‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 76 sur 156 · DIE · texte numérisé non relu

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mofjuàt de nous, soit qu'il crut un peu a la vertu des formules , nous fîmes ce qu'il nous prescrivait , lui , le livre à la main; nous, parcourant en différents sens les ligues tracées par terre. C'était nne sorte de table de Pythai^ore , avec des carrés, des losanges, des étoiles, des signes du zodiaque, beaucoup de cliiffres et d'autres figures cabalistiques dont le souvenir est assez confus en moi.

Ce que je me rappelle bien, c'est l'espèce d'émotion qui nous gagnait à mesure que nous opérions. 11 était dit (jue le premier indice du succès de l'opération serait le jaillissement d'une flamme bleuâtre sur cei'tains chiffres ou certaines figures, et nous attendions ce prodige avec une certaine anxiété. Nous n'y croyions |)ourtant pas, Hippolyte étant déjà assez esprit fort, et moi ayant été habituée par ma mère et ma grand' mère (d'accord sur ce point) à regarder l'existence du diable comme une imposture, la fiction d'un croqucmitaine pourles petits enfants. Mais Ursule eut peur tbut en riant, et quitta la chambre sans qu'il fût possible de l'y ramener.

Alors, mon frère et moi, nous tioe.vant seuls à l'œuvre, et k gaieté de notre compagne ne nous soutenant pins, nous reprîmes l'opération avec une sorte de courage. Malgré nous, l'imagination s'allinnait, et l'att'nted'un piodige quelcon- <pie nous agitait un peu. Aussitôt que les flammes paraîtraient, nous pouvions en rester là et ne pas insister pour que, sons les chiffres du milieu, le plancher fût ]ie.rcé pni- les deux cornes de Lucifei-. — « Bah! disait Hippolyte, i! est écrit dans le livre que les personnes qui n'oseraient pas aller jusipi'au bout peuvent, en effaçant bien vite certains chiffres, faire rentrei' le diable sous terre, au moment où il passe la tète dehors. Seulement il faut éviter que ses yeux soient sortis, car, aussitôt qu'il vous a regardé, vous n'êtes plus maître de le renvoyer avant de lui avoir parlé. Moi, je ne sais pas si j'oserais, mais , tout au moins , je voudrais voir le bout de ses cornes. — Mais s'il nous regarde, et s'il faut lui parler, disais-je, que lui dirons-nous.' — Ma foi, répondait Hippolyte, je lui icconinianderai d'emporter Deschartres, son flageolet et tous ses vii n\ bon([nins. »

Nous complétâmes l'expérience comme nous pûmes , et non-seulement le diable

DICT. d'anecdotes. t. I.

ne vint pas, mars encore il. n'y eut pas la moindre petite flamme. Nous mettion* pourtant l'oreille sur le carreau, et Hippolyte prétendait entendre un petit pétillement précurseur des premières étincelles; mais il se moquait de moi, et je n'en étais pas dupe, tout en f(ignant d'écouter et d'entendre aussi quelque chose. Ce n'était qu'un jeu, mais un jeu qui nous faisait battre le cœur. Nos plaisanteries nous rassuraient et tenaient notre raison éveillée, mais je ne sais pas si nous eussions osé jouer ainsi avec l'enfer l'un sans l'autre.

Nous étions cependant un peu désappointés d'avoir pris tant de peine pour rien, et nous nous consolâmes en reconnaissant que nous n'avions pas la moitié des objets désignés dans le livre pour accomplir le charme. Nous nous piomimesde nous les procurer, et en effet pendant quelques joui-s nous recueillîmes certaines herbes et certains chiffons; mais comme il y avait une foule d'autres prescriptions scientifiques que nous ne comprenions pas, et d'ingrédients qui nous étdient complètement inconnus, la cliose n'alla pas j)lus loin.

(Georges Sand, Histoire de ma vi".,)

Uialile (Pliure au).

Le jeune comte d'Artois avait pris l'habitude de dire fréquemment le mot de diable. Un M. Defougères , qui est de quelque chose à son éducation , parce ([u'il ne le méi'ite en rien, à ce qu'ils disent, reprenait cet enfant de France, d'avoir toujours à la bouche ce vilain mot , et il lui disait très-spirituellement ([u'à la fin le diable pourrait bien venir et se présenter à lui. Sur cette assertion, le comte d'.\rtois se retire en un coin de la chambre , et joignant ses deux petites mains, il dit ; « Mon petit diable, parais, viens et emporte-moi M. Defougères, qui m'ennuie. » Il n'avait guère que scjU ans. (Collé, Journal.)

Dieu.

M. deChàteauueuf,à l'âge de neuf ans, fut présenté à un évéque, qui lui dit : « Mon petit ami , dites-moi où est Dieu et je vous donnerai un orange. — Monseigneur, répondit le jeune enfant, ditcs-

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