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ce nombre était M"" Lise. Lorsqu'elle se présenta pour se faire iuscrire, on lui demanda où était son amoureux. Elle répondit qu'elle n'en avait point, qu'elle croyait que la ville fournissait de tout, et la ville en effet lui choisit un mari (1). La figure d'une pareille niaise était sans doute à conserver, et c'est ce qu'a fait M. Hcudon.
(Bachaumont, Mémoires secrets.)
Ing^ratitude.
Le cardinal de Richelieu faisait écrire la nuit quand il se réveillait. Pour cela on lui donna un pauvre petit garçon de Nogent-le-Rotrou, nommé Chéret. Ce garçon plut au cardinal, parce qu'il était secret et assidu. Il arriva, quelques années après, qu'un certain homme ayant été mis à la Bastille, Laffemas, qui fut commis pour l'interroger, trouva dans ses papiers quatre lettres de Chéret , dans l'une desquelles il disait à cet homme: « Je ne puis vous aller trouver, car nous vivons ici dans la plus étrange servitude du monde, et nous avons affaire au plus grand tvran qui fut jamais. » Laffemas porte ces lettres au cardinal, qui aussitôt tait appeler Chéret. « Chéret, lui ditil, qu'aviez-vous quand vous êtes venu à mon service? — Rien, monseigneur.
— Écrivez cela. Qu'avez-vous maintenant ? — Monseigneur, répondit le pauvre garçon bien étonné , il faut que j'y pense un peu. — Y avez- vous pensé?
dit le cardinal après (pielque temps.
Oui, monseigneur, j'ai tant en cela, t.mt eu telle chose , etc. — Écrivez : » Quand cela fut' écrit ! « Est-ce-tout? — Oui , monseigneur. — Vous oubliez, ajouta le cardinal, une partie de cin- (piante mille livres. — Monseigneur , je n'ai pas touché l'argent. — Je vous le ferai loucher ; c'est moi (jui vous ai fait faire celte affaire. » Somme toute, il se trouva six vingt mille écus de bien.
Alors il lui montra ses lettres. » Tenez, n'est-ce pa.« là votre éciilure? lisez.
Allez, vous êtes un cocpiin; que je ne vous voie jamais. » M""" d'Aiguillon et le grand maître le firent repiendreau cardinal ; peut-être savait-il des choses qu'il craignait qu'il divulguât.
(i) Voir Nai.eléi
Louis XIV disait que, quand il nommait quelqu'un à une place, il faisait quatrevingt-dix-neuf mécontents, et un ingrat.
{Improvisateur français. )
Le marquis de *", voulant entrer dans un balelet pour traverser la Seine, fit un faux pas, et tomba dans la rivière; le batelier l'en retira fort heureusement. Ce marquis,' au lieu de lui témoigner de la reconnaissance, ne fut pas plutôt remis (le sa chute qu'il se fâcha contre le batelier, en lui disant qu'il se serait bien retiré lui-même, et qu'il ne lui savait pas beaucoup de gré d'un secours dont il n'avait pas eu besoin. Le batelier eut beau lui dire qu'il avait cru le péril pressant en le voyant aller au fond de l'eau, le marcfuis de *** insista et joignit hs injures à l'ingratitude. Enfin le batelier lui dit : « Ma foi, monsieur, si vous êtes si fâché d'être hors de l'eau, je vais vous y rejeter, et vous aurez l'honneur de vous en tirer vous-même. » Le marquis ne fut pas tenté de le prendre au mot. {Galerie de l'ancienne cour.)
InsenslbUité.
Un reproche qu'on a souvent fait à M. de Fontenelle, c'est celui d'avoir le cœur peu sensible. On disait de lui, et il était vrai, qu'il n'avait jamais ni ri ni pleuré. Ce trait caractérise assez un homme (I). Milord Hyde, homme de beaucoup de mérite, qui, de son cabinet de Paris, a dirigé quelque temps la chambre basse de Londres , disait, à propos de la longue carrière de M. Fontenelle, que pour lui il vivait ses cent ans dans un quart d'heure. Beau mot qui prouve si bien les avantages d'une âme sensible sur un cœur qui ne sent rien.
(Giimm, Correspondance.)
(i) Nous avons déjà vu, et nous verrons encore plusieurs traits relatifs h l'rgoisme proverbial de i'ontenelle , cependant, il est juste de rapporter d'après la même source, la réponse qu'il fit un jour à ce propos à Jl"" du Bocage, réponse plus spirituelle que concluante, a Madame du Bocage, dit (jrimm, avant témoigné un jour à Konlinclle même son étonnemcnt de ce qu'on avait pu 'ioupçonner l'iiomme el l'auteur le plus aimable de manquer de >ensibilité : o C'est, répondit-il tranquillement, parce que je n'en suis pas encore mort, n
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Insensibilité systématiqne.
Lorsqu'on soutenait au Père Malehranche que les animaux étaient sensibles à la douleur, il répondait, en plaisantant, qu'apparemment ils avaient mangé du foin détendu.
Un jour que Fontenelle était allé le voir aux Pères de l'Oratoire de la rue Saint- Honoré, une grosse chienne de la maison, qui était pleine, entra dans la salle où ils se promenaient, vint caresser le Père Malebranche et se rouler à ses pieds.
Après quelques mouvements inutiles pour la chasser, le philosophe lui donna un grand coup de pied , qui lit jeter à la chienne un cri de douleur, et à Fontenelle un cri de compassion. « Eh quoi!
lui dit froidement le Pèie Malebranche, ne savez-vous pas que cela ne sent rien ? »
(Mémoires anecd. de Louis XIV et XV.)
Insouciance.
Le curé de Saint-Louis de Versailles, paroisse du roi, vint im jour au lever de Louis XV, selon le privilège qu'il en avait. Le monarque, humain à sa manière, s'informe des ouailles du pastein- : Il Y a-t-il beaucoup de malades, de pauvres.' — Sire, il y en a beaucoup. — Mais les aumôues ne sont-elles pas abondantes.** n'v suffisent-elles pas? le pain est-il enchéri } le nombre des malheureux est-il augmenté.'' — Hélas ! oui, sire. — Comment cela se fait-il .•* — sire, c'est qu'il y a jusqu'à des valets de pied de votre maison qui demandent la charité.
— Je le crois bien, ajoute le roi avec humeui-, on ne les paye pas. Le monarque fait une pirouette, et rompt la conversation avec le curé. Quelqu'un qui, sans savoir la question, n'aurait entendu que la réponse, n'aurait-il pas cru que le monarque parlait des gens du roi du Japon ou de l'empeieur de la Chine "} (Fastes de Louis XV.)
Dansles commencements quejevins en France, je voulus une nuit me promener dans le jardin de Versailles; le suisse qui était de garde refusa de me laisser passer; je lui dis : » Mon bon suisse, laissez-moi me promener; je suis la femme du frère du roi. — Est-ce que le roi a un frère? »
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me répondit-il. Je répliquai : « Comment, est-ce que vous ne le savez pas ? Depuis combien de temps servez-vous le roi ? — Depuis trente ans. — Vous devez alors bien savoir que le roi a un frère, car chaque fois qu'il passe on vous fait prendre les armes. — Oui, répondit le suisse, lorsqu'on bat le tambour je prends les armes, mais je ne me suis jamais informé pour qui c'était, et si le roi avait un frère ou des enfants, car cela m'est bien égal. >.
(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance.)
Insouciance philosophique.
On vint un jour avertir Budé, qui était à travailler dans son cabinet, que le feu était à la maison : « Avertissez Madame, dit-il, je ne me mêle pas des affaires du ménage. »
(Tableau liist,)
On a dit que le goût de l'étude ne souffrait aucune distraction, et Corneille en fournit une preuve. Un jeune homme, auquel il avait accordé sa fille, et que l'état de ses affaires mettait dan» la nécessité de rompre ce mariage , se présente un matin chez Corneille, perce jusque dans son cabinet : « Je viens, monsieur, lui dit-il, retirer ma parole, et vous exposer le motif de ma condui'e. — Eh! monsieur, réplique Corneille, ne pouvez-vous sans m'interiompre, parler de tout cela à ma femme? Montez chez, elle : je n'entends rien à toutes ces affuires-là. »
L'abbé de Molière était un homme simple et pauvie, étranger à tout, hors à ses travaux sur le système de Descartes ; il n'avait point de valet, et travaillait dans son lit, faute de bois, sa culotte sur sa tète par-dessus son bonnet, les deux cotés pendant à droite et à gauche. Un matin, il entend frapper à sa porte :
<< Qui va là? — Ouvrez... « H tire vui cordon et la porte s'ouvre. L'ai)bé de Molière, ne regardant point : « Qui êtes vous? — Donnez-moi de l'argent. — De l'argent? — Oui, de l'argent. — Ah!
j'entends, vous êtes un voleur ? — Voleur ou non, il me faut de l'argent. — Vraiment , oui, il vous en faut ? Eh bien,
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cherchez là-dedans... » Il tend le cou, et présente un des côtés de la culotte; le voleiH- fouille : « Eh bien, il n'y a point d'argent. — Vraiment, non; mais il y a
ma clef.— Eh bien, cette clef...?'
Cette clef, prenez-la. — Je la tiens.
Allez-vous-en à ce secrétaire; ouvrez... » Le voleur met la clef à un autre tiroir. « Laissez donc, ne dérangez pas! ce sont mes papiers. Ventreblen ! finirez-vous ? ce sont mes papiers! A l'autre tiroir, vous trouverez de l'argent. — Le voilà. — Eh bien, prenez... Fermez donc le tiroir... » Le voleur s'enfuit. « Monsieur le voleur, fermez donc la porte. Morbleu ! il laisse la porte ouverte!... Quel chien de voleur ! il faut que je me lève par le froid qu'il fait! maudit voleur ! » L'abbé saute en pied , va fermer la porte et revient se remettre à son travail.
Un matelot n-.iguait paiement son vaisseau jirét à mettre à la voile. Il fut arrêté par un passant qui lui demanda la cause de sa joie : « Je vais, monsieur, répondit-il, faire un nouveau voyage sur mer ; c'est mon élément et moii gagnepain ; j 'espère que celui-ci sera bon.
Mais, dis-moi, je te prie, ^reprit le passant, ou ton père est-il mort ? — Dans un naufrage. Tout a péri, corps et biens. — Et ton grand-père.' — Son vaisseau a coulé bas en pleine mer, personne n'a pu se sauver. — Et comment, malheureux, après ces exemples tu oses encore l'embarquer ? — A mon tour, monsieur permettez-moi de vous faire quelques questions. — Volontiers. — Où votre père est-il mort .' — Dans son lit. — Et votre grand-père .' — Eh ! parbleu, dans son ht aussi. — Comment, monsieur, s'écria le mariu, après ces exemples vous osez tous les soirs vous coucher .» .. Qui des deux était le plus fataliste.'
{Omniana. )
Insouciance poétique.
Le chansonnier Panard était le plus insoucieux des hommes. Il buvait, s'endormait, s'éveillait, faisait des couplets charmants, se rendormait, se réveillait allait dîner chez ses amis, s'enivrait, se couchait, se levait, faisait encore des couplets. Un jour pourtant, il se présenta
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chez Marmontel et lui dit : « Faites-moi avoir une petite pension sur le Mercure Marmontel leregarde en tremblant, etdil • « Il va mourir. «En effet, Panard mourut peu de jours après.
(M"'^ Necker, Nouv. mélang.)
Inspiration {Moyens d').
Polus, acteur d'Athènes, avant à représenter le rôle d'Electre, quelque temps après avoir perdu son fils unique, alla prendre l'urne qui renfermait les cendres et s'en servit sur la scène, au lieu d'une urne vide, pour rendre sa douleur plus pathétique et plus naturelle.
{Curiosités thécit raies.)
Les bizarreries d'auteurs en mal d'enfant sont choses connues. Il y faut ajouter celle de M. Spontini , le musicien de la T'estale, qui ne peut composer que placé dans une complète obscurité. Si pendant le jour il se sent en veine, il fait tout termer chez lui , de manière que la plus petite clarté n'y pénètre pas (1), et dès qu'il en est persuadé, le démon familier se présente.
(Ch, Maurice, Hist. aneccl. du th.)
Dans la coulisse, Talma ne cessait de s'occuper de sou rôle, la brochure à la main , se promenant à pas lents, au milieu de ses confrères, qui se gardaient de le troubler. Il employait parfois des moyens factices pour se préparer et se monter, eu entrant en scène. iNous citerons celui dont il se servait dans Hamlet : '<■ Avant de paraître, quand la réplique se fait entendre, il saisit des deux mains par le collet un valet de chambre, le secoue eu s'écriant , comme il doit le dire dans la coulisse :
Fuis, spectre époav.iiitabIe, Porte au fond des tombeaux ton aspect re- [douial.le
Il repousse ensuite le mannequin de manière à nécessiter que quelqu'un le retienne, et se lance sur la scène : « Cela me donne , m'a-t-il dit, l'irritation nerveuse dont j'ai besoin pour commencer »
(t) On conte la même cliose de l'Iiistorien M.'.ze-