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bien, dirent-elles, et plus que ne font les hommes. »
Un jour, le Saint père leur donna une boite en garde, dans laquelle il avait fait mettre une petite linotte, les priant doucement qu'elles la serrassent en quelque heu suret secret, leur promettant, foi de pape, leur octroyer ce que portait leur requête, si elles la gardaient secrète : néanmoins leur faisant défense rigoureu-e qu'elles n'eussent à l'ouvrir en façon quelconque, sous peine de censure ecclésiastique et d'excommunication éternelle.
La défense ne fut sitôt faite , qu'elles grillaient en leurs entendements d'ardeur de voir ce qui était dedans, et leur tardait que le pape fût déjà dehors la porte, pour y vaquer. Le Saint père, après avoir donne sa bénédiction sur elles, se refiia en son logis ; il n'était pas encore trois pas hors de l'abbaye, que les bonnes dames accoururent en foule pour ouvrir la boite défendue , et voir qu'était dedans. Le lendemain , le pape les visita , en intention (ce leur semblait) de leur dépêcher la dispense. Mais avant d'entrer en propos, commanda qu'on lui apportât sa boîte! Llle lui fut apportée; mais l'oisilel n'y était plus. Alors leur remontra que chose trop difficile leur serait de receler les confessions , vu qu'elles n'avaient si peu de temps tenu en secret la boîte tant recommandée.
(Rabelais, Pantagruel.) Femmes soldats.
Femmes {les) et le secret.
J'ai ouï conter que le pape Jeau XXII passant un jour par Fontevrault, fut roqnis de l'abbesseet des mères discrètes de leur concéder une dispense, moyennant latiuelle elles pussent se confesser'ies unes les îutres, alléguant que les femmes de religion ont quelques petites imperfections «crêtes , lesquelles honte insupportable enr est de déceler aux hommes confesseurs : plus librement, plus familièrement es diraient les unes aux autres , sons le ceau de la confession. .. H n'y a rien , ■épondit le pape, que je ne vous octroie \ nais j'y VOIS un inconvénient : c'est que la ionfession doit être tenue secrète. Vous ntres femmes à peine la cèleriez. — Très-
Les Espagnols assiégeaient Cazal, défendue par un corps de Français, commandes par le brave Thoiras. Les femmes partagèrent les sentiments héroïques des guerriers renfermés dans les murs de Cazal et combattirent sur la brèche. L'histoire nous a conservé le nom d'une de ces amazones; elle s'appelait Francesca. Née pauvre , elle gagnait sa vie à vendre des herbes. Un jour qu'elle travaillait dans les fossés, une faucille à la main, les Espagnols firent pleuvoir sur elle une grêle de balles. Elle abandonne son ouvrage, jette sa faucille, court au poste le plus voisin, saisit un mousquet, ajuste un Espagnol, le tue; un second eut le même sort; i)lusieurs autres furent blessés. Ce sucres l'anime et l'élève au-dessus de son sexe et d'elle-même. Pendant quinze jours entiers, elle cherche les postes les plus
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périlleux, et combat avec autant de fermeté que les soldats les plus aguerris.
Elle ose sortir et s'avaucer entre le camp et la ville ; un soldat espagnol la blesse a la tèle d'un coup de feu ; elle court sur son ennemi, l'atteint, se venge et revient dans Gazai. Thoiras lui fil un sort digne de sa valeur, et la pension qu'il lui arcorda lui fut continuée jusqu'à sa mort. [Anecdotes militaires.)
Tous les généraux avaient défendu fort sévèrement qu'aucune femme ne suivit les armées; ils avaient menacé la première qui serait trouvée d'être chassée honteusement , et le peu de temps que duraient les rassemblements faisait qu'on n'y souffrait pas même une vivandière. Quelque temps avant l'affaire de Thouars, un soldat m'avait abordée à la Boulaye, en me disant qu'il voulait me confier un secret : c'était une fille. Elle désirait changer sa veste de laine pour une des vestes de siamoise qu'on distribuait aux soldats les plus pauvres; craignant d'être reconnue, elle s'adressait à moi, en me suppliant de n'en rien dire à M. de Lescure. Je sus qu'elle s'appelait Jeanne Robin, de Courlay ; j'écrivis au vicaire de la paroisse ; il me répondit qu'elle était j fort honnête fille, mais que jamais il n'a- i vait pu la dissuader d'aller se battre : elle | avait communié avant de partir.
La veille du combat de Thouars, elle vient trouver M. de Lescure et lui dit : H Mon général, je suis une fille; madame de Lescure le sait : elle sait aussi qu'il n'y a rien à dire sur mon compte. C'est la bataille demain; faites-moi donner une paire de souliers : après que vous aurez vu comme je me bat-s, je suis sûre que vous ne me renverrez pas. »
En effet, elle combattit sans cesse sous les yeux de M. de Lescure; elle lui criait : n Mon général , vous ne me passerez pas; je serai toujours plus près des Bleus que vous. )> Elle fut blessée à la main, et cela ne fit que l'animer davantage; elle la lui montra, en lui disant : " Ce n'est rien que cela ! » Enfin elle fut tuée dans la mêlée, où elle se précipitait en furieuse.
Il y avait dans les antres divisions quelques femmes qui combattaient, aussi déguisées; j'ai vu une petite fille de treize ans qui était tambouç dans l'armée d'EI-
bée et passait pour fort brave; une de ses parentes était avec elle au combat de Luçon, où elles furent tuées toutes deux. A l'armée de M. de Bonchamp , une fille s'est faite cavalier pour venger la mort de son père ; elle a fait des prodiges de valeur dans toutes les guerres de la Vendée, sous le nom de l'Angevin. Elle s'appelle Renée Bordereau ; c'est, je crois, des paysannes qui se sont battues, la seule qui vive encore. Elle est couverte de lilessiires, a été six ans prisonnière de Bonaparte, et même un an enchainée au mont Saint-Michel : elle n'a recouvré la liberté qu'au retour du roi et s'est battue encore en 181. S.
Je vis aussi un jour arriver à ChoUet une jeune fille grande et fort belle, qui portait deux pistolets à sa ceinture et un sabre : elle était accompagnée de deux autresfemmes armées deiùques; elle amenait à mon père un espion. On l'interrogea, elle répondit qu'elle était de la paroisse de Tout-le- monde, et que les femmes y faisaient la garde quand les hommes étaient à l'armée. On lui donna beaucoup d'éloges; son petit air martial la rendait encore plus jolie.
(Marquise de la Rocheja([ueleiu , Dlémoires.)
Voici un fait tjue je ti(nis de Masséna : « Un jour, me dit-il, étant à Bussiuglien, j'aperçus un jeune artilleur de l'artillerie légère, dont le cheval venait d'être percé d'un coup de lance. Le jeune homme, qui paraissait n'être encore qu'un enfant, se défendait en déterminé, cequ'atlestaieut plusieurs cadavres ennemis qui étaient autour de lui J'envoyai un officier avec quelques hommes pour le dégager, mais il arriva trop tard. Quoique cette action ce soit passée isolément, et sur la lisière du bois, en face du [lout, l'artilleur avait été le seul but de la petite troupe de Cosaques et de Bavarois t|ue nos gens firent fuir. Son corps était criblé de balles, bardé de coups de lance et haché de coups de sabre. Certainement il avait plus de trente blessures. Et savez-vous bien ce que c'était que ce jeune hommelà. Madame.' me dit Masséna en se tournant vers moi. C'était une femme....
Oui, une femme, et jolie encore; quoique, en vérité, il fùt'unpeii difficile d'en juger, tant elle avait le visage souillé de
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sang. Elle avait suivi à l'armée son amant, qui était capitaine d'artillerie ; elle ne le quittait jamais; et lorsqu'il fut tué, elle défendit ses dépouilles comme une lionne. Elle était de Paris , s'appelait Louise Bellet, et était fille d'un passementier de la rue du Petit-Lion . »
(Duchesse d'Alirantès, Mémoires.)
Dans une escarmouche contre les Jacobins près de Thuin, un fantassin semblait s'acharner après moi , et, ne me perdant pas de vue , m'avait fait siffler sept à huit balles aux oreilles. Fatigué de cette persistance, je m'éloignai peu à peu de côté ; il me suivit. Quand je le vis assez loin des siens pour ne pas être secouru , je m'en rapprochai en courant des bordées , sans avoir l'air de faire attention plus à lui qu'aux autres; puis, tournant mon cheval tout à coup, je courus sur lui, qui n'avait qu'un petit buisson pour le protéger. 11 se pressa de tirer, me manqua , et n'ayant pas le temps de recharger, il présenta la baïonnette , que je relevai sans effort ; et lui donnant un coup de revers en pleine poitrine, je le jetai à terre. Comme j'allais l'achever d'un coup de pointe, il me cria : « Grâce ! je suis une femme. »
Il y a toujours des paysans qui suivent de loin les troupes, un jour d'action, pour dépouiller les morts, ramasser les armes , transporter les blessés ; je fus en chercher, leur dis son sexe, et leur recommandai de la porter à l'ambulance, et ensuite chez les religieuses, à Thuin, dès que l'appareil serait rais.
Vers deux heures, nous fûmes refoulés dans la ville, et l'artillerie joua des deux côlés. J'étais si las , que je me hâtai de chercher un coin où mon cheval et moi pussions nous reposer.
Un obus vint tomber et éclater sur la place, près de la porte derrière laquelle je dormais. Après un réveil si peu agréable, je descendis dans la ville basse, et me ressouvenant de mon amazone, ie me dirigeai vers le couvent, ou j avais dit qii on la déposât, .le demandai à la voir; elle était avec un aumônier, dont j'attendis le départ. Je la trouvai en bonnet et en camisole , dans un lit très-propre, une sœur près d'elle.
Elle était encore jolie, et paraissait avoir de l'éducation. Née dans le bourg près de
Lille, d'une famille bourgeoise , l'amour lui avait inspiré le courage de suivre son amant , qui avait été forcé de marcher. Son confesseur s'était chargé de faire parvenir une lettre à ses parents. Je pris congé d'elle. Elle me remercia de mon intérêt, en me serrant la main. J'étais trèsému. La religieuse, en me reconduisant, me dit qu'il n'y avait pas d'espoir de la sauver, parce que la lame avait pénétré trop avant.
Dans ce temps-là , il n'était pas rare de voir des femmes guerroyer dans les rangs des Français. Dumouriez avait parmi ses aides de camp deux jeunes filles ; l'une d'elles a épousé le général Guil- Icminot. Je crois qu'elles étaient sœurs.
Je citerai un autre exemple , qui a eu lieu parmi nous. Il y avait dans l'infanterie de la Légion de Damas (corps d'émigrés formé à l'instar de celui de Béon) un gentilhomme nommé la Houssaie. Sa femme, grande et forte , sei-vait avec lui, sous le nom du chevalier, son frère. Aussi courageuse que son époux , elle bravait les dangers et la fatigue ; elle faisait son service avec une rare exactitude ; ses armes , son fourniment étaient toujours bien tenus ; on citait le chevalier de la Houssaie comme un modèle, dans un corps aussi distingué. Elle était assez laide pour passer pour un homme ; cependant je ne sais sur quels indices quelques-uns soupçonnaient son sexe, mais sans se permettre d'y faire la moindre allusion , car il aurait fallu mettre l'épée à la main. Le hasard me mit à même de prononcer là-dessus avec connaissance de cause.
Nous passions une certaine nuit à la belle étoile; et les deux régiments étant à peu de distance l'un de l'autre, je fus au bivouac des Damas, pour parler à l'un d'entre eux. Je le trouvai auprès d'un feu énorme, où étaient également MM. de la Houssaie , assis en face de la place que j'avais prise. Le chevalier dormait accroupi, la tète dans ses mains, sur ses genoux. Quelque désordre dans son vêtement favorisa ma cui'iosilé; et à la lueur (lu feu, je vis très-clairement que ce n'était )ias un garçon.
A la journée de Dinan , son mari fut blessé ; elle le transporta à l'ambulance, le fit panser, l'achemina vers l'hôpital et revint combattre. Au canal de Louvain , M. de la Houssaie fut tué d'une balle à la tète : sa femme l'enleva , le coucha
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