‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 87 sur 156 · EME · texte numérisé non relu

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néral des galères, et ensuite maréclial (le France, était un liomrae de beaucoup d'esprit , et fertile en lions mots. Au passage du Rhin , il montait un cheval hlanc qui passa des premiers ; et comme le fleuve était rapide, le duc de Vivonue adressa ces paroles à son cheval qu'il appelait Jean : " Jean le Blanc, ne soulTre j)as qu'un général de mer soit noyé dans l'eau douiO". « Un jour le roi le raillait sur sa grosseur extraordinaire, en présence du duc d'Aumont, qui n'était pas moins gros : <i Vous grossissez à vue d'oeil, lui dit ce prince, vous ne faites point d'exercice. — Ali ! Sire, c'est une médisance, répliqua M. de Vi\onne; il n'y a j)oint de jour que je ne fasse au moins trois fois le tour de mon cousin d'Aumont. » Le même prince lui demandant ce que la lecture faisait à l'esprit : « Ce (pie vos perdrix font à mes joues », rél)ondit-il. Il avait les couleurs cxtièmenient vives.

[Mémoires anecci. îles rî'gnes de Louis XIT'et Louis XF.)

L'embonpoint monstrueux du princeAruold Van Ravesteyn donna lieu de lui jouer un tour assez plaisant. Lorsque son devoir de professeur et de doyen était rempli a l'Académie, où il présidait, il en sortait d'ordinaire sur le soir, enveloppé dans un épais manteau. On alla dire au commis des fermes que cet homme, qu'ils voyaient toujours passer aux approches de la nuit, et qu'ils ne connaissaient point , portait .<iOus son manteau de l'eau-de-vie en fraude, mais si maladroitement que son extrême grosseur, produite par les barils qu'il prétendait cacher, devait aisément frapper tous les yeux. Les commis le guettèrent aussitôt, le saisirent et remmenèrent dans leur bureau, croyant avoir trouvé leur proie ; mais au lieu de marchaiulises de contrebande , ils ne découvi'iient ([u'un ventre énorme, dont le porteur se serait défait très-volontiers. Anecdotes des Beaux- Ai ts, )

11 fallait une table spéciale à l'acteur Desessarts, afin qu'il put se glisser dessous (piand il jouait dans Tartufe. Il excitait toujours les éclats de rire de la salle eu disant, dans le rôle île Pttit-Jean, des /'laideurs :

Pour moi je ne dors plus, aussi je deviens maigre.

OU en se présentant , dans le Siège de Calais, à la tète de ses concitoyens exténués par une longue et terrible famine, dont il ne paraissait pas avoir beaucoup souffert.

Kméfique.

L'émétique, qui avait guéri Louis XIV, dangereusement malade à Calais , causa la mort du Mazarin. On dit à cette occasion que ce remède avait sauvé deux fois la France. ( Proverhiana.)

Kmeiite au théâtre.

Le 22 mars 1815, la première représentation de Gennanicus fut, au Théâtre- Français, le prétexte d'une collision politique et sanglante. Cette tragédie était de M. Arnault père , resté fidèle à la mémoire de Napoléon, à ce point que ses sentiments politiques le firentexclure del'Académie française et condamner à l'exil. Les bonapartistes se concertèrent et se donnèrent rendez-vous pour applaudir, une cabale royaliste s'organisa pour siffler.

La salle du Théâtre-Français est de toutes parts envahie, les spectateurs sont entassés au parterre. La pièce commence au milieu du plus religieux silence, quelques scènes sont applautlies, personne ne proteste contre les applaudissements, l'ouvrage va jusqu'à la fin sans encombre. A la chute du rideau , des voix nombreuses demandent l'auteur, d'autres voix non moins nombreuses ré|)ondeiit avec énergie : « Non ! nou ! (^pendant la tuile est levée, et Talma , qui a joué le rôle de Geimanicus, s'avance, après les trois saints d'usage , jusqu'au trou du souffleur; il attend immobile que le tumulte s'apaise, mais les vociférations redoublent : '< L'auteur! l'auteur ! — Non! non ! — A bas la canaille ! A bas les bonapartistes ! A bas les jacobins ! » — Du camp opposé partent des cris nou moins furieux : i< A bas la police ! A bas les mouchards ! A bas les assassins de Brune ! » Les deux armées étaient en présence.

Ami intime de l'auleur, Talma, toujours en scène, parvint enfin à faire entendre cette phrase laconique : » L'auteur est M. Arnault. •>

A ces mois éclate un effrnvable va-

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carme; des injures on en vient aux coups : quelques personnes , parmi lesquelles on remarque le colonel Jacqueniinot , s'élancent de la première galerie dans le parterre; un sous-officier de la garde rovale en uniforme, le sabre au côté , serré de trop près , dégaine pour se dégager. Un grand vide se fait autour de lui ; mais il n'a pas le temps de se servir de son arme, il tombe embarrassé dans un manteau qu'on lui jette sur la tète; il est bientôt foulé aux pieds. C'est alors mie mêlée effrayante dans laquelle s'engagent des hommes connus et distingués des deux partis. Les loges sont abandonnées ; quelques spectateurs placés à l'orchestre cherchent à fuir par le théâtre ; un détachement de la garde rovale se range en ligne sur la scène pour empêcher une communication entre la salle et les coulisses.

Plusieurs duels à mort furent la suite de cette soirée. Le plus jeune fds de l'auteur, le colo!iel|Telleville-.\rnauld, se baîtit au pistolet avec Martainville, rédacteur en chef du Drapeau blanc :

deux coups de pistolets furent échangés, aucun des adversaires ne fut blessé.

(Véron, Mémoires d un howgeo'e de Paris.)

Pendant que Louis XVI était comme prisonnier dans ses propres palais, les émigrés, au dehors, soufiraient de toutes les misères. On vit dans les rues de Londres un chameau conduit par un vieillard, un singe mené par un jeune garçon, et avec eux une jeune fille cpii faisait des sauts périlleux sur un tapis. Un émigré regardant avec émotion cette troupe :

u Voilà , dit-il à im .\nglais , voilà pourtant une des meilleures maisons de Bretagne. »

A Haml)0urg, un jour, le spectacle fut changé. On devait donner les Chasseurs et la Laitière , mais le directeur parut sur le théâtre et dit au public :

« Messieurs , il nous est impossible de vous donner la pièce annoncée; le jeune gentilhomme qui devait faire l'ours est parti subilemeut pour la Vendée. » ( Condorcet, Mémoires. )

Ce dont je m'étonne le plus chez les

Français , c'est leur adresse à savoir se retourner et passer immédiatement d'une occupation à une autre, d'un état à nn autre, même tout à fait hétérogène. D.; la sorte, il arriva que les émigrés qui se réfugièrent en Allemagne pendant la révolution , surent si bien supporter les humbles revirements de fortune, et que' beaucoup d'entre eux, pour gagner leur subsistance , furent capables de se créer un métier à l'improviste. Ma mère m'a raconté souvent qu'à cette époque uu marquis fiançais s'était établi dans notre villt comme cordonnier, et qu'il faisait les meilleurs souliers de dames , des bottines de maroquin et des mules de satin ; il travaillait gaiement , en sifflant les chansons les plus amusantes, et oubliant tonte son ancienne splendeur. Un gentilhomme allemand aurait peut-être, dans les mêmes circonstances, eu également recours au métier de cordonnier, mais il ne se serait pas à coup sur résigné aussi gaiement à son sort de cuir, et il se serai! en tout cas misa confectionner des chaussures d'hommes, de lourdes bottes à éperons, des bottes de militaires ou de chasseurs, qui pussent lui rappeler son ancien état de chevalier.

Quand les Français passèrent le Rhin, notre marquis fut forcé d'abandonner sa boutique , et il chercha nn refuge dans une autre ville, je crois à Cassel, on il devint le meilleur tailleur; oui, sans apprentissage il émigrait ainsi d'u i métier à nn autre, et v gagnait tout de suite l:i maîtrise, ce qui pourrait paraître incompréhensible à un Allemand, non-seulement à un Allemand de la noblesse , mais aussi au plus simple fils de la rcture. Après la chute de l'empereur, le brave homme revint, avec des cheveux gris, mais un cœur in\arial)lement jeune, dans sa patrie , où il prit une mine si altière et si nobiliaire, et porta de nouveau le nez si haut, qu'on eût dit qu'il n'avait jamais manié l'alêne ou l'aiguille.

C'est une erreur de prétendre, à l'égard des émigrés , qu'ils n'avaient rien appris et rien oublié; au contraire, ils avaient oublié tout ce qu'ils avaient appris. Les héros de la période guerrière de Napoléon , lorsqu'ils furent congédiés ou mis à la demi-solde, se jetèrent également avec la plus grande habileté dans les occupations industrielles de la paix, et chaque fois que j'entrai? aux bureaux

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