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Étiquelte.
Philippe m était gravement assis près d'une clieminéc, dans hupielle les boute-feux de la cour avaient allumé une si grande quantité de bois, cpie le monarque était dans le cas d'étouffer de chaleur. Sa Majesté ne se permettait pas de se lever pour appeler quelque secours; les officiers de quartier s'étaient éloignés, et aucun domestique n'osait entrer dans l'appartement. Enfin, parut le marquis de Polar , auquel le roi ordonna d'éteindre ou de diminuer le feu.
Mais celui-ci s'en excusa , sous prétexte que l'étiquette lui interdisait celte fonction , pour laquelle il fallait appeler le duc d'Ussede. Ce duc était sorti, la flamme augmenta d'autant; et le roi, pour ne pas déroger à sa dignité, en soutint constamment la chaleur. Mais il s'échauffa tellement le sang , que dés le lendemain il eut un érési:)e!e à la tète, avec une fièvre ardente, qui ne tardèrent pas à l'enqjorler.
(l)e la Place, Picces i/itcressaiiies.)
Gaston de France était si jaloux des droits attachés à sa qualité, que sur cet article, il ne faisait grâce à personne. Pour avoir le plaisir de voir les piinces (lu sang chapeau bas en sa présence, quand il trouvait une occasion de leur parler, il les tenait le jikis longtemps qu'il pouvait, et jamais ire se découvrait un seul moment, tant il avait peur d'oublier ce qu'il était. Louis XllI allant un jour de Paris à Saint -Germain par une chaleur excessive, et Monsieur accompagnant Sa Majesté , les seigneurs qui étaient nu-tète aux portières du carrosse avaient toutes les pi lues du monde de résister à la violence du soleil. Le roi , qui s'aperçut de ce qu'ils souffraient, eut la bonté de leur dire : « Couvrez-vous Messieurs ; couvrez-vous , mon frère le veut bien. ..
(Boursault, Lettres iwweUes.)
A une chasse où le roi d'Espagne (Philippe V) et la reine sa première femme étaient à cheval, ils se mirent à galoper ; la reine tomba, le pied pris dans son étricr (jui l'enlrainail. Dnn Aloiizo
del Arco eut l'adresse et la légèreté de se jeter h bas de son cheval et de couiir assez vite pour dégager le jiied de la reine Aussitôt après, il remonta à cheval et s'enfuit à toutes jambes jusqu'au premier couvent (pi'il put trouver. C'est qu'en Espagne toucher au pied de la reine est un crime digne de moit.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Un roi de Mandoa, dans l'indouslan, étant tombé dans une rivière, en fut heureusement retiré par un esclave, qui s'était jeté à la nage et l'avait saisi par les cheveux. Son premier soin, en revenant à lui-même , fut de demander le nom de celui qui l'avait retiré de l'eau. Ou lui apprit aussitôt l'obligation qu'il avait à l'esclave, dont on ne doutait pas que la récompense ne fût porportionnée à cet im|)ortant service. Mais il lui demanda comment il avait eu l'auilace de mettie la main sur la tète de son prince, et surle-champ il lui fit donner la mort. QueU (pie temps après ce même prince étant assis dans l'ivresse, sur le bord d'un bateau, près d'une de ses femmes, se laissa tomber encore une fois dans l'eau. Cette femme pouvait aisément le suiver; mais croyant ce service trop dangereux , elle le laissa périr, en donnant pour excuse qu'elle se souvenait de l'histoire du m.ilheureux esclave.
{Histoire des Forages.)
M. de Novion, j;rcmier président du pailement de Paris, sous Louis XIV, était allé rendre visite au cardinal Mazarin, premier ministre. Les deux bal tants des portes furent aussitôt ouverts à ce magistrat, comme cela se pratique; M. de Novion ])énétra jusqu'à la deiiiière antic!iam!)re , où il resta , parce qu'il ne trouva point le cardinal de Mazarin venant au-devant de lui; un valet de chambre a^ait déjà annoncé le premier président à Son Eminence, qui travaill.iit en ce moment et qui se contenta de dire : « faites entrer. « Le domestique raunonça nue seconde fois, et comme le ministre J répétait : a faites entrer, v le valet de chambre lui dit ([ne M. de Novioa s'était arrêté dans l'antichambre. Le cardinal sentit alors ce que cela signifiait; il se leva au plus vite , et fiaj-pant de
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grands coups sur la table, il dit: « Allons, ce petit homme est opiniâtre >> ; et il marcha pour l'aller chercher dans l'autichambre où il était reste.
M. de Mêmes tint la même conduite à l'égard du cardinal Dubois : le premier président ne voyant point Son Éminence sortirde son cabinet, se mit dans un fauteuil à la porte de la première antichambre, et répondit au valet de chambre qui le pressait d'entrer : « Je suis fort bien ici, et j'y attendrai fort commodément que Son Eminence ait le loisir, » et il attendit effectivement (|u'elle vînt au-devant de lui pour se mettre en mouvement et entrer avec elle dans sou cabinet.
(Panckoucke.)
Saintot , maître des cérémonies , dans un lit de justice , ayant salué le roi Louis XIV, puis les piinces du sang, ensuite les prélats, enfin le parlement, M. de Lamoignon, premier président, qui prétendait que le parlement fût salué immédiatement après les princes , lui dit : H Saintot, la cour ne reçoit pas vos civilités ». Le roi se tournant vers le président, dit : « Je l'appelle souvent M. de Saintot »; M. de Lamoignon répondit : « Sire, voire bonté vous dispense quelquefois de parler en maître ; mais volie parlement ne vous fera jamais parler qu'en roi. » [IJ.)
Avant que Frédéric , roi de Prusse , eût mis la couronne dans sa maison , M. Besser fut envoyé ministre de Brandebourg en Fiance. 11 arriva à la coui de Louis XIV en même temps qu'un nouvel ambassadeur de Gènes , avec lequel il eut une contestation pour le rang; ils convinrent que celui qui entrerait le premier à Versailles se présenterait au roi. Besser passa la nuit dans la galerie de Versailles, et prévint ensuite l'ambassadeur génois ; mais cchii-cî ayant trouvé la porte de la chambre d'audience entr'ouvcrte, s'y glissa dans le temps que Besser s'entretenait avec un courtisan; Besser s'en aperçut, vole comme un éclair dans la même chambre, tire hors de la porte par le ))an de son habit, le Génois qui allait couinrjncer sa harangue ; il se met à sa place et adresse .SOD discours au roi , qui ne fit que lire
de cette espace de violence faite eu sa
présence. [PauckoucLc.)
Le carrosse d'un envoyé extraordinaire du prince abbé de Fulde se trouvant engagé dans un embarras à Vienne, et le ministre-résident du roi de Prusse lui ayant barré le chemin , cet envoyé de Fulde mit la tèie <t la portière, et cria au ministre prussien : ■< Monsieur, ordonnez donc à votre cocher qu'il rèJe au mien. — Monsieur, répondit celui-ci, je lui donnerais cent coups de bâton, s'il cédait à votre maître. » (/</.)
Un honnête homme , n'ayant qu'une manchette de dentelle, la montra au suisse de la porte d'un hôtel, comme un passe-port assuré, cachant avec soin sous la basque de sa veste l'autre manchette, qui n'était, hélas! que de mousseline.
Mais dans la chaleur delà conversation, comme on ne songe pas à tout, il eut l'imprudence de dévoiler, en plein salon, cette manchette scandaleuse, cachée jusqu'alors et sans alfectation.
Celte vue offensa tellement la maîtresse de la maison, qu'elle fit monter sur-lechamp son suisse, pour le réprimandei .
Ce suisse ne comprenait rien à la verte semonce qu'il recevait, parce que dans l'intervalle l'homme qu'où lui désignait avait caché de nouveau l'humble mousseline, et ne gesticulait que de la main à la dentelle. Le lendemain , le suisse, bien grondé-, devint si inflexible, qu'un officier qui avait perdu un bras à l'armée s'êtanl présenté , le cerbère de la porte ne voulut pas le laisser entrer, exigeant l'apparition de deux mancJiettcs égales , et jurant qu'on n'abordoiait ]?.mais madame autrement.
(Mercier, Tableau de Paris.)
Étoile.
Mme de Gourville parlait un jour de son étoile devant Segrais. Elle disait que son étoile avait fait ceci, avait fait cela. Segrais se réveilla comme d'un sonuucil, et lui dit :» Mais, Madame , pensez vous avoir une étoile à vous toute seule? Je n'entends que des gens qui parlent de leur étoile ; il semble qu'ils ne disent rien : savez-vous bien qu'il n'y a que
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mille 'vingt-dciix étoiles ? Voyez s'il peut y en avoir pour tout le monde, k 11 dit cela si plaisamment et si sérieusement , qne la Gourville en fat toute déconcertée.
(M"""de Sévigné, Leltrcs.)
Les biographes de M. Dupin racontent qu'à l'époque où il n'était encore qu'étudiant, ceux de ses camarades qui, revenant du bal ou du spectacle, passaient, la nuit, par la rue Bourbon-Villeneuve, y remarquaient »ine lumière qui toujours brillait à une des fenêtres de la maison qu'il habitait. « Tiens! l'étoile de Dupin! « disaient-ils en riant...
Étonrderîe.
La plupart des hommes qui vivent dans le monde y vivent si étourdimcnt, pensent si peu, qu'ils ne connaissent pas ce monde qu'ils ont toujours sous les yeux. » Ils ne le connaissent pas , disait plaisamment M. de B., par la raison qui fait que les hannetons ne sa- ^ent pas l'histoire naturelle. »
(Chamfort.)
On raconte qu'un banquier fit l'un de ces jours (1778) baptiser un de ses enfants sur la paroisse Saint-Enstache. Après que le parrain et la marraine eurent signé sur le registre, le père par distraction signa : un tel et compagnie, accoutumé à signer ainsi ses lettres de change.
(Métra, Correspondance secrète.)
Ktoarderie réparée.
Nicole , avec le mérite que tout le monde lui connaît, était si simple, si timide, et s'exprimait si mal, qu'il fntrcfusé à l'examen pour l'ordination, comme un sujet absolument incapable.
Une dévote qui , en parlant de ses ouvrages, désirait, depuis longtemps , do faire connaissance avec lui, pria, un jour, son directeur de l'engager à venir manger sa soupe. Il y vint; et comme il n'y a chère que de dévote et de directeur, et que les meilleurs vins ne furent pas épargnés, Nicole, à qui le Champagne et le muscat avaient un peu brouillé les idées, dit en prenant congé de la pieuse
dame : « Ah, Madame ! je suis pénétré de vos bontés et de vos politesses à mon égard... Non, rien n'est si gracieux que vous!... Vous êtes, en vérité, charmante en tous points ; l'on ne peut qu'admirer vos appas , et surtout vos beaux petits yeux !»
Le directeur qui l'avait présenté, et qui avait plus d'usage du monde, dès qu'ils furent sortis, lui fit quelques reproches sur sa simplicité : « Vous ne savez donc pas (lui dit-il) que les dames ne veulent point avoir de petits yeux.' 11 fallait, au contraire, lui dire qu'elle les avait grands et beaux. — Croyez-vous cela. Monsieur.' — Comment, si je le crois.'... Mais, très-assurément! — Ah!
([ue je suis mortifié de ma sottise!... Mais paix! paix, Monsieur! je vais la réparer. »
Et tout de suite le moraliste, que l'autre ne peut relenir, vole, remonte chez la dévote , et lui dit : « Ah ! Madame ! pardonnez à la méprise que je viens de commettre, et que mon digne confrère , bien plus poli que moi, vient de me faire apercevoir... Oui, oui, je vois que je me suis trompé; car vous avez de très- beaux grands yeux, le nez, la bouche et les pieds aussi. »
(De La Place, Pièces Intéressantes.)
Le duc de Laval était un très-bol homme, très-poli, mais fort distrait , ce qui le jetait dans des embarras désagréables , qui cependant ne le déconcertaient pas. Ainsi, étant ambassadeur- à Naples , il entra un soir avec l'ambassadeur d'Autriche au balcon du théâtre San-Carlo , afin de jouir du coup d'œil de la salle, et lui dit étourdiment :
« Dieu ! que nous avons là de laides personnes dans la loge du corps diplomatique!
— Mais , c'est ma femme , arrivée ce matin , répondit l'ambassadeur autrichien.
— Pas celle-là, que vous désignez, reprit le duc de Laval; — l'autre à côté,en robe blanche : elle est affreuse.
— C'est ma sœur, dit d'un ton mécontent le collègue.
— Mais non, non, la troisième, si disgracieuse ; les autres sont tiès-bicn.
— C'est ma fille !
— Ah ! reprit le duc de Laval du ton
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le plus affable, elle est charmante. Ces dames sont toutes charmantes, monsieur l'ambassadeur, et je vous fais mes bien sincères compliments (I). »
(Mme Aucelot , Un salon de Paris.)
Ktrcuues bizarres.
La Seine étant glacée , il ne pouvait pas arriver de bois , et ce qu'il y a de i'orl drôle, c'est qu'on s'envoyait en étrennes du jour de l'an de petits fagots de bois comme des bijoux ; c'était reçu avec beaucoup de reconnaissance.
(Mme la duchesse d'Orléaus, Correspoudaiice.)
Étreunes économiques.
Le comte de Grammont n'est pas autrement lijjéral ; mais il refuse en goguenardaut. Les vingt-quatre violons allèrent une fois lui donner ses étrenues. Après qu'ils eurent bien joué, il mit la tète à la fenêtre : « Combien ètes-vous. Messieurs.' — Nous sommes vingt, Monsieur. ■ — Je vous remercie tous vingt , bien humblement; » et il referma la fenêtre.
( Tallemant des lléaux.)
Lai-eiueHorteusese trousant ùLallaye, reçut pour le jour de l'an , de la part de sa mère, une immense caisse pleine de tout ce que le génie de Grancher et de Giroux avait pu inventer de plus charmant eu jouets de toute espèce. Elle était destinée au jeune Napoléon, dont la mort prématurée mit le désespoir dans une partie de la famille impériale.
Cet enfant, assis près de la fenêtre donnant sur le pare, paraissait recevoir avec indifférence tous les présents qu'on étalait à ses yeux; il toiunail continnellemeut sa vue du côté de la grande allée qui était en face de lui. La reine, imj)a-
(i) L'iiistoire est si lii.n précisée qu'elle semlil(- authentique ; j'ai pourtant de fortes raisons lie Lroire qu'elle n'est que renouvelée, comme tant <raiitres. On litclans le Feminœana, par Marc Antoine (i8or) : Il Qu'est-ce donc que ce petit monstre là? » disait inconsidérément une femme il une autre, en parlant d'un enfant? — Madame, c'est ma fille. — AU ! aU; elle est bien jolie, u Je pourrais prendre ailleurs dix exemples jinreils. — V. Paliuudie,
tiente de ne pas le voir aussi heureux cpi'elle s'y attendait, lui demanda s'il n'était pas reconnaissant des soins que prenait sa grand'mère pour lui procurer ce qui pouvait lui être agréable. « Oh! si, maman, mais je ne m'en étonne pas ; elle est si bonne pour moi, que j'y suis habitué. — Tous ces jolis joujoux ne vous amusent donc pas. ^ — Si maman, mais... — Eii bien.' — Oh ! mam.in, vous ne le voudrez pas. — Est-ce de l'argent pour les pauvres .' — Papa m'en a donné ce matin ; il est déjà distribué: c'est... — Achevez, vous savez combien je vous aime, ainsi vous devez être siàr que je veux commencer l'aimée d'une manière qui vous plaise ; voyons, cher enfant, que voulezvotisdonc.^ — Maman, c'est que vous me j)ermettiez d'aller marcher dans cette belle boue qui est dans cette allée ; cela m'amusera plus que tout. ■»
La reine, comme on peut le croire, ne céda pas à cette singulière fantaisie, ce qui causa un violent chagrin au jeune prince, (pii ré|)éta toute la journée que le jour de l'an était bien triste ; qu'il s'ennuyait, et que tant qu'il ne ferait pas comme les petits garçons qui couraient en liberté par la |)luic, il ne serait pas content. Heureusement, la gelée vint sécher celte belle boue et les larmes du prince.
(M"'^Ducrest, Mémoires sur Joséphine.)
Étude draïuatique.
Gaiiick connaissait uu homme respectable ([ni demeinait dans Lem;iu-street, Goodman's-helds ; cet ami n'avait qu'une fille, d'environ deux ans. Un jour qu'il était à la fenêtre de la salle à manger, tenant sa fille, et la faisant danser dans ses bras, il eut le malheur de la laisser échapper ; elh; tomba dans une cour pavée en dalles, et se brisa. Le père restait à sa fenêtre, poussant des cris de désespoir. Des voisins accoururent, ramassèrent l'enfant, et le remirent sanglant entre les bras de cet infortuné : il perdit la raison dès ce moment, et n'eu recouvra jamais l'usage. Comme il avait une fortune suflisante, on le laissa chez lui, avec deux hommes chargés d'en prendre soin, et qui avaient été choisis par le docteur Monro. Garrick allait souvent voir son pauvre ami, dont la principale occupation était de retourner sans cesse à la fenêtre, s'iniaginant encore jouer avec son enfant ,
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puis 1p laissor tomber; alors il faisait rott'iitir toute la maison de ses cris et do ses gcmissoments, s'asseyait d'un air pensif, les yeux fixés sur qnelque objet , et les roulait ensuite lentement autour de lui, comme pour implorer la compassion.
Garriok. souvent témoin de ce spectacle déplorable, disait cfu'il avait applicpié plusieurs traits de l'égarement de son ami à la folie du roi Lear.
(Garrick, Mémoires.)
Etudes tardives.
Envoyé à Modène, en 1 TOC, pour aider de ses conseils, en cas do siège, le gouverneur de celte place, je me rends chez lui, mais je choisis mal mon temps. J'avais déjà appris qu'une infinité de maîtres s'étaient chargés de son éducation. Je le trouvai avec un rabbin célèbre, nommé Baba-à-chai. Dès qu'il me vit, il me dit fort poliment qu'il savait le sujet de ma venue, et qu'il était fort ravi de m'avoir pour collègue : « J'appiends l'hébreu, comme vous voyez, ajouta-t-il , un peu lard à la vérité, mais j'espère en voir le bout et de bien d'autres connaissances. » Je répondis (|ue je le louais d'employer si bien son temps. Il renvoya le rai)bin ; mais à peine était-il dehors, que voilà un maître à danser qui entre : " Vous me paidonncrez, dit-il, je mets ainsi la matinée à profit : l'après-dînée sera toute pour vous. » Je lui répondis que, s'il le permettait, je le verrais en mouvement avec plaisir. Je le vis donc danser et bondir, avec une légèreté surprenante pour un homme de soixanteiuiit ans. Je crus en être (juitte pour cette folie, mais je me trompais. Le maître à danser était à peine sorti , qu'un maître de musique se présenta. Je tombai de ma liauteur, en voyant tout cela. Voilà mon honnne qui se met à chanter,- ou, pour mieux dire, à croasser; j'en fus étourdi. Cela finit enfin par un ]>oëte, qui venait aussi régulièrement que les autres lui expliquer les plus beaux endroits du Tasse. On pont bien juger qu'il n'avait aucun temps à perdre. Je fus obligé de le laisser là, et d'avoir recours au commissaire-ordonnateur, sur qui le bonhomme s'était déchargé de toutes les fonctions de gouverneur, tant ses occupations étaient grandes !
(Le chevalier Foinrd, Commentaires (le Pohhr.y
Ktndiajnts.
Trois élèves en droit sont sur la sellette.
Un examinateur à l'ini d'eux : u Monsieur, comment doit-on jouir de Yusiifri/ii? 1)
L'étudiant hésite et... donne la définition du mot usufruit,
<i Vous ne répondez pas à ma question, dit l'examinateur. Vous, monsieur, ajoutet-il en regardant le .second élève, répondez. Comment doit-on jouir de l'usufruit.' »
Pas de léponse.
Le professeur adresse la même question au troisième candidat qui reste muet comme les autres.
L'examinateur perd patience :
« Comment ! vous ignorez une chose si élémentaire.' Voyons, essayons d'un exemple. Supposez que j'aie devant moi trois ânes... Comment jouirai-jedel'usufruit.' »
Tout à coup la mémoire revint à l'un des candidats :
rt En ho» père de famille , » s'écrie-
t-il
C'est en effet la réponse du code.
Un étudiant en médecine passait son troisième examen de doctorat, c'est-àdire un mauvais quart d'heure. Cet e.\amen roule siu' des sciences accessoii-cft, et conséquemment un peu négligées.
La physique avait assez mal marché. La clumie veiiait d'être complètement ratée. On essayait maintenant de la botanique, et le patient avait la sueur froide.
La victime était condamnée irrévocablement, les examinateurs voulurent lui adoucir l'amertume des derniers moments. — On se mit à lui poser dgi^s questions faciles.
On plaça sous ses yeux une série de plantes ou ne peut plus connues, entre autres un pied de tabac.
« Regardezbien, dit ini des professeurs. Voici une plante dont vous faites un usage fiéquent. Vous en prenez plusieurs fois par jour. Eh bien! voyons... qu'est-ce que c'est? »
L'étudiant se met le front dans la main, se gratte le nez avec énergie, regarde la plante d'un leil scrutateur; — puis, tout à coup, d'un air inspiré :
" Ah ! j'y suis !... C'est de l'absinthe ! » [Mosaïque,)
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Euphémisme.
Un écuyer du maréchal de Grammont, nommé du Tertre, était un filou; à la lin, il fut roué. Ce fripon était gouverueinfie Gergeau. Le curé, au pioi^, dit :
•> Vous prierez Dieu pour Tàme de M. du Tci tTc-, notre gouvcrueur, qui est mort à Paris de ses blessures, n
(Tallcmaut de;-. Réaux.)
ÉTasions.
Le devin Hégésistrated'Éléc était retenu en prison par les Spartiates, qui voulaieut lui faire expier par la mort le mal qu'il leur avait fait. Il avait les pieds dans des entraves de bois garnies de fer. Une lame tranchante ayant été portée par hasard dans son cachot, il s'en saisit, et aussitôt il imagina l'action la plus courageuse dont nous ayons jamais ouï parler, car il se coupa la partie du pied qui est avant les doigts, après avoir examiné s'il pourrait tirer des entraves le reste du pied. Puis il fit un trou à la muraille, et se sauva à Tégée , ne marchant que la nuit et se cachant le jour dans les bois. Il arriva en celte ville la troisième nuit, malgré les recherches des Lacédémoniens, qui furent extrêmement étonnés de son audace eu voyant la moitié de son pied dans les entraves. Lorsqu'il fut guéri, il se fit faire un pied de bois.
(Hérodote.)
Grolius parvint à s'échapper du château de Louvestein par le conseil et par l'industrie de sa femme, qui avait remar que ((ue ses gardes , après s'être lassés d'avoir souvent visité et fouillé un grand coffre plein de livres et de linge q.u'oii envoyait blanchir à Gorcum, ville voisine de là, le laissaient passer sans l'ouvrii', comme ils faisaient d'abord. Elle conseilla à son mari de se mettre dans ce coffre, ayant fait des trous avec un vilebrequin à l'endroit oii il avait le devant de la tête, afin qu'il put respirer et qu'il u'étonfi'àt point. Il la crut, et fut ainsi porté à Gorcum, chez un de ses amis, d'où il alla à Anvers par le chariot ordinaire, ayant passé par la place publique déguisé en menuisier, ayant une règle .\ la main.
Cette femme adroite feignait que son mari était fort malade, afin de lui donner le
temps de se sauver et pour ôter le moyen de le racourre; mais quand elle le crut en pays de sûreté, elle dit aux gardes, en se moquant d'eux, que les oiseaux s'en étaient envolés.
(Du Mauriez, Mémoires de Hollande.)
Je me sauvai du château de Nantes un samedi 8 d'août (1 64 9 , à cinq heures du soir. La porte du petit jardin se referma après moi presque naturellement ; je descendis, un bâton entre les jambes, très-heureusement du bastion qui avait quarante pieds de haut. Un valet de chambre amusa mes gardes eu les faisant boire. Us s'amusèrent eux-mêmes à regarder un jacobin qui se baignait, et qui de plus se noyait. La sentinelle, qui était à vingt pas de moi, mais en lieu d'où il ne pouvait pourtant pas me joindre, n'osa me tirer, parce que, lorsque je le vis compasser la mèche, jr lui criai que je le ferais pendre s'il tirait, et il avoua à la question qu'il crut, sur cette menace , que le maréchal était de concert avec moi. Deux petits pages qui se baignaient, et qui me voyant suspendu à la corde, crièrent que je me sauvais, ne furent pas écoutés, parce que tout le monde s'imagina qu'ils appelaient lesgens au secours du jacobin qui se noyait. Mes quatre gentilshommes se trouvèrent .« point nommé au bas du ravelin, où ils avaient fait semblant de faire abreuver leurs chevaux, comme s'ils eussent voulu aller à la chasse ; je fus à cheval moimême avant qu'il y eût eu stulement la moindre alarme.
Aussitôt que je fus à cheval, je pris la route de Mauve, qui est, sije ne me trompe, à cinq lieues de Nantes, sur la rivière, et où nous étions convenus que M. de Brissac et M. le chevalier de Sévigné m'attendraient avec un bateau pour la passer. La Ralde, écuyer de M. le duc de Brissac, qui marchait devant moi, médit qu'il fallait galoper d'abord pour ne pas donner le temps aux gardes du maiéchal de fermer la porte d'une pelile rue du faubourg où était leur quartier, et par laquelle il fallait nécessairement passer. J'avais un des meilleurs chevaux du monde, et qui avait coûté mille écus à M. de Brissac. Je nelui abandonnai pas toutefois la main, parce que le pavé était très-mauvais et très-glissaut; mais un gentilhomme à moi, qui s'appelait Boisguérin, ayant crié
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de mettre le pistolet à la main, parce qu'il voyait deux gardes du maréchal qui ne songeaient pourtant pas à nous, je l'y mis eftectivemeiit, en le présentant à la tète de celui de ces gardes qui était l:jiius près de moi, pour l'empêcher de se saisir de la bride de mon cheval. Le soleil, t[ui était encore haut, donna dans la pUitiue, la réverbération fit peur à mon cheval qui était vif et vigoureux ; il fit lui grand soubresaut et il retomba des quatre pieds. J'en fus quitte pour l'épaule gauclie (pii se rompit contre la bonie d'une porte. Un autre gentilhomme à moi, nommé Beauchène, me releva et me remit à cheval; et quoique je souffrisse des douleurs effroyables et que je fusse obligé de me tirer les cheveux de temps en temps pour m'empêclier de m'évanouir, j'achevai ma couise de cinq lieues, avant que le grandmaître , qui me suivait à toute bride avec tous ies coureurs de Nantes , m'eût pu joindre. Je trouvai au lieu destiné M. de Brissac et le chevalier de Sévigné, avec le bateau. Je m'évanouis eu y entrant. L'on me fit revenir en me jetant un verre d'eau sur le visage. Je voulus remonter à clieval quand nous eûmes passé la rivière; mais les forces me m;inquèrent, et M. de Brissac fut obligé de me faire mettre dans une fort grosse meule de foin, où il me laissa avec im gentilhomme à moi, appelé Montet, qui me tenait entre ses bras.
Paris, docteur de Navarre, qui avait donné le signal avec son chapeau aux quatre gentilshommes qui me servirent en cette occasion, fut trouvé sur le bord de l'eau par Goujon, écuyer du maréchal, qui le prit, en lui donnant même quelques gourmades. Le docteur ne perdit point le jugement, et il dit à Coulon d'un ton niais et normand : «- Je le dirai à M. le maréchal, que vous vous amusez à battre ini pauvre prêtre, parce que vous n'osez vous prendre à M. le cardinal, qui a de bons |)istolets à l'arçon de sa selle. » Coulon l)iit cela pour bon, et il lui demanda où j'étais, <c Ne le voyez-vous pas, répondit le docteur, qui entre dans ce village.'' » Vous remarquerez, s'il vous plait , qu'il m'avait vu passer l'eau. Il se sauva ainsi, et il faut avouer que cette présence d'esprit n'est pas commune. En voici une de cœur qui n'est pas moindre : celui pour qui le docteur me voulait faire passer, quand il dit à Coulon que j'entrais dans
un village qu'il lui montrait, était ce Beauchène dont je vous ai parlé, dont le cheval était outré, et il n'avait pu me suivre. Coulon , le prenant pour moi , courut à lui, et comme il se voyait soutenu par beaucoup de cavaliers qui étaient près de le joindre, il l'aborda le pistolet à la main. Beauchène s'arrêta sur eux en la même posture, et il eut la fermeté de s'apercevoir dans cet instant qu'il y avait un bateau à dix ou douze pas de lui. Il se jeta dedans, et cependant qu'il arrêtait Coulon en lui montrant un de ses pistolets , il mit l'autre à la tète du batelier, et le força de passer la rivière. Sa résolution ne le sauva pas seulement, mais elle contribua à me faire sauver moi-même, parce que le grand-maitre ne trouvant plus ce bateau, fut obligé d'aller passer l'eau beaucoup plus bas.
Je reviens à la meule de foin. J'y demeurai caché plus de sept heures , avec une incommodité queje ne puis vous exprimer. J'avais l'épaule rompue et démise; j'y avais une conlusiou terrible; la fièvre me prit sur les neuf heures du soir, et l'altération qu'elle me donnait était encore cruellement augmentée par la chaleur du foin nouveau. Quoique je fusse sur le bord de la rivière, je n'osais boire, parce que si nous fussions sortis de la meule, Montet et moi, nous n'eussions eu personne pour raccommoder le foin, qui eût paru remué, et qui eût donné lieu par conséquent à ceux qui cour.'iient après moi d'y fouiller. Nous n'entendions que des cavaliers qui passaient à droite et à gauche. Nous reconnûmes même Coulon à sa voix. L'incommodité de la soif est incroyable et inconcevable à qui ne l'a pas éprouvée. M. de la PoiseSaint- Offanges, homme de qualité du pays, que M. de Brissac avait averti en passant chez moi, vint sur les trois heures après minuit me prendre dans cette meule, après qu'il eut remarqué qu'il n'y avait plus de cavaliers aux environs. Il me mit sur une civière à fumier, et il me fit porter par deux paysans dans la grange d'une maison qui était à lui à une lieue de là. Il m'y ensevelit encore dans le foin ; mais comme j'y avais de quoi boire, je m'y trouvai même délicieusement.
M. et M'"" de Brissac me vinrent prendre au bout de sept ou huit heures, avec quinze ou vingt chevaux , et ils me menèrent à Beanpréau , où je ne de-
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meurai qu'une nuil , jusques à ce que la iioljlesse iùt assemblée. M. de Brissac était fort aimé dans tout le pays : il mit ensemble, dans ce peu de temps, plus de deux cents gentilshommes. M. de Retz, qui l'était encore plus dans son quartier , le joignit à quatre lieues de là avec trois cents. Nous passâmes presque à la vue de Nantes, d'où quelques gardes du maréchal sortirent pour escarmoucher.
Ils furent repoussés vigoureusement jusque dars la barrière, et nous arrivâmes lieureusement à Machecoul, qui est dans le ])ays de Retz, avec toute sorte de sûreté (1).
(De Retz, Mémoires.)
Le marquis de Courcelles intenta un procès à sa femme devant le })arlemenf, l'accusant d'adultère sans nommer les complices. Elle fut arrêtée , conduite à la Conciergerie; on lui donna une seule chambre pour prison, et, le procès instruit, les accusations du mari furent trouvées justes^; l'adultère fut prouvé, le maliage dissous et la martpiise condamnée à la réclusion perpétuelle avec la tête rasée. Elle appela de cette sentence au li'ibunal criminel de la Tuicr/iellc, qui confirma entièrement celle du parlement.
Pendant ce temps, une femme de chaml)re de la marquise , nommée Françoise, qui avait la liberté de sortir et entrer dans la prison pour le service de sa maîtresse, trouva le moyen de la délivrer, sans s'effrayer du péril dont elle était menacée, d'être fouettée ou jiis encore. Pendant deux jours, cette fidèle domestique sortit et entra dans la prison deux ou trois fois par jour, feignant un mal de dents insupportable, et pour cela elle portait ses coiffes très-avancées sur son front et sur ses joues, en outre un mouchoir (pii tournait d'une oreille à l'autre par dessous le menton, de manière ipi'à peine si on voyait les yeux et le nez; elle tenait de plus dans la bouche une petite balle qui faisait paraître sa joue gondée. Le matin du troisième jour, la marquise prit les habits de sa femme de chambre, s'arrangea la tète et la figure de la même manière, et prise par le geôlier j)Oin- sa ser-
(i) Nous renvoyons aux Mémoires Ju cardinal les lecteurs curieux de connnitre la suite des
iiéri|)f'ties de cette évasion.
vante , elle eut le bonheur de sortir de prison. Comme elle avait beaucoup d'adorateurs, l'un d'eux, prévenu de son dessein, lui fit trouver une voiture à un endroit désigné : la marquise y monta et fit quelques lieues avant que sa fuite fiU découverte.
Pendant ce temps, la femme de cliambre s'enveloppa la tête comme sa maîtresse, se mit au lit et feignit de dormir ; le geôlier étant entré pour lui apporter son déjeuner, le matin, vers dix heures, leva le rideau de son lit, vit qu'elle dormait, laissa le déjeuner sur la table et sortit doucement de sa chambre pour ne pas l'éveiller.
A une heure après midi (et il y avait juste sept heures que la marquise était partie), le geôlier revint meltre le couvert pour le dîner, et il la trouva encore endormie. Il ouvrit les rideaux et les fenêtres pour la réveiller, et s'aperçut de la supercherie ; il mit les fers aux pieds de la pauvre servante, et courut en donner avis an premier président, dont le premier mouvement fut de rire. Après deux mois de prison , la femme de chambre fut relâchée et bannie.
(Gregorio Lrti, Lettre au duc cU' Giui'iiiazzo.)
On vit se former et s'exécuter, en 1703, une entreprise odieuse, que ne peut excuser l'amour de la liberté qui la suggéra. Le comte de la Barre , officier de la garnison de Montauban , un nommé La Place, trésorier, et un autre gentilhomme avaient été lenferraés pour différents sujets au château de Pierre-en- Cise, à Lyon. Il n'y avait pas d'apparence qu'ils dussent être si tôt élargis. C'est ce qui les fit résoudre à périr ou à se sauver, préférant le danger de la mort aux tourments d'une longue et dure captivité. Le comte de la Barre avait la permission d'écrire à ses amis , et l'on ne décachetait point les lettres qu'il en recevait. Son [)rojet étant formé, il profita de la liberté qu'on lui laissait et de la négligence du gouverneur, pour mander à ses amis qu'on lui tînt des chevaux prêts pour \in certain jour, qui était le 22 de mai. Après avoir bien disposé les compagnons de sa captivité, il alla trouver
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Manneville , goiivcinciir du cliâtoau , ( l lui dit qu'ayant appris que sa femme était accouchée d'un fils, il souhaitait se réjouir de cette heureuse nouvelle avec phisicurs autres prisonniers; qu'il allait donner un lepas à ce sujet, et qu'il le priait d'être de la partie. Le gouverneur V consentit, et se rendit dans la chamhre du comte avec son major et plusieurs personnes du dehors. Après le repas, le major sortit pour reconduire les convives étrangers. Manneville le suivit et se rendit dans sa chamlne , où il se mit dans ini fauteuil, un livre à la main. Les conjurés demeurés seuls, délihérèrcnt sur le parti qu'il y avait à prendre. Effrayés de l'horrihle attentat qu'ils allaient commettre, quelques-uns lui proposèrent de différer; mais le comte leur ayant fait voir le danger d'un retardement , la crainte d'être découverts les détermina à cette exécution.
Ils sortirent au nombre de cinq ; deux restèrent dans la cour, et les trois autres montèrent à la chamhre du gouverneur, qui , ne se défiant point du danger qui le menaçait, les reçut à sou ordinaire, lis se jetèrent sur lui , et lui mirent un bâillon pour l'empêcher de crier. Leur iiitenlioii était peut-être d'en rester là; mais le gouverneur ayant voulu faire de la résistance , il fut poignardé à l'instant. Les cris qu'il ])oussa attirèrent une servante, qui voulut sonner la cloche pour donner l'alarme; mais elle eut le même sort que son maître.
Après lui avoir donné un coup de poignard, ils lui lièrent les pieds et les mains, et la laissèrent expirante à côté de lui. Les deux autres prisonniers, restés exprès dans la cour, envoyaient les gardes l'un après l'autre dans la chamJjre, et à mesure qu'ils entraient on les massacrait. Un jardinier et un cuisinier furent aussi jioignardés. Ensuite le comte de la Barre fit ouvrir tous les cachots , en criant : « Sauve qui peut ! le gouverneur est tué avec toute sa garde. » Plusieurs prisonniers qui n'élaifnt là que pour cause de religion , refusèrent d'accepter la liberté qu'on leur offrait de cette manière. Ils aimèrent mieux le devoir à leur iiniocence ou à la clémence du roi. Le comte delà Barre sortit, lui cinquième, par une porte de derrière. Ils montèrent sur des chevaux qu'on avait eu soin de tenir prêts et se rendirent en diligence
à Genève. La maréchaussée, avertie trop tard , courut inutilement après eux.
(Galerie de l'ancie/ine cour.)
Après l'entreprise malheureuse du roi Jacques pour remonter sur le troue d'Angleterre, les seigneurs anglais qui avaient embrassé son parti furent condamnés à périr par la main du bourreau. On les exécuta le 16 mars 17 IG. Le lord Nilhisdale devait subir le même sort; mais il se sauva par la tendresse ingénieuse de son épouse. On avait permis aux femmes de voir leurs maris la veille de leur mort, pour leur faire les derniers adieux. Miladv Nilhisdale entre dans la tour, appuyée sur deux femmes de chambre, mi mouchoir devant les yeux , et dans l'attitude d'une femme désolée. Lorsqu'elle fut dans la prison, elle engagea le lord, qui était de même taille qu'elle , de changer d'habits, et de sortir dans la même attitude qu'elle avait en entrant; elle ajouta que son carrosse le conduirait au bord de la Tamise , où il trouverait un bateau qui le mènerait sur un navire prêt à faire voile pour la France. Le stratagème s'exécuta heureusement.
Milord Nilhisdale disparut , et arriva à trois heures du matin à Calais. En mettant pied à terre, il fit un saut, en s'écriant : '<■ Vive Jésus , me voilà sauvé ! » Ce transport le décela ; mais il n'était plus au pouvoir de ses ennemis. Le lendemain matin on envoya un ministre pour préparer le prisonnier à la mort ; ce ministre fut étrangement surpris de trouvei^ une femme an lieu d'un homme. Le lieutenant de la tour consulta la cour pour savoir ce qu'il devait faire de milady Nilhisdale. Il reçut ordre de la mettre en liberté, et elle alla rejoindre son mari en Fiance.
(PaneU(uicl\e.)
iJn gentilhomme, nommé M. de C taubrun , avait été condamné à mort pi le trihunal révolutionnaire ; il avait é mis sur le fatal tombereau et conduit lieu de l'exéculion. Après la Terreur, est rencontré par un de ses amis, q pousse un cri d'étonnement , ne pe croire ses yeux , et lui demande l'expl cation d'une chose si étrange. Il la I donna, et je la tiens de son ami.
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Il fut contliiit au supplice avec vingt autres malheureuses victimes. Après douze ou quinze exécutions, une partie de l'horril)le instrument se brisa ; ou fit venir un ouvrier pour le réparer. Le condamné était avec les autres victimes , auprès de l'échafaud , les mains liées derrière le dos. La réparation fut longue. Le jour commençait à baisser; la foule très-nombreuse des spectateurs était occupée du travail qu'on faisait à la guillotine bien plus que des victimes qui attendaient la mort; tous, et les gendarmes eux-mêmes, avaient les yeux attachés sur l'échafaud. Résigné, mais affaibli , le condamné se laissait aller sur les personnes qui étaient derrière lui. Pressées par le poids de son corps, elles lui firent place machinalement ; d'autres filent de même, toujours occupées du spectacle qui captivait toute leiuattention. Insensiblement il se trouva dans les derniers rangs de la foule, sans l'avoir cherché , sans y avoir pensé.
L'instrument rétabli , les supplices recommencèrent; on en pressa la fin. Une nuit sombre dispersa les bourreaux et les spectateurs. Entraîné par la foule, il fut d'abord étonné de sa situation; mais il conçut bientôt l'espoir de se sauver. Il se rendit aux Champs-Elysées ; là , il s'adressa a un homme qui lui parut être un ouvrier. 11 lui dit , en riant , que des camarades avec qui il badinait lui avaient attaché les mains derrière le dos et pris sou chapeau, eu lui disant de l'aller chercher. 11 pria cet homme de couper les cordes. L'ouvrier avait un couteau et les coupa, en riant du tour qu'on lui racontait. M. de Cliàtaubrun lui propose de le régaler dans un des cabarets qui sont aux Champs-Elysées. Pendant ce petit repas , il paraissait attendre que ses camarades vinssent lui rendre son chapeau.
Ne les voyant pas arriver, il pria sou couvive de porter un billet à un de ses amis, qu'il voulait prier de lui apporter un chapeau, parce qu'il ne voulait pas traverser le» rues la tète nue. Il ajoutait que cet ami lui apporterait de l'argent, et que ses camarades avaient pris sa bourse en jouant avec lui. Ce brave homme crut tout ce que lui disait M. de Chàtaubrun , se chargea du billet, et revint une demiheure adirés avec cet ami.
(Mémoires de Vaulilanc.)
Sous la Terreur, un magistrat de Lyon, M. Combles, fut conduit à Grenoble dans une maison d'arrêt, où il se trouva renfermé avec nombre d'autres prisonniers.
Il parut, dès lors , insouciant sur son sort, et unic[uement occupé à adoucir celui de ses compagnons d'infortune , en les égayant , ainsi que ses gardiens , par de nouvelles facéties qu'il inventait journellement. Mais en inspirant la gaieté et la confiance , il préparait de loin le projet bien combiné de recouvrer sa 11lierté. il avait fabriqué des marionnettes, avec lesquelles il donnait chaque jour une représentation de pièces nouvelles de sa composition. Le concierge ou geôlier, charpentier de son métier, homme très-simple, manquait d'autant moins d'y assister, qu'il était très-flatté de présider à la réunion de ses piisonniers, gens pour la plupart distingués, et qui , ayant besoin de lui et connaissant sa petite vanité , avaient grand soin de lui faire tous les honneurs. Sous prétexte des pré|)aratifs nécessaires, M. de Combles avait obtenu d'être seul dans sa chambre ; et un jour il annonça à ce geôlier, sous le plus grand secret, qu'il voulait lui donner un su|ie}be spectacle à grandes machines, le priant de l'aider à préparer tout . sans que personne s'en aperçût. Le bonhomme, enchanté d'être dans la confidence, apporta avec empressement ses outils dans la chambre du prisonnier, travailla , sous ses ordres , dift'éreutes décorations , et entr'autres trois petites échelles , de quatre pieds chacune, qui s'emboîtaient solidement les unes dans les autres, et que M. de Combles destinait à traverser un mur de jardin qui était sous sa fenêtre, et qui le séparait de la campagne. Il se fit laisser une suffisante provision de cordes et une petite lime, avec laquelle il scia un barreau de sa fenêtre. Enfin , tout étant bien arrangé selon ses désirs, il annonça à son assemblée que le lendemain il donnerait la représentation de la fameuse fuite de Polichinelle , spectacle à grandes machines et très-divertissant, et demanda que, pour lui laisser le temps de faire ses préparatifs, personne n'entrât dans sa chambre avant midi. Dès que la nuit fut bien close, et que la maison d'arrêt pirut parfaitement tranquille, M. de Combles, à la faveur de ses cordes, descendit dans le jardin, réunit ses
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tchelles pour traverser le mur, et se trouva en pleine campagne, ayant au moins douze heures d'avance sur ceux i]ui pourraient le poursuivre. Il eut giaud soin de ne pas s'arrêter en chemin , et sous le déguisement le plus délabré , plus propre à exciter la pitié que l'altcntion, il parvint heuicusement en Suisse.
(Paris, Versailles et la province au XVIIP siècle.)
M. dcLavalette était condamné à mort :
il ne restait jihis aucune espérance de salut. Cependant la princesse de Yaudeniont conseille un dernier effort ; elle décida la comtesse à tenter la délivrance de son mari à l'aide d'une substitution de vêtements et de personne. On était au 19 décembre (1815) ; toute cette journée et la matinée du lendemain furent employées à disposer les différentes parties du plan conçu par la princesse, et auquel devaient concourir, avec M"'* de Lavalette , sa jeune fille Joséphine, âgée de douze ans, M. Baudus, un des amis de Lavalette, et le comte de Chassenon. Le 20 , à cinq heures du soir, lorsque les ordres pour le supplice , fixé au lendemain matin , partaient du parquet du procureur général , M™' de Lavalette , enveloppée dans une ample robe de niéiinos doublée d'épaisses fourrures, arrivait à la Conciergerie, comme elle faisait chaque jour, pour partager le dîner de son mari ; elle était accompagnée de sa fille, d'une vieille femme de charge qui resta au greffe, et d'un valet de 'diambre chargé de garder la chaise à porteurs qui servait à ses visites quotidiennes. Le dîner fut triste ; les deux époux échangèrent à peine une parole. A sept heures moins un quart, moment fixé pour la substitution de vêtements , un incident faillit tout compromettre : un des gardiens entra dans le cachot, amenant la vieille femme de charge , à qui l'extrême chaleur du poêle du greffe et l'émotion causaient des défaillances; cette pauvre femme poussait des gémissements. M"'* de Lavalette, s'approchant d'elle, lui dit d'une voix émue , mais ferme : » Point li'i nfantillage ! le moindre cri peut conter la vie à mon mari ; quoi que vous voyiez,
pas un mot. Respirez ce flacon d'odeurs; dans quelques instants, vous serez à l'air libre. » Les deux époux passèrent immédiatement derrière un paravent placé devant un des angles de la pièce et formant une sorte de cabinet ; M""^ de Lavalette habilla son mari. Le déguisement était plus facile qu'on ne pourrait le penser : si Lavalette , petit de taille , semblait dans ses vêtements d'homme beaucoup moins grand que la comtesse , cette différence tenait exclusivement au costume età l'ampleur des formes du mari; leur taille , en réalité , était semblable. D'un autre côté, cetteampleur de formes , qui contribuait pour une grande part à la dissemblance , n'existait plus : une ca|)tivité de cinq mois , les soucis inséparables d'un procès où sa vie se trouvait engagée, cette mort par la main du boni'reau qui depuis trois semaines était suspendue sur sa tète , avaient extraordinairement maigri Lavalette. La toilette achevée, les deux époux acquirent immédiatement la preuve de l'illusion que ce changement pouvait produire : la jeune Joséphine eut de la peine à reconnaître son père.
A ce moment, l'horloge] du palais fit entendre sept heures ; Lavalette agita la sonnette qui avertissait les geôliers de venir ouvrir sa porte : « Tous les soirs , après que vous m'avez quitté , dit Lavalette à la comtesse, le concierge vient me voir; ayez soin de vous tenir deirière le paravent et de faii e un peu de bruit en agitant quelque' meuble. Il me croira derrière et sortira pendant les quelques minutes qui me sont indispensables pour m'éloigner. « La porte s'ouvrit. Lavalette avait à traverser un corridor, la grande salle du greffe , une grille intérieure, puis la porte de sortie; un gaidien assis dans l'étroit couloir placé au delà de cette grille , vis-à-vis de la |iorte de sortie, avait une main appuyée sur la clef ouvrant la porte extérieure, et l'autre main sur la clef ouvrant la grille. En dehors , se trouvait une petite cour ouverte , gardée paiun poste nombreux de gendarmerie. Les gardiens, dans la salle du greffe, se tenaient à gauche des portes ; dans la petite cour, les gendarmes étaient habituellement groupés à di'oite. La leçon avait été faite à la jeune Joséphine : dans le gicffc, elle devait prendre !e bras
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ganclic; dans la cour, le bras droit de son père, afin de se trouver constamment entre ce dernier et les gendarmes ou les gardiens.
Le corridor fut facilement franchi ; cinq guichetiers étaient debout dans le greffe lorscjne Lava!ette y entra, coiffé du chapeau de la comtesse et enveloppé dans son chAle et dans ses fourrures; il paraissait abîmé dans la douleur, avait la tète inclinée sur la poitrine et se cachait le visage en tenant son mouchoir sur ses yeux. Les gardiens se rangèrent sur son passage. Le concierge parut en ce moment, cl s'approchant du côté opposé à celui où se trouvait la jeune Joséphine , il posa la main sur le bras du condamné. Lavalette, à ce mouvement, se crut découvert ; tout son sang reflua vers le cœur : « Vous vous retirez de bonne heure , madame la comtesse, » dit le concierge. Le condamné était alors devant la grille , mais le gardien, qui se trouvait entre cette grille et la porte de sortie, regardait Lavalette et n'ouvrait pas. Ce dernier était à bout de forces; enfin réunissant toute son énergie , il passe la main à travers les barreaux et fait signe d'ouvrir ; le gardien tourne ses clefs, les deux portes s'ouvrent, et Lavalette pose le pied dans la petite cour, où une vingtaine de gendarmes , qui avaient vu entrer la comtesse, attendaient sa sortie. La jeime Joséphine se place entre ces redou râbles cui-ieux et son père, qui entre enfin dans la grande cour du Palais.
La chaise à porteurs était déposée au pied du grand escalier ; le comte y prend place; mais la chaise ne bouge pas. Lavalette legarde : point de porteurs ; le valet de chambre chargé de le garder avait lui-même disparu. Une sorte de vertige s'empare du condamné, éperdu et les regards fixés sur l'entrée de la Conciergerie, il croit voir à chaque seconde les ganliens paraître et se précipiter sur lui; il prend la résolution de se défendre, de se faire tuer. Enfin, après une attente de deux minutes qui Turent deux siècles, il entend la voix de ion domestique qui lui dit bien bas que es porteurs s'étaient éloignés, mais qu'il ;n amène deux autres. Lavalette se sent, ni effet , soulever, la chaise sort de la 'our, et , tournant à droite , prend le luai des Orfèvres et s'arrête en face de
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la pntite rue de Harlay. M. Baudus paraît alors, ouvre la portière et conduit Lavalette à un cabriolet stationné à l'entrée de la rue et où se trouvait déjà une personne auprès de laquelle le comte monte et s'assied. Le cabriolet part aussitôt au grand trot dans la direction du pont Saint-Michel, suit la rue de la Harpe et entre dans la rue de Vaugirard; là, seulement, Lavalette commence à respirer, et, pour la première fois, regarde son conducteur; il reconnaît le comte de Chassenon. Le cabriolet fit halte sur le boulevard Neuf, au coin de la rue Plumet , lieu du rendez-vons indiqué par M. Baudus , qui ne tarda pas à paraître. Lavalette, pendant le chemin , s'était débarrassé de ses vêtements de femme et les avait remplacés par un carrick de jockev et un chapeau galonné. Quittant iM. de Chassenon, il suit M. Baudus dans la rue du Bac; tous deux marchaient à pied ; la nuit était obscure , le quartier désert ; seuls, des gendarmes, courant au galop vers les barrières, les croisèrent plusieurs fois dans la route. Arrivés devant un hôtel de grande apparence, M. Baudus dit à Lavalette : « Je vais entrer ; tandis que je parlerai au suisse, avancez dans la pour. Vous trouverez à gauche un escalier que vous monterez ; arrivé au dernier étage, vous prendrez à droite un corridor, au fond duquel est une pile de bois : tenez-vous là , et attendez. » Le comte obéit de point en point. Il était depuis quelques instants près de la pile de bois, au milieu de l'obscurité la plus profonde, lorsqu'il entendit le léger frôlement d'une robe de soie et sentit une main se poser sur sou bras , puis le pousspr doucement dans une chambre éclairée par un grand feu, garnie de tous les objets nécessaires pour passer la nuit, et dont on referma la porte. Il était sauvé.
Ainsi que Lavalette l'avait annoncé à la comtesse, le concierge , aussitôt après son départ, était entré dans la chambre du prisonnier. Au bruit qui se fit derrière le paravent, il se retira, puis revint au bout de cinq minutes ; ne voyant encore personne, il s'approche du paravent, l'écarté et aperçoit M™" de Lavalleltc. Il pousse un cri 'furieux et se précipite vers la porte ; la comtesse s'attache, se craïuponue à lui : « Attendez! s'é-
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criail-olle; laissez aller mon mari! — Vous me perdez, madame! » s'écrie cet homme eu se dégageant avec tant de force, qu'une partie de sou habit reste aux mains de la comtesse. Ce cri : » Le prisonnier est sauvé ! » retentit bientôt dans toute la prison. Le» geôliers, les gendarmes , s'élancent dans toutes les directions : deux gardiens aperçoivent au loin la chaise qui cheminait le loug des quais; ils y courent, se précipitent, ouvrent la portière et ne trouvent que la jeune Joséphine. Toutes les barrières de Paris sont immédiatement fermées ; des dépêches télégiaphiques , des courriers, portent à toutes les extrémités du royaume l'ordre de soumettre les voyageurs à l'examen le plus sévère ; des visites domiciliaires sont pratiquées , la nuit comme le jour, chez tous les amis, chez toutes les connaissances du condamné, même chez les personnes cpii n'ont jamais eu de rapport avec lui qu'à l'occasion de ses anciennes fonctions.
Mais tous les efl'orts devaient échouer. Il était difficile, il est vrai , de soupçonner que l'asile choisi pour Lavalette fût la demeure même du duc de Riciiclieu , président du conseil , l'hôtel des affaires étrangères. La chambre où il était caché dépendait de l'appartement occupé dans ctt hôtel par M. Bresson , caissier central du ministère. C'était la veille même de l'évasion que M. Baudus s'était adressé à madame Bresson. « Mon mari et moi avons été aussi proscrits, lui répondit-elle. Pendant deux années , dans les montagnes des Vosges , de braves gens, malgré la mort suspendue sur leurs têtes, nous ont cachés avec 'me admirable fidélité. J'ai fait vœu, dans ma reconnaissance , de rendre le même service au premier condamné polititpie qui s'adresserait à moi ; mon mari est absent; mais je n'ai pas besoin de le consulter pour une bonne action : ameneznous M. de Lavalette; sa chambre sera prête ce soir. » Le séjour de M. de Lavalette chez M. et M'"= Bresson fut de trois semaines, pendant lesquelles la police ne suspendit pas un seul instant ses perquisitions. La princesse de Vaudemont, qui avait réglé tous les détails de l'évasion et la distribution des rôles , ne cessait , de son côté , de rechercher les moyens de compléter la délivrance, en
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faisant arriver le condamné sur la terie étrangère (1).
(Vaulal)elle , Histoire dei dmix Ralaurations.)
Six jours après son entrée au bagne de Brest , Vidocq chercha à s'échapper sous le déguisement d'un matelot. » Je passai sans obstacle, dit-il, la porte de fer, et me trouvai dans Brest, que je ne connaissais point. Après avoir erré çà et là , j'arrivai enfin à la porte de la ville. Un vieux gardien du bague , nommé Lachique, y était continuellement posté. Il était impossible qu'un condamné, qui avait été pendant quelque temps au bagne, échappât à son œil vigilant. Non- seulement il découvrait ou prétendait découvrir chaque condamné au regard et au geste qui lui était propre, mais il y avait encore une autre particularité qui l'aidait en cela. En effet, les condamnés, sans y faire attention , traînent toujours la jambe à laquelle le boulet a été attaché. Il fallait cependant passer devant ce redoutable personnage, qui était assis près de la porte, fumant tranquillement sa pipe, et fixant ses yeux d'aigle sur tous ceux qui entraient et sortaient. On m'en avait averti : je pris eu conséquence mes précautions pour rendre mon déguisement plus complet. Je m'étais pourvu d'un pot de crème ; je m'approchai de lui sans crainte , et après avoir déposé à ses pieds le pot de crème que je portais , je tirai ma pipe de ma poche, la remplis, et lui demandai la permission de l'allumer à la sienne ; il y consentit gaîment, et lorsqu'elle fut allumée , je repris mou pot de crème et sortis tranquillement de la ville. J'avais à peine fait trois quarts de lieue lorsque j'entendis les trois coups de canon qui annoncent aux paysans l'évasion d'un condamné. 11 faut observer qu'une récompense de cent francs était promise à celui qui m'arrêterait.
Il Dans quelques instants les champs
(i) Proeope raconte, il«ns son Histoire persique (1. 1, cil. li), l'évasion de Cavade, roi des l'crses, qui parvint à tromper ses geôliers de la même manière ijue Lavalette , en changeant d'IiaMls avec sa femme et en la laissant à sa jilacc dans la prison. On vient de voir aussi l'histoire de loni et (le lady Nilhisdalc.
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furent couverts d'hommes armés de fusils, de faux, et battant les buissons pour découvrir le fuyard. Je passai à côté de plusieurs d'entre eux, mais, comme j'avais un costume de matelot complet, et portais mes cheveux en queue (tous les condamnés ont la tête rasée), ce que j'eus soin de leur faire voir en tenant mon chapeau à la maiu , je ne fus pas inquiété. A la nuit tombante, je rencontrai deux femmes, à qui je demandai quel chemin il me fallait suivre ; mais comme elles me ré|ioudiient dans un patois dont je ne comprenais pas un mot, je tirai quelques (lièces d'argent et leur indiquai par un geste que j'avais besoin de manger ; elles me conduisirent dans un village, ou j'entrai d;iris un cabaret. Le maître du cab.iiet, qui éluit gaideciiampètre , était devant le feu dans sou costume à moilié milit.iiie. J'hésitai un moment; mais, reprenant courage, je lui dis que je désirais parler au maire du village. » C'est moi le maire, » dit un vieux paysan, en bonnet de laine et en sabots, qui mangeait nu gâteau d'orge sur la table. Ce nouvel incident me >urprit, car j'avais espéré m'échapper du village sous piétexte d'aller à la maison du maire. Cependant je pris un air hardi , et je dis à ce fonctionnaire en sabots , qu'ayant pris un chemin de traverse pour aller de Morlaix à Brest , je m'étais égaré, et que je venais lui demander mon chemin , comme à la seule personne que je présumais devoir bien comprendre le français. Je lui demandai s'il était possible d'arriver à Brest dans la soirée; il me répondit que c'était mpossible d'y ariiver avant la fermeluie des portes, mais qu'il me donneait un peu de paille dans sa grange, et pie je pourrais aller le lendemain à Brest avec le gaide-champètre, qui devait y conduire un forçat échappé et arrêté la veille. »
Le lerdemain , Vidocq fut reconnu et econduit au bague. A peine y fut-il entré qu'il s'échappa de nouveau, avec plus de succès et ()lus d'adresse que la première fois. Tels sont à peu près les eimes dans lesquels il raconte cette seonde évasion : « Comme il entrait dans nés vues de passer quelque temps à l'hô- >ital , je me rendis malade avec du jus le tabac , et j'y fus ti ausféré. Mais omme m t maladie ne dura que trois
DICT. n'ANECnoTCS — T. 1.
ou quatre jours, et que je ne pouvais me procurer d'autre jus de tabac dans cet hôpital, je fus obligé d'avoir recours à un autre expédient. A Bicètre, j'avais été initié dans tous les secrets de faire ces inflammations et ces ulcères au moyen desquels les mendiants excitent la pitié publique. Parmi tous ces expédients, je choisis celui dont l'effet est de rendre la tête grosse comme un boisseau, d'abord parce qu'il devait naturellem; nt eml)arrasser les médecins , et, en outre, parce qu'il ne pouvait me causer aucune souffrance, et qu'il m'était facile de m'en débarrasser dans une demi-journée. » En effet , Vidoc([ se fit enfler la tète d'une façon piodigieuse , et les médtcins, qui lui crurent une hydropisie du cerveau, donnèrent des ordres pour (|u'il restât a l'hôpital. Pendant ce temps, notre héros se procura un habit de sueur hos- |)italiere , et s'échappa à la T.veur de ce déguisiment. Arrivé près de Rennes, un bou curé engagea la sœur Vidocq à déjeuner avec lui , et la quitta en se recommandant à ses prières (1).
{Mystères de la police.)
Évasion mauquéc.
{Décembre 1731.) — On a conté, ces jours passés, un tour di duc de Savoie (Victor - Araédée II) , déienu prisonnier par son fils (pour avoir voulu le détrôner, après avoir abdiqué en sa faveur). Il a demandé à son fils la liberté de faire une confession générale , et il a souhaité avoir pour confesseur un carme déchaussé, tel qu'on voudrait lui envoyer. Cela a été exécuté. La confession a duré du temps. 11 a dit au confesseur, avec lequel on l'avait laissé seul : » Il faut nous reposer et boire un petit verre de litpieur. » Il avait une liqueur composée avec de l'opium , avec telle dose que le carme en ayant bu , il est tombé dans un assoupissement léthargique. Le prince a deshabillé entièrement le père carme, et s'est revêtu de tous ses habits , est sorti de l'appartement, comme quittant le prince. Il a i)assé les cours et deux
(i) Parmi les autres évasions les plus remarquables , nous citerons celles du duc lU' Boaufort, du duc d'Albany cnfciuié au cli.iteaii d'Kdinil)ourg, de l'aveuliirier Casanova, du baron de Trciick, clc.
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