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le visage des Hollandais , des Allemands et (les Anglais , que l'image de la moit toute plaie ; mais que sur le visage des Français il y avait vu la colère , la rage et la fureur encore peintes; et que les traits qui marquent ces passions ne s'élant pas effarés , ils semblaient encore menacer l'ennemi et le vouloir égorger (I).
(Vigneul-JIarville.^
Un prince qui avait fait exercer ses
(i) Relictœ in vultibiis min<r, et in ipsa morte ira vivebai. loutle monde connaît les vers de Casimir Delavigne, dans sa première Messenienne : On dit qu'en les voyant couchés sur la poussière' D'un respect douloureux frappé partant d'exploits, L'ennemi, l'œil fixé sur leur face guerrière. Les regarda sans peur pour la première lois.
troupes à tirer, recharger et retirer avec une vitesse étonnante , demanda à un oflicier français qui les voyait manœuvrer, s'il crevait qu'il serait aisé de tenir contre un feu si vif et si prompt : « Sire , lui répondit cet officier, on est aujourd'hui incertain eu France si l'on ne supprimera point la poudre. "
(Saint-Foix, Essais sur Paiis.)
Futilité d'esprit.
Diogène discourait un jour sérieusement et personne ne l'écoutait. Alors il se mit à débiter des folies; une foule de gens s'approchèrent pour l'entendre :
« Vous voilà bien, leur dit-il, — tout de feu pour les conteurs de balivernes ; tout de glace pour la sagesse. »
( Diogène de Laérle.)
Quand Ie:> gens i!e M. le duc d'Aiigoulèmc demandaient leurs gages, il leur disait : « C'est à vous à vous pourvoir ; ([uatie rues aboutissent à l'hôtel d'Angoul''me ; vous êtes en beau lieu ; proQtez-en si vous voulez (1). »
( Tallemant des Rcaux.)
Un maître d'hôtel demandait à un grand seigneur de lui payer plusieurs mois qu'il lui devait : « Je n'ai point d'argent pour le moment, répondit celui-ci, mais soyez sans inquiétude , vos gages courent toujours. — C'est vrai, monsieur, dit le maître d'hôtel ; par malheur ils courent si l'ort que je ne saurais les attra[>er. »
Palaprat était secrétaire des commandements de M. de Vendôme, grand-prieur de France, avec lequel il vivait dans une grande liberté. M. de Catiuat, qui l'aimait fort, lui dit un jour en l'embrassant : « Les vérités que vous lâchez au grandprieur, me font trembler pour vous. — Rassurez-vous , monsieur, lui dit Palaprat, ce sont mes gages. »
CSa^e d'un marché.
Le chevalier de Crovillac entra un jour dans la boutique d'un perruquier. Il demanda à voir une grande perruque d'un beau blond : «■ Monsieur, lui dit le perruquier, nous ne faisons guère de ces pcr-
(i) Les Mémoires du XVII* sircle mentionnent à chaque instant les exploits des laquais dans les rues de Paris. Beaucoup faisaient concurrence aux filous et donnaient grande besogne k la police.
rufpies-là qu'on ne nousies commande. »
— Hé bien, reprit le Gascon, je la commande, faites-la, et à bon compte; rasezmoi. » On lui fait la barbe, on lui pondre sa perruque, et on n'oublie rien pour le contenter. « Voilà qui est bien, dit-il, en attendant ma perruque. — Mais, monsieur, dit le perruquier, je n'ai point l'honneur de vous connaître. Si je fais cette perruque, puis-je être si'ir que vous veniez la prendre? — Vous pouvez bien en être sûr, répond le Gascon. Vous voyez bien que je ne vous paie pas votre barbe. IS'est-ce pas vous dire : je reviendrai.' » (De Montfort.)
Cîasfeure.
Le sieur Gaulard fit une fois gageure de di.v écus sur certaine question, et fit jurer celui contre lequel il gageait, et jura aussi qu'il paierait, s'il perdait. Enfin, ayant perdu, il ne voulut pas payer, et dit qu'il avait juré en intention de gagner, et non de perdre. Quelqu'un lui ayant remontré qu'il encourait perjureraeut :
«. Je m'en soucie bien, dit-il, j'aime mieux di\ écus que mon serment. »
(Tabourot.)
Ciaietés du parterre.
Dans YÂJélatde Dtiguesclin do Voltaire, telle qu'elle fut donnée d'abord , il y avait lui personnage qui demandait à Coucy :
Es-tu content, Coucy ?
A quoi tout le parterre se hâta de répondre : Coitssi, coussi !
— Les applications n'étaient pas toujours aussi gaies. Le jour où mademoiselle Uaucourt rentra par Plùdre, le public
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lui appliqua avec une juste, mais bien ci-uclle sévérité, certains vers de son rôle. Lorsqu'elle dit :
De l'austèic pudeur les bornes sont passées,
on lui prodigua sans pitié les plus terribles applaudissements. Quand elle en fut à ce passage :
Je sais mes perfidies, OEnone, et ne suis point de ces femmes liardies Qui, goûtant dansle crime une tranquille paix. Ont su se faire un front qui ne l'ougil jamais,
« Oli ! je VOUS demande pardon ! « hiicriat-on de toutes parts.
De même, la Terreur passée, Dugazon, rentrant par le valet des Fausses Confidences, fut souffleté d'une triple bordée d'applaudissements lorsque son maître lui dit : H Nous n'avons pas besoin de toi, ni de ta race de canailles. »
— Ou donnait VAndronic, de Campistron, pour le début d'un acteur arrivé de Lille, qui déplut souverainement. Quand il vint à réciter ces vers :
Mais pour ma fuite, ami, quel parti dois-je prendre ?
une voix, qui n'était pas celle de l'acteur eu scène, lui répondit :
L'ami, prenez la |)oste, et retournez en Flandre (i).
— Un jour, une actrice laide et désagréable se trouvait en scène. Depuis longtemps elle agaçait les nerfs des spectateurs. Enfin elle arrive à ce passage :
Que faites-vous, seigneur, et que dira la Grèce ?
On lui répond du fond de la salle :
Que vous êtes, madame, une laide b !
Je n'ose achever, mais la voix acheva tout à cru.
— Au début de V Àrgélie {\Ù'Z), de l'abbé Abeille, une actrice demandait à une autre :
Ma sœur, vous souvient-il du feu vol notre père ?
Celle-ci hésita un moment. Il n'en fallut pas davantage pour qu'un plaisant (c'est
(i) Ce vers est tiré de la Fille capitaine, de Mont-
[tleury (i ()<)<)) :
Demain je prends la poste et je retouriieen l-"ian-
[dre, dit An^'iliquc, acte IV, scène u.
le ferme reçu) se chargeât aussitôt do répondre à sa |)lace par ce versduGcoV/Vr dcsui-mème^ de Th. Corneille :
Sla fui, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient
[guère.
L'anecdote est devenue populaire.
— La Mégare de Morand (17 48) finit par la mort de presque tons les personnages. Le parterre, dit Collé, a demandé au seul qui restait la liste des morts et des blessés. Mais la rigueur et les sifflets de l'auditoire, en cette occasion, pourraient bien avoir été la vengeance du peu de respect que l'auteur lui avait témoigné, dix ans auparavant, à la première représentation de son Esprit de divorce , où il avait peint sa belle-mère et sa femme , avec lesquelles il était brouillé. Après la représentation, il entendit critiquer le rôle de la belle-mère comme hors de toute vraisemblance; eu sa double qualité d'auteur et de méridional, il ne se put contenir et s'avança sur le bord du théâtre :
« Messieurs, fit-il, il me revient de tous côtés qu'on trouve que le principal caractère de ma pièce n'est point dans la n.iture : ce que je puis vous assurer, c'est qu'il m'a fallu beaucoup diminuer de la vérité pour vous le présenter. » Cette halangue donna matière à bien des questions qui éclaircirent l'histoireque l'auteuravait (Hie en vue dans sa comédie. Malheureusement, quand, à la fiu du spectacle, on annonça la même pièce pour le lendemain, t[uelqu'un se mit à crier : « Avec le compliment de l'auteur; » ce qui irrita si bien notre Provençal , qu'il prit son chapeau et le jeta dans le parterre en disant : c< Celui qui veut voir l'auteur n'a ([u'à lui rapporter son chapeau. » Un exempt vint ariéter le poète, et le lieutenant de police lui défendit de se montrer à aucun spectacle pendant deux mois.
— Lorsqu'on eut fini déjouer le Jaloux deBeauchamps,au Tbéàtre Italien (1723), le troisième acte n'ayant fait que répéter les situations des deux autres, on demanda du parterre : « Le dénoùineut ! le dénoiiment! »
Un mot analogue et plus joli fut prononcé dans la salle quand ou donna l'£ponine de Chabanon (17G2). L'exposition du sujet n'a lieu , à proprement parler, ([u'au troisième acte, et les deux premiers languissent sans but déterminé. A la fin du second : « Je m'en vais, dit froidement
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iiu spectateur, puisque déculémciit ils ne veulent pas commencer. » Chal>anou tenait l)eaucoup à ce sujet, puisque, onze ans après, il en fit un opéra sous le nom de Sabinas, qui ne fut pas plus heureux. De cinq actes il le remit en quatre, sans plus de bonheur. « Le public est bien ingrat de s'eniiujer, disait à ce propos Sopiiie Arnould, quand on se met en quatre pour lui plaire (1). »
— A la représentation du Fabricant de Londres, deFenouillot de Falbaire(177 I), on vient annoncer sur la scène la banqueroute du marchand : » Ah ! morbleu ! s'écria alors un spectateur, j'y suis pour mes vingt sous ! »
(Victor Fournel, Citriosités théâtrales.)
Cîaieté du soldat français.
Au milieu de la terrible bataille que nous soutînmes contre un vaisseau anglais, dans la nuit du 4 au 5 septembre 1782, à la hauteur des Bermudes, on retrouvait encore toute la gaieté française.
Près de nous se trouvait le baron de Montesquieu ; depuis quelque temps nous nous amusions à le plaisanter relativement AWOïOiàe Liaisons dangereuses qu'il nous avait entendu prononcer, et, malgré toutes ses questions et ses instances, nous n'avions jamais voulu lui expliquer que c'était le titie d'un roman nouveau, alors fort à la mode en France (IJ.
Dans le moment où nous étions tous en groupe, une bordée de l'Hector lança sur nous un boulet ramé : on sait que cet instrument meurtrier se com|)Ose de deux ijoulets joints par une barre de fer. Ce boulet ramé vint avec violence briser une partiedu banc de quart, d'où nous venions de descendre. Le comte de Loménie, qui était alors à côté de Montesquieu, le lui montrant, lui dit froidement : » Tu veux savoir ce que c'est que les liaisons dangereuses ? Eh bien ! regarde, les voilà! » ( Ségui-, Blémoircs.)
Ciaîeté sinistre.
Cromwell se permettait quelquefois les bouffonnciies les plus plates avec ses affidés. Avant le procès du roi, il avait asscnil)léun conseil des chefs desrépidjlicaiusct
(1) On a aussi a|i]>li(mt- le mot au Rurbier de Si'rille de Beaiimarcli.iis.
(j) Lt! roman de CUoderlos do I aclos.
des officiers généraux ; il termina la séance en jetant joyeusement un coussin à la tête deLudlow, l'un de ses favoris, qui , à sou tour, prit un autre coussin pour répondre à cette galanterie. Cromwell, pour l'éviter, se précipita sur les degrés, et faillit se blesser dangereusement. Après avoir signé la sentence de mort de Charles I, dans un accès de gaieté il barbouilla d'encre le visage de son voisin, en lui passant la plume. H courut après un autre, qui cherchait à se dérober, le ramena avec de grands éclats de rire , et lui conduisit la main pour le faire signer.
{Hist. de la maison de Stiiart.)
Ccalanterie.
On m'a conté cpi'un grand seigneur d'Espagne traita le roi (Philippe II) et la reine, sous des tentes magnifiques, et tapissées par dedans des plus belles tapisseries du monde, dans un vallon fort agréable où la cour devait passer, et qu'api es que le roi et la reine furent partis, on entendit un grand bruit. C'était qu'on criait au feu; car le seigneur avait mis le feu à tout ce qui avait servi à cette magnificence, comme s'il eut cru profaner ces mêmes choses en les faisant servir à d'autres.
(Tallemant desRéaux.)
Le premier jour que Namiir fut investi (U)92), les dames les plus considérables de la ville firent une députatiou au roi pour lui demander un passe-port : on le leur refusa , disant que ce n'était pas l'usage. Elles envoyèrent faire une seconde fois la même demande; on la leur refusa encore : « Eh liien, répondirent-elles, allez dire au roi que nous serons très-glorieuses de nous rendre ses prisonnières de guerre. » Et sur-le-champ elles se préparèrent à sortir de Namur avec leurs enfants et leurs femmes. Louis XIV nomma un des seigneurs de sa cour les plus polis, pour aller leur faire des civilités, et les mener en sûreté jusqu'à des tentes qu'on avait fait dresser pour les recevoir, et où elles trouvèrent des rafraîchissements. Les carrosses du roi allèrent les prendre l'a- |iiès-midi, et les conduisirent dans uni; abbaye voisine, où elles restèrent jusqu'à la fin du siège. Les soldats se piquèrent aussi de galanterie ; ils accoururent au-
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ilevant de ces daiiits, pour aidiT Icmi gens à porter les paquets; et preuant les petits enfants dans leurs bras, ils les portèrent à la suite de leurs mères.
Après la prise du fort principal qui défendait Namur, le roi envoya dans toutes les tentes des officiers et des soldats qui en avaient fait le siège, des rafraîchissements en abondance. Madame de Maintenon, accompagnée de quantité de dames et de seigneurs, eut la curiosité de voir manger et boire cette troupe victorieuse et affamée. Il n'y eut aucune des tentes où elle n'entrât; et après avoir fait cette revue avec tout l'intérêt qu'elle mériiait, elle dit, en s'en allant, qu'elle se pro|iosait de donner le lendemain une collation à tous les officiers qui avaient été emplovés à cette expédition. A mesure que ces braves militaires arrivaient au quartier du roi, un valet de chambre de madame de Maintenon leur distribuait des billets où on leur marquait l'abbaye des Saisines pour rendez-vous. C'était un couvent de dames de condition à un quart de lieue de la place. Toutes les dames s'y trouvèrent, et par un renversement inouï de politesse, elles y servirent elles-mêmes toutes les tables avec l'air du monde le plus ^'alant; leurs demoiselles les aidaient, et les femmes de chambre servaient à boire. (Mémoires anecdotiques des règnes de Louis XI r et Louis Xf.
Cîalanterie héroïque.
M"'* de Rambouillet a conté que Malherbe, ne l'ayant pas trouvée, s'était amusé un jour à causer chez elle avec une fille , et qu'on tira par hasard un coup de mousquet dont la balle passa entre lui et cette demoiselle.
Le lendemain , il revint voir M™* de Rambouillet, et comme elle lui faisait quelques civilités sur cet accident : » Je voudrais, lui dit-il, avoir été tué de ce coup : je suis vieux, j'ai assez vécu; et puis on m'eut peut-être fait l'honneur de croire que M. de Rambouillet l'aurait fait faire. »
(Tallemant des Réaux.)
Cialanterie magnifique.
La vieille comtesse de Rochambeau m'a conté du prince de Conti un joli trait de galanterie et de magnificence. M"icde Blot,
dans sa jeunesse, dit im jour, eu prése;;ce de ce prince, qu'elle voulait avoir le poi'trait en miniature de sou sei in dans uiu' bague. M. le prince de Conti offrit de faire faire le portrait et la bague, ce que .M"'f de Blot accepta, à condition que la bague serait montée de la manière la pins simple, et qu'elle n'aurait aucun entourage. Vax effet, la bague n'eut qu'un petit cercle d'or, mais au lieu de cristal pour recouvrir la peinture, on employa un gros diamant que l'on rendit aussi mince qu'une glace. M™* de Blot s'aperçut de cette magnificence, elle fit démonter la bague et lenvova le diamant; alors M. le prince de Conti fit broyer et réduire en poudre ce di;unant et s'en servit pour sécher l'encre ilu billet qu'il écrivit à ce sujet à M^^ de Blot. (M""^ de Genlis, Mémoires.)
Galanterie séuîle.
L'abbé de Chaulieu, à l'âge de quatrevingts ans, s'était déclaré l'amant de M ""^ de Lauuay, dont nous avons des Mémoires sous le nom de M'"^ de Staal. Comme il était devenu aveugle, il prêtait à sa maîtresse beaucoup de charmes qu'elle n'a- \ ait pas; et, ne comptant plus sur les siens, il tâchait de se rendre aimable à force de soins et de complaisances. Il proposait quelquefois d'ajouter les présents à l'encens qu'il offrait. M"'' de Lauuay , importunée un jour des vives instances avec lesquelles il la priait d'accepter mille pistoles, lui dit : » Je vous conseille, en reconnaissance de vos offres généreuses, de n'en pas faire de pareilles à bien des femmes ; vous en trouveriez quelqu'une <pii vous prendrait au mot. — Oh! répondit-il assez naïvement, je sais bien à qui je m'adresse. »
i< L'abbé de Chaulieu m'exhortait souvent à la |)arure, dit M"'* de Staal dans ses Mcmoii es, et tâchait de me faire honte de n'èlie pas mieux mise : » Abbé, lui disais-je, je me trouve parée de tout ce qui me manque. » N'ayant d'autre ressource que ses soins, il les redoublait sans cesse. Il m'écrivait tous les matins, et me venait voir tous les jours, à moins que je ne l'agréasse pas. La lettre était pour savoir mes volontés ; et t[uand je préférais son carrosse à sa personne, il me l'envovait sans murmurer, et j'en disposais sans façon. J'avais une puissance despotique sur toute sa maison. On a rarement
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l'atilorilé en main sans en al)iiser; le petit laqnais qui m'apportait ses lettres vint un jour me dire que son maître l'avait chassé. .le lui répondis, sans m'informer s'il avait tort ou raison : « Retournez chez lui, et dites ((ue vous y resterez, parce que tel est mon plaisir. « L'abbé le reprit sans rien répliquer. Lorsipie je voulais bien aller souper au Temple chez lui ou chez le grand-prieur, il rassemblait, à ses risques et périls, les gens les plus agréables et tous ceux que je pouvais souhaiter.
Knfni il ne songeait qu'à remplir ma vie de tous les amusements dont elle était susceptible, et il me fit connaître, dans sa vieillesse , qu'il n'y a rien de plus heureux que d'être aimée de quelqu'un qui ne rom[)te plus sur soi et ne prétend rien de vous.
(Galerie de r ancien iw cour.)
Le marquis de Saint-Aulaire , âgé de quatre-vingt-douze ans , disait des galanteries à madame la comtesse de Bérauger, et même la pressait beaucoup. Elle lui répondit malignement : « Je n'ai rien à vous icfuscr. — Ah! madame, lui répondit-il, vous banniriez toute la politesse, s'il fallait qu'elle fût prise au mot. "
Ceci rappelle cette répartie d'une jeune personne qu'un vieillard cajolait : » Je vous attraperais bien, lui dit-elle, si je vous prenais au mot ! )'
(Dictionnaire d'anecdotes.)
On raconte que Fontenelle, presque centenaire, se laissa choir en essayant de ramasser l'éventail d'une jeune et jolie femme. Comme elle l'aida à se relever ; II Ah! s'écria-t-il, si j'avais fncore mes (jualrc-vingts ans ! »
L'aventure de l'abbé Gédoyu fait foi (pie, jusqu'à la vieillesse la plus avancée, Ninon conserva le don d'aimer et de plaire. Cet abbé lui fut présenté en 169G. Il avait alors vingt-neuf ans, et Ninon approciiait (le quatre-vingts. Cependant il en dp\int si éperdument amoureux, et la sollicita si vivement , qu'elle consentit à l'écouter. Mais elle ne voulut le rendre heureux qu'au bout d'un certain temps qu'elle lui lix:i. Le terme arrivé, il la conjura, au n(jni df l'aniour, de tenir la paiolc (pi'clie
lui avait donnée. Elle n'avait plus de raisons de différer, et l'abbé, plus amoureux que jamais , lui demanda pourquoi (^lle l'avait fait languir si longtemps. " Hélas! mon cherabbé, répondit-elle, ma tendresse en a souffert autant que la vôtre ; mais c'est l'effet d'un petit grain de vanité que j'avais encore dans la tête. J'ai voulu attendre que j'eusse quatre-vingts ans accomplis, et je ne les ai que d'hier au soir. »
(Mémoires anecdotiques des règnes de Louis XI r et Louis XF.)
Casilant escroc (h).
Le chevalier D... est un excellent comédien. 11 y a quelques aimées ([n'étant retourné à Rouen où il avait un tailleinpour créancier, celui-ci le rencontre, l'aliorde, lui demande sa dette. Le chevalier le regarde avec indignation, lui baragouinede l'allemand, au point d'en imposer à cet homme, qui lui demande pardon et s'en va. Le chevalier contin.ue son rôle de baron allemand, s'introduit chez un conseiller au |)arlement, séduit sa fille et lui fait ini enfant, lui promettant de l'éjjouser. La grossesse reconnue, le conseiller est obligé de consentir au mariage. Dans cet intervalle , le chevalier fait écrire par un de ses amis de Paris au père, qu'il ait à se défier d'un certain baron allemand , qui n'est autre chose que D"'. Ltonncnient du conseiller, qui se met en garde. Les couches se font sourdement, et sous quelcpie prétexte onrenvoie le prétendant. Celui-ci continue les assiduités auprès de la fille qui veut à toute force l'épouser; dans cet intervalle il se présente un parti qu'on propose au père : il accepte, mais ne peut déterminer sa fille. D"" tient bon, se présente toujours pour tenir sa parole, et fait arriver lettres sur lettres qui confirment que c'est un imposteur, qu'on craigne tout de lui, qu'il est homme à déshonorer ime fille et à le jinblier; qu'il faut éconduire un pareil scéléiat à prix d'argent. Le père le tire à part, lui d('clare qu'il lui donnera dix mille fraurs s'il veut se désister, tenir le secret et laisser faire le mariage de sa fille. 11 éloigne bien la proposition : dix mille francs à mi homme rommc lui! Bref, on lui en offre trente qu'il accepte et il déloge. (f.'0/>sen'alew anglais, 1*7".)