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Cialaut perfide.
Le comte d'Oxford devint amoureux d'une comédienne de la troupe du Duc, lielle, gracieuse , et qui jouait dans la perfection. Le rôle deRoxelane, dans une pièce nouvelle, l'avait mise en vogue; et le nom lui en était resté. Cette créature, pleine de vertus, de sagesse, ou si vous voulez d'obstination, refusa fièrement les offres de service et les présents du comte d'Oxford. Cette résistance irrita sa passion. 11 eut recours aux invectives et même aux charmes, le tout en vain. Il en perdit le i)oire et le manger. Danscetteextrémité, l'Amour eut recours à l'Hymen. Le comte d'Oxford, premier pair du royaume, a bonne mine. 11 est de l'ordre de la Jarretière, qui relève un air assez noble qu'il a naturellement. Enfin, à le voir, on dirait que c'est quelque chose; mais, à l'entendre, on voit bien que ce n'est rien. Cet amant passionné lui fit présenter une belle promesse de mariage authentiquement signée de sa main. Elle ne voulut point tàter de cet expédient ; mais elle crut qu'elle ne risquait rien lorsqu'il vint, le lendemain, accompagné d'un niinistie et d'un témoin. Une autre comédienne de ses amies signa le contrat comme témoin pour elle. Le mariage fut fait et parfait de cette sorte. Vous croyez peut-être que la nouvelle comtesse n'avait plus qu'à se faire présenter à la cour, y prendre son rang et arborerles armes d'Oxford .^ Point du tout. Quand il en fut question, on trouva qu'elle n'était point mariée; c'eslà-dire, on trouva que le prétendu ministre était un trompetledumylord, et le témoin, son timbalier. Cet ecclésiastique et ce témoin ne parurent plus après la cérémonie, et l'on soutint à l'autre témoin que la sultane Roxelane avait apparemment cru se marier réellement dans quelque rôle de comédie. La pauvre créature eut beau prendre à parti les lois et la religion violées, aussi bien qu'elle, par cette sujierrherie ; elle eut beau se jeter aux pieds du roi, pour en demander justice; elle n'eut (pi'à se relever, trop heureuse d'avoir une pension de milleécuspourdouaiie, et tle reprendre le nom de Roxelane, au lieu de celui d'Oxford (1).
(Hamilton, Mémoires deGraiumoiit.)
(rj Elle tlcviiUplus tard M'"» Marbhalls.
Cialiinatias.
Boilcau citait pour exemple de galimatias double ces quatre vers de T'tle et Bérénice, du grand Corneille.
l'aut-il mourir, madame, el si protlie du trrmr, Votre illustre inconstance est-elle encor si
ferme Que les restes d'un feu que j'avais cru si fort l'uisseut dans quatre jours se promettre ma
mort ;
L'acteur Baron, chargé du lôle de Domitiaii, dans lequel se trouvent ces vers, eu demanda vainement l'explication àMolière, puis à Corneille lui-même : « Je ne les entends pas trop bien non plus, répondit Corneille après les avoir examinés quelque temps, mais récitez-les toujours ; tel qui ne les entendra pas les admirera. » (Cizerou-Rival, Récréations littéraires.)
J'ai ouï dire que le fameux évêque de Belley, Camus, étant en Espagne, et ne pouvant entendre un sonnet de Lope de \ éga, qui vivait alors, pria ce poète de le lui expliquer, mais que Lope, ayant lu et relu plusieurs fois son sonnet, avoua sincèrement qu'il ne l'entendait pas luimême.
(Bouhours, Manière de penser.)
Ciardes tlu corps.
Après l'attentat de Damiens, le roi dit au ducd'Ayen, capitaine de quartier des nardes du corps : « Avouez, monsieur, (pie je suis bien gardé. ■»
( Marquis d'Argenson, Mémoires.)
Après les Cent jours, on disait à M"" Mars que les jeunes gens de la maison militaire du roi se proposaient de la siffler violemment, pour la punir de ses sentiments bonapartistes : « Tout le monde sait qu'il n'y a rien de commun entre Mars et les gardes du corps, » répondit-elle.
Ciarde national.
Tantôt , vers trois heures de l'aprèsmidi (16 juin 1840), on vil un rassemblement de femmes se former tout à coup au guichet du Louvre, à côté de Saint-Germaiii-rAuxerrois. — Une femme s'agitait et
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sedébattaitcoiitie le garde national de faction,qui latenait par son cliàle et refusait de la laisser passer. — D'abord on crut tjue, fidèle à sa consigne , le soldat citoyen avait découvert un paquet clandestin ou un chien non teuu en laisse ; — on s'approche, on écoute, et ou ne tarde pas à comprendre que le garde national, marchand de quelque chose, a reconnu dans la femme susdite une de ses pratiques, une mauvaise pratique, qui lui doit de l'argent, et le gardien, symbole de l'ordre public, lui a fait une scène scandaleuse.
L'affaire s'échauffait , et ne se termina que sur la menace que fitau garde national le soldat delaligne placé au même guichet, et qui jusque là était resté spectateur silencieux du débat , d'appeler la garde et de faire arrêter son camarade de faction. (Alphonse Karr, les Guêpes.)
Ciascoiinailcs.
La Calprenède étant un jour chez Scndéri, faisait sonner sa pociieltc. Scudéri crut que c'était de l'argent; lui, qui mourait d'envie de montrer ce que c'était, voyantqu'onnelelui demandait point, lira tout exprès son mouchoir, et fit tomber ti'ois ou quatre vervelles (1) d'argent : cellesdes oiseauxdu roi sont decuivrc. Scudéri en ramasse une et litautour : Je suis à Calprenède. « Ce sont, dit le Gascon, quatre douzaines de vervelles pour mes oiseaux. » Une autre fois, il contait à madetnoiselle de Scudéri qu'il avait fait l)àtir à la Calprenède, et il lui dépeignit un palais magiiifitiue ; puis lui demanda : a Combien croyez-vous (pie cela m'a coulé?
Quatre mille livres; rien de plus : il est vrai qu'il y avait quaiiques décombres du vieux château. «
Sarrazin contait qu'un jour qu'ils allaient ensemble par la rue, Calprenède vit passer un homme : « Oh! que je suis maliiurus! dit-il, j'avais juré dé tuer ce rouquin la première fois (pié je lé rencontrerais, et j'ai fait aujourd'hui mon bonjour. « Sarrazin lui dit : a Ne laissez pas, ce sera sur nouveaux frais. — Non, dit-il, j'ai promis à mon confesseur dé lé laisser vivre eiicoi é fpielqué temps. »
Sarrazin disait : « Que voulez-vous? il
(i) Aimcau {(u'on iiUadiait à la paUc «lu l'oiseau de proie , et (jui portait les armes du maître.
DICT. d'anecdotes. T. 1.
a tant donné de cœur à ses héros, qu'il ne lui en est point resté. "
( Talleniant des Réaux.)
Un jour qu'on disait des menlerics, le maréchal de Gi'ammont dit qu'à une de ses terres, il avait un moulin à rasoirs où ses vassaux se faisaient faire la barbe à la roue, en deux coups, en mettant la joue contre.
{Id.
Un gentilhonnne gascon, étant dans une certaine ville de France, rencontra un bourgeois de la ville , auquel il dit fort brusquement : « Viens ça; enseigne-moi le chemin ])oiir aller en tel lieu. » Ce bourgeois, étonné de l'arrogante demaiule du Gascon, lui dit : <c Allez doucement. ■\'éritablenient, monsieur, vous parlez avec beaucoup d'autorité ; si vous voulez le savoir, vous le demanderez plus honnêtement. » A quoi le Gascon répondit, ne voulant rien démordre de son arrogance : « Cap de bious, j'aime mieux m'égarer. » Et de fait s'en alla sans \ouloir être davantage instruit.
(D'Ouville,('(;///t'j.)
Un cavalier gascon, fort brave homme de sa personne, mais qui tenait surtout du naturel de sa nation, étant dans une escarmouche, tira un coup de pistolet à son ennemi, et au même instant se vanta à un de ses amis, qui était auprès de lui, qu'il l'avait tué. L'autre, regardant autour de lui, lui dit : k Cela ne peut être, car tu viens de tirer le coup , et je ne vois peisonne à bas. » A quoi le Gascon répondit : « Cap de bious, ne vois-tu pas bien que je l'ai réduit en poussière.' Ne meconiiais-lu pas? »
Un Gascon , qui se mariait avec une jeune personne d'une beanlétiès-[)itpianle, répondit à ceux qui lui demaiulaieiit |)ourqnoi il se mariait, et [lourquoi il prenait une belle femme, que sa beauté exposait à lui être infidèle? <c Je me marie, jiarcc- (pie je crains Dieu ; j'épouse une bello personne, parce ipie je n'ai pas peur des lionunes. »
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— Un autre fut prié dans un bal pour danser; il dit qu'il ne dansait jamais, parce qu'en dansant l'on reculait.
(^Bibliothèque de cour.)
Un Gascon disait : « qu'en quelque endroit de son corps qu'on le blessât, le coup était mortel, parce qu'il était tout cœur )) .
Unaufre : « Dès que le duel fut défendu, il crut du poil dans la paume de la main de mon père. »
Quelqu'un se vantait d'avoir reçu une bonne lettre de change; un Gascon dit : " J'en reçois toujours une rame à la fois, ou je n'en reçois point. »
Un Gascon, que l'indigence avait contraint de faire porter à l'Hôtel-Dicu, étant fort malade, un autre Gascon le vint voir, et l'ayant trouvé presque agonisant :
« Hé donc, mon enfant, lui dit-il, en quel état je te trouve! Courage, mon ami, courage! — Pour du courage, lui répondit le malade, les gens de notre pays n'en manquent pas. — Eh ! qui le sait mien\ que moi? lui dit celui qui le visitait. An veste, mon cher enfant, ajouta-t-il, tu veux bien que je te demande si tu es bien avec Dieu.»* — Apparemment, répliqua M. de Gastelnove (c'est le nom que se donnait le malade), puisqu'il me donne un •appartement dans son hôtel.
( Passe-temps agréable.)
" Allons, monsieur, l'épée à la main, •dit un Parisien dans le milieu d'une rue à un Gascon i|ui venait de l'offenser.
— Comment, allons, reprit celui-ci. A qui rroyez-vous parler.' Commandez à vos valets, i>
{Id.)
Un Gascon, appelé en duel, avait reçu *Dn rendez-vous dans un lieu fré(inenté pour de pareilles scènes. Il s'y rendit de irès-bonneheure à dessein, etayani trouvé les corps de deux ferrailleurs qui s'étaient enferres l'un l'autre, il se fit un siège d(>s deux corps morts, et attendit tranquille-
ment sou adversaire. Celui-ci arrive, et le trouvant assis stu- les deux cadavres, il lui demanda l'explication de celte aventure : « C'est, dit le Gascon, que je me suis amusé à peloter avec ces dei Messieurs, en attendant partie. »
{Dictionnaire d'anecdote^ .)
Un Gascon, ayant perdu son cheval à Rome , fit publier dans les carrefours ([ue, s'il ne le trouvait pas, il se verrait obligé d'en venir à l'extrémité à laquelle s'était porté son père en pareille occasion. Celui qui avait dérobé le cheval, craignant quelque chose de sinistre, et d'autant plus inquiet qu'il ignorait ce qu'il avait à craindre, ramena le cheval. Le Cadédis, fort satisfait, disait gaiement qu'on avait fort bien fait, et qu'il était fort aise de ne pas être réduit à imiter la conduite de sou père; ce qu'il eût pourtant fait, si on ne lui eût pas ramené son cheval. On lui demanda ce qu'avait donc fait monsieur son père : « Eh ! san.lis, répondit-il, n'ayant plus que la selle, il la mit sur son dos, et s'en retourna à pied. »
Un soldat espagnol, en menaçant un autre, lui dit : « Si je te prends, je te jetterai si haut, que tu trouveras la mort avant la chute. »
(Brantôme, Rodomontades espagnoles.)
Un gentilhomme gascon, se faisant appeler marquis à la cour du duc de Savoie, madame la duchesse lui demanda, par dérision, dans quel pays était sou marquisat. « Il est, répondit le Gascon, dans votre royaume de Chypre. »
— Un autre, voyant qu'on s'étonnait de ce qu'il tremblait en prenant ses armes, dit : « Mon corps tremble de peur, pour les dangers où il prévoit que mon courage le portera tantôt. "
— On citait dans une compagnie deux braves officiers dont on faisait l'éloge : <• Ne soyez pas surpris de leur valeur, dit un Gascon ; l'iui est de Gascogne, et l'autre mérite d'en être. »
— Un Gascon se vantait d'être descendu d'une maison si ancienne, qu'il payait encore, disait-il, la rente d'une somme que ses prédécesseuis avaient emi)ruulétt
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pour aller adorer Jésus-Christ dans la crèche de Bethléem.
— Un Normand et un Gascon fun nt condamnés à être pendus (lour des vols. Comme il s'agissait de leur prononcer leur sentence, le greffier lutd'ahord celle du ISormand, cpii marquait qu'il serait |)endu pour avoir volé un sac de clous. Le Gascon en rcntcndaiit, dit : « Peste soit du maraud ! s<' faire pendie pour des clous ! » Et quand on lut la sienne, qui portait qu'il serait pendu pour avoir volé dix mille écus, il se tourna vers le Normand, et lui dit : « Sont-ce là des clous? »
— Un Gascon reçut d'un de ses camarades, qui était dans le service, une lettie dont le style ne l'accommodait pas. 11 lui répondit ([ue, s'il se jjrésentait jamais devant lui, il 'ui casserait la tète d'un coup de ])istolet ; l'autre lui écrivit seulement ces deux mots : « Amorcez, je pars. >-
— Un abbé gascon demandait depuis longtemps un bénéfice au père de la Chaise, qui avait la feuille des bénéfices. Un jour que ce père se promenait ajipnyé sur sa canne, suivant sa coutume, l'abbé vint l'aborder et le sollicita de nouveau. Le Jésuite, qui l'avait leurré depuis longtemps de belles espérances, lui annonça qu'il n'y avait rien à faire pour lui : i< Ah, mou père! répartit aussitôt l'abbé dans son accent gascon, j'ai été un grand sot de me fier à vos promesses, et ma mère avait bien raison de me dire qu'il ne fallait jamais s'asseoir sur une chaise qui n'avait que trois pieds. » Le Gascon faisait allusion au nom du jésuite, et à la nécessité où il était de s'appuyer sur une canne.
{Die t. (iaiwal.)
« Si tous ceux que j'ai tués à l'armée, dirait un soldat g.iscon, se trouvaient en tas dans un vallon des Pyrénées, on passerait de plain pied d'une montagne à i l'autre. »
Un Gascon disait que dans le château de son père, il y avait une galerie de mille pas de long. Comme on lui riait au nez, il invoqua le témoignage <le son \alet, tpii dit : « Messieurs, vous en rirez tant (pi'il vous plaira ; mais la galci io n'en a pas moins mille pas de long, sur deux mille de
I large. »
■ ( Jasconiaua.)
Un certain monsieur venait de raconter en présence de Nodier nue de ces gascon nades qui ne peuvent s'adresser qu'à des sots. Nodier lui laissa achever l'odyssée de ses prouesses, qu'il semblait écouter avec une confiance complète ; puis il prit à sou tour la parole :
i< Oh ! ce (pic vous venez de nous raconter là ne me surprend aucunement, dit-il, car il m'est arri\é, à moi qui vous parle, quehpie chose de pres([ue aussi fort. Je voyageais tout seul, à pied, dans les Abbruzes, quand tout à coup du fond dune gorge effroyable, bondissent cinq brigands; et quels bandits, monsieur: je les vois encore : des gaillards portant plus de six iiieds de haut, et quelles figures ! le diable lui-même en eût été effrayé! Ils me barrent le cliemin en me criant dans un baragoin effroyable : la bourse, ou la vie! Je le compris à leuis gestes. Mais moi, sans perdre la tète, je recule d'un pas et tirant de ma jioche deux pistolets, je fais feu de chaque main :....deux brigands mordent la poussière; un troisième s'avance : je lui ouvre le ciàiie d'un coup de crosse ; un quatrième enfin : je lui défonce la poitrine avec le canon de mon pistolet. »
Et le bon Nodier s'arrête tout éj)ouvanté de cet horrible carnage; car tuer quelqu'un, même en paroles, lui semblait un crime.
» Vous no nous dites pas ce que vous avez fait du cinquième , demanda malicieusement le premier nai ratcur.
— Ah! le cinquième ?... reprend Nodier qui s'était cru maître du champ de bataille, eh bien ! il me tua. »
(M""' de Dassanville, Salons (Vautrefois.)
Un des grands défauts de Balzac était de pratiquer ce qu'on appelle la gasconnade. Saisi parfois de je ne sais tpielle étrange vanité, il décrivait volontiers les largesses qu'il n'avait pas faites, affichait un luxe dont son imagination faisait tous les frais, bâtissait les plus somptueux châteaux en Espagne... ou eu Touraine, — comme le prouve le trait suivant.
Un jour, — me conte la personne de la(pulle je tiens cette histoire, — je me rends je ue sais jdus trop pour quelle affaire à la librairie (.'" . Là causait familièrement avec le mailic du logis nu homme assez replet, à l'œil singulièrement vif, au geste facile ;