MARSILE DE PADOUE
MARSILE INGÉNUUS 343
S. Matthieu, 16, 18, dit Marsile, ne parle pas en faveur de la primauté ; le Christ, en citant la pierre sur laquelle est fondée son l'Église, entendit parler de lui-même, et, d'après S. Luc, 22, 2G, il se prononça formellement contre toute hiérarchie ecclésiastique. Mais, comme Marsile ne pouvait méconnaître que Pierre avait été tenu dans l'Église primitive pour le prince des Apôtres, princep* Apostolorum , il expliquait ce fait en attribuant à Pierre un principat d'âge, vu qu'il était plus âgé que les autres Apôtres et qu'il avait reconnu la divinité du Christ avant eux. Que si plus tard la pri- « mauté du siège de Rome, poiior principalilas, fut incontestablement admise, c'est un fait, dit Marsile, qu'il faut attribuer uniquement à Constantin le Grand ; ce fut lui qui fonda la primauté du Saint-Siège. Les évéques de Rome étendirent peu à peu leurs prérogatives au détriment des Chrétiens, surtout au détriment des princes et de l'empire romain. Les Papes, les évéques, les prêtres n'ont de juridiction sur personne ; le jugement et le châtiment des hérétiques, des schismatiques et des incrédules, sont l'affaire des autorités temporelles. Les princes temporels seuls ont le droit de convoquer des conciles généraux, de prescrire le mode d'élection des évéques romains et d'exercer en général une autorité coercitive sur le clergé; ni l'évéque, ni le prêtre ne peuvent, sans l'assentiment des princes temporels , prononcer une excommunication ou un interdit. En cas de controverse, ou dans d'autres circonstances urgentes, l'évéque de Rome, après en avoir préalablement délibéré avec son clergé, peut demander à l'empereur de convoquer un concile général, le présider, en rédiger les décrets, à la condition d'être parfaitement d'accord avec le concile, et, sous son autorité , les mettre à exécution ;
mais en lui-même l'évéque de Rome n'a le droit ni de décider, ni d'obliger, dans les choses de la foi, et c'est pourquoi la bulle Unam sanctam est fausse, erronée, plus préjudiciable qu'on ne le peut imaginer, cunctis ciciliter r/mitibus prsrjudicialissimam omnium excogitabilium falsorum. Le Pape ne peut procéder à aucune canonisation.
L'Église ne doit posséder aucun bien temporel ; un concile universel ou un prince temporel peut seul instituer des jours de jeûne et de fête; c'est aux princes qu'il appartient de décider si tels ou tels sujets sont dignes et capables d'être ordonnés, de déterminer le nombre des églises et celui des ecclésiastiques attachés à chacune d'elles, de dispenser des mariages défendus par des lois humaines. »
Le Pape Jean XXII devait naturellement condamner ce livre et excommunier son auteur, comme il le fit en 1327; il se donna même la peine de réfuter les erreurs de Marsile (1), et plusieurs évéques eu firent autant. On trouve encore d'autres dissertations de Marsile dans Goldast , telles que : de Jurisdictione imperiali in cousis matrimonial ibus ; it. de Translatione imper ii ; elles sont toutes écrites dans le même esprit que le Defeiuor pacis.
Marsile mourut en 1328.
Cf. Goldast, I. c. ; Schrockh, Hist.
de l'Ègl., t. XXXI, p. 79; Natal. Alex., Hist. Eccles. sxc. 13 et 14; Cave.
Fbitz.
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marsile inucnuus, d'origine anglaise , d'après Tritenheim , mais plus vraisemblablement allemande, comme semble l'indiquer son surnom (dloghen), professait à Pari» vers 1370. Appelé à l'université d'Heidelberg , nouvellement fondée, en 1386 , il en devint le premier recteur. Il y mourut en 1396.
(1) CL Rayoald., ad a on. 1327, n. 77.
Suivant l'opinion commune il était nominaliste et partisan d'Occam. Cependant, d'après les extraits de ses ouvrages qu'ont donnés Tiédemann et Tennemann , il semble appartenir plutôt au parti des scolastiques , qui en générai n'adoptaient aucun des systèmes dominants et occupaient une position intermédiaire. Quant à la question de la liberté morale, Marsile avait embrassé l'indéterminisme de Duns Scot et d'Occam. Il plaçait la liberté de la volonté dans l'absence de toute contrainte, la volonté pouvant se déterminer entièrement par elle-même, et pouvant, contre l'avis de la raison et contre sa propre conviction , choisir le mal et repousser le bien. — Marsile fut l'auteur de plusieurs écrits philosophiques, dont son Commentaire sur les Sentences de P. Lombard a seul été publié à Strasbourg.
Cf. Schrôckh, tffcf. del'Égl., XXX, 41 1 ; Tennemann, Hist. de la Philosophie, 8, 2, 909 sq.
martel (Chaules). Voy. Charles.
martêxe (Edmond), savant Bénédictin et un des écrivains les plus laborieux de la congrégation de Saint- Maur, naquit , le 22 décembre 1654, à Saint- Jean de Losne, petite ville de Bourgogne, située non loin de Dijon.
Sa famille était une des plus considérées dans la province et comptait parmi ses membres plusieurs conseillers au parlement, qui étaient disposés à pousser leur jeune parent dans la carrière des honneurs publics , si un penchant inné et une piété native ne l'avaient attiré à la vie du cloître. A peine âgé de dixhuit ans il entra dans l'abbaye des Bénédictins de Saint-Remi de Reims , et lit ses vœux, le 8 septembre 1672, dans la congrégation de Saint-Maur.
Comme il ne tarda pas à se signaler par son application et son goût pour la science, ses supérieurs l'appelèrent à Paris, à l'abbaye de Saint-Germain des
Prés, où il prit part à la publication des Pères de l'Église, et fit de rapides progrès sous la direction de D.d'Achery et D. Mabillon. Dès lors il consacra toute sa vie aux recherches scientifiques, surtout aux études historiques et liturgiques , vécut dans différents couvents de son ordre, pendant quelque temps dans l'abbaye de Bonne-Nouvelle de Rouen, où il prépara l'édition des œuvres de S. Grégoire le Grand , avec le prieur de l'abbaye, Denys de Sainte- Marthe. Il passa bien des années dans des voyages qu'il entreprit au nom de la congrégation et au profit de la science. En 1708 le chapitre général le chargea de parcourir les archives de toutes les cathédrales et abbayes de France, et de réunir tous les documents qui pouvaient servir à compléter la Gallia Christiana, dont le P. de Sainte-Marthe avait entrepris une nouvelle édition. Ce voyage, qu'il fit dans la société de dom Ursious Durand , un de ses confrères , dura six ans, et eut pour résultat la découverte et la collection de plus de deux mille documents dont on se servit pour la Gallia Christiana, et d'une multitude de manuscrits et de pièces historiques intéressantes que les deux Bénédictins publièrent sous le titre de Thésaurus novusAnecfotorum. Bientôt se présenta l'occasion d'un nouveau voyage. Le chancelier d'Aguesseau ayant, en 1717, engagé les savants du royaume à travailler à une collection des historiens français, la congrégation de Saint-Maur répondit à cet appel, et destina de nouveau les deux savants bénédictins D. Martène et D. Durand à parcourir à ses frais les Pays-Bas et l'Allemagne. Ils commencèrent leur voyage en 1718, et la grande collection des anciens écrits historiques et dogmatiques, qu'ils publièrent en 1724-33, fut le fruit de leurs recherches. Lorsque cette publication fut achevée, Martène reprit ses premiers travaux sur les anciens usa-
tv.
ges de l'Église, réunit les matériaux trouvés dans les papiers de Mabillon , Ruiuart et Massuet, qui servirent à l'histoire de Tordre des Bénédictins, et publia le sixième volume des Annales ordinis S. Benedicti (Paris, 1739). Cest ainsi que la vie de Martène se passa dans des travaux incessants, au milieu desquels la mort le surprit. Il succomba à une attaque d'apoplexie , le 20 juin 1739. Martène, ce collectionneur assidu, ce savant historiographe , ce remarquable archéologue, était en même temps un pieux moine, qui , au milieu de tous ses savants travaux et de ses nombreux voyages, ne négligea jamais ses devoirs de religieux, ne manqua jamais à la prière et aux observances de la règle des Bénédictius.
Voici la liste complète des œuvres de D. Martène, sauf quelques dissertations et les deux descriptions de ses voyages, publiées en 1717 et 1724 :