‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 49 sur 156 · CAP · texte numérisé non relu

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Umic protûgé de Barras. .îosépliinc était filtrée seule dans le cabinet du notaire, Bonaparte resta à l'attendre dans le ca- ))iiiet où se tenaient les clercs. La porte du cabinet de Raguideau étant mal fermée, Bonaparte l'entendit tiès-distinctem r-nt qui faisait tous ses efforts pour détourner madame de Beauharnais du mariage qu'elle allait contracter. « Vous avez eu le plus grand tort, lui disait-il; vous vous en repentirez, vous faites une folie, vous allez épouser un homme qui n'a que la cape et l'épée. » Bonaparte lie parla jamais décela à Joséphine, et elle ne croyait pas même qu'il l'eut entendu. Mais, le jour du sacre, dès qu'il fut revêtu du costume impérial , il dit : << Que l'on aille chercher Itaguideau ; (pi'il vienne sur-le-champ, j'ai à lui parler. )i Raguideau fut promptemeiit amené devant lui, et alors il lui dit : Eh bien! u'ai-je que la cape et l'épée ! »

(Bonnieiine, Mémoires.)

Caractère batailleur.

Un soir, M. de Saint-Foix entre dans un café et s'assied à côté d'un homme qui prenait une bavaroise.

Mou jeune tapageur considère quelque temps l'incoiiiui , puis lui dit avec un air de sang-froid : «' Monsieur, vous faites

là un f souper. — Comment! quel (st

cet impertinent ?^ — Ma foi, Jlonsieur, vous

f litcs là un f souper. » Vous devinez

bien qu'on ne tarda pas à s'échauffer; on sortit, et l'on alla s'escrimer dans une petite rue voisine. M. de Saint-Foix reçoit un coup d'éjiée : » Eh bien, monsieur, dit-il avec la même trancpiillité, vous m'avez blessé, mais vous n'en avez pas moins fait un f.... souper. »

Un autre jour, toujours dans un café, il interrompt un homme qui l'ennuyait pir quel(|u'une de ces dissertations dont on a les oreilles rebattues dans ces sortes d'assemblées : <c Monsieur, lui dit-il , vous puez cruellement ! » L'orateur fait d'<d)onl semblant de ne ])as l'entendre ; le jeune étourdi reprend : » Monsieur, vous puez bien. » Enfui mon poltron ne pint se dispenser de sortir, et M. de Saint-Foix, qui ne demandait pas mieux, se met en devoir de lui prêter le collet. C-ependi-nt content de l'avoir amené là , el voyant combien il en contait à rinsulté de mettre sa vie en jeu, M. de Saint-Foix

lui dit : « Tenez, Monsieur, n'allons pas plus loin; car si vous me tuez, vous n't II puerez pas moins, et si je vous tue, vous ne ferez qu'en puer davantage (11. » (Métra, Correspondance décrète.)

Carême.

Sur le reproche que l'on faisait à Erasme qu'il n'observait point le carême, il répondit : « J'ai l'àme catholique; mais mon estomac est luthérien. « ( Gaslronomiana.)

Certaine ville avait fait procession au carême; une fille, belle et délicate, y avait assisté nu-pieds, faisant la marmiteuse plus que dix. Au sortir de là , l'hypocrite alla dîner avec son amant li'nn quartier d'agneau et d'un jambon.

La senteur en vint jusqu'à la rue. On monta en haut. Elle fut prise et condamnée à se promener par la rue, avec son ([Liartier d'agneau à la broche sur

I 'l'épaule et le jambon pendu au col.

I (Brantôme.)

M. Feuillet regardait Monsieur faire collation en carême.

Monsieur, en se levant, lui montra un biscuit qu'il venait encore de prendre sur la table, en disant : « Ce ne sera pas rompre le jeûne, n'est-il pas vrai.' — Eh! monsieur! lui dit M. Feuillet, mangez un veau , et soyez chrétien. »

( De la Place , Piices intéressantes.)

Le roi Louis XV a fait très-régulièrement maigre tout le carême, non-seulement en |)ublic, mais même dans ses petits appartements; il n'a pas voulu que l'on y servît du gras que pour M""" de Mailly ( sa maîtresse) et pour M. de Meuse uniquement , et ce que l'on a servi en gras a été fort uni, fort simple et fort court. Il y a quelques jours que M. le dnc d'Ayen, (pii n'a ])iesque point mangé dans les petits a|»partements de tout le carême, parce qu'il faisait gras, devait y souper en revenant de la chasse ; M""^' de Mailly dit au roi que M. d'Ayeii s'était trouvé mal, et qu'il espéraitqne Sa

(1}V. Ihiellistes.

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Majesté voudrait l)ien lui pormcttrc de manger un morceau gras ; le roi ne répondit rien; JI*"" de Mailly en parla encore une fois, et enfin le roi lui dit : « S'il est malade, il n'a qu'à le manger là-detlans. » Dans un premier moment de vivacité, M"" de Mailly ajouta : « Cela étant , je m'en vais donc manger un morceau avec lui, « et se leva. Tout cela ne fit point changer le roi. M"'* de Mailly se remit à table, et M. d'Ayen alla dans une autre chambre, où on lui envoya à souper en gras (1).

(Duc de Luynes, Mémoires sur la cour de Louis XT'.)

Caricatures.

Le peintre Koch, qui restait à Carlsruhe, était doué d'une verve satirique qui ne connaissait guère de ménagement. Les deux filles du surintendant général étaient fort laides : il les peignit un jour de la façon la plus resseml)lante, posées sur un cerisier, afin de servir d'épouvantail aux oiseaux. Le surintendant, très-porté à l'avarice , ne fumait que du tabac détestable, par motif d'économie : l'artiste le représenta dans son cabinet , la pipe à la bouche et entouré d'oiseaux qu'avait asphyxiés l'odeur de cet affieiix tabac. {^Annuaire des artistes.)

Le sieur Picard, fameux graveur établi depuis plusieurs années en Hollande, a mis au jour une estampe de son invention, dont le dessin est des pins ingénieux, lacpielle a pour titre : Monument consacré à la jiostérité en mémoire de la folie incroyable de la vingtième année du dix-huitième siècle.

La fortune des actions de la compagnie des Indes établie à Paris, y paraît sur un char conduit par la Folie et tiré par les principales compagnies qui ont donné commencement à ce négoce pernicieux, comme celle duMississipi ayant une jambe de bois, celle du Sud ayant une jambe bandée et un emplâtre appliqué sur l'autre jambe. Les agents de ce commerce font tourner les roues du char, ayant des queues de renard, pour marquer leur finesse et leur ruse;

(j^ V. Scrupules liizniiis.

sur les raies de la roue, on voit ces compagnies tantôt s'élever et tantôt s'abaisser, le véritable commerce y paraît renversé avec ses livres et ses marchandises, et presque écrasé sous les roues de ce char. Une foule de personnes de tonte condition et de tout genre courent après la fortune pour tâcher d'avoir des actions. Dans les nues qui sont au-dessus, on voit un démon qui fait des bouteilles d'eau de savon qui se mêlent avec les billets que la fortune distribue, avec des bonnets de fous qui tombent en partage à ceux qui attrapent une partie deces billets, et à des petits serpents qui marquent l'insomnie , l'envie , le désespoir, etc.

Le char conduit ceux qui le suivent avec empressement à l'une ou à l'autre des trois portes qui sont figurées, savoir : de l'hôpital des Petites-Maisons, où l'on renferme les insensés; del'Hôtel-Dieu, où l'on reçoit les malades; de l'hôpital général, où l'on force les pauvres mendiants de rester. Pour devise, la Folie a pris deux tètes ou deux visages, dont l'une d'elles paraît jeune et riante, qui marque la belle apparence des actions, et l'autre paraît être le visage d'une vieill»^ personne et toute ridée, ce qui marque le chagiin qui • e manque pas de suivre celte belle apparence. Et dans le coin de l'estampe, au-dessous de la roue du char, on voit plusieurs rats et souris qui rongent les actions et les billets de banque, de telle sorte qu'ils les réduisent enfin au néant.

(Buvat, Journal de la Régence.)

L'abbé Barthélémy obtint, en ITC^^, la place de secrétaire général des suisses, place qui valait 30,000 livres de rente , et ([ue souvent des officiers généraux avaient eue pour récompense de leurs services. A un bal de la cour qui se donna, à quelques jours de là, un homme grand, maigre, sec, dégingandé comme cet abbé , se présenta devant l'assemblée, habillé en suissr>, avec une culotte et un manteau noirs. « Qu'est-ce que cela , beau masque? De quel état étes-vous.' Abbé ou suisse? — L'un et l'autre, tout ce qu'on voudra , pourvu que cela me rende 30,000 livres de lente. » {Camavaliana.)

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Le ministre Galonné avait pour ilortrine qu'au roi seul appartenait le droit de fixer l'impôt, et que l'assemblée des iiotai)les n'avait à donner d'avis que sur la manière de le percevoir. On colporta secrètement , à ce sujet , une caricature représentant un feimier au milieu de sa l)asse-c-our. Il s'adressait aux poules, coqs, dindons, canards, rassemblés autour de lui : « Mes bons amis, leur disait-il , je vous ai tous rassemblés poui' savoir à quelle sauce vous voulez que je vous mange. » Un coq dressant sa crête : « Mais nous ne voulons pas qu'on nous mange. — Vous vous écartez de la question : il ne s'agit pas de savoir si vous voulez (pi'on vous mange, mais à quelle sauce vous voulez être mangés. »

(Grimm, CorreiponJ.)

Cas de conscience.

Eugénie Foa, qui n'avait point autant de beauté que de talent, vers la fin de sa vie ayant abjuré la religion juive , demandait un jour à son directeur :

« Est-ce un pécbé , moii père, que de prendre du plaisir à entendre dire que je suis jolie?

— Certainement, mon enfant, répondit l'abbé, car il no faut jamais encourager le mensonge. »

Catéjs^ories sociales dans l'Inde.

Dans les chasses au tigre , il an ive quelquefois que le tigi-e, poussé aux abois, saute sur la tète de l'éléphant; mais cela ne nous regarde pas, nous autres : c'est l'affaire du conducteur (mohaotte), qui est payé vingt-cinq francs par mois pour subir ces sortes d'acci-. dents. En cas de mort, celui-ci a du moins la satisfaction d'une vengeance complète, car l'éléphant ne joue pas nonchalamment de la clarinette avec sa trompe quand il se sent coiffé d'un tigre; il le travaille de sou mieux, et le chasseur l'achève d'une balle à bout portant. Le mobaottc est, vous le voyez, une sorte d'éditeur responsable. Un autre pauvre diable est deVrière vous, dont l'office est de porter un parasW»a\jdessiis de votre tête. Sa condition est jnre encore cpie celle du mohaotte ; lorsque l'élépliant cffi'avé fuit (fnaut le tigic (pii le charge et s'élance sur sa croupe, le véritable emploi de cet

homme est d'être alors mangé à la place du gentleman. L'Iude est l'utopie de l'ordre social, à l'usage des gens comme il faut; en Europe, les pauvres portent les riclies sur les épaules , mais c'est par métaphore seulement ; ici , c'est sans figure. Au lieu des travailleurs et des mangeurs, ou des gouvernés et des gouvernants, distinctions subtiles de la politique euro|)éenue , il n'y a dans l'Inde que des portés et des porteurs ; c'est plus clair.

(Victor Jacquemont, Lettres.)

Caiicliemar.

Il y avait deux ou trois ans que la duchessedeDevonshire éprouvait toujours le même cauchemar : c'était l'ajiparition d'un horrible singe qui sortait brusquement de sous terre, et qui venait l'arracher de son Ht aussitôt qu'elle avait fermé les yeux. Avant de lâcher son l)ras droit, car c'était toujours par là (ju'il la saisissait, et avant de l'étendre sur le dos au milieu de la chambre , il avait pris l'habitude de lui pousser, avec une patte de son train de ilerrière , un coussin de jned sous les reins ; et quand elle était dans cette posture , il venait s'accroupir sur sa poitrine; il y restait immobile en étalant ses vilaines mains sur ses deux bajoues , et il lui mirait le fond des yeux jusqu'à son réveil. Cette malheureuse anglaise en était tombée dans un état de langueur et de consomption pitoyable. Aucun médecin ne pouvait la débarrasser de ce cauchemar, et Tronchin lui-même avait fait le voyage d'Angleterre inutilement.

Quelquetemps après, on sut que Cazotte avait passé huit jours à Londres, et M"'^ de Devonsliire écrivit à Paris qu'elle était guérie radicalement.

Jime Je Beauliaruais changeait et dé- |)érissait à^vue d'œil. La maladie qu'elle éprouvait était nu cauchemar aussi persistant que celui de la duchesse. Aussitôt que ses femmes étaient sorties de sa chambre à coucher et que les rideaux de son lit avaient été fermés , elle éprouvait une Oj)pressioii iiévi-euse; elle ne mau((uait pas de sonner, et personne ne venait. Elle entr'ouvrait les rideaux pour ne pas étouffer, et voici l'étrange illusion dont elle était obsédée.

Elle apercevait d'abord un brasier

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des plus ardents qui remplissait l'àtre de sa cheminée. Elle entendait ouvrir les deux battants d'une porte qui communiquait de sa chambre à son second salon, et puis elle entendait tousser avec une opiniâtreté criarde.

Il arrivait premièrement dans sa chambre une femme très-grande , misérablement vêtue, dont les sales jupons étaient rongés inégalement jusqu'à mijambe , et dont la tète était couverte d'un bavolet de toile , ce qui n'empêchait pas de voir qu'elle avait des cornes au front. Ces deux cornes de la femme n'étaient pas plus longues que le doigt, comme celles des génisses. Quoi qu'il eu fût, cette vilaine personne allait tout de suite attiser le feu sans avoir l'air de s'occuper d'autre chose; il paraît que c'était son unique emploi dans le cauchemar, et c'est pourquoi la comtesse avait tout le temps de la regarder. Il se trouvait dans la chaml)re, et principalement autour de son lit , une légion d'horribles ligures qui se transformaient silencieusement en choses informes , et qui se reproduisaient sons une autre image, en changeant continuellement d'apparence et de dimension; mais ce qui la tourmentait le plus, c'était cette malheureuse toux([u'elle entendait hors de la chambre.

Le héros de ce drame nocturne était nn petit monstre d'enfant, qui tournait comme nn diable enrhumé qu'il était , et ((u'on finissait par amener dans cette chambre à pas comptés , avec des airs de grande importance et des précautions infinies. Il était conduit par un diable de médecin ([ui ressemi)lait de visage à madame de Beauharnais la ilouairière, et son escorte était composée de démons qui lui faisaient des caresses et des tendresses à n'en pas finir. Parmi tous ces farfadets de l'escorte, il n'y avait j)as de figui'es monstrueuses comme elles qui tapissaient la chandjre , mais c'était des physionomies si diablement l)ètes, si sottement adulatrices et si |)!atement llagorneuscs que le désespoir eu prenait ! Le jeune valétudinaiie, qu'on asseyait au coin du feu sur un coussin d'ottomane, avait la taille d'un enfant de cinq à six ans; il avait toujours un habit de taffetas bleu; il était bouffi comme un abcès, mais très-pâle; sa tète était pr(xlrgieus( ment grosse, il

avait des cheveux roux qui étaient relevés à racine droite, et l'on voyait sur son front deux germes de cornes qui ressemblaient à des coquilles d'escargot.

Il y avait toujours, entre les familiers de ce petit monstre et sou docteur, une dissertation bruyante avec des pour- |)arlers très-annimés dans un langage inintelligible et qui n'étaient iuterlompus que par les accès de colère et les quinti'S de toux de ce petit coqueluciieux. Il en résultait toujours une sorte de tnmtdte et de chaos fantastique, au milieu duquel on venait arracher la comtesse de Beauharnais de son lit. Il y avait une manière de géant à barbe l)lanche qui la soulevait par les cheveux et qui la laissait retomber rudement jus([n'à terre en la maintenant toute droite, et ceci jusqu'à ce (pi'elle eût ployé les genoux. Alors on lui relevait li's jamhes en arrière, ce qui lui dislo- ([uait les jointures et la faisait cruellement souffrir dans les deux articulations génndexihles; ensuite de quoi l'on attachait fortement ses jam!)es relevées avec une petite chaîne à tourniquet dont ou lui faisait une ceinture. On n'omettait jamais de lui placer ses deux mains sur les hanches en ayant soin de lui écarter les bras du corps afin de les arrondir en forme d'anses, et puis, on enfonçait brutalement et très-inhumainement dans son gosier des oignons blancs, des racines de guimauve , des bâtons de léglisse, des paquets de chiendent, des quartiers de pomme (t des morceaux de figues sèches. On y ajoutait du miel roux et du miel de Narbonne , qu'on lui faisait entrer dans la bouche et la gorge avec des spatules de bois, et ])nis c'était de grosses poignées des qnatre-fleurs qui l'étonffaient plus que tout le reste, disait-elle, et son supplice n'était un peu soulagé que loisqu'ou en venait à lui faire avaler une énorme quantité d'eau froide au moyen d'un entonnoir de fer-blanc.

En la prenant par ses deux anses, ainsi qu'une demoiselle de paveur, on allait la mettre au feu poiu" y bouillir p 'udaut tonte la nuit comme un coqucmard de tisane... « Non, disait-elle eu gémissant et pleurant du souvenir de ces tortures, au travers de ses rires, non, jamais on n'a souffert un martvie

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semblable à celui que j'éprouve toutes les nuits!

— Est-il possible, est-il bieu vrai, lui demandai-je, que vous puissiez faire uu si bizarre et si fâcheux rêve avec une régularité si surprenante?

— Je vous le jure ! me dit-elle, tous ces détails incroyablement ridicules et ce long verbiage au sujet de ce que je crois éprouver, entendre et voir, est d'iuie exactitude parfaite , et c'est absolument le même rêve et les mêmes souffrances ])our moi toutes les nuits. "

Cazolte avait fini par la délivre'r de ce cauchemar, et tout ce qu'elle avait counu du remède employé par lui , c'est qu'il avait proféré certaines formules de prières en lui touchant les maius. Mais elle m'a dit ces jours passés que depuis la mort de Cazotte elle avait éprouvé d'autres obsessions qui n'étaient pas moins fatigantes pour elle, et c'est à la suite de cela qu'elle a pris cette habitude de dormir sur un fauteuil.

(Som-enirs de la marquise de Crécjui. )

Causeur.

La princesse Konrakin recevait à ses concerts quiconque témoignait l'envie d'v assister. J'y ai vu arriver l'abbé de Pradt, le fameux archevêque de Malines, (|ui parlait si bien et si longuement , (|ue personne ne pouvait le surpasser en esprit ni en loquacité. A son air d'empressement et de jubilation , je le pris pour un dibttante; mais à peine eùt-il paru dans le salon , qu'il fit »me pirouette et paitit. « Qu'est-il donc devenu? demandai-je à la demoiselle de compagnie qui éclatait de rire. — Il s'est enfui furieux en criant : « On ne m'écoule pas, on ne m'écoute pas ! » — Il était venu au concert pour pérorer.

(Charles Briffant, Bcc'U d'un ricux parrain, )

Caution pour le ciel.

Philippe II, motirant, fitdresser par-devant notaire un acte, où son confesseuise rendait garant de son salut. On stipulait que, s'il y manquait quelque chose, cette omission serait sur le compte du directein-, et non sur celui du roi , qui d'ailleurs

s'engageait à faire tout ce que celui-ci lui prescrirait.

( De La Place, Pièces intéressantes. )

Célibat.

Thaïes vécut dans le célibat. «Je ne veu\ point avoir d'enfants, disait-il , parce que je les aime. » Le législateur Solon, qui regardait la propagation de l'espèce d'un œil politique, n'approuvait point le célibat volontaire de Thaïes. Ce philosophe, pour toute réponse, s'avisa nu jour d'envover un messager porter à Solon la fausse nouvelle de la mort de son fils, qui le plongea dans la douleur la plus profonde. Alors Thaïes vint à lui, et l'abordant d'un air triomphant : « Eh bien, trouvez-vous encore qu'il soit fort doux d'avoir des eu l'an ts ? »

Censeurs.

M. le chancelier d'Aguesseau ne donna jamais de privilège pour l'impiession d'aucun roman nouveau, et n'accordait même de permission tacite que sous des conditions expresscs.il ne donna à l'abbé Prévost la permisssion d'imprimer les premieis volumes de Clt'veland, que sous la condition que Cléveland se ferait catholique au dernier volume.

(Chamfort.)

Sylvain Marérhal fut obligé de présenter, avant l'impi'ession, le recueil de ses Odes erotiques à Crébillon fils, chargé, en sa qualité de censein', de les examiner. Ce dernier, auteur du Sopha, lui dit : u 11 faudrait retrancher le mot boudoir partout où il se trouve dans votre manuscrit. — Quoi ! monsieur, reprit Maréchal, et où placrrai-je votre sopha, si vous m'otez mon boudoir ? »

La censuiepour la librairie était exercée, il y a quelques années, à Munich , d'une manière aussi scru|)uleuse que ridicule parle degré d'ignorance de ceux qui eu étaient cluirgés. Il n'v avait point en cette ville d'imprimerie française; mais tous les livres arrivant de France y étaient sévèrement inspectés. Un lil)raire, qui connaissait le goût de ses compatriotes pour la bonne chère, avait

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fait venir beaucoup d'exemplaires diiCuisinier bourgeois. Le censeur trouva à la table des matières: recette pour apprêter les carpes en gras; il ne douta pas des lors que ce ne fût un livre très-irréligieux, et en défendit absolument la distribution. Cependant cet ouvrage, par sa naïveté, aurait dû trouver grâce auprès d'un tel censeur, car on y lit ces mots : Méthode pour faire un civet de lièvre..,. Premièrement ayez un lièvre, etc.

{Paris , P'ersailles , la province au XVlll" siècle.)

Un auteur avait donné le nom de Dubois à un valet fiipon dans une de ses pièces ; mais le préfet de police s'appelait Dubois, elle ct-nseur écrivit à ce magistrat pour 1 avertir qu'il avait fait r.iyer ce mot, par respect pour lui, ne voulant pas permettre que le nom du fléau des fripons fût prostitué à un fripon. Un autre, dans une comédie où un jardinier proposait à sou maître une salade de barbe-de-capucin , effaça la phrase en écrivant en marge : « Choisir une autre salade ; il ne faut pas plaisanter avec la religion. »

A la Porte-Saiiit-Martin , sous la Restauration, je crois, la censure biffa des rouplets en faveur du gaz, poni- ne pas désobliger le gouvernement, qui protégeait contre cet intrus les droits de l'épicerie et de la chandelle.

[Curiosités théâtrales. )

Centenaires.

L'Amérique du Nord est la terre classique de la longévité. On peut en juger |)ar l'anecdote suivante, qui est populaire aux États-Unis :

Un jour, le président Lincoln, qui était en tournée, avisa un vieillard qui pleurait devant la porte d'une ferme, et un autre vieilla Iqui paraisait le morigéner :

" P! n-quoi pleures-tu ? demanda le président à celui qui larmovait.

— Parce que papa que voilà m'adonne un soufflet.

— Certainement! je lui ai donné un soufflet, dit le second vieillard, et il le méritait.

— Qu'a-t-il donc fait ?

— Il a manqué de respect à son grandpère. »

Le petit-fds irrespectueux avait soixante-dix ans. Jugez de l'âge du grand-père !

Cérémonial.

J'accompagnai une princesse étrangère il y a plusieurs années chez M'"* de Morstain, alors ambassadrice, et grande trésorière de Pologne.

La princesse lui ayant envoyé demander une audience, fut chez elle le lendemain à l'heure marquée. A peine parutelle à la porte, que le suisse courut sonner une cloche comme un tocsin, et tous les domestiques sortant de tous cotes, vinrent se ranger en haie dans la cour et sur l'escalier, et la princesse, à qui je donnais la main, passa au milieu de ce peuple.

Quand nous fûmes sur le perron, M. de Morstain, qui l'y attendait, lui prit la main, et la conduisit par un long appartement chez M"'" de Morstain, sa femme, qui la reçut à la porte de sa chambre, et la mena par la main au fauteuil qu'on lui avait piéparé sous le dais. La conversation finie, madame de Morstain conduisit la princessse par le même appartement, jusqu'au perron dont j'ai parlé, ensuite la princesse ramena ^madame de Morstain dans sa chambre jusqu'à son fauteuil, après quoi madame de Morstain la reconduisit seulement jusqu'àla porte de sa chambre, on elles se quittèrent, et M. de Morstain lui donna la main jusqu'au perron, oii il l'avait prise ; enfin je la lui pris jusqu'à sou carrosse au travers de la même haie de domestiques , et suivie des écuyers et des gentilshommes du grand trésorier, et là finit la comédie. Pour se tirer avec honneur d'une pareille visite, il faut l'avoir exercée la moitié de sa vie.

{Saint-Evremoniana.)

Un jour que le cardinal de Janson assistait à une chapelle, le maître des cérémonies vint lui faire la révérence, à laquelle il fallait répondre par une inclination de tète. Il y répondit, lien fallait faire une seconde, ce qu'il fit, quoique avec peine. Enfin, à la troisième, il j)erdit patience, et il dit tout haut avec son accent gascon : « Je crois que cet homme me prend pour une pagode, » ce qui fit perdre giavité aux cardinaux et an pape même.

( Longueruana.)

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Due dame polonaise, invitée, àLondros, à un grand dîner de cérémonie, et placée entre le maître de la maison et un inconnu, s'ennuyait. La dame prenant son mal en patience , cliercliait à varier la conversation, et sitôt que le maître de la maison lui laissait un moment de répit, elle tournait la tète vers son voisin de droite ; mais elle trouvait toujours visage de pierre, et malgré sa facilité de glande dame et sa vivacité de femme d'esprit, tant d'immobilité la déconcertait. Le dîner se passa dans ce découragement. Le soir, quand tous les hommes furent de nouveau réunis aux femmes dans lesalon, celle de qui je tiens cette histoire n'eut pas plutôt aperçu son voisin, l'Iionime lie pierre du dîner, que celui-ci, avant de la regarder en face , s'en alla chercher à l'autre bout de la chamlire le maître de la maison, pour le prier d'un air solennel de Vin troc! Il ire auprès de l'aimable étrangère. Toutes les cérémonies requises dûment accomplies, le voisin de gauche j)7it enfin la parole, et tirant sa respiration du plus profond de sa poitrine, tout en s'inclinant respectueusement : « J'étais bien empressé, madame, lui dit-il, de faire votre connaissance. »

Cet empressement pensa causer à la dame un fou rire, dont elle triompha iionrtant à force d'habilude du monde, et elle finit par trouver dans ce personnage cérémonieux, un homme instruit; intéressant même , tant les formes sont peu significatives dans un pays où l'orgueil rend la plupart des hommes timides et réservés !

(Le marquis de Custines, la Jiiissic.)

Jules Janin lisait son journal au café Verrey, tenu à Londres par un Français; un Anglais, occupé à prendre son grog, appelle flegmatiqueraent le garçon :

« Garçonne, commente se appelé cette mô-sieu qui fioumé son cigare en lisant sa jornal contre le poàle?

— .Te n'en sais rien , milord.

— Ooh!...»

Le questionneur se lève et s'adresse à la dame qui tient le comptoir :

« Miss, commente vô appelez cette mô-sicu qui fioumé son cigare en lisant s;i jorna! contre le poâle?

— Ce n'est pas un habitué, monsîeur.

Je regrette de ne pouvoir vous satisfaire.

— Very wcll.. Où été le maître de le établissement?

— Me voici, monsieur.

— Good morning... Mô-sieu le maître, vô savez commente se appelé cette môsieu qui fioumé son cigare en lisant sa jornal contre le poâle?

— Pas le moins du monde; c'est la première fois qu'il vient ici.

— Ooh ! >.

Notre homme se dirige enfin vers rinconnu, et, s'adressant à lui :

» Môsieu , qui fioumé son cigare en lisant sa jornal contre le poàle, je prie vô, commente vô appelez vô ?

— Monsieur, je m'appelle Jules Janin, dit le Français.

— Eh bien! môsieu Jules Janin...

votre redingote y broule. »

H était temps , il ne restait plus qu'un pan du vêtement compromis (1).

(H. de Villemessant, Cancans.)

Côrcmonîe religieuse chez les

Le dimanche 14 mai, j'ordonnai qu'on célébrât le service divin à terre. J'espérais que les cérémonies donneraient lieu de la part des principaux Otaïtiens à quelques questions. On les mit sur des sièges près de nous ; pendant tout le service, ils s'asseyaient, se tenaient debout ou se mettaient à genoux , selon que nous prenions l'une on l'autre de ces positions. Ils sentaient que nous étions occupés à quelque chose de sérieux et d'important, et oi donnèrent aux Otaïtiens qui nous environnaient de garder le silence. Cependant, quand le service fut fini , ils ne firent aucune (piestion , et ne nous écoutaient même pas lorsque nous tâchions de leur expliquer ce qui venait de se passer. Apre* a\oir vu nos cérémonies religieuses dans la matinée, ils jugèrent à propos de nous montrer dans l'après-midi les leurs, qui étaient très-différentes. Un jeune homme de près de six pieds et une jeune fille de onze à douze ans sacrifièrent à Vénus devant plusieurs de nos gens et un grand nombre de naturels , san» paraître attacher aucune idée d'indécence à leur ac-

(i) Voir Étiquette.

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