‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 153 sur 156 · JO · texte numérisé non relu

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On dit que le jésuite Louis Maimbourg ne prenait jamais la pUime sans avoir échauffé son imagination par le vin.

Lorsqu'il avait à décrire une bataille, il en buvait deux bouteilles au lieu d'une, de peur, disait-il , que l'image des combats ne le fit tomber en faiblesse (1). {lyoïw. Dict. Itist.)

lusfituteur de chiens.

Crébillon avait le plus grand faible pour les chiens. Il ramassait et emportait sous son manteau tous ceux qu'il rencontrait dans les rues. Beaux ou laids, propres ou non, ils trouvaient chez lui l'hospitalité; mais il exigeait de chacun d'eux de l'aptitude pour certains exercices.

Quand an terme prescrit l'élève était convaincu de n'avoir pas profité de l'éducation qu'on lui avait donnée, l'auteur de Rkndamistc le reprenait sous son manteau , l'allait poser sur le pavé où il l'avait ramassé , et détournant les yeux eu gémissant, il l'abandonnait à son mauvais sort.

(Galerie de V ancienne cour.) ,

Institutrice (Une).

Autrefois les tableaux nouveaux étaient exposés an Louvre tous les doux ans, dans le grand salon seulement. Un joui', ma grand'mére fit demander qu'on l'y laissât entrer à nue heure où il n'y avait personne : j'avais alors dix ou onze ans ; elle me mena avec elle. A peine fùmesnons arrivées, (|ue les deux battants s'ouvrirent, et nous vîmes entrer les trois petits princes d'Orléans et leur sœur. Mademoiselle, conduits par madame de Gfulis, à la fois leur gouverneur et leur gouvernante ; puis venait tout le cortège princier. Ma grand'mére dit aux personnes qu'elle avait amenées : » Oh! quel bonheur ! il y a des siècles que n'ai rencontré madame de Genlis. » — Elles s'avancèrent tout de suite l'une vers l'autre. Madame de (îenlis était mise très-simplement, en couleur sombre; je ci'ois même être sûre (pie le capuchon de son mantelet noir était sur sa tète. Les petits princes étaient bien singuliers

(i) nraiicoup d'actevirs et tl'arlrices, en particulier iM"" Dumrsnil et iM"° I.a^ui'rrc, pour ne pas parler des conlemporains, nul passé pour ])uiser rinspiratiuii a la même source. Voir .Vc-

pour ce temps-là, car ils étaient coiffes comme de petits Anglais, les cheveux tombant bouclés sur les épaules et sans poudre , chose fort étrange à cette époque. Ma grand'mére vit à côté de madame de Genlis une charmante petite fille de sept ans. Elle lui dit : « Quelle est donc cette ravissante créature ? — Oh ! répondit madame de Genlis à demi-voix, mais je l'entendis , c'est une histoire bien touchante , bien intéressante , que celle de cette petite : je ne puis vous la raconter en ce moment. » Elle ajouta : « Vous ne voyez rien encore, vous allez juger de cette figure-là ! » Puis, élevant la voix : « Paméla, faites Héloïse ! » Aussitôt Paméla ôte sou peigne ; ses beaux cheveux sans poudre tombent en longues boucles , elle se précipite un genou en terre, lève les yeux au ciel, ainsi qu'un de ses I bras, et sa figure exprime une extase passionnée. Paméla reste en attitude! ! ! ! ! Pendant ce temps, madame de Genlis paraît ravie, fait des signes, drs remarques à ma grand'mére, qui lui fait des compliments sur la beauté et la grâce de sa jeune élève. Poiu' moi , je restai stupéfaite par instinct et sans rien comprendre. Ma grand'mére s'en fut bien vite, pour rire de cette rencontre

(Mémoires de la marquise de La Rocitejaqttelein.)

Instructions diplomatiques.

.\yant reçu l'ordre de me rendre A Dnsseldorf pour y recevoir le grand-Jucbé de Berg des mains des ministres de l'ancien possesseur et pour en prendre l'administration,... je me rendis chezl'archichancelier (Cambacérès) pour prendre congé : « Mon cher Beugnot , me dit le prince, l'empereur arrange les couronnes comme il l'entend. Voilà le grand-duché de Beig qui passe à Naples, je le trouve fort bien ; mais le grand-duc m'envoyait tous les ans deux douzaines de jambons de son grand-duché , et je vous préviens que je n'entends pas les perdre, vous vous arrangerez en conséquence. »

(Beugnot, Mémoires.)

Instructions ministérielles.

Jamais courtisan n'entendit mieux raillerie que M. d'Aiigonléme. Le cardinal de Richelieu, en lui donnant à commander

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lia corps (l'armûc, eut hicii la niiaulc de lui dire : « Monsieur, le roi entend que vous vous absteniez de... » Et en disant cela , il faisait avec sa main la patte de chapon rôti, lui voulant dire qu'il ne fallait pas griveler ('voler). Le bonhomme , comme vieux courtisan, au lieu de se fâcher, lui répondit en souriant et eu haussant les épaules : « Monsieur, on fera tout ce qu'on pourra pour contenter Sa Majesté. »

(Tallemant dos Réaux.)

Insulte impunie.

Un officier se plaignait au maréchal de Richelieu d'avoir été insulté parjUn de ses camarades , qui l'avait même frappé : « Est-ce que vous n'aviez pas d'épée, dit le maréchal? — Non, mon colonel. — Est-ce que vous n'aviez pas de couteau ? — Non, monseigneur. — Eh ! f ... , vous aviez du moins votre cure-dent , » ajouta le maréchal en lui toinuant le dos. (Improvisateur français.)

Intérêt personnel.

Un jour qu'on parlait devant Talleyrand d'un rhume de M. de Sémonviile :

» Quel intérêt a donc M. de Sémonviile à être enrhumé? » demanda Tallejrand.

Intermédiaire entre deux époques.

Si je vis vieux (1720) j'aurai à dire une chose bien |)arliculière : j'ai vu et lié amitié avec un homme qui avait couché avec une maîtresse de François I^"".

Ce roi est mort en 1547. 11 avait eu les faveurs de cette femme , dont je ne sais pas le nom, peu de temps avant de mourir. Cette petite fille vécut fort vieille et fort luxurieuse ; sur ses vieux jours, elle entretint pendant un an entier un jeune mousquetaire nommé Vitrac. C'est ce bonhomme dont je parle , et (pii a été jnon ami. 11 avait eu pour parrain le duc de Montmorency, pris à Casteliiaudary , puis décapité. 11 était borgne. Il a vécu fort vigoiueusement jusqu'à quatrevingt-dix ans, et c'est à quatre-vingts ans que j'ai commencé à le connaître. Il montait à cheval comme un des meilleurs écuyers du roi.

(Marquis d'Argenson, Mémoires.)

Quelque temps après la Terreur, une femme que distinguaient enti'e toutes, ses manières , son esprit , ses talents , madame de Bawr, se trouvait placée , dans un dîner, en face d'une personne, jeune encore , qui commença un récit par ces mots : <c Louis XIV disait à mon mari... — Oh! mon Dieu! dit tout bas madame do Bawr en se penchant vers sa voisine , qu'elle ne connaissait pas davantage, cette dame aurait-elle perdu la raison? — Pas le moins du monde, répondit avec la même réserve la voisine consultée; cotte dame est mademoiselle de Lavaux , troisième femme du duc de Richelieu', qui l'épousa on 1780, quand elle n'avait que trenteans oî qu'il en avait quatre-vingt-((ualre. Vous savez t(u'il était né en lOliG, et que par conséquent il a vu les dernières années de Louis XIV, mort en 1715. »

(Préface des mémoires île Richelieu.

Édition Barrière.)

InterTention charitable.

Un homme ayant été condamné à être pendu, comme il était monté à la potence, quantité de petits garçons (car il n'en manque pas en pareilles occasions ) l'agaçaient, et le touchaient, avec leurs bâtons, lui jetant des pierres, et lui disant mille discours. De quoi une bonne femme ayant compassion , leur dit . « Tirez-vous d'ici, canaille ; ils tourmenteront tant ce pauvre homme, queje crois qu'ils le feront devenir fou. »

(D'Ouville, Contes.)

Intrépidité.

Don Garcio Percz de Vargas, cavalier célèbre par sa valeur, rencontra , lui second , sept Maures qu'il se mit en devoir d'attaquer. Sou compagnon lefusa de tenter l'aventure, et se retira avec précipitation. Vargas ne crut pas devoir se mesurer seul contre sept; mais il les attendit avec l"ierté , bien résolu de les combattre, s'ils venaient l'attaquer. Les ennemis, l'ayant reconnu, n'osèrent passer outre.

Quand il leur eut donné le temps de se décider, il leprit, au petit pas, le chemin du camp. 11 en était déjà assez piès, lors- (pi'il s'aperçut (pi'il avait perdu l'agrafe (pii fermait son cascpie. Il retourne sur ses pas, et va la chercher jus(|u'au lieu où les cavaliers sarra/ins j)araissaient en-

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rore. Il la ramasse , et revient avec la même gravité que la première fois. <c Cette ])ravoiire espagnole fut fort applaudie , dit un historien ; et, ce qui doit être du goût de toutes les nations, ou ne put jamais le forcer à dire le nom du timide guerrier qui l'avait abandonné dans le j)éiil. »

(anecdotes militaires.)

Les ennemis de Guillaume d'Orange , depuis Guillaume III , roi d'Angleterre, avant observé , durant la bataille qu'il donna sur les rives de la Boyne, en Irlande, l'endroit oùil était, traînèrent vis-à-vis de lui deux pièces de campagne, et le blessèrent à l'épaule d'un boulet de six livres. Ce coup effraya tous ceux qui étaient près de lui. Lui seul n'en parut point ému : " II n'aurait pas fallu que le coup fût tiré de plus près, dit-il froidement. " Il se fit ensuite panser, à la tète de ses troupes, et demeura à cheval, jusqu'à ce qu'il eût gagné la bataille.

(Improvisateur français.)

Lors des barricades de 1C4S, le président Mole fit ouvrir les portes de sou hôtel, que l'on venait de fermer: « La maison d'unpremier président, dit-il, doit toujoins être ouverte à tout le monde. »

— Un mutin l'ayant un jour insulté au milieu d'une place publique , jusqu'à lui prendre la barbe, qu'il portait fort longue, il le menaça de le faire pendre. Cette menace aurait pu lui devenir funeste. Mais lorsqu'on lui disait qu'il devait moins s'exjioser à la fui-eur du peuple, il répondit <c que six pieds de terre feraient toujours raison au plus grand homme du monde. » (Panckoucke.)

Jean-Bart , abordant un vaisseau contre-amiral hollandais, promit une réconipense àceluiqui lui amènerait le pavillon contre-amiral et le pavillon de poupe.

Un jeune marin, s'étant élancé avec les autres sur le vaisseau ennemi , monte au haut d'un des mâts jiour enlever lepavillon demandé. Le contre-maître l'aperçoit, et lui tire deux coups de fusil , dont un lui jierce la main, et l'autre la cuisse. Le marin , d'un sang-froid incrovable , envelo|)pe sa main avec son mouchoir, sa

cuisse avec sa cravate, continue de monter, enlève le pavillon de contre-amiral , s'en fait une ceinture, et descend pour enlever le pavillon de poupe. Il l'ajdéjà détaché à moitié. Le contre-maître l'aperçoit encore, et lui donne un coup d'espoiv ton. Le marin se retourne , prend une hache d'armes qu'il a à son côté, endonne un coup de pic au contre-maître, lui crève un œil, le renverse, continue de détacher le pavillon, et va le porter à Jean-Bart. (Thibandeau, à la Com: Nation.)

Au milieu de l'insurrection du 20 juin 17 92, qui avait envahi les Tuileries, Louis XVl, invincible dans sa résistance constitutionnelle, éluda ou lefusa toujours d'acquiescer aux injonctions des séditieux. « Gardien de la prérogative du pouvoir exécutif, je ne la livrerai pas à la violence, répondit-il ; ce n'est pas le moment de délibérer quand on ne délibère pas librement. — N'ayez pas peur, Sire, lui dit un grenadier de la garde nationale. — Mon ami , lui répondit le roi , en lui prenant le bras et en l'approchant de sa poitrine, mets ta main là, et vois si mon cœur bat plus vite qu'à l'ordinaire. » Ce geste, ces paroles de confiance intrépide , vues et entendues de la fou'e, retournèrent le cœur des séditieux.

(Lamartine, Hist. des Girondins.)

Pendant la marche de Hoche à travers les Vosges pour tomber sur l'armée autrichienne , deux redoutes formidables , établies à Reischolfcn et à Freischwiller, dé-' fendaient le passage. Hoche, sous le feu de leurs canons , imagina de mettre ceux-ci à l'encan:« Camarades, s'écric-t-ilgaiement, à sixcents livres la pièce. — Adjugé ! » répondent ses braves , et ils fondent sur h s ledoutesau pas de charge, y pénètrent , tuent lescanoniersct s'empaieut de Icui pièces.

(De Bonnechose , Lazare Hoche.)

Un jour, pendant le siège de Toulon, à la batterie des Sans-Culottes , un commandant d'artillerie venu de Paris depuis peu de jours pour diriger les opérations du siège en ce qui regardait l'artillerie sous les ordres de Cartaux, demanda à l'officier du poste un jeune sous-officier

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qui ei'it en même temps de l'aïKlare et de riutelligeiice. Le lieutenant appelle aussitôt la Tempête , et Junot se présente. Le commandant fixe sur lui cet œil qui semblait déjà connaître les hommes. « Tu vas quitter ton habit , dit le commandant , et tu iras là porter ces ordres. » 11 lui indiquait de la main un point plus éloigné de la côte , et lui expliqua ce qu'il voulait de lui. Le jeune sergent devint rouge comme une grenade, ses yeux étincelèrent. » Je ne suis pas un espion, répondit-il au commandant ; cherchez un autre que moi pour exécuter ces ordres. « Et il se retirait. « Turefusesd'obéir .' lui dit l'officier supérieur d'un ton sévère ; sais-tu bien à quoi tu l'exposes? — Je suis prêt à obéir, dit Junot, mais j'irai là où vous m'envoyez avec mon uniforme, ou je n'irai pas. C'est encore bien de l'honneur pour ces... Anglais. « Le commandant sourit, en le regardant attentivement. « Mai-; ils te tueront ! reprit-il. — Que vous importe?

Vous ne me connaissez pas assez pour que cela vous fasse de la peine, et quant à moi, ça m'est égal... Allons, je pars comme je suis , n'est-ce pas ? » Alors , il mit la main dans sa giberne. « Bien! avec mon sabre çt ces dragées-là , du moins la conversation ne languira pas , si ces messieurs veulent causer. »

Et il partit en chantant. Après son départ : « Comment s'appelle ce jeune homue? demanda l'officier supérieur. — Junot. — 11 fera son chemin. « Alors le commandant inscrivit son nom sur ses tabletles. On a facilement deviné que l'officier d'artillerie était Napoléon.

Peu de jours après, se retrouvant àcetle même batterie que l'on appelait la batterie des Saiis-Culottes, Bonaparte demanda quelqu'un qui eut une belle écriture ; Junot sortit des rangs, et se présenta. Bonaparte le reconnut pour le sergentqni déjà avait fixé sou attention. Il lui témoigna de l'intéi et, et lui dit de se placer pour écrire sa lettre sous sa dictée. Junot se mit sur l'épaulement même de la batterie. A peine avait-il terminé sa lettre , qu'une bombe lancée parles Anglais éclate à dix pas, et le couvre de terre ainsi que la lettre. « Bien, dit en riant Junot, nous l 'avions pas de sable pour sécher l'encre. » l.ona])arte arrêta son regard sur le jeune sergent ; il était calme et n'avait pas même tressailli. Cette circonstance décida de sa fortune. (Duchessed'Abrantès, Mémoires.)

En 181? , le maréchal Oudinot, au passage de la Bérésina, reçut deux balles et ne voulut pas quitter le champ de bataille. L'empereur, le soir, lui adressait des reproches affectueux sur l'imprudence avec laquelle il s'exposait sans cesse , en lui disant :

« Lorsque vous êtes quelque part , ou ne craint que pour vous. — Bah ! lui répondit le duc de Reggio , je ne veux pas mourir sans avoir au moins autant de blessures que le maréchal de Boucicault : il en avait trente-neuf, j'en ai trente-cinq ; à deux par jour , comme aujourd'hui, j'y serai bientôt. »

[Moniteur de l'arme'e.)

Au 24 février, une fusillade dirigée contre lesfenêtresde l'hôtel de villeet contre les volontaires qui y défendaient le gouvernement provisoire , se fait entendre.

M. de Lamartine sort ; quelques gardes nationaux , quelques élèves de l'École Polytechnique, quelques intrépides citoyens luttent corpsà corps aveclesenvabisseurs : » Lamartine est un traître? — N'écoutez pas Lamartine ! — A bas l'endormeur ! — .\ la lanterne les traîtres. — La tète ! la tête de Lamartine ! » crient quelques forcenés, dont il repousse les armes en passant. '< Ma tête, citoyens, 'leur dit-il, plût à Dieu que vous l'eussiez tous en ce moment sur vos épaules : vous seriez plus calmes et plus sages. » A ces mots, les imprécations se changent en éclats de rire , et les menaces de mort en serrements de mains. (Docteur Véron, Mémoires d'un bourgeois de Parii.)

Intrigants*

Il arriva à Varsovie un carme français qui fit demander au roi Jean SobiesUi Ires-instamment la permission de lui parler eu particulier. Il remit au roi une lettre dont le sens portait que celui qui avait l'honneur d'écrire à Sa Majesté, n'avant pas celui d'être connu d'elle, se trouvait obligé, aux dépens de la réputation de sa uière, de faire souvenir Sa Majesté quêtant en France , au sortir de l'académie, il avait eu commerce avec une belle femme, qui parce qu'elle était mariée avait fait paraîtie comme de son mari un fils qu'elleavait eu l'Iionncin d'avoir de Sa Majesté; que ce fils avait eu, des biens

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de son prétendu père , la seule fortune d'acheter la charge de secrétaire des commandements de la reine de France; que puisque la fortune et le mérite du roi avaient mis le père surletrône, celui qui avait l'honneur de se trouver et de s'avouer son fils avait lieu d'espérer quelque élévatiou; qu'au surplus il avait l'avantage d'être protégé et considéré de la reine, à laquelle il avait fait confidence non -seulement de ce qu'il était, mais de la prière qu'il faisait à Sa Majesté ])olonaise ; et qu'en le reconnaissant pour son fils, la reine serait fort contente de contribuer de son côté à la prière qu'il lui faisait de demander au roi de le faire duc et pair.

Cette lettre était signée Brlsacier, secrétaire des commandements de la reine Marie-Thérèse , et portait que le carme aurait l'honneur d'entretenir Sa Majesté de quelques circonstances auxquelles il supplierait le roi d'avoir attention. Et tout de suite le carme lui remit deux lettres, l'une de la reine, dans les termes du monde les plus forts pour obliger Sa Majesté polonaise de demander au roi son mari la grâce de faire Brisacier duc, et l'autre était une lettre de change de cent mille écus, payable à Dantzick, aux ordres- du roi de Pologne. Tout cela était accompagné d'un très-beau portrait de la reine de France, dont le cadre était orné de quantité de diamants; et ce portrait, que le carme lui remit, était au moins de vingt ou vingt cinq mille écus.

Le roi, surpris d'une aventure si nouvelle, ne se souvint ni de madame Brisacier, ni d'avoir cru avoir un fils ; mais comme, dans le temps de ses premiers voyages en France, il avait eu commerce avec plusieurs femmes de moyenne vertu, il était possible que tout ce que contenait la lettre signée Brisacier fût vrai. Le roi commença de se saisir du portrait, envova à Dantzick savoir si la lettre de change, dont il prit copie , était de l'argent comptant ; et lorsqu'il eut appris fpi'effectivement rien n'était meilleur que la dite lettre de change, ce prince fit réflexion qu'au bout du compte cent mille écus étaient toujours aussi bons à prendre que le portrait, qu'il avait mis à part ; (|ue la lettre de la reine de France était une chose effective, qui ne lui laissait quasi pas à douter que Brisacier ne jiùt être sou fils ; et il remit au caime

une lettre pour le roi, qui contenait partie de ce que portait celle de Brisacier, et le suppliait d'avoir égard qu'ayant ua fils en France qu'il voulait reconnaître, il conjurait Sa Majesté de l'honorer de ses grâces, et de vouloir bien, à sa prière, le faire duc. Movennant cette lettre, que Sa Majesté Polonaise remit au carme, il eut l'industrie de tirer la lettre de change. Ce prince aimait l'argent, et ne perdit pas de temps à envoyer à Dantzick prendre les cent mille écus qu'elle portait.

La surprise du roi ne fut pas médiocre quand il reçut la lettre du roi de Pologne. Brisacier n'était ni de figure, ni n'avait jamais été regardé que comme un sujet très-médiocre , que l'on trouvait même très-honoré de l'emploi de secrétaire des commandements de la reine, qu'il exerçait.

Sa Majesté tint le cas secret, et écrivit au marquis de Béthune de découvrir si effectivement le roi de Pologne était persuadé que Brisacier fût son fils.

Le marquis prit le temps que le roi était de bonne humeur à la chasse. « 0serai-je. Sire, lui dit-il, demander à Votre Majesté ce que c'est qu'un nommé Brisacier , qui l'ait courre le bruit en France qu'il a l'honneur d'être votre fils; et que Votre Majesté, prête à le reconnaître, a demandé au roi, mon maître, de l'élever à la plus haute dignité de son royaume.' — Le diable m'emporte , dit le roi, si je sais ce que c'est que monsieur ni madame Brisacier ! Je n'étais pas chaste quand j'étais en France, y ayant de bonnes et de mauvaises fortunes. » Et tout de suite , le roi lui conta ce que contenait la lettre de Brisacier, les éclaircissements qu'il lui donnait de sa naissance, la circonstance de la lettre de change de cent mille écus et celle du portrait enrichi de diamants ; et ajouta que ce qui l'avait le plus déterminé à croire que le dit Brisacier était véritablement son fils, c'était nue lettre de la reine de France qui le lui assurait, et qu'elle le protégeait et paraissait avoir une extrême considération pour lui.

.\u retour de la chasse, le roi lui remit l'original de la lettre de la reine de France. Le marquis de Béthune l'envoya au roi son maître, qui passa chez la reine , et lui dit : « Voyez , madame, ce que c'est que cette lettre. »

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La reine reconnut son seing, et dit :

« C'est mon écriture. » Et à mesure qu'elle la lisait sa surprise augmentait, et continua de dire qu'elle n'avait jamais pensé à une telle impertinence , qu'elle ne savait ce que c'était , et qu'il fallait que Brisacier fût devenu fou ; qu'apparemment le fripon lui avait fait signer cela en lui présentant des lettres de compliments, que l'on signe d'ordinaire sans les voir,

» Oh ! bien , madame , dit le roi, prenez garde dorénavant à ce qu'on vous fait signer. J'exige de vous que vous ne disiez rien du tout de cette aventure à ce fou -de Brisacier. » Peu de jours après, le roi le fit arrêter et l'envoya à la Bastille ; on saisit tous ses papiers et on l'interrogea.

Ce petit extravagant avoua qu'il avait imaginé toutecette bellehistoire. Le roi envoya les interrogations et les dépositions du tout à Sa Majesté polonaise, qui connut si bien la fausseté de l'eiygagement où on l'avait voulu mettre qu'il fit des excuses au roi de sa crédulité.

Quand Bi isacier eut fait quelque pénitence à la Bastille, on le mit en liberté comme un fou, avec ordre de sortir de France. Son premier soin fut de courir après la lettre de change que le roi de Pologne avait touchée. Il se rendit à Varsovie, pour essayer d'en rapporter quelque chose. Le roi le reçut comme un fripon et comme un imposteur. Cependant les créanciers firent tous de si justes représentations à Sa Majesté polonaise, qu'il promit d'en payer quelques-uns. Les princes ont toujours de la peine à rendre ce qu'ils ont touché. On donna cinq à six cent pistoles à ce malheureux, qui passa en Moscovie, où il mourut, dans le dessein d'aller aux Indes chercher la fortune qu'il n'avait pu faire en Europe , et le roi peu à peu, dans l'espace de quatre ans, rendit aux créanciers la somme qu'il avait touchée.

(L'abbé de Choisy, Mémoires.)

On s'est beaucoup entretenu et l'on s'entretient encore (1775) d'une histoire fort extraordinaire qui est arrivée en Saxe. Le héros n'est pas d'une condition fort élevée. Il se nommait Schropfer, cafetier de son métier, et était chef d'une loge de francs-maçons, abhorrée de celle

qui est en vogue à Leipsick et à Dresde. S'étant vanté l'année dernière d'être eu correspondance avec le prince Charles de Saxe, duc de Courlande, pour les affaires de la maçonnerie , il eut à essuyer une petite disgrâce; les vrais maçons l'accusèrent auprès du duc, qui, indigné de son audace, ordonna au colonel Zanthier de le faire prendre par ses soldats, de lui faire administrer cinquante coups de bâton et d'en tirer quittance; ce qui fut exactement exécuté (1). Ce revers, loin d'abattre son courage , ne fit que redoulder son ardeur à déployer ses talents pour faire des prodiges. Dans les assemblées nocturnes de ses maçons , il faisait voir à ses disciples les âmes des bienheureux et des damnés; à l'un il faisait apparaître son père mort, à l'autre sou frère, etc.

Plusieurs personnes en devinrent folles, ce qui lui attira bientôt la réputation d'un homme extraordinaire, d'un homme inspiré qui commandait aux habitants du ciel et de l'enfer. Pour en imposer par le rang, il prit le titre de colonel au service de France , et se dit bâtard du prince de Conti , quoiqu'il ressemblât beaucoup à deux frères qu'il a à Leipsick , où il jouait ses farces, dont l'un est banquier, et l'autre aubergiste. Il brisa son enseigne à café et convertit sa maison en hôtel de Schropfer, où il ne recevait plus que des gens de distinction, et ce qu'il y a de plus plaisant, c'est qu'en effet, les gens de distinction recherchèrent sa connaissance. Parmi les sectateurs qu'il avait à Leipsick, le plus zélé était M. du Bose. Cet honnête négociant lui fournissait de l'argent tant qu'il en voulait , croyant bien n'y rien perdre, attendu (pio parmi les sciences que possédaitM. Schropfer la moindre était celle de faire de l'or. Au commencement du mois de septembre dernier, ces deux messieurs se rendirent à Dresde, précédés par la renommée. Il eut la gloire d'attirer dans son parti le duc de Courlande même, qui, à force de caresses, lui fit oublier ses mauvais traitements. M. le colonel faisait une dépense enragée à l'hôtel de Pologne.

Le Champagne et le punch coulaient à grand^ flots. Dès qu'il était minuit, il faisait ranger sesspeitaletu'sau fond d'iuie

(i) Nous avons déjà vu parril Irait raconté du gazelior Grotz.Voir Coups de iâton [Récépissé Je),

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salle et commençait ses conjurations.

Aussitôt les portes s'ouvraient avec fracas, et l'on voyait paraître, sous difféi entes figures, des spectres qui répondaient aux questions qu'on leur faisait. C'est ainsi que le duc de Courlande a vu le chevalier de Saxe et le feu roi de Pologne son père. Admiré des grands et des petits, Schropfer passait pour un homme divin, lorsque M. de Mariiois vint troubler la fêle. En qualité de résident de France, il se crut en droit de lui demander son ])revet de colonel. Malgré la protection du duc, le résident déclara que le colonel était un imposteur, et qu'il lui ferait arracher la cocarde et l'épauiette : le colonel, ne pouvant pas se légitimer à Dresde, revint à Leipsick ; il y continua ses prodiges avec le même succès et le même concours. Le 7 octobre , il donna un grand souper à ses plus zélés partisans, et les invita pour le lendemain à une partie de promenade au Rosenthal. Le 8, à la pointe du jour , il sortit de la ville en leur compagnie. Chemin faisant, il leur dit qu'il n'ignorait pas les discours que l'on tenait sur son compte , qu'il voulait confondre ses ennemis par un prodige tel qu'ils n'en avaient pas encore vus. Arrivé à l'entrée du Rosenthal, il rangea ses gens en croix, et leur dit d'être bien attentifs à ce qu'il allait faire : à ces mots , il se retira derrière une charmille. Les spectateurs, dans l'attente, ouvrent les yeux et les oreilles, lorsqu'ils entendent un coup de pistolet : c'était Schropfer qui venait de se casser la tête. Telle a été la fin de cet homme singulier (1).

{Correspondance secrète.)

Infri«'ant (Riised').

?!. de Machault, contrôleur général des fii);iiices, avait perdu une levrette qu'il aimait beaucoup. Le sieur Uouret en fait chercher une exactement semblable. 11 la trouve, la prend chez lui. 11 fait faire un mannequin qu'il revct d'une simarre, ornement que portait toujours le contrôleui' général comme garde des sceaux. H hajjitue celte chienne à caresser ce simulacre, à ne manger qu'après lui avoir rendu hommage. Quand il la juge assez bien dressée, il la mène avec lui, et dès que

(i) Voir Cliarlalans.

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l'animal voit M. de Machault, il court au ministre tt saute à sou cou, au point que celui-ci croit que c'est son chien. Ou sent combien un homme capable d'une constance aussi minutieuse et aussi recherchée doit réussir auprès des grands.

{L'Observateur anglais.)

Intrio^aute.

Mon père m'avait donné une espèce de gouvernante , ou plutôt ce que l'on appelle une bonne, qui avait une nièce du même âge que le mien. Jusqu'à l'époque de notre première communion, elle venait passer ses jours de vacances chez sa tante et jouait avec moi. Lorsqu'elle eut atteint l'âge de douze ans, mon père déclara qu'il ne voulait plus que cette petite vint jouer avec moi et mes sœurs. L'éducation soignée qu'il voulait nous donner lui faisait craindre des relations intimes avec uiiepetite personne destinéeà l'étatdecouliiriere et de brodeuse. Cette petite fille était jolie, blonde et d'un maintien très-modeste. Six ans après l'époque où mon père lui avait interdit l'entrée de sa maison, le duc de la Vrillière, alors M. le comte de Saint-Florentin, lit demander mon père : " Avez-vous, lui dit-il, à votre service une femme âgée, nommée Paris.' » Mon père lui répondit qu'elle nous avait élevées et était encore chez lui. « Connaissez-vous sa jeune nièce.' » reprit le ministre. Alors mon père lui dit ce que la prudence d'un père qui désire que ses enfants n'aient jamais que d'utiles liaisons lui avait suggéré il y avait six ans.

• Vous avez agi iiien prudemment , lui dit M. de Saint-Florentin; depuis quarante ans que je suis au ministère je n'ai pas encore rencontré une intrigante plus audacieuse que cette petite grisette : elle a compromis dans ses mensonges notre a gus'e souverain , nos pieuses princesse mesdames Adélaïde et Victoire, et l'esi niable monsieur Baret , curé de Sai Louis, qui dans ce moment est interdit ses fonctions curiales jusqu'à l'éclaircisi meut parfait de cette infâme intrigue, petite personne est à la Bastille en ce mO' ment. Imaginez-vous, ajouta-t-il , qu'à l'aide de ses astucieux mensonges elle a soustrait plus de soixante mille francs à divers gens crédules de Versailles : aux uns elle affirmait qu'elle était maîtresse du roi, se faisait accompagner par eux

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