet en ne les reproduisant pas, et nous ne sommes plus c:i t ■ lus 0:1 la signification du mot, conforme à son étymologie , ne dés ^unit qu'un ivsiit inédit ; mais nous nous sommes attachés avec une prédil-ction toute particuUère aux oubliées ou aux inconnues.
Nous avions même caressé un projet : nous aurions voulu étendre nos choix de telle sorte qu'aucun pays et aucun temps ne s'y trouvassent omis, et qu'on eût pu, en les classant chronologiquement, reconstituer pour ainsi dire une histoire anecdotique universelle, sans lacune importante. Il a bien fallu renoncer à cette utopie, ou du moins n'en garder que ce qui était réalisable. L'antiquité a sa place ici à côté de l'époque moderne; l'Orient y figure auprès de l'Occident, et il est bien peu des grands hommes qui n'y aient leur place. En voulant faire plus, l'immensité du travail eût produit un recueil énorme et probablement très-ennuyeux. Du reste, tout ce qui sent la thèse et le système doit être évité avec soin dans un pareil ouvrage: il ne faut pas confondre les genres, ni les rôles, et croire qu'on puisse beaucoup plus mettre l'histoire entière en anecdotes qu'en chansons ou en rondeaux.
En nous attachant de préférence aux anecdotes historiques, nous ne nous sommes pourtant pas refusé à les mêler, pour la variété du recueil et l'agrémentdu lecteur, à quelques-unes qui n'ont pas ce caractère, choisies parmi les plus piquantes et, autant que possible, parmi celles qui n'ont point traîné dans tous les anas. S'il est bon de mêler le grave au doux, dans
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un Dictionnaire d'anecdotes, il n'est pas moins nccpssaia-e d'y joindre aussi le plaisant au sévère. C'est une question de doses, s. ije puis ainsi dire , qu'il iaut laisser à l'arbitrage de l'auteur. — On a même çà et là, dans l'intérêt delà variété, emprunté à quelque poète ou à quelque conteur la rédaction d'un trait historique.
Pour compléter la physionomie propre de ce recueil, notre règle générale a été d'indiquer scrupuleusement nos sources et de reproduire, sans autre modification que les retranchements indispensables pour qu'ils pussent rentrer dans notre cadre, ou, pour les plus anciens, le rajeunissement de quelques termes, — car c'est ici un livre de lecture courante, où le lecteur ne doit être arrêté par aucun obstacle, — les auteurs auxquels nous faisions des emprunts. Chaque écrivain a son style, qu'il est nécessaire de lui conserver, absolument comme, dans unegalerie, chaque peintre asa manière, et il est aussi déplacé de refaire leurs récits qu'il le serait au propriétaire de lagalerie de repeindre les tableaux pour les accommoder tous uniformément à son goût. La multitude de petites toiles accrochées dans ce Musée familier conservent la variété des styles en même temps que celle des narrations, et l'on y trouve une sorte d'anthologie qui réunit l'intérêt littéraire à l'intérêt anecdotique. Sous chaque titre nous casons les extraits par ordre chronologique, — bien que cet ordre ne puisse rien avoir de rigoureux, et même qu'il cède quelquefois à la nécessité de rapprocher deux traits dont l'un appelle l'autre, et qui se complètent par l'analogie ou par le contraste.
Nous avons commencé par dépouiller et faire dépouiller tous les ouvrages originaux , anciens et modernes, français et étrangers, où nous pouvions espérer de trouver une récolte plus ou moins abondante, sans distinction d'opinion , avec une impartialité entière, en n'écartant systématiquement que ce qui offrait le caractère évident du scandale et de la calomnie, de la personnalité et de l'esprit de parti. Ce qu'il a fallu parcourir, le crayon à la main, d'histoires et de mémoires, — Mémoires politiques, pittoresques, romanesques, dramatiques, etc. — de Correspondances, de Voyages, de Souvenirs, de Journaux et de Chroniques, pour réunir nos extraits, on s'en apercevra en nous lisant, autant du moins qu'il est possible de s'en rendre compte, car beaucoup d'auteurs ont été parcourus de la première à la dernière page sans fournir une seule ligne. Des historiens comme Froissart, et, dans un tout autre genre, comme Vertot, malgré la curiosité des détails qu'ils renferment, sont presque inutiles à un recueil tel que celui-ci, parce que leurs narrations n'ont jamais la forme anecdotique. Il faut ramasser trois ou quatre fois trop afin de ramasser suffisamment, et, dans le triage définitif, les deux-tiers des extraits qu'on a pris tant de peine à réunir restent sur le carreau. xXous avons même poussé ce dépouillement bien au-delà des limites habituelles, en abordant des ouvra-' gc3 où l'on n'a point coutume d'aller chercher des anecdotes, où la plupart
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des lecteurs mêrae ne s'attendraient certainement pas à en trouver, etqii pourtant en renferment de fort intéressantes, par exemple des livres de critique et d'érudition ; en mettant aussi à contribution , outre les mines universellement exploitées et connues pour leurs richesses, quelques autres qui avaient été négligées] usqu'à présent, sans oublier les plus récentes, celles qui s'ouvrent chaque jour et dont nous avons profité dans la limite de nos droits. On verra que nous avons fait une large part aux hommes du XIX<= siècle, à nos contemporains, quoi que, par un sentiment de convenance, nous nous soyons généralement abstenus de toucher aux vivants.
Après les ouvrages originaux, nous avons dépouillé les répertoires généraux ou particuliers, pour y glaner les nombreux épis qui avaient échappé à cette première récolte. Nous avons même recueilli, en y puisant avec la réserve et la défiance nécessaires, de nombreuses épaves dans le flot trèsabondant, mais un peu trouble, des journaux, qui nous a surtout alimentés pour la partie contem[ioraino.
Quelle que soit la multitude des sources où nous avons puisé, il est vrai qu'on pourra toujours en citer un non moins grand nombre où nous n'avons rien pris. Le champ est infini : cinquante volumes, cinquante années de travail et cinquante collaborateurs ne suffiraient pas à le moissonner tout entier, d'autant plus qu'il s'accroît toujours à mesure qu'on le dépouille. Si reculée que soit la borne ou l'on s'arrête, il faut bien se résoudre à en poser une : l'eussions-nous placée dix fois plus loin, ii ; ni toujours été possible de la reculer encore. On doit donc savoir s-iirêt;î) dans des limites raisonnables, là où l'intérêt ferait défaut et où le lecteur sei'ait noyé. Nous avons conscience et nous osons dire que, pour l'étendue des lectures, notre recueil ne redoute aucune comparaison.
Les anecdotes dont la source n'est point indiquée sont celles qui n'ont aucune importance, qu'on retrouve partout, qui sont devenues une sorte de propriété commune et banale, sans qu'on sache d'où elles viennent, du moins sans qu'on puisse retrouver leur rédaction primitive ; ou bien enfin celles dont la rédaction est propre à ce recueil, soit parce qu'il a fallu les abréger ou les condenser, soit pour toute autre raison. Quelquefois, surtout pour certaines anecdotes modernes qui n'ont point le caractère historique, il n'a pas été possible de remonter à la source. De pérégrinations en pérégrinations elles s'étaient dépaysées, et je les trouvais à l'état de vagabondage, loin du lieu natal, sans aucune marque qui permit d'en deviner l'origine.
Nous avons mis quelques notes, courtes et sobres, afin de ne point changer le caractère de ce recueil. Ces notes ont pour objet d'indiquer des rapprochements, de donner des explications nécessaires, de signaler les variantes et les transformations curieuses, au besoin les circonstances qui sont de nature à éclairer sur le plus ou moins d'authcnti-
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cité et de vraisemblance; parfois enfin, d; /s les cas les plus remarquables, pour suivre la filiation d'une historiette, en marquer la provenance probable, les imitations et les plagiats. Rien n'est plus suspect, on le verra bien souvent, que l'authenticité d'une foule d'anecdotes qui paraissent parfaitement vraisemblables et sont rapportées par des auteurs dignes de foi. Une foule de traits et de mots historiques passés en traditions sont cependant tantôt des inventions pures et simples, tantôt des variations exécutées sur un thème connu, des adaptations à un autre temps et à un autre personnage. lien est qui ont voyagé ainsi de siècles en siècles et de pays en pays, en changeant de costume à chaque étape. Les germes de telle histoire du XYIII" siècle remontent jusque chez les Grecs ou les Latins. On est tout surpris de retrouver dans le Henriana, qui est de 1801, comme adressée à Henri IV, la magnifique réponse attribuée partout au grenadier d'Erfurth, qui l'aurait faite à Napoléon P^ et à Alexandre ; et l'on est plus surpris encore , après l'avoir retrouvée dans Y Henriana, de la rencontrer aussi dans les Contes de d'Ouville (t) : il serait possible, probablement, de remonter plus haut. Et peut-être qu'en arrivant jusqu'àl'origine, on y trouverait un conte fait à plaisir. Nous choisissons cet exemple entre cent autres, tout aussi frappants. De même f anecdote attribuée à Young, puis à Weber, puis à un abbé ( V Revanche), se trouve également tout au long dans d'Ouville, qui lui-même l'avait certainement prise ailleurs.
Le nombre est incalculable de ces pièces de mauvais aloi effrontément frappées à l'effigie d'un homme célèbre, lancées dans la circulation par des écrivains sans scrupule, acceptées et repassées demain en main comme argent comptant. Cette fausse monnaie se fabrique encore chaque jour avec une rare audace et un sans-façon inouï, principalement dansles chroniques et les échos de la petite presse. Là on ne se donne même pas la peine d'inventer : on ouvre simplement sur son bureau Y Encyclopédiana , et l'on y puise à pleines mains pour remplir le courrier du jour, en se bornant à changer la date de l'anecdote et le nom du héros. On a entendu hier sur le boulevard, au café ou au théâtre les traits qui courent les anas depuis deux ou trois siècles. On pille les uns après les autres tous les mots de Chamfort, de Rivarol, de l'abbé Galiani, de Talleyrand, de M. de Montrond, qui avaient déjà eux-mêmes profité de bien des opérations pareilles, pour les mettre au compte de MM. Alexandre Dumas fils, Nestor Roqueplan, Méry, Balzac, Auber, Sardou, etc. C'est tout au plus si Ton prend la peine de démarquer le linge. Ces plagiatsse pratiquent si continuellement, si universellement et sur une si large échelle, que, pendant la composition de ce Dictionnaire, il lu'arrivait chaque jour de reconnaître et de saluer au
(1) V ni'parlics. Une r(''ponsc de Marlboroiigh à Tallard, après la bataille d'IIochstedt, que nous rapportons à I.t même page, semble également une nou^elle application de ce mot.
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passage les trois-quarts, quelquefois plus encore, des Nouvelles du jour dont étaient remplies les chroniques de tel journal littéraire qui prétend se distinguer par la sûreté et la rapidité de ses informations. De là le discrédit jeté sur les anecdotes. Les vraies payent pour les fausses. Si l'on voulait passer au crible de la discussion ces myriades de faits et de mots, il y faudrait un travail énorme, capable de remplir toute la vie d'un érudit. M. Edouard Fournier l'a entrepris dans un piquant petit volume pour quelques-unes des légendes les plus répandues.
Ce n'était point notre affaire et nous ne pouvions songer à une pareille tâche. Nous citons nos auteurs, afin de mettre notre responsabilité à couvert, sans vouloir ni pouvoir autrement garantir ce qu'ils racontent, nous bornant à écarter ce qui sonne évidemment le faux et à énoncer nos doutes au besoin.
Quant au classement, le plus simple, le plus logique et même à peu près le seul possible nous a paru le système traditionnel qui consiste à ranger les anecdotes dans l'ordre alphabétique de leurs titres, en composant ceux ci, autant que possible, — et la chose est souvent d'une grande difficulté pratique, — d'après l'idée dominante ou le trait saillant. Beaucoup de ces titres servent de points de départ à des séries, où l'on trouvera groupées un grand nombre d'anecdotes, formant comme des recueils de curiosités, comme des tableaux d'ensemble sur le sujet, — par exemple les mots Naïvetés, Calembours, Bons mots, Jeux de mots, Reparties, Mystifications, Fautes typographiques. Bévues et Méprises, Évasions, etc., etc.
Avons-nous besoin d'ajouter pourtant qu'en rassemblan: aiu^i piusi uo anecdotes sous des étiquettes générales, nous ne prétendons nullement tracer des catégories complètes, ni absolument méthodique- Sous les i\ires de Prédicateurs, Peintres, Courtisans, etc., on aurait tort m., s'alteadre àtrouver toutes les histoires dans lesquelles figurent des courtisans, des peintres ou des prédicateurs, ou même dans lesquelles ils figurent au premier rang. On conçoit que des centaines d'autres peuvent être rattachées à des titres qui changeront suivant les particularités qu'elles renferment et l'aspect sous lequel il est possible de les envisager, surtout quand, au lieu de former de grands chapitres peu nombreux, ces divisions se multiplient à l'infini, afin de s'accommoder à toutes les nécessités du recueil. D'ailleurs, beaucoup de ces séries offrent entre elles des analogies très-grandes et ne sont séparées les unes des autres que par des nuances, — Calembours et Jeux de mots ; Aneries, Balourdises, Janoteries et Naïvetés ; Boutades et Saillies ; Représailles et Revanches ; Bévues, Méprises et Quiproquos, etc.
Un index alphabétique, qui manque habituellement aux ouvrages de ce genre, nous a paru indispensable pour donner au nôtre toute son utilité et en faire autre chose qu'un simple livre de lecture. En combinant les indications de ce classement moral avec celles de la table des noms propres, il