‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 73 sur 156 · DEU · texte numérisé non relu

DEU

DÉV

aurait été vaine.) Ces malheureux cheveux, toujours en l'air, étaient donc fort counus de tout l'état-major ; et lorsque l'un d'eux passait de vie à trépas, on lui faisait un service. \Jli)domptahle étant tombé , on en avait pris le deuil.

(M'""" d'Abrantcs, Sota'enirs .)

Deuils persistants.

Sainte-Suzanne, l'employé de la Poste qui joue agréablement la comédie de société , venait de rencontrer un de ses amis , qui a fait une grande perte il y a plus de quatre ans. — Comment, lui at-il dit, depuis si longtemps, vous êtes toujours en deuil de votre frère ! — Eh ! mais, lui a répondu le pauvre affligé, /'/ est toujours mort (1)!

(Cil. Maurice, Hht. anccd. du thédt.)

11 V avait au ministère de l'intérieur, il V a une vingtaine d'années, un em|)loyé distingué par sa calligraphie. Le ministre de ce temps-là , qui était M. d'Artout, avait attaché cet employé à son cabinet et utilisait pour des dictées sa plume miraculeuse.

Unjour, lemiuistremandeson employé.

Le clief du cabinet s'en vint dire au ministre : « X.... n'est pas venu . son jière est mort. » Le ministre s'inclina devant cette excuse funèbre.

Au bout d'un mois, le ministre fit demander X... ; le chef de cabinet reprit : « X... n'est pas venu : son père est mort. — Ah! oui, je me rappelle, » dit le ministre, qui commençait à s'étonner d'un deuil aussi prolongé.

Trois semaines après ce mois, le ministre demanda X...; le chef de cabinet répliqua, selon la formule : <c X... n'est pas venu : son père est mort. — Ah çà ! mais, dit le ministre, est-ce qu'il ne viendra pas à son bureau tant que son père sera mort? »

(Yillcmot, La vie à Paris.)

Dévotion.

Le duc d'Orléans avait invité Despréaux à dîner; c'était un jour maigre, et l'on ne servit que du gras. Ou s'aperçut que le poète refusait de tous les plat<. « H faut bien , lui dit le prince, que vous

(t) V. Sensibililé rétrospective.

mangiez gras comme les autres, on a oublié le maigre. — Vous n'avez qu'à frapper du pied, monseigneur, lui lépondit lioileau, et les poissons sortiront de terre. « Cette allusion au mot de Pompée fit plaisir à la compagnie, et sa constance à ne vouloir point toucher au gras lit honneur à sa religion.

(Mémoires anecd. des règnes de Louis XI y et Lotus XV. ^

Le président d'Égnilles et le marquis d'Argeus étaient frères, et tous deux |)eu chrétiens. Us avaient un frère fort dévot. Un jour qu'ils plaisantaient entre eux de sa dévotion , qu'ils regardaient comme l'effet de sa simplicité , le marquis d'Argeus dit an président, comme jjar réflexion : '' Eh bien ! mon frère , nous nous moquons de lui ; j'avoue cependant que si j'avais un dépôt à confier à l'un de vous deux, ce ne serait pas à toi ([ue je le remettrais. »

{Journal général.)

DéTotioii aisée.

On appelait M. du Bassin, de Dijon, un bon chrétien d'été, parce qu'il n'allait à vêpres qu'en été, à l'église de Saint- Bénigne, qui est fort fraîche.

{Ménagiana,)

Dévotion et médisance.

Une de nos dames de haut parage (elle a gouverné une illustre enfance) s'occupait constamment des devoirs qu'exige une dévotion sincère. Un jour, inquiète de n'avoir pas eu le temps d'aller à coufesse, elle se disposait à s'y rendre, lorsqu'un personnage politique vint lui faire visite. La conversation tombant sur les journées de 1830, on en vint naturellement au ministre prétendu fauteur des résultats. Le personnage ne l'épargna point. Ce que voyant la dame, dont le royalisme était excité, elle se prit à dire : « Convenez, mon cher, que ce monsieur de Poliguac est un grand maladroit ! >. Puis, s'arrètant tout à coup : « Ab ! mm; Dieu, s'écria-t-elle, je viens de dire du mal de mon prochain, je ne pourrai pas encore connnunier ! » — Le cas était grave. F^lle courut sur-le-champ en référer à son directeur! « Quoi! lui dit ce

DEV

DÉV

dernier, après avoir pris communication da fait, n'est-ce que cela qui vou» retient, duchesse? Allez ! allez ! vous avez raison, ce Polignac est un pauvre homme. Passez à mon confessionnal, nous allons terminer cette affaire. »

(Ch. Maurice.)

Dévotion intéressée.

Un missionnaire, vovageant dans l'Inde, rencontra un faquir chargé de chaînes, nu comme un singe, couché sur le ventre, et se faisant fouetter pour les péchés de ses compatiiotes, les Indiens, qui lui donnaient quelques liards du ))ays : « Quel renoncement à soi-même, disait nn des spectateurs. — Renoncement à moimême repiit le faquir; apprenez que je ne me fais fesser dans ce monde que pour vous le rendre dans l'autre, quand vous serez chevaux et moi cavalier. »

(Panckoucke. )

Dévotion mal employée.

Doua Maria de Padilla, l'une des honnêtes dames d'Espagne, et des j)his affectionnées à la réhellion qui se fit en Espagne au commencement de l'empereur ("diarles, faute d'argent pour la solde de ses soldats, prit tout l'or et l'aigent des reliques de Tolède; mais ce fut avec une cérémonie sainte et plaisante, entrant dans l'église à genoux, les mains jointes, couvei'te d'un voile noir, ou pour mieux dire, d'un sac mouillé, piteuse, marniiteuse, battant son estomac, pleurant et soupirant, deux grandes torches allumées devant elle ; et puis ayant fait gentiment son pillage, se retire aussi gentiment en même cérémonie, croyant fermement que, de cette manière, Dieu ne lui en saurait nn mauvais gré.

Ties des erandi

(Brantôme,

1s capitaines.

Le duc d'All)e, père de celui qui vint amliassadeur en France en 1704, ayant perdu sa maîtresse qui s'était enfuie, faisait dire des messes pour que Dieu lui fit la grâce de la retrouver. La duchesse d'Alhc, sa bru, fit prendre à son fils, malade à Paris , en potions et en lavements, des reli(pies pulvérisées. L'enfant n'en

mourut pas moins, au grand étonncnient de la mère.

(Duclos.)

Dévotion simulée.

Brissac, peu d'années avant sa retraite, fit un étrange tour aux dames.

C'était un homme droit qui ne pouvait souffrir le faux. Il voyait avec impatience toutes les tribunes bordées de dames l'hiver au salut, les jeudis et les dimanches, on le roi ne manquait guère d'assister, et presque aucune ne s'y trouvait quand on savait de bonne heure qu'il n'y viendiait pas; et sous prétexte de lire dans leurs heures, elles avaient toutes des petites bougies devant elles pour les faii e connaître et remarquer. Un soir que le roi devait aller au salut, et qu'on faisait à la chapelle la prière de tous les soirs qui était suivie du saint, quand il y en avait, tous les gardes postés et toutes les dames placées, arrive le major vers la fin de la prière, qui, paraissant à la tribune vide du roi , lève son bâton et erre tout haut : Il Gardes du roi, retirez-vous, rentrez dans vos salles , le roi ne viendra pas. « Aussitôt les gardes obéissent; murmures tout bas entre les femmes , les petites bougies s'éteignent, et les voilà toutes 'parties, excepté la duchesse de Gniche,M"'* de Dangeau et une ou deux antres qui demeurèrent. Brissac avait posté des brigadiers aux débouchés de la chapelle pour arrêter les gardes, qui leur firent reprendre leurs ])ostes, sitôt que les dames furent assez loin pour ne pouvoir pas s'en douter. Là-dessus arrive le roi, qui, biin étonné de ne point voir de damesremplir les tribunes, demanda par quelle aventure il n'y avait personne. An sortir du *alut , Brissac lui conta ce qu'il avait fait, non sans s'espacei' sur la piété des dames de la cour. Le roi en rit beaucoup et tout ce qui l'accompagnait. L'hisloire s'en répandit incontinent après ; toutes ces femmes auraient voulu l'étrangler.

(Saint-Simon, Mcmoires.)

Dans un voyage que Piron fit à Bruxelles, pour voir J.-B. Rousseau, ils se trouvèrent un jour seuls dans la campagne.

Midi sonne; Rousseau se met à genoux pour dire l'Angelus : « Monsieur Rousseau,

DÉV

DÉV

dit Piron, cela est inutile, Dieu seul nous voit ! 1.

(Piro/i'ia/ia.)

D^Touement.

Dominicpie de Vie, gouverneur d'Amiens, de Calais, et vice-amiral de France, ayant en, en lâSC, le gras de la jamhe droite emporté d'un coup de fauconneau, et ne pouvant plus monter à cheval, quoique sa blessure fût bien guérie, sans ressentir les douleurs les plus vives, s'était retiré dans ses terres en Guyenne. 11 y vivait depuis trois ans, lorsqu'il apprit la mort de Henri III, les embarras où se trouvait Herri IV, et le besoin qu'il avait de tous Si s bons servitiiirs ; il se fit couper la jambe , vendit une partie de son bien , alla trouver ce prince , et lui rendit des services signalés à la bataille d'Ivry et dans plusieurs autres occasions. Deux jours après l'assassinat de ce bon roi, de Vie passant dans la rue de la Ferronnerie, et regardant l'endroit où cet horrible attentat avait été commis, fut si saisi de douleur qu'il tomba presque mort , et mourut le lendemain.

(Saint-Foix, Essais sur Paris.

Les barbares habitants d'Alger, irrités des propositions un peu dures que leur avait fait Duquesne , mirent le consul français dans un mortier et le tirèrent au lieu d'une bombe ; ils traitèrent de même plusieurs esclaves français ; ils les attachaient à la bouche de leurs canons, et les membres de ces infortunés étaient portés jusque sur nos vaisseaux. Mais cette férocité si révoltante, même chez des pirates, n'exclut pas chez quelques-uns d'entre eux tout sentiment de reconnaissance et de généiosité. Rien ne le prouve mieux que ce trait d'un honnête Algérien,

M. de Choiseul étant prisonnier à Alger, allait être attaché à la bouche d'un canon, lorsqu'un Algérien, qui avait été pris autiefois par le chevalier de Thérv, sur le bord duqutl M. de Choiseul était, reconnut ce dernier, et se rappela qu'il en avait reçu toutes sortes de bons traitements. Il demanda la grâce du prisonnier français, et n'avant pu l'obtenir, il l'embiassa étroitement , et dit aucanonnier:

<i Tire; puisque je ne puis pas sauver mon

bienfaiteur, j'aurai du moins la consolation de mourir avec lui. » Le dev, qui était présent, fut attendri, et fit "grâce à M. de Choiseul.

( Mémoires ariecdot. des règnes de Louis XIV et de Louis XV.)

La jenne épouse d'un émigré s'était retirée à Augsbourg avec un enfant. A l'approche des Français, en 1809, elle prend son fils dans ses bras pour s'enfuir, se trompe de porte, et tombe dans nos avant- |)ostes; en reconnaissant son erreur, elle s'évanouit. Le général Lecourbe lui fait donner une sauvegarde , et ordonne qu'on la reconduise dans la ville prochaine, où elle voulait se retirer. Son onfant fut oublié, et la mère, dans son égarement, s'aperçut trop tard de la perte qu'elle venait de faire. Un grenadier recueillit cet enfant, il s'informa du lieu où l'on avait conduit la mère, et, ne pouvant de suite lui rendre ce dépôt piécieux , il fit faire un sac de cuir dans lequel il le portait toujours. Toutes les fois qu'il fallait combattre, il le cachait à l'entrée d'un bois, dans un trou qu'il creusait lui-même, ou bien dans des broussailles, dans un buisson , cpi'il était bien sûr de reconnaître, et, aprèsla bataille, il venait le reprendre. On conclut enfin un armistice; le grenadier fit une collecte qui lapporta vingt-cinq louis; il les mit dans la poche de l'enfant, et alla le rendre à sa mère.

(Nongaret, Beaux traits de la révolution française.)

Sur la route de Krasnoé , l'armée eut à s'avancer sous le feu d'une batterie en. nemie... Quand ce fut aux grenadiers de la garde à passer sous ce feu, ils se resserrèrent autour de Napoléon comme une forteresse mobile , fiers d'avoir à le protéger. Leur musique exprime cet orgueil. Au plus fort du danger, elle lui fit intendre cet air dont ces paroles sont si connues : « Où peut-on être mieux qu'au srin de sa famille! « Mais l'empereur, qui ne négligeait rien, l'interrompit en s'éciiant : « Dites plutôt. Veillons an salut de l'empire. >>

(Comte de Ségur, Histoire de Napoléon et de la grande armée.)

DÉV

Dévoiirincnt à la science.

En 1720, A. do Jussicii remit au chevalier Declieux, jeune enseigne de vaisseau qui partait pour la Martinicpie, nue bouture de caféier provenant d'un plant de cet arbuste donné au roi Louis Xl\ par le bourgmestre d'Amsterdam. Declieu.v promit de rendre sain et sauf à sa desti- nation le précieux dépôt. Pendant la traversée, qui fut longue et pénible, la j)rovision d'eau s'épuisa au point de faire craindre qu'elle ne permît point d'atteindre la prochaine relâche. Alors, ainsi que cela se fait en pareil cas , chaciue homme fut rationné, et le caféier, considéré comme houche inutile , fut \n\\^i d'eau. Heureusement; Declieux tenait à honneur de remplir fidèlementsamission ; il partagea sa ration personnelle avec l'arlnisle, et ]>arvint ainsi à le conserver. (A. Mangin, Savants illustres.)

Dévouement comique.

En 17 '»(!, la demoiselle Grimaldi , danseuse, faisait partie d'une troupe ambulante. Surprise aux environs de Louvain , avec plusieurs acteurs, par un parti de hussards ennemis qui les avaient dépouillés |)lus d'à demi, et se préparaient à faire pis, cette bonne camarade, pour s'épargner la vue d\i sang qui commençait à couler, se couvrit jirécipitanimciit la tèlo du court jupon qui lui était resté, et de tout ce qui y était adhérent. Dans cette posture assez neuve, mademoiselle Grimaldi, emportée par son humanité, conjurait le chef des hussards et sa troupe de ne prendre qu'elle pour victime. A cet aspect , le chef et les soldats ciuu'mis dirent comme Francaleu (1) : « J'ai ri, me voilà désarmé. « Par ce dévouement liéroï-comi(iue, nue danseuse apprivoisa <lcs hussards allemands et sauva la vie à plusieurs Français.

[Anecdotes (Iramatltjues.)

DéYouement conjugal.

Le connnandant Lavergne comparut (li'vant l'ouqnier-Tinville et fut condamné à mort. Au momentoù la sentence biliilc est prononcée, on entend dans riuuliloire des cris énergiques et répétés

(i) Pcrsnnn.-ige (le la Mèirnmnnie de l'iron.

DEV

de T'h-e le rot ! Le tribunal ordonne qu'on se saisisse delà personne assez audacieuse pour le braver ainsi. Ou lui amène M""' Lavergne, qui déclare qu'elle n'a trouvé que ce moyeu do partager le sort de son mari. Les juges font droit a sa demande.

(Morlimcr-Teruaux, Hist.de la Teneur.)

Dévouement héroïque.

Le chevalier d'Assas, capitaine au régiment d'.-^/'irr^rte, se dévoua, l'an 17 00, d'une manière bien héroi([ue à l'affaire de Clostercamp , en Allemagne. Son régiment étant près d'un bois pendant la nuit, il y entre seul pour le fouiller, do peur de surprise. A peine est-il avancé quelques pas, qu'il se sentit environné d'une troupe d'ennemis embusqués, qui lui mettent la l)ayonnettesur la poitrine, avec menace de le tuer sur la place s'il profère un seul mot. Aussitôt il s'écrie : K A moi, Auvergne, voilà l'eiuiemi ! » Percé à l'instant de mille coups, il expira sur la place (1).

Louis WL entouré d'une foule immense et tumultueuse, se félicite de se trouver seul exposé aux coups des armes de toute espèce que des milliers de bras agitent sur sa tète. Mais en se retournant ifapeicoit sa sœur, madame Elisabeth, qui lui'tend les bras et qui veut s'élancer vers lui.

Elle avait échappé aux eftorts des femmes qui retenaient la reine et ses enfants dans la chambre du lit. Elle adorait son frère. Elle voulait mourir sur son cœur. Ses cheveux épars, ses yeux mouillés, ses bras tendus vers le roi lui donnaient une expression désespérée et sublime.

« C'est la reine! » s'écrient quehpies femmes des faubourgs. Ce nom dans un pareil moment était un arrêt de mort.

Des forcenés s'élancent vers la sœur du roi les bras levés ; ils vont la frapper, des ofliciers du palais les détrompent. Le nom vénéré de madame Elisabeth lait retomber leurs armes. « Ah! qu."la.tesvons» s'écrie douloureusement la princesse , laissez-leur croire que je suis la

(l) S.-lon Grimm. dans sa Conr^pcdm.cc ine- ,l;,e le mol aurait .Hn prononcé non par d Assas, nv.is'par l.-Mri;.nl nul)ois qui l\-.ccompag>iait.

Page 1