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ans, fort gentille, entendait un jour son |icie, assez bon gastronome, disserter avec ses amis sur les espèces de jouissances différentes que procurent la gourmandise et la friandise. « Moi, dit l'enfant, je préfère être friande, parce qu'on a encore faim après. »
[Les classiques de la table.)
Crastronomiqne (Distinction).
Le comte de Bradfort fut cité devant le chancelier pour y être interrogé, afin de montrer s'il n'était pas dans le cas d'interdiction. Le chancelier lui demanda comhie'i un mouton avait de cuisses :
" Votre Seigneurie veut-elle parler d'un mouton vivant ou d'un moutori mort? dit le comte.
— N'est-ce donc pas la même chose?
— Non, mylord, répondit lord Bradfort, il y a une différence de moitié. Un mouton vivant peut avoir quatre cuisses, mais un mouton mort n'en a que deux : celles de derrière qui s'appellent gigots. »
Le chancelier déclara que le comte de Bradfort avait la tête saine et qu'il n'y avait pas lieu de l'interdire.
Ciaucherie.
Madame la duchesse du Maine, quoique pc\i endurante, supportait mes balourdises avec une patience qui m'étonnait d'autant plus que mon extrême timidité les multipliait à l'infini.. . Étant à sa toilette, elle me demanda de la poudre, je pris la l)oite par le couvercle, elle tomba comme de raison, et toute la poudre se répandit sur la toilette et sur la princesse, qui me dit fort doucement : « Quand vous prenez quelque chose, il faut que ce soit par en bas. » Je retins si bien cette leçon que, quelques jours après, m'ayant demandé sa l)Ourse je la pris par le fond, et je fus fort étonnée de voir une centaine de lo\iis qui étaient dedans couvrir le parquet; je ne savais plus par où rien prendre. Je jetai encore tout aussi sottement un paquet de pierreries que je pris au beau milieu.
(M"" de Staal, Mémoires.)
lUvarol disait, en parlant de la maladresse de dames anglaises :
» Elles ont deux bras gauches. »
La physionomie de Beethoven reproduisait énergiquement les irrégularités bizarres de son tempérament et de son esprit ; des traits anguleux, un œil plein de feu sous xnie orbite cave, une démarche lourde et gênée, une gaucherie extrême dans tout ce qu'il faisait. Il était fort rare de lui voir toucher quelque objet sans le laisser tomber ou le briser. Plus d'une fois il renversa son encrieu' dans le piano ouvert et placé près de son bureau. Malheur aux meubles, et surtout aux meubles élégants dont on pouvait lui faiie cadeau ! tout était bousculé, taché, endommagé.
Cependant il se rasait lui-même ; aussi de nombreuses entailles sur sa figure témoignaient-elles constamment de sa proverbiale maladresse. A ces observations, Ferdinand Bies, qui fut son élève de prédilection, en ajoute une autre que l'on peut avoir de la peine à croire, c'est que ce célèbre musicien n'a jamais pu apprend le « à danser en mesure ».
(Sain-d"Arod, Moniteur.)
lîiéiiéalo^le.
MM, d'Urfé se nomment Lascaris en leur nom de famille, et prétendent être issus (les anciens Lascaris, empei'eurs de Constantinople. Le dernier marquisd'Urfé, ((iii avait épousé une d'Alègre, disait à son fils, alors exempt des gardes : « Mon fils, vous avez de grands exemples à suivre tant du coté paternel que du côté maternel. De mon côté, vos ancêtres étaient empereurs d'Oiient, et du côté de votre mère, vous venez des vice-rois de Naples. » Le fils répondit : << 11 faut, monsieur, que ce soient de pauvres gens de n'avoir pu faire qu'un misérable exempt des gardes. D'où vient qu'ils ne m'ont laissé ni l'empire, ni leur vice-rovaulé? »
(Menagiana.)
M""^ Cornuel , ayant vu l'écrit par leipiel M. de N . (personnage fort ennuyeux) démontrait qu'il descendait d'une Jeanne de Ghimel, s'écria : » Je l'avais toujours bien dit, que M. de N. descendait d'une lamentation de Jérémie. »
[Longuertiana.)
Ciéiiéral.
Wellington était très-loin d'être corn-
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niiiiticatir, même avec ses amis les plus intimes. La veille de la bataille de ÂValeiloo il n'avait pas dit nn mot de ce qu'il comptait faire à lord Uxbridge (plus tard marquis d'Anglesea), son chef d'étatmajor.
Ce dernier vint trouver sir Hussey Vivian et lui dit :
<-. Je suis dans une situation difficile. Il y aura demain une grande bataille. Le duc, comme vous savez, ne ménagera pas sa vie ; s.'il lui arrive malheur, je me trouverai aussitôt commandant en chef. Oi', je n'ai pas la moindre idée des projets du duc. Je donnerais tout au monde pour connaître ses dispositions qui, j'en suis sûr, ont été profondément calculées, car je ne pourrais le faire moi-même dans un moment de crise. Je n'ose l'interroger.
Q\ie dois-je faire?
— Consultez Alaviva, répondit Vivian ; peut-être prendra-t-il sur lui de parler au duc. »
Lord Uxbridge suivit le conseil et il se rendit au quartier général, où il trouva le général espagnol :
« J'approuve votre idée, dit Alaviva, lorsque l'Anglais lui eut e.\pli(|ué ses craintes ; la question est sérieuse; mais je ne connais pas assez intimement le duc pour lui demander des explications. C'est vo\is que cela regarde. Si vous voulez, j'irai lui annoncer que vous êtes là. »
Lord Uxbridge hésita un instant, puis il se décida à suivre le général. Il se trouva bientôt eu présence de Wellington. 11 expliqua le motif de sa visite avec le plus de délicatesse possible. Le duc écouta jusqu'au bout sans dire un seul mot. Lors- «ju'il prit la parole, ce fut sans impatience, sans surprise et sans émotion.
« Quel est celui qui attaquera le piemier, de moi ou de Bonaparte? demandat-il froidement.
— Bonaparte, je suppose.
— Eh bien ! continua le duc sur le même ton, Bonaparte ne m'a dit aucun de ses projets, et comme sa conduite doit guider la mienne, comment voulez-vous que je vous dise mes plans? »
Lord Uxbridge baissa la tète et ne répondit rien.
Le duc de fer se leva et vint lui frapper amicalement sur l'épaute.
'< Ce qu'il y a de certain, Uxbridge, ditil, c'est que, quoi qu'il arrive, nous ferons tous les deux noire devoir, »
Puis il lui serra la main et le congédia. {International.)
Ciénéral extraTa(;an(.
Un étranger, qui a enterdu retentir 'e nom de Souvorow, et qui arriveen I ussie, demande à voir ce héios. On lui niontnï un petit vieillard, d'une figure grêle et ratatinée, qui traverse les appartenu uf s du palais en sautant sur un pied, on f curant et gambadant dans les rues, suivi d'une troupe d'enfants à qui il jette îles pommes pour les faire battre, et criant lui-même : Je suis Souvorow ! je suis Souvorow ! Si l'étranger a de la peine à reconnaître dans ce vieux fou le vainqueur des Turcs et des Polonais, il ne lui sera pas difficile de soupçonner à ces yeux hagards et farouches, à cette bouche écumante et horrible, l'égorgeur des habitants de Prague. Souvorow ne serait que le plus ridicule bouffon, s'il ne s'était pas montré le plus barbare guerrier. Ses ma- 'nicres grossières et burlesques ont inspiré aux soldats une confiance aveugle, qui lui tint lieu de talents militaires, et qui fut la viaie cause de ses succès. A l'armée, il vit comme un simple cosaque; il arrive à la cour comme nu ancien Scythe, i:e voulant accepter d'antre logement que la charrette qui l'a amené. Baconter son genre de vie, serait rapporter des extravagances; et certes, s'il n'est pas fou, je mets en première ligne de ses qualités celle de le contrefaire parfaitement ; mais c'est la folie d'un barbare, qui n'a rien de plaisant.
Ses mœurs étaient aussi singulières que son esprit bizarre. 11 se couchait à six heures du soir, se levait à deux du matin, se jetait dans l'eau froide, et s'en faisait verser quelques seaux sur le corps nu. 11 dinait à huit heures : son dîner, comme son déjeuner, consistait en eau-de-vie et e:i quelques mets de soldat grossiers; on tiemblait d'être invité à un pareil festin. Souvent, au milieu du repas, un desesaides lie camp se levait, s'approchait de lui, et lui défendait de manger davantage : « Par (piel ordre? demandait Souvorow. — Par ordre du maréchal Souvorow lui-même ».
répondait l'aide de camp. Souvorow se levait en disant : 'i 11 faut qu'où lui obéisse. » 11 se faisait ainsi commander, en son propre nom, d'aller à la promenade, ou toute autre chose.
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Pendant son séjour à Varsovie, une foule d'officiers autrichiens ou prussiens s'empressaient de voir cet original. 11 s'infoimait, avant de paraître, lesquels étaient eu plus grand nombre. Si c'était les Autrichiens, il se décorait d'un portrait de Joseph II, entrait dans son aniirhamhre en sautant à pieds joints au milieu du cercle de ces officiers, et leur offrait à chacun ce portrait à baiser en répétant : « Votre empereur méconnaît et m'aime aussi. » Si les Prussiens étaient en plus grand nomhre, il se passait un ordre de l'aigle noir, et faisait les mêmes simagrées. A la cour, on le voyait quelquefois courir de dame en dame, et baiser le portrait de Catherine (|u"elles portaient sur le sein, en faisant des signes de croix et des génuflexions.
Il visitait quelquefois les lazarets du camp, se disant médecin. 11 forçait ceux qu'il trouvait ti ès-malades à prendre de la rhubarbe et du sel ; il distribuait des coups de verges à ceux qu'il ne trouvait ([lie faibles. Souvent il chassait tout le inonde hors de l'hôpital, en disant qu'il n'était pas pfM-mis aux soldats de Sonyorow d'être malades.
Dans son armée, il fit défendre toutes les manœuvres qui ont rapport à une retraite, disant qu'il n'en aurait jamais besoin. Il exerçait lui-même ses soldats à charger avec la baïonnette, et de trois manières différentes. Quand il commandait : Marche aux Polonais! le soldat plongeait sa baïonnette une fois; Marche aux Prussiens ! le soldat devait frapper deux fois ; Af arche aux exécrables Français! le soldat devait alors porter deux coups, et un troisième dans la terre, et y enfoncer et tourner la baïonnette. Sa haine contre les F lançais était extrême. Il écrivait de Varso\ie à Catherine, et finissait .souvent par <'es mots : Mère, fais-moi marcher contre les Français. Il s'avançait en effet déjà par la Gallicie à la tète de quarante mille hommes, lors de la mort de Catherine.
Souvent il parcourait son camp, nu en chemise, montant à poil un cheval de cosaque; et le matin, au lieu de faire battre la diane on le rappel, il sortait de sa tente, et chantait trois fois comme un coq : c'était le signal du réveil pour l'armée, et quelquefois celui de la marche et du combat.
Dans la foule des extravagances qu'il faisait on de^ platitudes qu'il disait, s'il se rencontrait un trait singulier ou frap-
pant, tout le monde le répétait ou l'admirait comme un éclair de génie. Cet homme cruel a pourtant quelques vertus : il a montré un désintéressement rare, et même de la générosité, soit en refusant les dons de Catherine, soit en les distribuant autour de lui. Il égorgera le misérable qui lui demande la vie , mais il donnera de l'argent à celui qui lui demande l'aumône : c'est qu'il estime aussi peu l'or que le sang humain. On le voit, presqu'au même instant, grincer les dents de rage comme un furieux, rire et grimacer comme un singe, ou pleurer pitoyablement comme une vieille femme.
(Mémoires secrets sur la Russie.)
Si Souvorow était pressé de quelques besoins, soit à la parade, soit pendant quelques manœuvres publicpies, il y satisfaisait devant tout le monde, afin que le soldat n'eût pas honte , en l'imitant, de céder " >.*«faement aux besoins que la nature a imposés à tous les hommes ; mais, aussitôt après, il se faisait apporter de l'eau et une serviette, pour se laver et essuyer les mains, croyant faire en cela un acte de propreté , et rendre uu hommage public à la pudeur.
Je l'ai vu , tout couvert de ses ordres nombreux, surchargé de diamants, vêtu d'un uniforme de feld-maréchal enrichi de superbes broderies sur toutes les tailles, se moucher dans ses doigts, qu'il essuyait sur sa manche, et cela uniquement parce qu'il se trouvait devant quelques soldats. La première fois que je fus témoin de cette singularité, il s'aperçut d'un mouvement d'étonnement dont je ne fus pas maître, et me dit : « Lorsqu'ils voient leur général se moucher comme eux dans ses doigts, ils n'auront ni honte ni regret de ne point avoir de mouchoirs. »
Néanmoins, l'usage généralement reçu dans la bonne compagnie, de cracher dans sou mouchoir lorsqu'on est en société, lui était souverainement antipathique , et lui faisait éprouver un dégoût qui se peignait sur tous ses traits :
■i Crachez loin de vous! disait-il, et ne renfermez pas avec soin dans votre poche ce»pie vous trouvez trop sale pour mettre à terre. »
(De Guillaumanches.)
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Jiî me souviens que, ayant demandé une fois à Souvorow s'il était vrai qu'à l'armée il ne dormait presque jamais , domptant la nature, même sans nécessité, couchant toujours sur la paille, et ne quittaiit jamais ni ses Ijottes ni ses armes : «. Oui, me dit-il, je hais la paresse, et, dans la crainte dem'endormir, j'ai toujours dans ma tente un coq très-exact à me réveiller fréquemment. Lorsque parfois je veux céder à la mollesse et me reposer commodément, j'ôte un de mes éperons. »
Lorsqu'il fut nommé maréchal de l'empire, il voulut faire lui-même sa réception en présence de ses soldats, de la manière la plus iiizarre. Ayant fait placer dans un des cotés de la nef d'une église, et en colonne, autant de chaises qu'il existait d'officiers généraux plus anciens que lui, il entre en veste dans le temple, franchit en sautant chaque chaise, comme les écoliers lorsqu'ils sautent l'un par-dessus l'autre, et, après avoir ainsi lestement rappelé comment il avait dépassé tous ses rivaux , il se revêt du grand uniforme de maréchal, se couvre des nombreuses décorations qu'on lui avait prodiguées, et invite ensuite gravement les prêtres à terminer cette cérémonie par un Te Deum.
On dit que, lorsque l'empereur d'Autriche lui envoya le plus honorable de ses ordres, il se reçut lui-même chevalier, et se décora publiquement, eu face d'un grand miroir, avec les cérémonies les plus bizarres.
( De Ségur, Mémoires.)
Cîénéral jeune.
Bonaparte ayant été nommé général en chef de l'armée d'Italie, un de ses camarades lui dit : « Tu es bien jeune pour aller commander une armée? — J'en reviendrai vieux, i> répondit-il.
{Révoliitioniana. )
Crénérosîlé.
Escliine disputait à Démosthène la palme de l'éloquence ; mais le peuple avant voulu décerner à ce dernier une couronne d'or, Eschine attaqua à la tribune Ctésiphon, l'auteur du décret : Démosthène se présenta pour le défendre.
Les deux rivaux luttèrent avec vigurui-, déplovèrent toutes les ressources de leur génie. Escliine succomba , et fut con-
damné à l'exil ; mais le généreux Démosthène, loin d'accabler le vaincu du poids de sa gloire, le força à lui pardonner son triomphe. Au moment qu'il sortait d'Athènes, il courut au-devant de lui, lui offrit sa bourse, et l'obligea de l'accepter. Eschine, pénétré de ce procédé, s'écria : « Eh ! comment ne respeclerais-je pas une patrie où je laisse des ennemis si généreux que je désespère de retrouver des amis qui les égalent ?
(Barthélemv, T oy. d'Jnacharsis.)
Alphonse, roi d'Aragon, alla chez un joaillier avec plusieurs de ses courtisans. Il lut à peine sorti de la boutique que le marchand courut après lui pour se plaindre qu'on lui avait volé nu diamant de grand prix.Leroi rentra chezle marchand avec toute sa suite, et se fit apporter un vase plein de son. Il ordonna que chacun de ses courtisans y mît la main fermée et l'en retirât toute ouverte. Il commença le premier. La cérémonie faite, il fit vider le vase sur la table, et le diamant fut retrouvé. Le soin qu'eut ce prince de sauver l'hoiuieur de celui qui avait commis le vol et le moyeu ingénieux qu'il employa, sont l'éloge de sa grandeur d'âme et de son esprit.
(Blanchard, École des mœurs.)
Lorsqu'on vantait à l'empereur Anionin les conquêtes de ces illustres brigands qui ont désolé l'univers, il disait comme Scipion l'Africain : « Je préfère la vie d'uu citoyen à la mort de mille ennemis. »
Quelques courtisans reprochaient à l'empereur Sigismoud, qu'au lieu de fiiire mourir ses ennemis vaincus , il les c<<mblait de grâces, et les remettait eu état de lui nuire. « Ne fais-je pas mourir mes ennemis en les traitant comme mes amis? » répondit-il.
Henri III, roi de France, avait fait arrêter le roi de Navarre , qui fut depuis Henri IV. Ce prince ayant trouvé moyen de s'échapper de sa prison , on soupçonna Fcrvaqucs d'avoir eu connaissance de cette fuite, et de n'en avoir pas donné avis. Le roi, furieux, jura que Fervaques
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paierait de sa tMe celte trahison, et ajouta c|iie relui qui avertirait ce traître lui répondrait de sa fuite. Grillon et plusieurs courtisans étaient présents ; et comme on connaissait Henri III capal)le de faire périr un innocent, Grillon frémit en l'entendant jurer la mort d'un homme de cpialité, bon officiel-, et d'une valeur reconnue. Il résolut de l'arracher au péril pressant où il le voyait. Il va trouver Fervatpies , lui apprend ce qui vient de se passer, et l'exhorte à s'évader. Henri , instruit le matinqueFervaquesa disparu, entre dans une colère affreuse. Son imagination est quelques moments errante sur tous ceux qui avaient entendu son serment; mais bientôt ses soupçons se fixent sur Grillon ; son estime pour lui les combat et les appuie en même temps : « Fervaques , lui dit-il avec un regard furieux, vient d'échapper à ma vengeance, et ne me laisse que l'espoir de l'exercer d'une manière plus éclatante sur celui qui rae l'a dérobé : le connaissez-vous? — Oui, sire, répondit Grillon. — Hé bien ! reprit le roi vivement, nommez-le moi.
— Je ne serai jamais délateur quede moimême, répliqua Grillon ; je suis celui que vous devez punir, celui qui se serait cru l'assassin de Fervaques , si j'eusse gardé un secret qui lui eût coûté la vie. » Le roi , étonné, resta un moment sans parler, les yiux fixés sur lui; puis rompant le silence, il dit : Il Gomme il n'y a qu'un Grillon dans le monde, ma clémence eu sa faveur ne fait pas un exemple dangereux. »
( Blanchard, Ecoledes moeurs.)
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La, reine Ghrisline de Suède avait dit plusieurs fois à Glievreau , secrétaire de ses commandements , qu'elle réservait à Scudéri, pour la dédicace qu'il lui faisait de son yilaric , une chaîne d'or de dix mille livres. Ge présent était fait pour relever la fortune de Scudéri, qui était pauvre. Mais le comte de la Gaidie, dont il était parlé fort avantageusement dans le poëme, étant venu, sur ces entrefaites, à perdre les bonnes grâces de la reine , cette princesse exigea que le nom du comte fut effacé de l'ouvrage. Glievreau en informa Scudéri, qui lui répondit que quand la chaîne d'or serait aussi grosse et aussi pesante que celle dont il est fait mention
dans l'histoire des Incas, il ne détruirait jamais l'autel où il avait sacrifié.
(Dict. d»s hommes illustres.)
Jean Daens, célèbre marchand d'Anvers, éiait extrêmement riche. Ayant prêté à Gharles-Quiut deux millions, il iuvita ce monarque à un grand repas qu'il lui donna chez lui. II le régala somptueusement ; mais nul mets ne lui fut plus agréable que celui qu'il lui servit à la fin. Il se fit apporter sur nn grand plat un petit fagot de bois odoriférant. Il y mit le feu, et y brûla le billet que Gharles-Quint lui avait fait : « Grand prince, lui dit-il, vous m'avez pavé en me faisant l'honneur de venir manger chez moi. »
(Blanchard, Ecole des mœurs.)
Henri IV, chassant dans la forêt d'Ailas, se trouva seul avec le capitaine Micliau , qui avait feint de quitter le service d'Espagne , et de passer à celui de ce prince, pour trouver les moyens de le tuer en trahison. Henri IV, le voyant approcher, lui dit d'un ton assuré : « Capitaine Michau, mets pied à terre, je veux essayer si ton cheval est aussi bon comme tu le dis. » Le capitaine Michau obéit; le roi monte sur son cheval , et saisissant deux pistolets chargés : « Je sais, lui dit-il, que tu veux me tuer; je puis te tuer toi-même si je veux ; » et disant cela, tire les deux pistolets en l'air. Le capitaine Michau, s'étant fort excusé, piit congé du roi deux jours après, et ne reparut plus.
(Henria/ia.)
Le domestique du grand Frédéric, dans le dessein de l'empoisonner, lui apporta sa tasse de chocolat comme à l'ordinaire. Frédéric remarqua en lui un trouble extraordinaire : u Qu'as-tu ? lui dit-il en le regardant fixement; je crois que tu veux m'empoisouner. « .\ ce mot, le trouble d<! ce scélérat augmente ; il se jette aux pieds du monarque , lui avoue son crime et demande pardon. » Sors de ma présence, co(piiii ! » lui dit le roi. Ge fut toute sa punition.
(Freilericlana.)
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