EMO
EMP
gner l'idée , surtout quand on mène une vie aussi heureuse ! Mais le roi est comme cela ; il aime à parler de mort, et il a dit, il y a quelques jours, à M. de Fontanieu, à qui il a pris , à son lever, un saignement de nez : « Prenez -y garde; à votre âge, c'est un avant coureur d'apoplexie. » Le pauvre homme est retourné chez lui tout effrayé et fort malade...
« Souvré , dit-il un jour au commandeur de ce nom, vous vieillissez, où voulezvous qu'on vous enterre ? — Sire , aux pieds de Votre Majesté. )■
Cette réponse rendit le roi triste et rêveur.
11 parlait souvent ainsi delà mort, d'enterrements et de cimetières ; personne n'était né plus mélancolique (1).
(M'"s deHausset, Mémoires.)
Louis XY sut que Landsmath avait perdu son confesseur, missionnaire de la j)aroisse de Notre-Dame ; l'usage des lazaristes était d'exposer leurs morts à visage découvert. Louis XV voulut éprouver la fermeté d'âme de son écuyer. « Vous avez perdu votre confesseur.' lui dit le roi. — Oui, sire. — On l'exposera sans doute à visage découvert .' — C'est l'usage. — Je vous ordonne d'aller le voir. — Sire, mon confesseur était mon ami, cela me coûterait beaucoup. — N'importe, je vous l'ordonne. — Est-ce tout de bon, sire? — Tout de bon. — Ce serait la première fois de ma vie quej'aurais manqué à un ordre de mon souverain ! j'ol)éirai. » Le lendemain, à son lever, le roi lui dit, aussitôt qu'il l'aperçut : " M'avez-vous obéi, Landsmalh.*- — Sans aucun doute, sire. — Eh bien, qu'avezvous vu.' — Ma foi, j'ai vu que Votre Majesté et moi ne sommes pas grand'chose. »
(M"'*" Campan, Ut-moires.)
Un jour de giand concert, Louis XV ayant demandé des nouvelles d'un de ses commensaux , on lui répondit qu'il était mort : " .le le lui avais bien annoncé, >■ (lit-il. Puis, envisageant le cercle qui l'entourait, et fixant l'abbé de Broglio dont la santé était mauvaise, il l'apostropha de
(l) V. F^^ri, frari-e.
ces mots : « A votre tour ! » Ce seigneur eut peine à se contenir; et voulant faire entendre au roi qu'il n'était pas exempt d'un pareil sort : «■ Sire, dit-il. Votre Majesté est allée hier à la chasse, il est venu un orage, elle a été mouillée comme un autre. )> Et puis sortit bouillant de rage. « Voilà comme est cet ab!)é de Broglio, s'écria le roi, il se fâche toujours. » Et il n'en fut pas autre chose.
{Correspondance secrète.)
Émotion involon taire.
Quelque brave que fut Henri IV, on dit que quand on lui venait dire; « Voilà les ennemis, » il lui prenait toujours une espèce de dévoiement, et que, tournant cela en raillerie, il disait : « Je m'en vais faire bon pour eux. »
(Tallemant des Réaux.)
Empirique.
En 153G, tandis que l'armée de François P'^ravageait le midi de la France pour couper les vivres à Charles-Quint, la famine et l'épidémie désolaient les soldats. Un jeune empirique provençal arriva au camp , se prétendant possesseur d'un merveilleux secret pour guérir toutes les maladies. On le crut, il empocha joyeusement force pistoles, et fit avec ses onguents un effroyable massacre de tous les malheureux qui se confièrent à lui, si bien f[ue, averti par la clameur universelle, le connétable de Montmorency ordonna de le pendre, sans autre forme de procès.
Comme on le menait à la potence, il fut rencontré par le dauphin Henri, à qui il demanda merci, avec accompagnement de grimaces et de lazzi qui disposèrent favorablement le prince. Celui-ci lui accorda sa grâce, et le charlatan, troquant sa robe de docteur contre celle de fou de cour, qui lui allait beaucoup mieux, devint le célèbre Briisquet.
(S . Fournel, Spect. popiil.)
Empereur comédien.
Néron parut plusieurs fois sur le théâ- (re pour di.piiter le prix du chant et de la poésie. 11 était si jaloux de sa voix, qui cependant n'était pas belle, que, de peur de la diminuer, il se privait de manger cei'tains mets qu'il aimait, et se purgeait fréquemment. Lorsqu'il devait ch.inter en
EMP
EMP
public, des gardes étaient répandus d'esjince en espace pour punir ceux qui n'auraient point paru assez seusililes aux charmes de sa voix. Yespasien , liommc consulaire , ne put cependant un jour s'empêcher de dormir, quoique ce fût un empereur qui chantât, et ce léger sommeil pensa lui coûter la vie.
Cet empereur comédien fit le voyaç^e de la Grèce, pour entrer eu lice aux jeux olympiques. 11 entreprit de courir le stade sur un char attelé de dix chevaux. Mais à peine eut-il commencé sa course, qu'il toml)a de son char; il n'en fut pas moins proclamé vainqueur et couronné.
Il disputa pareillement les prix des jeux isthmiques, pythiens, néméens et de tous les autres jeux de la Grèce. Un Grec, habile chanteur, mais mauvais courtisan, avant eu l'imprudence de clianter mieux (|ue l'emperciM-, Néron fit monter sur le théâtre les acteurs qui lui servaient de ministres dans l'exécution de la pièce, lis se saisirent du musicien, et l'ayant adossé à une colonne, ils lui percèrent la gori^e avec des stylets qu'ils portaient cachés dans des (ablettes d'ivoire.
Néron remporta de ses différents combats dix-huit cents couronnes.
Lorsqu'il revint à Piome, il y parut en héros qui venait de triompher des ennemis de l'empire. 11 était dans le môme char dont Auguste s'était servi pour ses triomphes. 11 était vêtu d'une robe de pourpre et d'une casaque semée d'étoiles d'or. Il l)orlait sur sa tète la couronne olympique, qui était d'olivier sauvage, et dans sa main droite la couronne pvthienne, faite d'une branche de lauriei- Il avait à ses côtés un musicien nommé Diodore.
On portait devant lui les couronnes qu'il avait gagnées, et il était suivi d'applaudisseiirs à gages dont il avait formé une compagnie aussi nombreuse ([u'une légion. Ils chantaient la gloire du triomphateur.
Le sénat, les chevaliers et le peuple accompagnaient celte honteuse pompe, et faisaient retentir l'air d'acclamations. Toute la ville était illiuniuée, ornée de festons, et fumante d'encens. Partout où passait le triomphateur, on immolait des victimes, les rues étaient jonchées de poudre de safran; on jetait sur lui des fleurs, des rubans, des couronnes ; et, conformément aux usages des Romains, des oiseaux et des pièces de pâtisserie.
On avait abattu une arcade du grand cirque. Tout le cortège passa par cet endroit, vint dans la place, et se rendit au temple d'Apollon Palatin. Les autres triomphateurs portaient leurs lauriers au Capitole; Néron, dans un triomphe tel que le sien , voulut honorer le dieu des arts.
(Histoire des empereurs.)
Lorsque Néron chantait, il n'était pas permis de sortir de l'assemblée pour la cause la plus indispensable ; aussi plusieurs femmes accouchèrent sur les gradins el beaucoup de spectateurs, ennuyés d'écouter et d'applaudir, sautèrent par-dessus les murs de la ville, parce que les portes étaient fermées, ou feignirent d'être morts, et sortirent pour être enterrés.
(Suélone, fie de Néron.)
Empereur et mnletier.
Bonaparte gravit le Saint-Bernard , monté sur un mulet , revêtu de cette capote grise ifu'il a toujotirs portée, conduit par un guide du pays, montrant dans les passages difficiles la distraction d'un esprit occupé ailleurs , entretenant les officiers répandus sur la route, et puis, par inteivalles , interrogeant le conducteur qui l'accompagnait, se faisant conter sa vie, ses plaisirs, ses peines, comme un voyageur oisif qui n'a pas mieux à faire. Ce conducteur, qui était tout jeune, lui exposa naïvement les particularités de sou obscure existence , et sui tout le chagriu I qu'il éprouvait de ne pouvoir, faute d'un peu d'aisance, épouser l'une des filles de cette vallée. Le premier consul , tantôt l'écoutant, tantôt questionnant les passants dont la montagne était remplie, parvint à l'hospice où les bons religieux le reçurent avec empressement. A peine descendu de sa mouture , il écri\ it uu billet qu'il confia à son guide, en lui recommandant de le remettre exactement à l'administrateur de l'armée, resté de l'auire côté du Saint-Bernard. Le soir, lejeune homme, retotnné à Saint-Pierre, apprit avec surprise quel puissant vovageur il avait conduit le matin, et sut que le général Bonaparte lui faisait donner un champ , nue maison, les movens de se marier enfin, et de réaliser tous les rêves de sa modi'Sie amiùliou.
(Thirrs, Consulat et Empire.)
382 EMP
Empoisonnements.
Environ l'an 990, vivait OgnaSanchn, comtesse de Castille. Étant veuve, elle devint passioiu;ément amoureuse d'un prince Maure; et avant résolu de l'épouser, elle forma le dessein d'empoisonner sou fils Sanche Garcia, comte de Castille, lequel pouvait s'y opposer. Garcia en fut averti; et étant à table, comme on lui eut présenté du vin empoisonné par ordie «le cette princesse, il dissimula ce qu'il savait , et par civilité pria sa mère de Ijoire la première. Ogna vovant son ciime découvert, et désespérant'd'en oblenn- le pardon, but tout ce qui était dans la coupe, et mourut peu de temps après (1). On dit que de là vint la coutume en Castille de faire boire les femmes les premières.
(A'u/ts Parisiennes.)
Lorsque Hivarol apprit que l'archevèrpie de Toulouse, Loménie de Dricnne, s'était pm|)oisonné , il dit : u C'est qu'il aura avale une de ses maximes (2). »
Un jour Theuard, dans une de ses leçons à l'Ecole polvtechnique, avala iKir mégarde une gorgée de sublime corrosif, il s en aperçut aussitôt : « Messieurs, dit-ilavecuii sang-froid parfait, je me suis' empoisonné. „ Aussitôt tout l'auditoire frissonne et se lève; Thenard, sans piidie sa tranquillité, ajoute que les effets de ce poison sont combattus par le blanc d œut. 11 n'a pas encore acbevé que tous les élevés se précipitent, sautent par les teueires, envahissent lesriiisines, mettent le garde -manger au pillage, et Thenard est sauve,
Empoisouneujse.
20 avril I(i7C. Madame de Brinvillieis
rfol'ul^Tr ""''n" "^'"^''^ ^"^"«"Vdce de la liauoguiie (lu (.omcille.
(') On lit <l.-,n« les Mapsodies Ju jour une éoi ^"^acuur de 1 .^r/rrju,u et ami politique de Riv»-
HiiT, l'ouUicr eut une atlaquu vive- Chacun le crut enipoisoune...
f.omnir„t?Qu-est-i| donc arrivé?
«■""i il avait avalé sa salive.
EMP
n'est passiaiseque moi . elle est eu prison, et se défend assez bien : elle demanda hier à jouer au piquet, parce qu'elle s'ennuyait. On a trouvé sa confession : elle nous apprend qu'à sept ans elle avait cessé d'être l'Ile; qu'elle avait continué sur le même ton ; qu'elle avait empoisonné sou père, ses frères, un deses enfants, et elle-même; mais ce n'était que pour essaver d'un contre-poison : Médée n'en avait pas tant fait. Elle a reconnu que cette confession était de son écriture , — c'est une grande sottise,— mnisqu'elleavait la fièvre chaude quand elle l'avait écrite, que c'était une fi énésie, une extravagance qui ne pouvait être lue sérieusement....
l'^'^mai. On nej)arle ici que des discours et des faits etgestesdeIaBrinvilliers..\-t-on jamais vu craindre d'oublier dans sa confession d'avoir tué sou père.' Les peccadilles qu'elle craint d'oublier sont admirables. Elle aimait Sainte-Croix; elle voulait l'épouser, et empoisonnait fort souvent sou mari à cette intention ; Sainte- Croix, qui ne voulait point d'une femme aussi méchante que lui, donnait du contre-poison à ce |)auvre mari; de sorte qu'ayant été ballotté cinq ou six fois de cette sorte, tantôt empoisonné, tantôt désempoisonné, il est demeuré en vie, et s'offre présentement de venir solliciter pour sa chère moitié,...
3 juillet. L'affaire de la Brinvillieis va toujours son train : elleempoisounaitdecertaines tourtes de pigeonneaux, dont plusieurs mouraient qu'elle n'avait pas dessein de tuer. Ce n'était pas qu'elleeùt des raisons pour s'en défaire , c'étaient de simples expériences pour s'assurer de l'effet de ses poisons.
Du Gut avait été de ces jolis repas, et s'en meurt de|)uis deux ou trois ans. Elle dem.iudait l'autre jour s'il était mort, on lui dit que non; elle dit en se tournant : « Il a la vie bien dure!»
17 juillet. Enfin, c'en est fait, la Brinvillieis est en l'air : son pauvre petit cor|)s a été jetea|)rès l'exécution dans un fort grand feu, et ses cendres au veut ; de sorte que nous la respirerons, et parla communicatioii des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tout élouiics. Elle fut jugée des
EiMP
EMP
Jiier; ce matin on lui a lu son arrêt, qui était de faire amende honorable devant Notre-Dame, et d'avoir la tète coupée, son corps brûlé, les rciuires au vent. On l'a prcsenlée à la question ; elle a dit qu'il n'en était pas besoin, et qu'elle dirait tout : eu effet, jusqu'à cinq heures du soir, elle a conté sa vie, encore plus épouvantable qu'on ne le pensait. Elle a emjioisonné dix fois de suite son père : elle n'en pouvait venir à bout ; ses frères et plusieurs autres , et toujours l'amour et les confidences mêlées partout. Après cette confession, on n'a pas laissé de lui donner, dès le matin, la question ordinaire et extraordinaire; elle n'en a pas dit davantage. Elle a demandé à parler à M. le procureur général; elle a été une heure avec lui ; on ne sait point encore le sujet de cette conversation. A six heures , ou l'a menée nue en chemise et la corde au col, à Notre-Dame, faire l'amende honorable, et puis on l'a remise dans le même tombeieau , où je l'ai vue jetée à reculons sur de la ))aille, avec une cornette basse et sa chemise, un docteur auprès d'elle, le bourreau de l'autre coté.
22 juillet. Encore un petit mol de Brinvilliers : elle est morte comme elle a vécu, c'est-à-dire, résolument : elle entra dans le lieu oti l'on devait lui donner la question, et voyant trois seaux d'eau, elle dit : « C'est assurément pour me noyer, car de la taille dont je suis, on ne |)rétend pas que je boive tout cela. » Elle écouta son arrêt dès le matin, sans frayeur et sans faiblesse, et sur la fin elle fit recommencer, disant que ce tombereau l'avait frappée d'abord, et qu'elle en avait perdu l'attention poui' le leste. Elle dit à son confesseur, par le chemin, de faire mettre le bourreau devant elle, « afin de ne point voir, dit-elle, ce coquin de Desgrais (1), <pii m'a prise. » Desgrais était à cheval devant le tonib leau. Sou confesseur la repiit de ce sentiment; elle (lit : « Ah ! mou Dieu, je vous d man !e pardon, qu'on me laisse donc cette étrange vue. » Elle monta seule, et nupied-., sur l'éclielb^ et sur l'érbafaud, et lut lui quart d'heure mirodée , rasée,
(i) Exempt do piilioi;. mis en canipiigne pour «liiTcliiT I.T Brinvillicrs ; il |j poiirsiiivil d'iibord 111 Aiiglilorrc, puis diiii> lus l'ay.s-l!as, et la prit enfin û l.iige.
dressée et redressée par le bourreau; ce fut un grand murmure et une grande cruauté. Le lendemain on cherchait ses os, parce que le peuple disait qu'elle était sainte. Elle avait, disait-elle, deux confesseurs; l'un soutenait qu'il fallait tout avouer, et l'autre non. Elle riait de cette diversité, disant : ■< Je puis faire en conscience tout ce qu'il me plaira. » Il lui a plu de ne rien dire du tout (I).
(M""" de Ses igné, Leltres.)
Empliase rabattue
On parlait, devant Charles-Quint, d'un capitaine espagnol qui se vantait de n'avoir jamais eu peur : " Il faut, dit l'empereiw, que cet homme n'ait jamais mouché de chandelle avec ses doigts. »
(E/icyclopediana.)
Un avocat du Bugey, étant un jour venu voir Voltaire, s'écria en entrant dans son cabinet : « Je viens saluer la hmiière du monde. » Voltaire se mit à crier aussitôt : " Madame Denis, apportez les mouchettes! »
{Choix d'anecdotes.)
Emprunt»,
Voiture avait le cœur généreux. Balzac lui ayant demandé 400 écus à empnniter, il lui envoya galamment la somme, et prenant la promesse de Balzac, il écrivit au bas : <c Je, soussigné, confesse devoir à M. Balzac la somme de 800 écus, pour le plaisir qu'il m'a fait de m'en emprunter 400. >.
(liiiprofis. fraiirais.)
Un seigneur très-emprunteur et trèsconnu pour ne jamais rendre, alla voir ini jour le fameux Samuel Bernard ; a|)rès les premièrescivilités, il lui dit: » Je vais vous étonner. Monsieur, je m'appelle le marquis de"*, je ne vous connais point, et je viens vous emprunter ciiuj cents louis. — Je vais vous étonner davantage. Monsieur, répondit le banquier; je vous connais, et je vais... vous les prêter. »
[Courrier des Spect.y aitf'H.)
(i) ( iinlir lis prisoiincs inipliipu'i'S dans la même alïaiir.
EMP
EMP
Brunel , un des anciens camarades de collège de Fontenelle, lui écrivit un jour : » Vous avez mille ccus, envoyez-les moi. » Fontenelle lui rcjiondit : « Lorsque j'ai reçu votre It ttre , j'allais placer mes mille cens , et je ne retrouverai pas aisément une occasion aussi bonne; ainsi, voyez. " Toute la réplique de Brunel fut : « En- \ovez-moi vos mille écus. " Fontenelle les lui envoya.
(Courriers des spectacles.)
Guadagni fit souvent l'aumône de cent seqnins à la fois, à des gentilshommes dans la misère. Un jour qu'il avait reçu cette somme , un d'eux, fier et hautain, comme le sont la pkipait des gentilshommes espagnols ou gascons , dit : « Je vous emprunte cette somme et vous la rembourserai. — Si mon intention était d'en être remboursé, dit Guadagni, je ne vous la prêterais pas. »
{Almaii. lin., 1783.)
Le comte Louis de Canosse, évèqne italien, avait à Rome une belle argenterie; on y voyait plusieurs pièces d'un ouvrage exquis : il v avait, entre autres, un gobelet dont l'anse était faite en forme de tigre, et dont le travail était admirable. Lu gentilhomme, connu du prélat, envoya un jour le prier de lui prêter poui peu de temps une pièce si rare , sous piétexte d'en vouloir faire faire une pareille. Mais comme il la garda plus de trois mois, le prélat l'envoya demander. Peu après, le même gentilhomme envoya encore pour emprunter une salière, qui avait la forme d'une écrevisse. Le comte Louis répondit, avec ini sourire railleur, au page que le gentilhomme avait envoyé : « Allez, et rapportez à votre maître que si le tigi'e, de tons les animaux le plus agile, a été trois mois à revenir, je crains que l'érrevisse, qui est plus lente, n'ait besoin d'autant d'années. Qu'il m'en dispens- lonr. «'il lui plaît. »
(Blanchard, Ecole des mœurs.)
chand les lui voulant compter, l'autre dit qu'il était pressé, et quil n'était pas besoin de tant de cérémonie, les prend et les met dans son mouchoir. Comme il descendait, le marchand s'avise, feignant d'v avoir mis trop peu. L'autie reprit qu'il n'importait pas. « Je me suis trompé », dit le marchand, » j'y ai mis plus qu'il ne fallait. — C'est tout un >i, dit l'emprunteur, « je vous en tiendrai compte comme du reste. » Le marchand le conjure de remonter et recompter ; il s'y accorde. Quand l'argent fut sur la table, le marchand lui rend sa promesse, et reprend son argent, en lui disant : <c Celui qui m'emprunte de l'argent sans compter ne fait pas état de le bien rendre. » (Le Bouffon de la cour.)
Un homme emprunta un jour cent écus à un marchand , qui l'en accommoda volontiers : il les posa sur une ta!)le, tandis que l'autre faisait sa promesse. Le mar-
M. de Saint-Auge écrivait un jour à l'un de ses amis :
" Moucher ami, .
« Prêtez-moi cinf| cents francs.
'< Vous avez tant de bonheur que peutêtre vous les rendrai-je. »
(Véron, Mémoires d'un bourgeois de Paris.)
Le docteur Véron lui-même reçut im matin une lettre anonyme ainsi conçue : « Monsieur,
'< J'ai parié vingt francs que vous m'en prêteriez mille. Si vous me faites perdre mon pari, envovez-moi du moins un louis par le porteur, aûn que je m'acquitte sans retard. »
Emprunt d'espril.
M. de la Po|ielinière avait en quelque sorte adopté pour sa fille une jeune personne, jolie, douce, intéressante. 11 l'avait mariée à M. de Zimmermau, offi ier dans les gardes suisses. L'histoire de M""" de Zimmermau était singulière. La voici : Elle était (ille d'un ])auvre gentilhomme , et avait été élevée au fond d'une province, àcentcinqu^ntelieues de Paris : pour une affaire de famille qui dépendait <les fermiers généraux , elle écrivit à M. delà Popeliuicre, qu'elle ne connaissait que de réputation. M. de la Popeliniere, sachant (pie c'était une jeune personne de dix-huit ans qui lui écrivait, lut la lettre avec intérêt, quoiqu'elle fût ex-
EMP
ÉNE
trémement simple ; mais ï< cii admira la helle écritHve et l'orthographe parfaite. 11 accorda la gi'àce qu'on lui demandait, aloii il reçut une lettre charmante de remerciment ; il répliqua, une correspondance s'étahlit, elle dura six mois. M. de la Popelinière se passionna pour celle jeune provinciale ((ui montrait tant d'esjuit, de grâce , de sensibilité. 11 éci'i\it dans la province j.our prendre désinformations sur elle ; on lui mande (lue celle (pli l'intéresse si vivement est jolie, et (pi'elle est un ange par son caractère et par sa conduite. Le voilà amoureux, il déclare ses sentiments, il reçoit une réponse qui achève de lui tourner la tète ; il offre sa main , on accepte, l'on part, et l'on arrive. La première entrevue le refioidit un peu, mais sans le faire changer; il ne trouva passa future aussi jolie qu'il se l'était figuré , parce qu'elle était mal mise, qu'elle avait l'air gauche, et beaucoup de taches de rousseur. Au bout de quelques jours , M. de la Popelinière fut si mécontent de son esprit , qu'il lui vint des soupçons sur les lettres charmantes qu'il avait tant admirées. Il questionna cette jeune personne, qui lui avoua naïvement qu'elle ne savait même pas l'orlhographe, et qu'elle n'avait fait que copier des lettres faites par le curé du lieu.
(M'"c de Genlis, Mémoires.)
Emprunteur de mauvaise fui.
.le voulais vous dire ce qui advînt à mon compère Drouet, qui avait un procès, pour k(piel juger il fallut être assuré et éclairci de certain point qui ne pouvait être connu que par le serment de cestuici. 11 lui fut dit tpi'il II' tenait plus qu'à cela qu'il ne gagnât son procès. « Ha ! vraiment, dit-il, j'ai donc gagné; pource que, s'il ne tient qu'à jurer, je jurerai des pieds, des mains, de la bouche; et, s'il est besoin, du c, en la présence de Messieurs. » Aussi, en avait-il fait son apprentissage , aux dépens de mon compère Colin , qui lui avait prêté un chaudron. Colin lui dit : « Drouet, rendezmoi mon chaudron. — Eh ! cpiel chaudron? Si tu étais piéclieur, lu ne prêcherais (|ue de chaudion. — .Je le prie, rends-moi mon chaudion. — Je n'ai point de chaudron à toi. » Colin le fait appeler. Étant devant le juge , Colin de-
mande son chaudron à Drouet, et Drouet dit qu'il n'en a point à lui. Bodion lui commande de jurer sa part de paradis, s'il a ce chaudron. Lui, qui n'y prétendait possible rien (je ne dis pas au ciiaudron), se met en état de jurer. Comme il jurait, le bon Colin lui disait tout bas, en le tirant par le bras : « Hé! compère, ne jure pas ; hé ! compère, tu perds ton àme. » Et Drouet lui répondait en l'oreille : « Et toi ton chaudron. »
(Béroalde de Verville, Moyen Je parvenir.)
Ëmulutioii cufantiiie.
Un jour que mon père, d'un \isage riant , formait devant moi difi'érents caractères avec des lames de plomb flexibles, je lui demandai ce qu'il faisait là? « Je joue aux lettres, » me répondit-il. Je le priai de m'apprendre ce jeu ; après me l'avoir fait désirer quelque temps , il feignit de se rendre à mes prières, et je goûtai, pour la première fois, le plaisir d'avoir désiré. Quand je n'avais pas été sage, ou me défendait déjouer aux lettres, te qui m'en donnait plus d'envie; enfin, au bout de neuf à dix mois, je savais lire couramment et tracer des mots. Ma mère, de son côté, feignit de vouloir apprendre le latin; je fus chargé du soin de lui Taire répéter son rudiment, et de la reprendre lorsqu'elle ferait quelque faute. C'est ainsi que je m'instruisais moi-même sans le savoir.
(Favart, Mélanges.)
Éuerg^ie.
Ignace de Loyola , gentilhomme biscaven, fondateur des Jésuites, avait passé sa" jeunesse au service; il fut blessé eu l,')2l, au siège de Pampeluiie. Il eut la jambe cassée d'un éclat de pierre. Étant tombé dans les mains d'un chirurgien maladroit qui la lui remit, mais d'une manière qui y laissait de la difformité, il eut la faiblesse courageuse de la faire casser une seconde fois. H restait encore, audessous du genou, un os très-saillant (pi'on avait négligé, ou qu'on n'avait pu replacer; il le (il scier. Après tant de peines et de douleurs, celle jambe se trouva plus courte que l'autre. Ignace se voyant condamné à rester boiteux, essaya, sans succès, un nouveau genre de tourment :
ÉNE
ENF
il se faisait tous les jours tirer la jambe avec violence, en l'assujélissant avec des éclisses de fer.
(Hist. impart, des Jésuites.)
Éncrg^ie précoce.
Frédéric aimait heaucoiip leseiifants, et permettait que les fils du prince royal entrassent chez lui à toute heure. Un jour qu'il travaillait dans son cabinet, l'aîné de ces princes jouait au volant autour de hii. Le volant toml)a sur la table du roi, qui le prit, le jeta à l'eufant, et continua d'écrire. Le petit prince continue son jeu , et le volant tomije encore sur la table ; le roi le rejette encore, regarde d'un air sévère le petit joueur, qui promet que cela n'arrivera plus. Enfin, pour la troisième fois, le volant vient tomber jusque sur le papier sur lequel Frédéric écrivait; alors le roi prit le volant et le mit dans sa poche. Le petit prince demande humblement pardon, et prie qu'on lui rende son volant. Le roi le refuse : il redouble ses prières ; ou ne les écoute point. Enfin, las de prier, le petit prince s'avance fièrement vers le roi, met ses deux poings sur ses cotés, et dit d'un air menaçant : « Je demande à Votre Majesté si elle veut me rendre mon volant, oui, ou non? » Le roi se mit à rire, et tirant le volant de sa poche, il le lui rendit, en disant ; «■ Tu C5 un brave garçon, ils ne te reprendront pas la Silésie. »
Eiifants'(y//noar pour les).
Madame Geoffriu aimait les enfants avec passion, elle n'en voyait pas un seul sans attendrissement. Elle se plaisait à causer avec eux, à leur faire des questions, et ne souffrait pas que les gouvernantes leur suggérassent la réponse. « J'aime bien mieux, leur disait-elle, les sottises qu'il me dira que celles que vous lui dicterez... Je voudrais, ajoutait-elle , qu'on fit cette <|uestion à tous les malheureux qui vont subir la mort pour leurs crimes : Avezvous aimé les enfants ? Je suis sûre qu'ils répondraient que nou.»
(Grimm, Correspondance.)
En Tant {C 'taurin d').
Le feu prit un jour à riiabitation de madame d'.\ubigué, mère de madame de
Maintenou. Celte dame Voyant pleurer sa fille, lui en fitune vive réprimande. » Fautil, lui dit-elle, que je vous voie pleurer pour la perle d'une maison! — C'est bien une maison que je pleure! lui répoudiloa : c'est ma poupée. »
(M""^ de Maintenon Mémoires.)
Enfants (Ruses d').
L'auteur d'Emile a cité ces deux tours d'adresse, l'un d'un petit garçon, et l'autre d'une petite fille auxquels on avait défendu de demander rien à table. Le petit garçon, qu'on avait cruellement oublié, et qui craignait de désobéir, s'avisa de pj'endre un peu de sel ; c'était assez faire entendre qu'il désirait de la viande. La petite fille était dans une circonstance différante ; elle avait mangé de tous les plats, hormis un seul dont ou avait oublié de lui donner, et qu'elle convoitait beaucoup. Or, pour obtenir qn'on réparât cet oubli sans que l'on put l'accuser de désobéissance , elle fil, en avançant son doigt , la revue de tous les plats, disant tout haut : « J'ai mangé de ça! j'ai mangé de ça. « Mais elle affecta si visiblement de passer sans rien dire celui dont elle n'avait point mangé, que quelqu'un s'en apercevant lui dit : « Et de cela, en avez-vous mangé.' — Oh! non, « reprit doucement la petite gourmande, eu baissant les yeux. Si ce tour-ci parait plus fin, c'est qu'il est une ruse de fille. L'autre n'est qu'une ruse de garçon.
(Femiuxana.)
Enfant gâté.
>[me d'Estourmel, âgée de cinquantesept ans, avait un fils unique de cinq ans. Cet Isaac de cette moderne Sara était l'enfant le plus gâté et le plus insoutenable que j'aie jamais rencontré. On lui permettait tout, on ne lui refusait rien, il était le maître absolu du salon et du château. J'arrivai au Fréloy deux heures aorès le dîner; U y avait beaucoup de monde de Paris. J'avais un chapeau d»; xillageoise , comme on disait alors ; il éiait neuf, tout couvert de fleurs charmantes, et attaché sur l'oreille gauche avec beaucoup d'épingles. A peine étaisje assise, que le terrible enfant du château vint m'arracher des mains un su|)erbe éventail et le mit en pièces. M™* d'Estour-
ENF
ENF
niel lit une petite répriniaiitle à son fils, non pas d'avoir brisé mon éventail, mais de ne pas me l'avoir tleniandé poliment. Un instant apri s, l'enfant alla coulierà sa niere qu'il avait envie de mon chapeau. « Eli bien, mon lils, répondit gravement madame d'Estouimel, allez le demander bien honnêtement. » 11 accourut aussitôt vers moi en disaut : « Je veu.\ votre chapeau. » On le l'eprit d'avoir dit je venjc ; c'est ce que sa mère appelait ne lui rien passer. Elle lui dicta sa t'ormuie de demande : « Madame, voulez-vous bien avoir la bonté de me prêter votre chapeau.' )i Tout ce qui était dans le salon se jécria sur cette fantaisie : la mère et l'enfant y persistèrent; M. de Geulis s'en moqua un peu aigrement. Je vis que M""' d'Estouimel allait se fâcher ; alors je me lésai, et, sacrifiant généreusement mon joli chapeau , j'allai prier M""^ d'Estourmel de me le détacher, ce qu'elle lit a\ec empressement, car l'enfant s'impatientait violemment. M""= d'Estourmel m'embrassa,, loua beaucoup ma douceur, ma comj)laisance et mes beau\ cheveux.
Elle soulmtquej'étaiscent lois mieux sans cliapeau, quoique je fusse tout ébourillée, et que j'eusse une ligure très-ridicule, avec une grande parure et cette coiffure en désoidre. Mou chapeau fut livré à l'enfant, sous la coudition </e ne pas le gâter. Mais eu moins de dix minutes, le chapeau fut déchiié, écrasé, et hors d'élat d'être jamais porté. J'eus grand soin, lesjourssuivanls, de me coiffer en cheveux, sans chapeau et sans ileurs. Mais, par malheur, cet enfant gâté était reconnaissant ; il s'attacha à moi avec une passion démesurée , et ne voulut plus me quitter. Dès que j'étais dans le salon, il s'établissait sur mes genoux : il était fort gras et fort lourd ; il m'assommait, chiffonnait mes robes, et même les déchirait en posant sur moi des quantités de joujoux. Je ne pouvais ni parlera qui que ce fût ni entendre un mot de la conversation, et il m'était impossible de m'en débarrasser, même pour jouer aux cartes. Dans tous mes petits voyages je portais toujours ma harpe ; on voulut m'entenilre; il n'y eut pas moyen, tandis que je jouais, d empêcher l'enfant (qui se tenait debout près de la harpe) déjouer aussi avec les cordes de la basse, ce qui formait un accompagnement peu agréable. Lorsque j'eus fini, on vint prendre ma harpe pour l'emporter ; l'enfant
s'y opposa en faisant des cris terribles. La harpe resta ; il en joua à sa manière , il égraligna les cordes, en cassa plusieurs, et dérangea totaiemeut l'accord. Quand on représentait à M"'» d'Estourmel que cet enfant devait m'importuner beaucoup, elle me deiiiandait si cela était vrai, et elle prenait au pied de la lettre la politesse de ma réponse , en ajoutant qu'à mon âge on était charmé d'axoir un prétexte des'amuser d'une manière enfantine, et que je formais avec son lils un tableau délicieux. Au vrai , cet enfant ne m'était pas aussi désagréable que tout le monde le croyait, non que j'aimasse ses jeux, mais sa personne m'intéressait et me diveitissait. 11 était joli, caressant, original, et il n'avait rien de méchant. .\vec une éducation passable , on en aurait facilement fait un enfant charmant. Sa pauvre mère a bien payé la folie de cette mauvaise éducation; l'année d'ensuite, l'enfant, pour la première fois de sa vie, eut un peu de fièvre ; il refusa toute l)oissou, et demanda avec fureur les aliments les plus malsains. Une légère indis|)osition devint une maladie sérieuse, et bientôt mortelle , parce qu'il fut impossible de lui faire prendre une seule drogue, et que toutes les tentatives en ce genre lui causaient des accès de colère qui allaient jusqu'aux convulsions. 11 mourut à six ans, et il était naturellement tres-rohiiste et parfaitement bien constitué.
(M"'« de Genlis, Mémoires.)
Enfant généreux.
Un jour l'odieux Simon dit au jeune Louis XVll : « Capet, si les loyalistes te délivraient, que lerais-tu.^ — Je vous pardonnerais, » répondit le jeune prince.
(Nougaret, Beaux traits de la Revolut.)
Enfer (/') des mauvais auteurs.
L'abbé de 'S'oisenon , quoique tout entier livré au monde , n'était pas sans religion. 11 tomba malade assez sérieusement pour penser à se confesser. Il envoya chercher le célèbre Père Neuville : » Mon père, lui dit-il, en le voyant près de son lit, je ne veux point aller en enfer, c'est un logement trop incommode. — Vous avez raison mon cher abbé ; mais si vous persistez à faire vos opéras-comiques, cela pourra pourtant bien arriver,
ENP
ENL
Cependant ce ne sera pas le tout de brûler eu eufer ; c'est que vous y seriez encore hué. »
{Tableau des Littérateurs français.)
Eii^n«-einent conditionnel.
On dit que comme M"'' de Guise priait M. de Guise, son frère, de ne jouer plus, puisqu'il perdait tant : ;< Ma sœur, » lui ditil, <■ je ne jouerai plus quand vous ne ferez j)lus l'amour. — Ah ! le méchant ! reprit-elle, il ne s'en tiendra jamais (1), « (Tallemant des Réaux.)
Eng^a peinent rompu.
Le célèhre peintre de batailles , Fritz Lallemand, se trouvait dans la dernière campagne de Bohème au quartier général de Bénédek. -Après la terrible journée de Sadowa, Lallemand alla trouver le commandant des forces autrichiennes et lui fit part de son désir de retourner à Vienne : « Ne vous étiez-vons pas engagé pour tout le temps de la guerre? demanda Bénédek. — Oui, certes, Excellence, répliqua Lallemand; mais je me suis engagé comme jieintre de batailles et non comme peintre de déroutes. »
{Le Siècle.)
Enlèvemeut d'un sénateur.
Napoléon venait de se faire ou d'être fait premier consul. Une petite association de chouans voulut le tuer, et en épia l'occasion ; soit qu'elle ne fut pas facile, soit qu'ils renonçassent à ce projet dangereux, ils l'abandonnèrent pour un autre.
Ce fut d'enlever Sieyès , qui était chez Clément de Ris. Ils partent et se rendent dans la Touraine , au domicile de ce dcinier ; ils s'y présentent à onze heuies du matin; mais Sieyès en était parti à sept. En désespoir de cause, nos forbans prennent le maître de la maison, et quand ils en sont maîtres, se trouvent fort embarrassés, parce qu'ils ne savent ce qu'ils en pourront faire. Un petit homme d'une coudée aurait clé gênant , à plus forte raison Clément de Ris, qui avait près de
(i) O mot a été souvent mis en vers. Voir le l'.arondeFœneste, par d'Aubigiiê, livre III, cli. i(i; 1rs Poésies deCailty, les J.ellres Je II lurtaull, I. I, |>. ifi7. I.eprre Vauiérv en a même fait une é|>iijrtimini' btiiii-.
six pieds; ils lui bandent provisoirement les yeux, se proposent de bien le mettie à contriljulion, et délibèrent entre eux le lieu dans lequel ils le déposeront. L'un de ces messieurs se souvient qu'il a , près de Loches, une cousine , dont la maison est située au milieu d'un bois; ils font douze lieues à travers la forêt , et conduisent leur prisonnier à celte maison, •le ne sais point si la cousine s'y trouvait; mais toujours est-il vrai qu'on ne l'avait pas mise dans la confidence. On arrive : on cherche un coin où déposer avec sécurité Clément de Ris. On ne trouve rien de mieux' qu'un cgout, ou puisard à sec, an milieu de la cour, qui est entourée de tous côtés, soit par des bâtiments, soit par des murs ; on lève la pierre de cet égnnt , et l'on y fait entrer la victime. Ileineiisement le trou était profond, et Clément de Ris, pour s'y tenir, n'avait pas besoin de se courber. Tons les jours on levait la pierre pour y jeter d( s aliments. Le prisonnier, qui avait fait titons l'inspection de son cachot, y trouve de grosses pieries ; il les entasse les unes sur les autres , monte dessus, et leute de soulever la poi'te de sa prison ; il y parvient, sort la tète, et voit avec chagrin que quand il s'exhumerait de cet égout, il n'en serait guère plus avancé. L'idée lui vient de dessiner la maison, les mui's, la cour ; il avait un calepin ; il exécute sou projet. Ainsi non-seulement l'espoir d'être un jour rendu à la liberté l'animait, mais il préparait les moyens de se venger. Je ne sais à quel taux fut portée sa rançon.
Cet événement avait fait beaucoup de bruit; il inspira des terreurs. Le premier consul lit venir les chefs des chouans, et les menaça de les prendre pour otages si on ne rendait pas Clément de Ris.
11 fallut donc s'y résoudre. On fit, pour sa délivrance, une expédition pareille à celle qu'on avait faite pour son enlèvement, c'est-à-dire qu'on banda les yeux au prisonnier pour le ramener chez lui, en lui faisant accioiie qu'on le transportait dans une antre piison ; mai; pour obtenir la çrâce de ceux qui avaient commis le délit , si l'on |)aivenait à les connaître, on convint qu'ils attaqueraient l'escorte qui conduisait M. Clément , qu'on se battrait , et qu'apiès a\oir tiré force coups de fusil et de pistolet, une partie prendrait la fuite, pendant que l'autre ferait tomber le bandeau des veux
ENL