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Charles Borromée, card. de PÉgl

romaine et arche v. de Milan; esquisse , Augsbourg, 1796.

6. Livre de Cantiques catholiques, pour l'usage des fidèles durant le culte public, 3 vol., Munich, 18(0.

7. Recueil complet des meilleures Mélodies anciennes et modernes, pour servir au livre des Cantiques catholiques, S cahiers, Leipzig et Munich, 1812- 18 19.

8. Du Chantchoral et ecclésiastique, pour servir à l'histoire de la musique au dix-neuvième siècle, Munich, 1813.

9. Choral de ÏÉgllse romaine, le four de la Fête-Dieu, publié par la Congrég. allem. des bourgeois de Munich, 1815.

10. La Semaine sainte, d'après le rit de l'Église romaine, publiée par la Congrégation, Munich, 1817, avec une préface de Sailer.

11. Des sermons, des discours allemands et latins, prononcés à Dillengen, Munich et Augsbourg.

Mastiaux mourut à Munich après avoir rendu de vrais services à l'Église par son intelligence, sou courage et son habileté dans les affaires ecclésiastiques «t séculières. Haas.

MASTR1CHT ( DIOCÈSE DE). Voyez LlÉGK.

MATATHIAS. Vouez MaCHABÉES.

matérialisme, système philosophique, ou plutôt antiphilosophique, qui proclame la matière le principe de toutes choses, qui en déduit l'origine du monde, et nie par conséquent la différence essentielle de l'esprit et du corps, parce que la matière ne peut produire que de la matière. Le matérialisme, sous la forme la plus grossière, a été fondé par Leucippe et Démocrite, et adopté par Épicure (1) sous le nom de système des atomes, suivant lequel le monde est né de la rencontre fortuite d'une multitude infinie de corpuscules matériels ou d'atomes semblables par la qualité, différents par la quantité, indivisibles, flottant dans l'espace vide (i «TCfxcç, se. où<nat, que Cieérou traduit par indiriduum) (3).

Un matérialisme plus élevé que celui des atomes, c'est le matérialisme dynamiqued'Heraclite, qui voit dans le monde le produit de l'action réciproque de forces diverses, ^yajxtç. Nous n'avons pas à juger ici ce matérialisme théorique et abstrait; la question est traitée dans l'article Création du monde. Nous n'avons ici qu'à le considérer dans son côté pratique, dans son application à la vie religieuse et morale de l'homme.

Quoique le paganisme tout entier soit imprégné des idées matérialistes, par cela qu'en voulant déterminer les rapports entre l'esprit et la nature il n'a point assigné à celui-là la place qui lui convient, il faut cependant considérer Pline le Naturaliste comme l'un des principaux représentants de ce système. Il identifia l'esprit avec la matière, ne considéra pas l'homme comme essentiellement différent de l'animal, nia son immortalité, et rejeta de même l'existence d'une divinité. Parmi les Juifs les Sadducéens appartiennent à la secte des matérialistes (3). On peut conclure des

(1) Fvy. Encore.

(2) Academ. quœ*L, 1. 3, g S».

IS] f oy. SAOUlCEEUft.

MATERIALISME

textesde S. Matthieu (1), de S. Marc (2), des Actes des Apôtres (3), où les Sadducéens nient l'immortalité de l'âme et l'existence des esprits célestes, ainsi que de ce fait qu'ils étaient surtout adonnés au plaisir, que leur doctrine était un déisme aboutissant au matérialisme.

Le gnosticisme (4) est matérialiste par cela qu'il est panthéiste, et que tout panthéisme, dès qu'il passe de l'unité à Ses parties, ce qu'en pratique il est assez difficile d'éviter, mène au matérialisme ; il est de plus matérialiste parce qu'il est dualiste. Le manichéisme (5), qui renferme les mêmes principes, aboutit au même résultat. Cette hérésie révèle son matérialisme par l'idée même qu'elle a de Dieu. S. Augustin dit, de l'époque de sa vie où il avait embrassé les théories manichéennes : Multumque mihi turpe videbatur credere figura m te (se. Deum) habere huma* nx carnis, et membrorum nostrorum linéaments corporatibus terminari, Utj quoniam cum de Deo meo cogitare vellem^ cogitare nisi moles corporum non noveramt neque enim videbatur mihi esse quidquam quod taie non essetf ea maxima et prope sola causa erat inevitabilis erroris met (6).

Mais le matérialisme moral dérive spécialement du dualisme admis par les manichéens. Par cela même que les manichéens professaient plus résolument le dualisme que les gnostiques, leur matérialisme était plus général et plus grossier. D'après les Manichéens, en effet, il y a un principe éternel bon et un principe éternel mauvais ; l'homme, être spirituel et corporel tout ensemble, est un composé des deux principes, qui agissent naturellement et nécessairement en lui. La liberté mo-

(d) Foy. Gnosticisme.

(5) F oy M a nic ii m - m p..

(6) Confess., I. IV, 10, 19.

raie étant niée, il n'y a plus, à proprement dire, ni moralité ni immoralité ; la vertu et le vice sont des choses purement naturelles, puisque l'homme est soumis à la nécessité. Le péché, d'après ce système, résidant dans la matière comme matière, pour que la lutte des deux principes cesse dans l'homme , pour qu'il soit délivré du péché, il faut que la matière soit détruite, le corps affaibli, la nature anéantie ; mais cette destruction, c'est-à-dire cette délivrance, ne s'opère qu'autant que l'homme s'abandonne complètement à la matière même, c'est-à-dire par la plus abominable immoralité. On arrive ainsi précisé* ment au terme opposé à celui qu'on avait en vue ; l'esprit se résout dans la matière, et le soi-disant affranchissement s'accomplit par les actes les plus hontenx de la nature bestiale ; l'homme véritablement affranchi est celuiqui est le plus crapuleux. On trouve en effet dans le manichéisme cette proposition : Adam primum heroem peccavisse, et post peccatum fuisse sanctiorem (1) 1 De là l'immoralité que S. Augustin décrit, dans le chapitre 18 du livre cité, pour expliquer le signaculum sinus des Manichéens.

La théorie panthéiste et dualiste se résolvant en un pur matérialisme se traîna jusqu'au moyen âge, s'y associa à une direction mystique et porta comme toujours ses fruits désastreux. L'esprit fut complètement sacrifié à la chair et à ses concupiscences, unique moyen de parvenir à la quiétude intérieure. A cette catégorie de matérialistes appartiennent les Frères et les Soeurs du libre esprit (2).

Du moyen âge le matérialisme se propagea dans les temps modernes.

Quoique son point de départ diffère, les résultats sont les mêmes pour la foi et les mœurs. Il repose scientifiquement sur l'empirisme ou le

(1) Aagust., de Morib. Nanich.* gg*32, H.

(2) Foy. Frères et soeurs du libre esprit.

MATÉRIALISME

sensualisme anglais (1), qui considère le monde physique non-seulement com-

nos idées et de notre connaissance. Ce fut Locke (*) qui, à la suite de cette transposition erronée, posa en principe que toutes nos connaissances naissent de l'expérience sensible, que IMme est une table rase, et que les connaissances qui s'y inscrivent proviennent toutes de l'eipérience. Ainsi l'esprit humain ne fut plus une substance première, originaire, une essence substantielle, et il n'y eut plus d'idées innées.

Locke cependant ne tira pas toutes les conséquences de son principe ; il capitula en quelque sorte avec le besoin de la foi, et chercha du moins à maintenir la foi au sentiment moral ; mais au fond son empirisme niait tout ce qui dépasse les sens. Aussi, comme le remarqua Kaut, on ne peut, de l'expérience, conclure la liberté morale, parce que l'expérience ne nous fait connaître que la loi des phénomènes, par conséquent le mécanisme de la nature, qui est précisément le contraire de la liberté. L'idée acquise de la liberté est une idée physiologique, et cette liberté n'est autreque celle d'une broche qui , une fois qu'elle est montée, marche d'ellemême. L'expérience est tout aussi incapable de nous donner l'idée de l'immortalité, l'idée de Dieu, et ce qu'on a de plus logique à faire, c'est de les uier. Sans doute, nous l'avons dit, Locke ne tira pas ces conséquences ; mais elles étaient contenues dans sou système et elles devaient fatalement et promptementen découler. La pensée ne pouvant induire de l'expérience sensible que des phénomènes accidentels, jamais de loi nécessaire, Hume (3) poussa l'empirisme jusqu'au scepticisme. Avant même l'apparition de Locke, la théologie

11) Voy. Empirisme, Sensualisme.

(?) Voy. Locke.

pj Voy. Hume.

avait dégénéré en déisme (1). Si, antérieurement, le matérialisme abstrait de Thomas Hobbes (2) était demeuré sans influence sur la théologie, il n'en fut plus de même à cette époque, et les déistes cherchèrent à diriger dans leur sens le courant philosophique, à faire aboutir au déisme le sensualisme et le scepticisme (3), non pas le scepticisme qui doute pour arriver à une vérité positive, mais le scepticisme qui se sert du doute pour pouvoir nier tout ce qui est positif. Les déistes modernes, fortifiés par la philosophie sensualiste et sceptique, furent beaucoup plus hardis que les anciens, et souvent leur hardiesse dégénéra en frivolité. Déjà Toland (4) avait combattu le surnaturel de la Révélation ; Collins (5) fit prévaloir la libre pensée (6) ou l'autonomie de la pensée subjective ; il ébranla l'idée de l'immortalité , combattit la prophétie ; Woolston (7) nia les miracles ; Chubb (8) proclama la religion naturelle la seule religion mie ; et enfin Bolingbroke (9) mena tout ce naturalisme jusqu'au matérialisme pur, jusqu'au strict athéisme. Mais la conséquence ne fut pas complètement tirée.

Les Anglais repoussèrent instinctivement une pareille philosophie de la religion; le déisme fut abaudonné à luimême.

C'est en France qu'il devait être poussé jusqu'à ses dernières et désastreuses conséquences. Pierre Gassendi, né en 1592, prévôt de la cathédrale de Digne, plus tard professeur de mathématiques au collège de France, contemporain et ami de Hobbes , introduisit

(t) Voy. DtfisME.

(2) Voy. Hobbes.

(S) Voy. Scepticisme.

t&j Voy. TOLANBu

(5) f'oy. Collins.

16) / oy. Libkes i i w.cas.

(7) f'oy. Woolston.

I (8) Voy. Ciiibb.

| (9) Voy. Bolikcbroee.

MATÉRIALISME

l'empirisme en France ; il réussit à raviver la doctrine d'Épicure. Mais ce fut Gond il lac (1) surtout qui parvint à implanter le sensualisme anglais sur le sol de la France. Sa proposition :

// n'y a pas de principes, il n'y a que des faits, eut un succès universel. S'il ne fut pas non plus assez conséquent pour soutenir la matérialité de Pâme , il fut toutefois le père du sensualisme français. Quelque temps auparavant, Voltaire (2), durant un séjour involontaire qu'il avait fait en Angleterre, avait appris à connaître le déisme frivole des philosophes de l'époque, et son rare et audacieux esprit en assura bientôt le triomphe en France. La direction philosophique de Condillac s'associa au naturalisme théologique de Voltaire ; de leur union et de leurs efforts communs sortirent les conséquences devant lesquelles s'était arrêté le bon sens des Anglais. Déjà, pour Helvétius (3), la question de l'immatérialité de l'âme est parfaitement indifférente; la vertu n'est pas pour lui une idée éternelle ; à son avis fï est aussi impossible cTaimer le bien pour le bien que le mal pour le mal; l'unique mobile de la vertu est le sentiment de l'amour de soi , qui ne tend qu a Ja satisfaction des besoins physiques. C'est là l'unique base sur laquelle on peut fonder une morale utile. Voltaire va plus loin ; s'il n'est pas précisément athée, s'il parle encore de Providence, la liberté morale est mise en question par lui ; il tient l'âme pour quelque chose de matériel et doute par conséquent très-fort de son immortalité. Ses opinions, sans doute, ne sont pas aussi grossières que celles de ses successeurs; mais sa haine poussée jusqu'au fanatisme contre tout ce qui est positif dans le Christianisme, son esprit de sarcasme, ses plaisanteries

(1) Foy. Condillac.

(J) foy. Voi.TAinE.

(5) fby. H i lv 1. 1 il», de VEspriL

qui ne respectent rien, sa légèreté qui s'attaque à tout et tourne en ridicule ce qu'il ignore, ce qui le dépasse et ce qu'il semble connaître mieux que personne parce qu'il s'en moque , firent des ravages irréparables dans toutes les croyances. Diderot (1) fut d'abord favorable au déisme ; il considérait l'athéisme comme une absurdité (2); mais il tomba bientôt dans un scepticisme complet, qu'il exprima nettement dans cette prétendue prière : O Dieu!

js ne sais si tu es, mais je penserai comme si tu voyais dans mon âme, j'agirai comme si j'étais devant toi.

Je ne demande rien dans ce monde, car le cours des choses est nécessaire par lui-même si tu n'es pas ou par ton décret si tu es (3). Enfin il aboutit au matérialisme. Il nia la différence de l'âme et du corps, compara l'homme à un instrument musical qui se joue lui-même, tandis qu'il faut un musicien pour le clavier. Le sentiment de l'immortalité n'est autre chose que le désir de se rendre célèbre dans la postérité. Sa morale est celle d'Heïvétius. Si dans ses écrits, qui ne respirent que l'athéisme et le matérialisme, il y a encore quelque convenance , ce qui ne les rend que plus dangereux , il n'y a plus ni mesure, ni décence, ni retenue dans ceux de La Mettrie, que Voltaire lui-même haïssait, appelait un insensé, et dont Diderot disait : // est mort comme il devait mourir, victime de son intempérance et de sa folie.

L'athéisme seul, suivant La Mettrie, rend le monde heureux; l'âme n'est qu'un mot vide de sens, car elle n'est que la partie du corps qui pense.

L'homme n'est qu'un animal. Jusqu'à un certain âge il est plus animal que les animaux, car il apporte moins d'instinct qu'eux au monde, et plus

(1) /'oy. Diderot.

(2) /'oy. Athéisme.

(X) Pensées philos.

MATÉRIALISME

tard il ne s'en distingue essentiellement que parce qu'il a plus de besoins qu'eux (l). Il proclame, dans son Système d'Épicure, l'athéisme une doctrine utile aux hommes en général , puisqu'il leur enlève le repentir de leurs vices , et que l'homme, en définitive , n'est pas cause de ce que les ressorts jouent si mal dans sa machine ; spécialement avantageuse au philosophe, puisqu'il le dégage de toute responsabilité.

Dans son livre intitulé F Homme machine il dit : La mort est la fin de tout, un néant éternel. Tout ce qu'on dit d'ailleurs de la mort est une fable. Que devient la morale? La vie n'est que jouissance. Buvez, mangez et jouissez aussi vite que possible pour ne pas être frustrés , car vous ne savez pas quand vous mourrez.

D'Holbach, auteur du Système de la Nature, marche de pair avec La Mettrie; lui aussi tient pour une erreur grossière la distinction du monde physique et du monde moral. La différence entre le corps et l'esprit n'est que celle du corps et du cerveau. Ia croyance en Dieu est une erreur aussi grossière que la distinction entre le corps et l'esprit. Dès lors la religion, dans le sens ordinaire, tombe d'ellemême ; elle n'a de sens qu'autant qu'on y voit une mythologie, car Dieu est la - nature. Être immortel, c'est vivre dans la mémoire des hommes. Toute la morale se résume en ces termes : Être utile, c'est contribuer au bonheur de ses semblables; être nuisible, c'est contribuer à leur malheur. Le bonheur n'est que le plaisir continu.

Il n'y a pas de liberté ; le repentir ne prouve rien en sa faveur, car il n'est qu'un sentiment douloureux de la perte que les conséquences actuelles ou futures de nos passions peuvent nous causer ; si ces conséquences nous étaient

(1) L'Homme plante.

(2) F oy. d'Holbach.

ENCYCL- THËOL. CATn. — T. XIV-

toujours favorables, nous n'éprouverions jamais de repentir. Comme La Mettrie, l'auteur du Système de ta Nature trouve une grande consolation dans l'athéisme , puisque du moins il laisse les hommes tels qu'ils sont, tandis que la religion pousse toujours les passions au fanatisme. L'athée, sachant que son regard ne peut s'étendre au delà de ce monde, désire du moins couler ses jours dans le bonheur et la paix. Ainsi l'homme est concentré tout entier en ce monde , la matière est son dieu, servir la matière son unique vertu. L'homme perd toute dignité, l'idéal de sa nature disparaît, et l'enivrement des sens l'entraîne dans la fange du matérialisme le plus grossier. La conséquence était logique : l'empirisme avait commencé , sans idée, par la matière ; il finissait, sans idée, dans la matière.

Ce mouvement révolutionnaire de l'esprit philosophique et religieux, avec lequel pactisaient, par un fatal aveuglement, et sans pressentir le danger, les plus grands seigneurs de la cour et une partie même du haut clergé , était directement dirigé contre le Christianisme et l'Église. Mais on comprend facilement qu'il dut réagir aussi sur la science. En logique on faisait prévaloir la maxime d'Helvétius : Penser, c'est sentir, rien que sentir ; la logique n'était que la doctrine de la pensée, qui elle-même n'était qu'une simple sécrétion du cerveau. Cabanis, inventeur de cette rare définition, obtint le plus grand succès. I*i psychologie ne fut plus que de la physiologie et de la médecine : la métaphysique cartésienne (1); fut considérée comme le rêve d'un cerveau malade et se transforma en physique. La morale devint non pas seulement la théorie du bonheur ou l'eudémonisme (2), mais la théorie de l'égoisme. Dès lors il ne pouvait plus

(1) Foy. Descartes.

(2) Foy. ECDÉMONISME.

MATÉRIALISME

être question de théologie. En 1798 I Bernardin de Suint-Pierre excita une surprise générale lorsque, dans son discours de réception à l'Académie française, il prononça, pour la première fois, le nom de Dieu. Cette direction matérialiste dura pendant tout l'Empire; elle n'est pas entièrement épuisée encore. Le livre de Lemaire, Initiation à la philosophie de la liberté, Paris, 1842-43, 2 vol. , n'est pas autre chose que la rénovation du panthéisme matériel contenu dans le Système de la Mature.

En Allemagne cette direction matérialiste avait prévalu, comme en Angleterre, sous le nom de rationalisme (1), sans cependant pousser sa théologie naturelle jusqu'au matérialisme proprement dit, grâce au sens profond et religieux des Allemands, grâce aussi à ce que l'esprit de la Révolution n'avait point encore agité le sol politique de ce pays. Toutefois le matérialisme eut aussi sa part ; seulement il prit une forme plus philosophique qu'en France. L'empirisme anglais, et le scepticisme qui en avait été la conséquence, amenèrent Kant à la philosophie critique, qui fonda Yidéalisme.

L'idéalisme, sous l'impulsion de Fichté, de Schellingetde Hegel, aboutit promptement au panthéisme (2). Que le panthéisme cherche Dieu dans la totalité du monde ou qu'il laisse le monde se perdre en Dieu, c'est-à-dire qu'il nie à proprement dire le monde , dans les deux cas il se résout dans l'athéisme (3), qui, de son côté, conduit au matérialisme.

Hegel lui-même considère le « prétendu » matérialisme et l'athéisme des encyclopédistes français comme le résultat nécessaire de la science pure de soi-même. Les partisans de cette philosophie proclament l'identité abstraite de

11) Voy. Rationalisme.

(2) Foy. Panthéisme.

(3) Foir Stawlenmaier, Expotil. et critique du système tt'hvyel, p. 852.

Dieu et du monde, qui résulte du matérialisme de d'Alembcrt et de Diderot, un progrès , au moins formel, vers l'idée moderne de l'immanence du divin dans le monde (1). Ce progrès formel devint bientôt matériel. Ilégel pose l'essence de la religion dans la conscience que Dieu a de lui-même ; mais comme, selon Hégel, Dieu sans le monde u'est pas Dieu, le ûni étant un moment essentiel du développement de l'infini, ou de la nature de Dieu, Dieu n'arrive à la conscience de lui-même que dans l'homme. C'est pourquoi l'essence de la religion est la conscience de Dieu dans l'homme. C'est donc par une conséquence fatale de ces prémisses que Feuerbach définit l'essence de la religion la conduite de l'homme envers lui-même , et trouve les mystères de la théologie dans Y anthropologie. L'homme, en qualité d'être absolu , ne peut penser, pressentir, imaginer, sentir, croire, vouloir, aimer et adorer que l'essence de la nature humaine. Feuerbach se tient bien en garde contre le matérialisme vulgaire, mais il déclare en même temps que ce n'est que par l'alliance de l'homme avec la nature que l'égoïsme supra naturaliste du Christianisme peut être vaincu. Il enseigne qu'il n'y a qu'à renverser les rapports religieux, à considérer comme but ce que la religion indique comme moyen, à faire la chose capitale de ce qui est subordonné, accessoire, pour détruire l'illusion (de ce qui est supranaturel et transcendant dans la religion chrétienne) et obtenir la pure lumière de la vérité. Feuerbnch donne deux preuves éclatantes, dit-il, de ce qu'il avance. La contradiction dans les sacrements est la contradiction de l'idéalisme et du matérialisme. Le matérialisme seul est vrai, et il l'affranchit de l'idéalisme en ce que, par exemple, il

(1) Pioaek, l'Eucy lopédie théol. cvnmety* tenu; DftTmfttfldl, IM7, p. ti"73.

MATÉRIALISME

considère le B pt "me comme signe, daprès la signification même de l'eau ; il y voit un bain naturel, ayant une efficacité naturelle, puisqu'elle lave l'homme de l'impureté du corps, et de plus une efficacité intellectuelle et morale, attendu que l'homme voit et pense plus nettement dans l'eau , s'y sent plus libre , y éteint l'ardeur des désirs impurs et le feu de l'égoïsme.Le Baptême est donc le premier moyen, et le moyen le plus immédiat, que l'homme possède de allier à la naturel Les mystères de l'Eucharistie ne sout que les lois mêmes de l'alimentation : l'homme ne peut vivre qu'en buvant et en mangeant. Feuerbach va plus loin, et il est encore plus explicite. D'après lui la vraie religion est l'amour et l'adoration de la nature humaine dans son essence. Mais qu'est-ce que cette essence ? « L'homme, répond Feuerbach, ne se distingue des animaux qu'en ce qu'il est le superlatif vivant du sensualisme, en ce qu'il est le plus sensuel , le plus impressionnable des êtres de ce monde.

Que si l'essence de l'humanité est la sensualité, et non une vaine abstraction telle que l'esprit, toutes les philosophies, toutes les religions, toutes les institutions qui contredisent ce principe sont non-seulement erronées, mais dangereuses et radicalement corruptrices.

Veut-on améliorer les hommes : qu'on les rende heureux ; veut-on les rendre heureux : qu'on aille à la source de tout bonheur, de toute joie, aux sens(l)! »

Mais si l'essence de l'humanité est la sensualité et non l'esprit, si l'homme ne doit aimer et adorer que l'essence de la nature humaine, on voit clairement en quoi consistent cet amour et cette adoration. La spéculation aboutit à l'athéisme, au matérialisme; elle s'abaisse au niveau du système des encyclopédistes du dix-huitieme siècle.

(t) Frurrbach, OEuvrts complètes, t. II, p. 871-573.

La mrme tendance se retrouve parmi les membres de la « jeune Allemagne,»

dont les pères spirituels furent Louis Borne (1) et Henri Heine, partant des idées de la philosophie moderne, dont ils recueillirent les miettes. Le Salon de Heine, dans lequel il prêche ouvertement le matérialisme; le roman de Gutzkow, IVatly, qui prêche l'émancipation de la femme et celle de la chair; le cri de cet auteur qui, dans sa préface aux lettres confidentielles de Schleiermacher sur Lucinde, s'écrie : ■ Ah ! si le monde n'avait jamais rien su de Dieu, il eût été heureux ! » proclament assez hautement le panthéisme grossier de l'athée et du matérialiste. Enlin à la jeune Allemagne se rattache la classe des naturalistes et des médecins, qui nient la différence essentielle qui existe entre l'esprit et le corps, qui nient par conséquent l'esprit, parce qu'ils ne peuvent le voir de leurs yeux et l'atteindre avec leur scalpel. Charles Vogt, dans ses Lettres philosophiques, est le représentant le plus digne de cette catégorie de matérialistes. Il tient le matérialisme pour l'unique théorie cosmogonique qui puisse mener à des résultats acceptables par la science.

D'après cette théorie la matière est la seule chose qui ne passe pas ; l'âme n'est qu'uu produit du cerveau; ses facultés, par exemple la pensée, ne sont que des fonctions de la substance cérébrale ; l'immortalité est une conclusion qu'il ne peut admettre.

Enfin la tourbe sans nombre des versificateurs , des hommes de lettres, des rédacteurs de journaux, sortis de la maison d'Israël , ne peut être passée sous silence. Leur nom est Légion . Ils sont tous d'accord pour attaquer et dé truire la religion, la moralité et la vertu, toute vie sérieusement sociale, le mariage , la famille , l'esprit et la

(1) Léon (Low) Baruch, né le 22 mai 1786 4 FrancIorUur-le-Mein , mort le 12 février 1837.

388 MATÉRIALISME

raison, et ne laisser survivre que la chair. Malheur au monde si ce grossier matérialisme devenait sa morale! Le moude serait alors dans l'état dont parle S. Paul (1), et qu'il reproche à beaucoup de ses contemporains : « Ennemis du Christ, dont la fin est la perdition, qui ont Tait un dieu de leur ventre, qui mettent leur gloire dans leur propre infamie, qui ne pensent qu'aux choses terrestres, à la matière, ci rk tm-pia çpovcûvTt;. » Le matérialisme naît de l'athéisme ou y aboutit. L'athéisme n'est que l'incrédulité ; celle-ci se termine toujours par l'immoralité.

Cf. Sigwart, Manuel de la Philosophie théorique, Tub., 1820, p. 201- 209 -, Frédéric Schlégel, Leçons de Philosophie, publiées par Windischmann, Bonn, 1836, t. I, p. 191-194, 250-255; Erdmaun, Histoire de la Philosophie moderne, t. II, Impart., renfermant le développement de l'empirisme et du matérialisme depuis Locke jusqu'à Kant, Leipz , 1846; Staudenmaier, Question capitale du temps présent, 1851.

Cf. les articles Antinomisme et Hy-

LOZOISMB. WÔRTER.

materne (S.), premier êvéque de Cologne. Voyez, Cologne.

MATERNE (JULES-FlRMTCUS), apolo-

giste chrétien du quatrième siècle, auteur de l'écrit adressé aux empereurs Constance et Constant, de Errore profanant™ retigionum , est rarement cité par les anciens D'après ce qu'on peut conclure de ses ouvrages, il était né en Sicile, demeura longtemps païen, et fut, en cette qualité, revêtu d'une charge assez considérable. Baronius pense qu'après sa conversion il devint évêque, mais il n'en donne pas de preuve solide. Il composa entre 334 et 337 huit livres de mathématiques (matheseos), ou, suivant d'autres titres, d'astronomie (astronomicorum), qu'il dédia à sou ami Lollianus. Il y parle encore

(1) Philipp,, 3, 18, to.

- MATHÉSIUS

comme un païen de l'influence des astres sur les destinées humaines, et conjure son ami de ne pas répandre dans le vulgaire ces mystères de l'Égypte et de Babylone. Cet ouvrage fut d'abord imprimé à Venise, 1501, puis à Bâle, 1551. L'écrit cité en téte de cet article, que Materne composa après sa conversion, parut à Venise, 1499; Bâle, 1533; Strasbourg, 1562 (édité par Flaccius); Paris, 1589, dans la Bibliothèque P.P., t. IV; Leyden, 1672, 1702 (p. Wowern et Gronov); la Haye, 1826 (p. Munster). Dans ce dernier ouvrage, sur les Erreurs des religions profanes, Materne traite de l'origine de ces religions, et montre par beaucoup d'exemples que les païens se sont fait des dieux des éléments, des hommes souvent les plus vicieux, des objets de leurs passions ou de leurs besoins; il fait remarquer que les fables et les usages du paganisme ne sont nés que de fausses interprétations des histoires bibliques.

Materne s'arrête surtout à certains signes, à certaines expressions mystérieuses dont les païens se servaient dans leur culte, et les interprète dans un sens spirituel en les appliquant au Christ. Du Pin remarque dans sa iVour.

BU. (1) : « Ce traité est très-élégant et rempli d'une érudition profonde ; l'auteur y montre beaucoup de science, d'esprit et d'éloquence. » Materne engage les empereurs à détruire les temples, à punir le culte idolâtrique et à extirper le paganisme.

Cf. Schrôckh, Hist. de V Église, VI,

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