‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 132 sur 156 · GÉ · texte numérisé non relu

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Le duc de !a Vrillière avait eu longtemps de l'attachement pour une femme ([ue, depuis, il avait laissée daus l'oubli. Elle vendit, pour vivre, ses diamants, ses bijoux, ses meubles, puis ses vêtements. Réduite à la dernière misère, elle écrivit au duc ; ce fut en vain. D.ius l'espoir qu'un stvle plus touchant obtiendrait davantage, elle vint trouver Diderot. Voici le premier billet qu'il éciivit au nom de cette infortunée :

<i Tant que j'ai pu vivre, monseigneur, avec les dons de votre tendresse , je n'ai point sollicité les secours de votre pitié ; mais de toute la passion que vous avez eue ]M)ui- moi, il,ue me reste que votre portrait. Demain, si vous ne remédiez à ma misère, je serai forcée de le vendre pour avoir du pain. »

Cette façon d'écrire parut nouvelle au duc. Le lendemain, un chevalier de Saint- Louis vint trouver cette malheur<u^e femme, lui remit cinquante louis, et la l)ria de lui dire le nom de son secrétaire. Klle nomma Diderot, car il ne voulait point se cacher. Un long intervalle de temps s'écoula sans qu'il entendit parler de celte infoitunée. 11 pensait qu'elle avait cessé de vivre, lorsqu'il apprit que, tombée dans le dernier degré de misère et d'inGrmité , elle n'avait pu se traîner jusque chez lui. Elle demandait comme une grâce une place aux Incurables. Diderot écrivit à l'instant au duc de La Vrillière :

11 Monsieur le duc, lui disait-il, toujours au nom de cette pauvre femme, la malheureuse que vous ave/ si longtemps ai niée est sur le point d'expirer dans un grenier. Je ne demande point , monseigneur, de prolonger une existence que vous avez rendue si douloureuse, je vous demande nu lit aux Incurables pour y aller mourir. Si vous ne m'accordez pas cette retraite , si honteuse pour tous deux, je me ferai porter à l'hôpital; j'v rendrai le dernier soupir, vos lettres à la main , et c'est de ce lieu qu'elles vous seront reuvovées. » Elle eut à l'instant même un lit aux Incurables.

C'est ainsi que Diderot employait ses moments : il écrivait des éjiîtres déJicatoires pour des musiciens, des plans de i comédie |)our des soi- disant auteurs dramatiques ; préfaces , prospectus , tables alphabétiques, il consentait à to\U faire. Un homme vint le prier un jour d'an-

noncer, sous le titre d'^i'is au ptiMic, une pommade qui faisait pousser les cheveux : il rit beaucoup, mais il fit l'annonce. Il travaillait pour des corporations , poiu' des magistrats; il a fait des discours au roi, des remontrances au parlement, tous morceaux qui lui étaient ])avés , disait-il, trois fois plus qu'ils ne valaient. Enfin, dans sa jeunesse, il avait écrit des sermons. Un missionnaire lui en commanda six pour les colonies portugaises : u C'est la meilleure affaire que j'aie faite en ma vie, ajoutait Diderot en racontant cette anecdote; on me les pava cinquante éciis chaque. >> Assurément il a^ait plus de mérite qu'un autre à les bien faire (1).

(Barrière, Tableaux de genre et d'histoire.)

Beaumarchais était, dejmis quelques jours, enfermé à l'Abbaye ; il s'entretenait avec les autres prisonniers du sort qui les attendait ; il exerçait son courage en sontenant le leur. Il craignait surtout l'ardente inimitié de Manuel, procureur de la Commune, qui avait été l'objet de sagaîté satirique. Le ]'"'' septembre, vers le soir, ou vient lui dire qu'un membre de la Commune le demande ; il reconnaît Manuel, il frémit : « Vous m'avez offensé, lui dit ce dernier : ce serait un crime à moi de m'en souvenir dans ce moment ; j'ai sollicité votre liberté, et je vous l'apporte ; il n'v a jias de temps à perdre, sortez avec moi tout de suite. » Un pareil traitde générosité, fait observerLacretelle, peut défendre la mémoire de Manuel de complicité daus les meurtres de septembre. (Nougaret, Beaux traits de la révolution française.)

La générosité du général Hoche n'avait point de bornes : " Tu aurais daus ta î)ûurse 200,000 francs de plus, lui dit un de ses proches, si tu ne donnais au tiers et au quart tout ce que tu possèdes. — J'aurais un million de moins, répondit Hoche, daus celle de mes amis, si jeu avais besoin. »

( De Bonnecbose, Lazare Hoche.)

(i) Est-ce bien trement.

On t^n pourrait jug

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?)ir)

M. H. Martin, chef garde-chasse de feu lord Palmerstoii, avait été quarante années au service de Sa Seigneurie , qui i'Iionorait de sa haute estime. 11 disait un jour à lord Palinerston :

« Votre Seigneurie devrait songer à mettre à la raison ses voisins de camjiagne.

— Pourquoi cela, s'il vous plaît ?

— Parce qu'ils viennent chasser sur vos terres et tuer vos plus beaux lièvres.

— Que voulez-vons que j'y fasse?

— Faites-leur nu bon procès.

— Monsieur Martin , reprit le noble lord,yaime mieux avoir des amis que des lièvres. »

( La France.)

Générosité contrariée.

Le roi ( Louis XV ) jouant seul avec son lioussard , lui demanda s'il garderait le secret de ce qu'il allait dire, à quoi ayant répondu qu'il lui obéirait en tout ce que Sa Majesté voudrait bien lui ordonner, le roi, tirant sa montre, lui dit : « J'ai envie de te faire un présent de ma montre; tiens, tends ton gousset. » Et il la fourra luimême dans legonsset duhoussard : « N'en dis mot à personne. — Non, sire, je n'en parlerai point, je vous remercie tres-hnmiilement », en faisant quelques gamiiades (|ui firent rire le roi. Le soir, un valet lie chambre ayant déshabillé le roi, dit à madame la duchesse de Ventadour que la montre ne se trouvait pas. Cette dame i-nvova aussitôt chez le maître de pension du houssard savoir s'il avait sa montre. On le fouilla et on la rapporta à la duchesse. Le lendemain le roi, retrouvant sa montre, la jeta de dépit par terre en disant : <i Madame, quand je donne quelque chose, je prétends (pi'il soit donné et qu'on n'v ti'ouve point à redire.

(Piuvat, Journal de la Urgence.)

Générosité d'an enfant.

Un des petits garçons avec les(piels jouait M. le Dauphin ( fils de Louis XVI ) avait commis une faute dont on accusa le jeune prince. H s'agissait d'une jiorcelaine cassée, et la reine tenait beaucoup à ce brimborion. L'autre enfant n'était |)lns là pour se dénoncer et sauver l'innocent, (pli ne dit pas un mot et se laissa punir, sans chercher à détourner le châtiment

sur le coupable. La punition fut cependant cruelle; on le priva pendant trois jours de sa promenade à Trianon, où il avait des jeux charmants; il ne murmura point et se soumit. La chose fut découverte lorsque l'ami de récréation revint. Non moins généreux que le prince, il se dénonça et reprit toute la faute qui en effet lui appartenait. On demand.i alors à M. le Dauphin pourquoi il ne se disculpait pas.

" Est-ce que c'est à moi d'accuser quelqu'un? » répondit-il.

(Baronne d'Oberkirch, Mémoires.)

Générosité forcée.

Le lendemain des fêtes de la Pentecôte (1717), le czar (Pierre-le-Grand ) passa par les Invalides en revenant du château de Meudon , où l'on disait que l'envie lui ayant pris d'aller à la selle , et étant sur une chaise percée, il demanda du papier au valet qui la lui avait apportée, lequel n'en ayant point à lui donner, ce prince se servit d'un écu de cent sols pour y suppléer, et le présenta ensuite an valet qui s'excusa de le recevoir parce que le concierge lui avait fait défense de rien prendre de personne , ce que voyant le czar, après lui avoir dit plusieurs fois de le prendre, il le jeta plein de vilenie par terre. Le concierge avant ouï ce récit du valet, lui dit en riant de bon cœur : « Va, va , quand tu auras lavé l'écu , il sera aussi bon qu'un autre (1); je suis bien aise que le papier t'ait manqué pour te donner le moyen de boire à la santé du prince avec tes camarades. »

( Buvat, Journal dr la Régence, )

Génie et manies.

Gnillanme-Franeois Rouelle , apothicaire, démonstrateur en chimie au Jardin du Boi, des Académies royales des sciences de Paris et de Stockholm , était un homme de génie sans culture. Il doit être regardé comme le fondateur de la chimie en France; et cependant son nom passera, parce qu'il n'a jamais rien écrit, et que ceux qui ont écrit de notre temps des ouvrages estimables sur cette science, et qui sont tous sortis de son école, n'ont jamais rendu à leur maître l'hommage qu'ils lui devaient.

(i) « L'argent n'a point d'odeur, n disait Vespasien.

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