‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 50 sur 156 · CER · texte numérisé non relu

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tion , à laquelle ils ne se livraient , an contraire , que pour se conformer aux usages du pays. Parmi les spectateurs, il y avait plusieurs femmes d'un rang distingué, eu parlirulier la reine mère, qui sans doute présidait à la cérémonie, car elle donnait à la jeune fille des instructions sur la manière dont elle devait jouer son rôle; mais celle-ci, malgré sa jeiuiesse, ne paraissait pas eu avoir besoin.

( Premier voyage de Cooh. )

Certificat tie civisme.

• Daubenton , collaborateur de Buffon , avait acquis par ses travaux une espèce de réputation populaire qui lui fut trèsutile sous le régime de la terreur. En l'an II, l'oclogéuaire Daubenton eut besoin d'un certificat de civisme pour conserver l'emploi qu'il avait au Cabinet d'histoire naturelle. 11 fallait qu'il s'adressât à la section dite des Sans-culottes. Un professeur, un académicien aurait eu peine à l'obtenir. Quelques 'gens sensés , qui se mêlaient aux furieux dans l'espoir de les contenir, présentèrent Daubenton sous le titre de berger, et ce fut le berger Daubenton qui obtint le certificat nécessaiie au directeur du Muséum d'histoire naturelle. — Voici cette pièce telle qu'elle lui fut délivrée : » Appert que d'après le rapport fait de la société fraternelle de la section des Sans-culottes sur le bon civisme et faits d'humanité qu'a toujours témoignés le berger Daubenton, l'assemblée géi.érale arrête unanimement, qu'il lui sera accordé un certificat de civisme, et que le président de ladite assemblée lui donnera l'accolade. L'accolade a été donnée avec acclamation et à plusieurs reprises. « Signé, etc.

(^Improvisât, franc.)

Certificat de vie.

Un colporteur, pour mieux piquer la curiosité du peuple, criait : Mort de l'abbé Maury ! L'alibé passe, l'entend, s'en approche, lui donne un vigoureux soufflet, et lui dit : «■ Tiens! si je suis mort, au moins tu croiias aux revenants. » (^/icfulullunlaria. )

Chacun son lot (1).

En sortant d'un sermon de l'évèque de Senez (M. de Beauvais), où ce prélat, avec un zèle apostolique bien rare dans une telle chaire, avait tonné contre le débordement des vices et le scandale de la cour, le roi dit au maréchal de Richelieu, qui l'y avait accompagné :

'<■ M. de Richelieu, le prédicateur a jeté l>ien des pierres dans votre jardin. — Sire, répondit-il, n'en serait-il pas tombé quelques-unes dans le parc de Votre Majesté.' »

( .^I. de Lévis, Souyenirs et portraits,)

Chacun son métier.

Après la guerre d'Afrique entre les Rom;iins et les Carthaginois , Annibal , quoique vaincu, sentant bien qu'il faisait encore ombrage aux Romains , et dans l'intention peut-être de leur susciter un nouvel ennemi, se retira auprès d'Antiochus, qui était à Éphèse. Les Éphésiens avaient alors chez eux un philosophe péripatéticien, nommé Phormion , pour lequel ils conservaient une trèsgrande estime. Ils voulurent qu'Annibal la partageât avec eux, et ils lui proposèrent d'aller entendre ce philosophe.

Le général accepta la proposition , et l'assemblée fut nombreuse. Phormion , qui toute sa vie avait été éloigné des loiictions publiques , et qui même n'avait jamais vu un camp, eut l'imprudence de faire un discours bien long sur le devoir d'un général d'aimée et sur l'art de la guerre, devant le plus habile général que l'on connaissait alors. Les Ephésiens, charmés, demandèrent à Annib il ce qu'il pensait de ce philosophe. Il leur répondit avec une franchise digne de lui, qu'il avait bien vu en sa vie des vieillaids radoter; mais qu'il n'avait jamais vu un plus parfait radoteur que leur |)hilosophe.

[Dlct. des liomm . illustres.)

Le roi Philippe disputait avec un habile musicien de la beauté d'un air :

« Ce serait grand dommage, seigneur, lui dit le nnisicien , que vous eussiez été

(i) V. Lerniis jiniir leçons.

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assez mallieiireux pour savoir cola mieux que moi. »

( De Callières, Des bons mots et des bons contes. )

Trivclin, célèbre comédien italien, étant allé demander le pavement de sa pension au surintendant De La Vieuville, celui-ci, qui était un vrai Pantalon , se mit à gambader et à faire des postures de bouffon. Trivelin , l'ayant laissé faire quelque temps, lui dit à'ia fin : « Monseigneur, il y a assez longtemps que vous faites mon métier, quand vous plaira-t-il de faire le votre? »

(Bouhier, Souvenirs.)

Henri IV se moquait fort de ceux qui passaient les bornes de leurs professions, et se mêlaient d'autre chose que de leur métier. Un prélat lui parlant un jour de la guerre, et assez mal, il tourna, comme on dit, du coq à l'àne, et lui demanda de quel saint était l'office ce jourlà dans son bréviaire.

Une autrefois un de ses tailleurs avant fait imprimer un petit livre de quelques règlements qu'il disait être nécessaires pour le bien de l'État , et l'ayant présenté au roi, il le prit en riant, et en avant lu quelques pages , il dit à un de ses valets de chambre : « Allez-moi quérir mon chancelier, pour me faire un habit , puisque voici mon tailleur qui fait des règlements. »

( Recueil de belles actions de Henri U'. ^

Le duc d'Épernon voyant venir à lui le cardinal de Retz, armé comme un soldat, prit un bréviaire, et celui-ci souriant de le trouver dans cette occupation : a Monsieur, lui dit-il, je fais votre métier, et vous faites le mien (1). »

{Saint-Evremoniana.)

(i) On raconte encore sur le cardinal de Retz une anecdote analogue, et qui pourrait bien avoir été la même à l'origine. Un jour qu'il vint prendre séance au parlement , avec un poignard dans sa poche , quelqu'un qui en aperçut la poignée s'écria : <i Voilà le bréviaire de* notre arhevéqne ; » {DUt. des homm. ill.. art. Gondi.)

Louis XV se faisait peindre par La- -j tour ; pour se désennuyer, il lui demanda ce que l'on disait d ; nouveau à Paris. C'était vers 1760, époque dé nos plus grands désastres sur terre et sur mer ; Latour dit que l'on était mécontent, que les affaires publiques allaient mal. « Elles peuvent se rétablir, répondit le roi un peu ému. — Comment voulez-vous? reprit Latour sans s'en apercevoir ; nous n'avons plus de marine. — Vous oubliez celles de Vernet » , repartit le monarque, en lui lançant un regard qui remit le peintre à sa place, et le rendit ridicule aux yeux de tous les îLssistants (1).

(De Lévis, Sauve nirs et portraits. 1

A une représentation , l'abbé Desfontaines rencontra Piron avec uu habit trop somptueux, à ce qu'il lui semblait. Il lui dit en l'abordant : » En vérité , mon pauvre Piron, cet habit n'est guère fait pour vous. — Cela peut être, répondit Piron; mais, monsieur l'Abbé, convenez aussi que vous n'êtes guère fait pour le vôtre. »

(Mcmoir. anecd. de Louis XI T" et Louis XF.)

La curiosité avait conduit Voltaire au siège de Philipsbourg. « M. de Voltaire , lui dit le maréchal de Berwick , vous viendrez, sans doute, avec nous, voir la tranchée? — Nenni, monsieur le Maréchal I Je me charge du soin de chanter vos exploits , sans avoir l'ambition de les partager. »

(De La Place, Pièces intéressantes.)

Peu di» temps après notre retour à Saiat-Cloud, le premier consul, se promenant en voiture avec sa femme et M. Cambacérès, eut la fantaisie de conduire à grandes guides les quatre chevaux attelés à sa calèche , et qui étaient de ceux qui lui avaient été donnés par les habitants d'Anvers, Il se plaça donc sur le siège, et prit les rênes des mains de César, son cocher, qui monta derrière la voiture. Ils se trouvai nt en ce moment dans l'allée du fer à cheval , qui

(1) V. Franc parler et I.econ hardie.

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conduit à la route du pavillon Breteuil et de Ville-d'Avray. Il est dit, dans le Mémorial de Sainte-Hélène , que l'aide de camp ayant maladroitement traversé, les chevaux les firent emporter. César qui me conta en détail cette fâcheuse aventure , peu de minutes après que l'accident avait eu lieu, ne me dit pas un mot de l'aide de camp ; et en conscience, il n'était pas besoin, pour faire verser la calèche , d'une autre gaucherie que de celle d'un cocher aussi peu expérimenté que l'était le premier consul. D'ailleurs, les chevaux étaient jeunes et ardents , et César lui-même avait besoin de toute son adresse pour les conduire, rs'e sentant plus sa main , ils partirent au galop. Le consul Cambacérès, encore plus pâle qu'à l'ordinaire, s'inquiétait peu de rassurer M"""^ Bonaparte alarmée; mais il criait de toutes ses forces : « Arrêtez! arrêtez ! vous allez nous briser ! » Cela pouvait fort bien arriver ; mais le premier consul n'entendait rien , et d'ailleurs il n'était plus maître des chevaux, arrivé, ou plutôt emporté avec une vivacité extrême jusqu'à la grille, il ne put prendre le milieu , accrocha une borne et versa lourdement. Heureusement les chevaux s'arrêtèrent. Le premier consul, jeté à dix pas sur le ventre, s'évanouit et ne revint à lui que lorsqu'on le toucha pour le relever. M"i^ Bonaparte et le second consul n'eurent que de légères contusions ; mais la bonne Joséphine avait horriblement souffert d'inquiétudes pour son mari.

Pourtant, quoiqu'il evit été rudement froissé , il ne voulut point être saigné , et se contenta de quelques frictions d'eau de Cologne, son remède favori. Le soir, à son coucher, il parla avec gaieté de sa mésaventure, de la frayeur extrême qu'avait montrée son collègue, et finit eu disant : « Il faut rendre à César ce qui appartient à César ; qu'il garde le fouet et que chacun fasse son métier. i> 11 convenait toutefois, malgré ses plaisanteries, qu'il ne s'était jamais cru lui-même si près de la mort , et que même il se tenait pour avoir été bien mort quelques secondes. (Constant, 3Iémoires.)

Mes jeunes amis les républicains , trompés sur ma capacité et cherchant une garantie pour leurs principes, vou-

laient que je tendisse la main à quelque portefeuille (après la révolution de 1830) : « Quel ministère voulez-vous qu'on me donne ? — Celui de l'instruction publique. — Soit ! Une fois là je fais adopter mes chansons comme livre d'étude dans les pensionnats de demoiselles. » Et à ces mots, mes amis de rire eux-mêmes de leur folle idée.

(Béranger, Ma biograpltie.)

Chag^rin en perspective.

On éveilla un Gascon au milieu de la nuit pour lui apprendre la mort de son père ; il se rendormit en disant : « Ah ! que je serai affligé demain, quand je me réveillerai ! »

(Métra, Correspondance secrète.)

Chang'ement Inutile.

Henri IV était amoureux de la duchesse de Beaufort, et voulait absolument l'épouser. Il nomma Sancy son ambassadeur à Rome , pour faire casser son mariage avec la reine Marguerite , sous prétexte de sa mauvaise conduite; mais Sancy ne voulut point se charger de la commission. « Sire, lui dit-il avec une franchise de vieux Gaulois , courtisane pour courtisane , encore vaut-il mieux que vous gardiez celle que vous avez, » (L'abbé de Choisy, 3Iémoires.)

Chantag^e. — lies mémoires d'un bottier.

« Pourquoi ne ferai s-je pas mes Mémoires, se dit un jour Mathieu, ex-cordonnier, passé de laboutique à l'échoppe.' Non pas des mémoires de fournisseur, non pas mes Mémoires d'outrc-tombre , puisque, Dieu merci, je ne me crois pas encore près d'y descendre, mais mes Mémoires d'écrivain , de biographe , comme a le droit de faire tout un chacun. » Sur ce, Mathieu se met à écrire ses Mémoires sur des jietits carrés de papier, dont chacun contient une esquisse biographique de chacune des dames ( les dames seules figuraient dans les Mémoires ) qui autrefois l'honoraient de leur confiance. Ces mémoires, Mathieu ne les a pas fait imprimer, mais il meuRçait de le faire si chacune des dames à qui il remettait sa biograpl.ie ne lui accordait \nie ind ni-

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nité fixée par lui et formulée en ces ternies :

« Madame,

« C'est pour avoir l'honneur de vous faire savoir que les affaires politiques et commerciales m'ayant ruiné, j'ai parlé à un éditeur, qui m'offre une belle somme pour faire la biographie des pieds (dames) de mes anciennes pratiques. Ayant rassemblé mes souvenirs , je vous fais passer ceux qui vous concernent, consignés de ma main sur la feuille volante ci-incluse, étantdans l'obligation de vous prévenir que j'en ai le double que je serai forcé de remettre à mon impiimeur, à moins d'un dédit de 15 fr. que je serais hors d'état de payer si vous n'y mettez la bonté habituelle avec laquelle j'ai l'honneur d'être, madame , votie affeclioimé et ancien fournisseur de chaussures,

n Mathifx. »

La rédaction de la circulai) e était toujours la même, mais celle des feuilles volantes était variée; voici trois spécimens envoyés à trois dames :

l""" Spécimen. M'"' A..., rue... n"...

à l'entresol, mariée en 1844, trois enfants; paye difficile, pieds plus difficiles, trop longs , cou-de-pied trop bas , deux cors, trois durillons, démarche gênée, use en dedans.

2* Spécimen. JW^e C..., rue... n"....

au deuxième sur le derrière; toujours demoiselle; emprunte des enfants pour les mener aux Tuileries; bonne paye, mais liardeuse ; pieds déjetés , les doigts grimpés les uns sur les autres; deux oignons et un œil de perdrix.

3" Spécimen. M^'^ M..., rue... n"

au cinquième ; ancienne gargotière; deux fils engagés dans l'armée d'Afrique, deux filles non mariées; gai de tout pour elle, ne paye que par huissier; pieds plats, larges, gras, assez fondants, mais crevant la chaussure, cors, oignons et durillons, entremêlés.

A la réception d'une telle notice , et sous le coup d'une telle menace , la majorité des anciennes pratiques de Mathieu ne fit que rire , mais il n'en fut pas de même delà minorité. Une partie, et Mrae A... et C..., furent de ce nombre, s'exécutèrent en donnant les 16 francs pour ne pas être livrées, pieds liés, à l'éditeur; l'autre partie des pratiques, M"'e M... en tête, a répondu ])ar une

plainte chez M. le commissaire de^mlice. Traduit devant le tribunal correctionnel, sous la double prévention d'escroquerie et de mendicité dans les maisons, Mathieu n'a eu à invoquer que son sort misérable , trahi par son esprit plus misérable encore, et il a paru recevoir un doux allégi ment en ne s'entendant condamner qu'à un mois de prison.

Chanteurs.

Rubini , tout jeune encore, venait de débuter sur un des principaux théâtres de l'Italie, à Venise, je crois. 11 y avait dans la ville un vieil amateur dont le goût était connu, et dont les décisions faisaient loi. Comme il ne manquait jamais un spectacle, on savait sa place habituelle. Rubini donna ordre à son domestique de prendre une stalle à côté de celle qu'occupait ordinairement le vieux connaisseur :

ic Tu écouteras, lui recommanda-t-il , tout ce qu'il dira, et tu viendras me le répéter. »

— Eh bien! lui demanda sou maître le soir, qu'a-t-il dit ?

— Monsieur, il a dit : Quel dommage !

— Quoi ! pas autre chose?

— Non, monsieur, mais il l'a répété souvent ; et à chaque fois que vous aviez fini , il grommelait : Quel dommage ! »

La même scène se renouvela deux ou trois jours de suite. Cette persistance inquiéta Rubini ; il s'en alla au café que fréquentait le vieil amateur, se fit présenter à lui, et lui demanda l'explication de sou : Quel dommage !

« Vous avez une voix charmante , lui dit l'autre. Mais à la faron dont vous vous en servez, vous l'aurez perdue dans quatre ou cinq ans, comme tel et tel. «

Et il lui cita des noms de chanteurs célèbres.

« Votre voix est dans la gorge; il faut vous la remettre dans la poitrine. Mais ce sont encore trois ou quatre années d'étude qu'il vous faudrait ; quelle apparence que vous retouiniez à l'école !

— Vraiment, s'écria Rubini, vous croyez ! »

Il courut chez son directeur, rompit son engagement en plein succès, en plein triomphe, s'éclipsa trois années de suite, et revint sur de lui.

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