‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 67 sur 156 · DEL · texte numérisé non relu

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Même silence, même gravité delà part du docte gourmand. Cette fois le mouvement de la bouciie était plus sensible; car il mâchait. Enfin, il fit une inclinalion de tète. «Ah ! très-bien ! très-bien ! » Vous allez croire que la supériorité de la pêche était jugée et que tout était dit. Point ; la troisième tranche a son tour : « Goûtez l'arôme ! » reprend le jardinier. L'arôme fut trouvé digne de la chair et de l'eau. Alors le jardinier, rassemblant toute sa dignité pour présenter le dernier quartier, sa physionomie réfléchit une légère teinte d'orgueil et de satisfaction : ■< Goûtez le tout ! » Son triomphe fut complet. M. P. R., après avoir goûté , s'avança vers lui , les veux humides d'émotion, le sourire sur les lèvres , et lui prenant la main avec effusion : <c Ah! mon ami, c'est parfait ! je vous en fais mon compliment bien sincère. "

(Roques, Traité des plantes usuelles.)

Délassemeut des affaires.

Le cardinal de Richelieu était pris assez souvent de mélancolies si fortes , qu'il envoyait chercher Boisrobert et les autres qui le pouvaient divertir, et leur disait : ic Réjouissez-moi, si \ous en savez le secret. » Alors chacun bouffonnait , et quand il était soulagé, il se remettait aux affaires.

(Tallemant des Réaux.)

Le premier soin de Doisrobert était de délasser l'esprit de son maître, et ce divertisscr>ent était si utile au cardinal que so'.i premier médecin, M. Cilois, avait accoutumé de lui dire : « Monseigneur, nous ferons tout ce que nous pourrons ]>our votre santé; mais toutes nos drogues sont inutiles si vous n'y mêlez un peu de Boisrobert (1). »

(Pellisson, Histoire Je V académie.)

(i) Boisrviberl lui-même confirme cerécil d.Tiis l'Avis (le ses E/jiilres en vers, oii il rappurle que le cardinal étant malade à Warbonne, Cilois lui ord(mna « deux drachmes de Boisrobert après le repas. » Pendant l'exil de ce bouffon, Cilois contribua .1 son rclour, en concluant toutes ses ordonnances médicales pour Ricbe lieu, par celle formule l{e<ij,e ISoisroberl,

Délectation d'office.

L'abbé de Pompadour avait un laquais presque aussi vieux que lui, à qui il donnait, outre ses gages, tant par jour pour dire son bréviaire eu sa place, et qui le barbotait dans un coin des antichambres où sou maître allait. H s'en croyait quitte de la sorte , apparemment sur I l'exemple des chanoines qui payent des chantres pour aller chanter au chteur pour eux.

(Saint-Simon, Mémoires,)

Délicatesse.

Louis XIV envoya quérir M. de Marsillac, et lui dit : "■ Je vous donne le gouvernement de Berri, qu'avait Lauzini. » Marsillac répondit : « Sire, que votre majesté, qui sait mieux les règles de l'honneur que personne du monde, se souvienne, s'il lui plaît, que je n'étais pas ami de Lauzun ; qu'elle ait la bonté de se mettre un moment à ma place, et qu'elle juge si je dois accepter la grâce qu'elle me fait. — Vous êtes, dit le loi, trop scrupuleux ; j'en sais autant qu'un autre là-dessus ; mais vous n'en devez faire aucune difficulté. — Sire, puisque votre majesté l'approuve , je me jette à ses pieds pour la remercier. — Mais, dit le roi, je vous ai donné une pension de douze mille francs, en attendant que vous eussiez quelque chose de mieux. — Oui, sire, je la remets entre vos mains. — Et moi, dit le roi , je vous la donne une seconde fois, et je m'en vais vous faire honneur de vos beaux sentiments. » En disant cela, il se tourne vers ses ministres, leur conte les scrupules de M. de Marsillac, et dit : « J'admire la différence ; jamais Lauzun n'avait daigné me remerciei- du gouvernement de Berri. »

(Madame de Sévigné, Lettres.)

Un luxe inutile aux besoins et à la défense encombrait la marche lointaine de l'armée française sur la fatale grande route de Moscou. Vainement, les objections sévères de l'état-major avertissaient du mal et l'interdisaient; le désordre allait croissant : il naissait de la situation.

L'empoi ctir, souvent impatient d(î cotte confusion, vint à s'en inquiéter pour le

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grand résultat qu'il pourstiivait. Un ordre (le sa niaiu prescrivit au prince de iS'cafcliàtel de supprimer à tout prix ce désordre dans toute l'armée, eu même temps qu'il l'avertissait de prendre garde d'être oi)iigé de commencer par l'état-major.

Deux jours plus tard, en effet, ÎS'apoléon à cheval apercevant sur la route un embarras momentané , voulut faire un exemple; et ayant remarqué dans la foule une voiture de la forme de celles qu'il croyait interdites, il donna l'ordre (le la brûler sur place , sans permettre même d'en rien retirer.

On lui dit qu'elle appartenait à nu officier général , à un de ses aides de camp, M. de Narbonne. L'ordre lut réitéré et immédiatement exécuté. Mais l'empereur, regrettant peut-être sa vivacité, et quoi qu'il en fût, voulant dédommager un homme qu'il aimait, recommanda presque aussitôt à Duroc d'envoyer de sa part mille napoléons à M. de IS'arbonne, qui n'était pas riche, dit-il. Toujours exact et poli , le grand maréchal, après quelques doutes sur le mode à prendre, eut soin, à la première station, de faire mettre les pièces d'or dans une élégante cassette au.v armes de l'empereur, sons quelques livres de choix, et lit porter le tout au général. M. de Narbonne avant ouvert le petit coffre, regaida volontiers les volumes; mais, quant à l'or, il manda sur-le-champ, ])ar nu mot d'amitié, le colonel d'un régiment d»>. jeunes soldats, dont il avait vu avec peine, dans la journée, la démarche harassée et les rangs déjà fort éclaircis , et il pria cet officier de distribuer ce don aux hommes de son corps.

Le lendemain, avant l'heure du dépait, quand il vint à l'ordre, l'empereur lui dit doucement : « Eh bien, Narbonne, l'avarie du bagage est réparée ; vous avez re(;u? — Oui, sire, avec reconnaissance ; mais comme votre majesté le permettra sans doute, je n'ai gardé de l'envoi et de la cassette que les livres, entre autres deux traités de Sénèque : De Beneficiis et Df Patientld. En campagne, cela est bon à porter avec soi. >> L'empereur saisit parfaitement ce latin an passage, et ne dit lien.

(Villeniain, Sowenirs contemporains (J'/iisloiicet de littcrature.)

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nélicnlesse outrée.

— Quelle impeitinence ! s'écriait une précieuse, en entendant ces mots : cul d'articliaut , cul-de-sac; quelle idée sale ils présentent ! — Madame, dans la conversation ordinaire, il vous serait difficile d'éviter l'expression qui vous blesse. — Je défie bien, monsieur, que vous m'en citiez des exemples. — Mais comment diles-vous quand il s'agit d'un écu.' — Trois livres, ou soixante sols (1). — Comment appelez-vous le vêtement dans lequel les hommes passent leurs cuisses, et qui monte jusqu'aux reins ? — Un hautde- chausse. — Mais enfin, madame comment nommez-vous la lettre de l'alphabet qui suit le^? — Oh! monsieuc, je ne m'attendais pas que vous me feriez l'afïront de me remettre à \'a b c. «

(Improi'isateiir français.)

Déliig'e.

D..., misanthrope plaisant, me disait, à pro|>os de la méchanceté des hommes : " Il n'y a que l'imitilité du premier déluge qui empêche Dieu d'en envoyer ini second. »

(Chamfort.)

Déméuagementparla cliemiiicc.

C'est à Maurice Alhoy que les locataires expropriés et vindicatifs doivent l'invention du déménagement par la clieminée.

Un jeune boursier qui a eu des hauts et des bas, selon le caprice de la prime on du report, avait fini par n'avoir plus de hauts, et il était sur le point de manquer de bas. Il était, comme on dit, tout à fait à la côte, et devait onze termes à son jiropriétaire.

Celui-ci, à bout de patience, fit signifier expulsion à jour fixe. De ce moment notre jeune déconfit ne respira plus que la vendetta. La veille de son départ, il déménagea |)ar la cheminée, c'est-à-dire qu'il bnila, l'un à la suite de l'autre, tous ses meu-

(i) Le Chevrœana nous apprend, en effet, que |>lusieurs précieuses n'auraient jamais voulu prononcer le mot dVcu, et l'on sait que îlolière fait exposer par la bouche de l'hilaminte, dans les Femmes savanles, un ))rojet pour

... le retranchement de ces syllabes sales Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales

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l)les, qui, après avoir joyeusement pétillé dans l'àtre , s'envolèrent eu fumée. Par une attention délicate, qui devait certainement toucher le cœur du Vautour, un sac particulier recueillit les cendres <le chaque meuble. En sorte que l'appartement ne fut plus garni que de sacs sur lesquels des étiquettes indiquaient, ici le lit, là l'armoire à glace, plus loin les tables, les chaises, les canapés, etc.

Quand notre friponneau eut bien ri à l'idé.i de la figure du propriétaire venant saisir ses sacs pour les faire vendre à l'hôtel Bullion , il se disposa à vider les lieux sans grosse caisse ni sax-horn.

Sur le seuil de sa porte, il rencontra sa maîtresse qui venait le prier de la mettre dans ses meubles.

<> Comme cela se trouve ! s'écria-t-il ; je vais te donner les miens. »

Et la conduisant devant ses sacs, il ajouta :

« Tiens, mets toi là dedans. »

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Demi-mcsnres {Danger des).

Schems-El-Maali , roi du Mazanderan, avait de très-belles qualités; mais il était emporté et faisait mourir ses sujets pour la moindre chose sur-le-champ ; car il n'en envoyait pas un seul en pinson pour garder au moins quelque forme de justice. A la un , ses sujets, lassés de le souffrir, mirent la main sur lui, et en l'enfermant dans une prison, où il mourut, ils lui dirent : « Voilà ce qui vous arrive pour avoir ôté la vie à tant de monde. » Il repartit : <i C'est pour eu avoir fait niouri. trop peu , car je ne serais pas ici aujourd'hui si je n'en avais pas épargné un seul de vous tous. »

(Galland.)

Démission.

M. deMaurepas et M. de Saint-Florentin, tous deux ministres dans le temps de M""" de Pompadour, firent un jour, par plaisanterie, la répétition du compliment de renvoi qu'ils prévoyaient que l'im ferait un jour à l'autre. Quinze jours après cette facétie, M. de Maurepas entre chez M. de Saint-Florentin , prend uu air triste et grave, et vient lui demander sa démission. M. de Saiiit-Florentiii paraissait en être la dupe, lors-

qu'il fut rassuré par un éclat de rire de M. de Maurepas. Trois semaines après, arriva le tour de celui-ci , mais sérieusement. M. de Saint-Florentin entre chez lui, et, se rappelant le commencement de la harangue de M. de Maurepas, le jour de sa facétie , il répéta ses propres mots. M. de Maurepas crut d'abord que c'était une plaisanterie; mais, voyant que l'autre parlait tout de bon : « Allons, (lit-il, je vois bien que vous ne me persiflez pas ; vous êtes un honnête homme; je vais vous donner ma démission. »

(Chamfort.)

Démission g^racieuse.

Le régent envoya demander au président Daron la démission de sa place de piemier président du parlement de Bordeaux. Celui-ci répondit qu'on ne pouvait lui ôter sa place sans lui faire son procès. Le régent , ayant reçu la lettre, mit au bas : « Qu'à cela ne tienne, « et la renvoya pour réponse. Le président, connaissant le prince auquel il avait affaire, envoya sa démission.

(Id.)

Démission habile.

Allicrt de Goudi, duc de Retz, voyant sa faveur diminuer près de Henri 111, par l'avancement de M. de Joyeuse, et connaissant qu'il enviait la chaj'ge de pi-emier gentilhomme de la chambre, le roi, lui jour, étant dans son cabinet avec M. de Joyeuse, défendit à l'huissier de laisser entrer aucun : « Et M. de Retz? dit l'huissier. — Moins que pas un, »

dit M. de Joyeuse. M. de Retz arrive, l'huissier lui dit qu'il lui était défendu de le laisser entrer; lui, étonné et se doutant de ce qui était, le pria de le laisser entrer, lui promit deux mille écus s'il le faisait et qu'il avait assez de pouvoir de le garantir du courroux du roi. Il entre, de quoi le roi s'étonne bien fort et M. de Joyeuse. M. de Retz dit au roi : « Sire, je vous viens prier de me faiie une faveur : Vous n'avez encore lirn donné à M. de Joyeuse, gentilhomme le plus accompli qui soit à votre cour; peimettez-moi que je lui fasse un présent de ma charge de gentilhomme de la chambre :je suis âgé. » Le roi semble résister ; il le prie derechef. Le roi l'accepte cl

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