I)ÉV
DEV
reine! en mourant à sa place, je l'atirais ])eut-èlre sauvée ! » À ces mots, un mouvement inésistiljle de la foule écarte violemment madame Elisabeth de son frère, et la jette dans l'embrasure d'une des fenêtres de la salle, où la foule qui l'enferme la contemple du moins avec respect (1).
(Lamartine, Histoire des Girondins .)
Dévouement inutile.
Au delà de Kowno, Napoléon s'irrite contre laVilia,dont les Cosatpies ont rompu le pont et qui s'ojipose au passage d'Oudinot. Il affecte de la mépriser comme tout ce cpii lui f;iisait obstacle , et il ordonne à un escadron des Polonais de sa garde de se jeter dans cette rivière. Ces hommes d'élite s'y précipitèrent sans hésiter.
D'abord, ils marchèrent en ordre , et quand le fond leur manqua, ils redoul)lèrent d'efforts. Bientôt ils atteignirent à la nage le milieu des flots. Mais ce fut là (pie le courant, plus rapide, les désunit. Alors leurs chevaux s'effrayent, ils dérivent, et sont emportés par la violence des eau\. Ils ne nagent plus, ils flottent dispersés. Leurs cavaliers luttent et se débattent vainement , la force les abandonne ; enfin ils se résignent. Leur perte est certaine, mais c'est à leur patrie, c'est devant elle, c'est pour leur libérateur, qu'ils se sont dévoués ; et près d'être engloutis, suspendant leurs efforts, ils tournent la tête vers Napoléon et s'écrient : « Vive l'enqiereur! » On en remarqua trois surtout , qui, ayant encore la bouche hors de l'eau, répétèrent ce cri et périrent aussitôt. L'armée était saisie d'horreur et d'admiration. Quant à Napoléon, il ordonna vivement et avec précision tout ce ([u'il fallut pour en sauver le plus grand nombre, mais sans jiaraitre ému; soit habitude de se maîtriser, soit qu'à la guerre il regardât les émotions du cœur comme des faiblesses, dont il ne di'vfiit pas donner l'eNcniple et (|n'il fallait vaincre; soit enlin cpi'il entre\itde
(i" I.c (Itvniiemeiit de M'I» Cazoltn et celui di: M"'^ilrSiinil)reiiil pour sauverleursjièies sont Jeux tics traits lus plus connus de l'Iiisloire rt'voluliuiiiiairi-. .te nip borne à les rappeler ici. Sur la tt.idilion du verre de sang liu par cette dernière, ou peut riiiisulter la ynmrllc l/iu^iaji/iic gcnérale : urlitlc .ywi4,tii,7 (H"'-' de).
plus grands malheurs devant les(iiicls celui-là n'était rien.
(Comte de Ségur, Histoire de IVapo- Ic'on et de la grande armée.)
Dévouement mal récompensé.
G. Planche vit sa santé plus d'une fois soumise à de terribles épreuves. Atteint d'une maladie cutanée, dont la guérison demandait des soins que sa fortune et son naturel ne lui permettaient guère de prendre, il y aurait succombé peutêtre sans le dévouement d'un ami. Chaudesaigues était venu s'installer dans sa mansarde, et ne quittait guère le chevet du malade cpie pour aller empriuiter ((iielqtie argent à des amis communs, car il n'était pas riche non plus.
Une fois, il rentrait accablé : il avait baltti la ville par un de ces jours matissades où l'on semble poursuivi par son mauvais destin. Presque toutes les jiortes auxquelles il avait frappé ne s'étaient pas ouvertes ; la pluie avait été continue , le pavé était gras et glissant comme il ne l'est qu'à Paris. Tout mouillé, tout trébtichant, ayant à peine en poche de quoi passer la journée du lendemain, Cliaudesaigues gravit d'un trait les cinq étages et s'arrête un instant pour reprendre haleine à la porte.
Tout à coup un bruit de voix et de rires se fait entendre ; — il écoute machinalement.
C'était Planche et un visiteur qui se moquaient de lui dans les termes les plus blessants.
<> Le croiriez-vous.' disait Chaudesaigiies en racontant le fait, je nie sentis un moment l'envie de pleurer, puis celle de le laisser là; mais je réfléchis ((u'il souffrait et je tournai bruyamment la clef dans la serrure avant d'entrer. »
{Revue anecdotique.)
Dévouement piiternel.
Le ■; thermidor an II (2,'j juillet 179i), riitiissier du tribunal révolutioiniaire se présenta à la prison de Saint-La/are avec la liste de ceux qui devaient passer en jugement et appela : Loizerolles fils! Le jeune homme dormait. Le père répondit : Présent ! et se laissa conduire à la (Conciergerie. Quelques heines ]ibis tard, il comparaissait devant les jtige». Le grel'fiei', ne
DÉV
Yovaiit qu'une erreur dans la différence d'àî^e, substitua le prénom de Jean à celui de François, et changea en même tenipsla date de naissance, sur les instances réitérées deLoizerolles père, qui fut imméiliatement condamné. Il tremblait que son fils, qui ignorait ce dévouement, ne vint réclamer sa place, et, au moment où on le liait à la planche , il s'écria : « J'ai réussi! » Loiz*rolles fils fut mis en liberté après te 9 thermidor.
(Arnault, etc.. Biographie nouvelle des Coritcmpcrnins, et Mercier, Paris pendant la révolution.)
Diables.
Le cardinal Sfondrate raconte que le j.cre Tanner, jésuite, allant de Prague à Inspruck, mourut en chemin dans un village. Comme la Justice du lieu faisait l'inventaire de son bagage, on y trouva une petite boîte, que sa structure extraordinaire fit d'abord regarder comme suspecte, car elle était noire et composée de ])ois et de verre. Mais ou fut bien plus surpris, quand le premier qui regarda par le verre d'en haut se recula en disant qu'il y avait vu le diable. Tous ceux qui icgardèrent après lui en firent autant. Effectivement, ils voyaient dans cette boîte un être animé, de grande taille, noir, affreux, armé de cornes. Un jeune homme, qui achevait son cours de philosophie, fit observer à l'assemblée que la bête renfermée dans la boîte, étant infiniment plus grosse que la boîte elle-même, ne pouvait être un être matériel, mais bien un esprit comprimé sous la forme d'un animal... Le juge qui présidait à liuventaire condamna le mort à être privé de lu sépulture ecclésiastique, et enjoignit au curé d'exorciser la boite pour en faire sortir le démon. Pendant qu'on procédait en conséquence , un philosophe ])russien, passant parce village, entendit parler d'un jésuite sorcier et du diable enfermé dans une boîte; il on rit beaucoup, alla voir le phénomène, et recoiunit que c'était un microscope, que les villageois ne connaissaient pas. 11 ôta la lentille, en fit sortir un ct:rf-volant qui se promena sur la table, et ruina ainsi tout le prodige.
(C.oUiu dePlancy, Dtctionn. infernal.)