MATHIAS
pies de Jésus (1), fut, durant la période qui s'écoula entre l'ascension de Notre- Seigneur et la descente du Saint-Esprit, élu au sort à la place de Judas Iscarioth (2). On ue sait rien de certain de sa vie antérieure, de son Heu de naissance, de son activité apostolique, du lieu, du temps et du mode de sa mort. D'après les martyrologes grecs, avec lesquels s'accorde Nicéphore (3), il prêcha l'Évangile d'abord en Judée, puis en Éthiopie ; il y fonda un évéché et y termina sa vie sur la croix. S'appuyant sur ce que dit la Dorothei Synops. :
Matthias in interiore sEthopia, ubi Hyssus, maris port us, et Phasis vius est, hominibus barbaris et carnivoris prœdicavit Evangelium. Mor~ tuus est autem in Sebastopoli , <Mque prope templum Solis sepultus, Cave pense (4), dans ses Antiquités, que Ton a mis l'Éthiopie pour la Cappadoce, puisqu'on ne peut trouver qu'eu Cappadoce un siège épiscopal qui soit à l'embouchure de l'Asparus (ou du Phasis), ou le port d'Hyssus. Hippolyte et S. Isidore (5), sans parler de son martyre, le fout mourir et ensevelir à Jérusalem, taudis que d'autres le font lapider et décapiter par les Juifs comme blasphémateur (6). Les renseignements sont encore plus rares et plus incertains sur le temps et le lieu de son martyre. Ste Hélène , mère de Constantin le Grand, dit-on, apporta les reliques de S. Mathias à Rome; on en conserve une partie à Trêves, dans l'église de son nom, et une autre dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, à Rome. La fête de cet Apôtre est célébrée, daus l'Église romaine, le 24 ou le 25 février
(t) Cf. Ctem. Alex., S/rom., 1. IV. Eusèbe, Hist.eccl., I. I, c. 12. Hierouym., in Calât. (2) AcL de» Apôtre», 1, 23.
15) HisU ceci., I. Il, c. 40.
(4) Antiq. Jpost.% p. 743.
(5) In Iraolalu de Vita et morte tanclor. Xovi Test., c. 80.
I (6) Perionii Vila Apott., p. 118 sq.
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dans les années bissextiles, le 9 août dans l'Église grecque On eut de bonne heure un évangile apocryphe sous le nom de S. Mathias (1). Clément (2) d'Alexandrie fait mention de traditions de S. Matthias, iMtpt&ottc, traditions qui peut-être ne sont autre chose que cet évangile apocryphe (3).
Cf. Apocryphe (littérature); Winer, Isxiq. bihl.% t. II; Augusti, Mévwrab. d'Arehêol. chrvt., t. II, p.
240; Acta Sanctor., t. III Februarii, p. 431-151. Fritz.
matière. Voyez Esprit.
9IATHII.de (Ste), mère de l'empereur Othon Ier, issue de la race du célèbre Witikind, eut pour père le comte Thiétrich, qui demeurait dans sa villa d'Enger, prèsd'IJerford. Sa mère, Reinhilda, était la fille d'un Danois et d'une Frisone. Mathilde fut élevée dans le couvent d'Ilerford, sous la surveillance de sa tante, l'abbesse Mathilde, mère du comte Thiétrich. Othon le Grand, duc de Snxe, frère de Ludolf, grand-comte (duc) de Saxe, qui donna son nom à la maison LudoKine , et qui fonda le couvent de Gandcrsheim (4), avaitdeux fils,ThancmaretHenri ; ayant entendu parler de la beauté et des excellentes qualités de la jeune Mathilde, il envoya, pour s'en assurer, son filsThanc. mar au couvent, et celui-ci employa la ruse pour parvenir 5 la voir; mais ce fut son fils Henri qui demanda et obtint la main de la princesse. Le mariage eut lieu bientôt après. Henri donna, en cadeau du matin , Morgengabe , à sa nouvelle épouse, tout ce qui appartenait à la ville de Walhausen. Après la mort d'Othon (f 912) Henri lui succéda; il fut élu roi de Germanie; mais ce nouveau titre n'inspira ni orgueil ni vanité à la reine Mathilde.
(1) Cr. Eusèbe, Hist. eccl., III, c. 25.
(2) Clem. Alex., Strt>m., II, 168; VII, 318. (i) Cl. Hleron., Proaxn. comment, in Matth. M f 'oy. Gandersheim.
E (Ste)
Quoique obligée de paraîUe officiellement vêtue de soie et ornée de pierreries, elle conserva sous la pompe royale un cœur humble, aimant et agréable à Dieu; elle se dérobait souvent la nuit au lit conjugal pour vaquer à la prière. Elle donna une excellente éducation à ses enfants, Othon, Henri, Bruno et Gerberge. Elle était l'âme, la joie et la torce de sa famille, et n'eut qu'un reproche à se faire, celui d'aimer avec prédilection son fils Henri. A son lit de mort Henri, son époux (f 936), la remercia d'avoir souvent apaisé sa colère , de lui avoir suggéré en tout de bons conseils, et de l'avoir toujours disposé à la miséricorde.
Avant de laisser un libre cours aux larmes que lui arracha cette mort cruelle , Mathilde demanda s'il n'y avait pas dans l'assistance un prêtre qui Tût encore à jeun et qui pût offrir le saint Sacrifice pour Henri. 11 se trouva en effet un prêtre, nommé Adeldach , qui put répondre au désir de fa reine, et celle-ci conserva dès lors une graude bienveillance pour lui, et le fit plus tard monter sur un siège épiscopal.
Après avoir entendu la messe et avoir fait un riche cadeau au prêtre qui avait officié, elle suivit le convoi de son époux en répandant un torrent de larmes. A cette douleur, que rien ne put jamais guérir, s'en ajouta bientôt une nouvelle; ce ne fut pas, comme l'eût désiré Mathilde, Henri qui succéda à son père en qualité de duc et de roi , mais Othon, son fils aîné, ce qui ranima et augmenta l'ancienne division des deux frères. Si Mathilde, par sa prédilection pour Henri, avait fomenté l'inimitié des deux frères, elle n'eut du moins pas de cesse qu'elle ne les eût réconciliés. Dès que la paix fut rétablie Mathilde put reprendre ses œuvres habituelles de piété et de charité. Elle assistait avec une dévotion merveilleuse à la sainte messe , durant laquelle elle of-
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frait toujours le pain et le vin. Elle
110 donnait que le temps strictement indispensable et ne mangeait que le nécessaire; souvent au chaut du coq elle avait déjà récité tout le Psautier. Rarement ou la voyait irritée ; jamais elle n'était ni d'une tristesse exagérée, ni d'une gaîté extrême.
Elle distribuait ses revenus aux pauvres et aux serviteurs de Dieu. Cette libéralité sans reserve attira une violente tempête sur sa tête ; on répandit le bruit qu elle avait amassé des richesses immenses et qu'elle avait complètement épuisé le trésor royal par ses largesses. Othon prêta l'oreille à cette rumeur et chargea des espions de recueillir l'argent distribué par les aumôniers ordinaires de la reiue. Henri lui-même se tourna contre sa mère, qui en conçut un vif chagrin. Enfin, pressée par la nécessité et ne voulant pas être plus longtemps pour ses enfauts une occasion de contrister le Seigneur , elle abandonna les biens que lui avait donnés son époux et se retira dans sa patrie. Mais avec Mathilde disparurent les bénédictions qui, jusqu'alors, avaient comblé Othon, et des maux de toute espèce fondirent sur le pays.
Cependant les prêtres et les grands intervinrent auprès <1 Edith, épouse d'Othon, et l'engagèrent à demander à Othon le rappel de sa mère. Othon, reconnaissant son injustice, suivit le conseil d'Edith et envoya une brillante ambassade à sa mère pour l'inviter à rentrer dans le royaume. Lui-même s'empressa d'aller au-devant d'elle ; il descendit de cheval dès qu'il l'aperçut, et lui demanda pardon à genoux, tandis qu'Henri lui adressait la même prière eu pleurant. Mathilde fut alors rétablie daus tous ses biens et ses honneurs, et rien ne vint plus troubler l'harmonie de la famille royale. Mais Mathilde eut d'autres épreuves à subir. La plus cruelle, après la mort de son époux, fut
la perte de son fils Henri, duc de Bavière
(t 955), perte dont elle reçut la nouvelle à Quedlinbourg. La pauvre mère fondit en larmes; épuisée de douleur, elle réunit autour d'elle les religieuses du couvent dans lequel elle résidait, s'unit à leurs prières, se rendit sur la tombe qui avait reçu les dépouilles de son époux, et s'écria : « O mon maître, que tu es heureux de n'avoir pas survécu à cette affliction ! Jusqu'à ce jour je ne me suis consolée de ta mort que par la vue de ton fils, ta fidèle image, et voici que cette consolation me manque ! »
— A dater de ce moment elle changea ses vêtements royaux en habits de deuil, elle renonça à toute distraction, neminetn roluit audire car mina secu- /aria cantantem, nec quemquam rU dere ludum exercentem, sed tant u m audirit sancta carmina de Evangeliis vel al iis Scripturis sacris sumpta , ne mon in hoc sedtdo delectabatur ut de rita vel passione sanctorum sihi cantaretur. Depuis lors aussi son amour pour Dieu , sa clémence envers les pauvres prirent un nouvel et plus puissant essor. Deux fois par jour, dit son biographe , elle distribuait des aliments aux pauvres ; elle envoyait les meilleurs morceaux de sa tableaux plus nécessiteux. Comment, s'écrie son naïf biographe, s'ctonner qu'elle fût si miséricordieuse envers tous les hommes, puisqu'elle n'oubliait pas même de nourrir le coq, qui appelle les humains au service de Dieu, et les oiseaux qui chantent ses louanges? Quelque part qu'elle allât, elle emportait à côté de sa voiture des aliments pour les pauvres, des cierges pour les oratoires. Lorsqu'elle lisait ou dormait dans sa voiture, sa fidèle compagne, Richburga, ne devait laisser passer aucun pauvre sans le saluer et lui donner une aumône, et si elle y manquait, ce qui d'ordinaire réveillait Mathilde, tant son oreille était Une et attentive aux prières des pauvres,
MATHILDE (Ste)
il fallait que la voiture s'arrêtât et qu'on rappelât le pauvre qu'on avait dépassé.
Quelque part qu'elle se fixât en hiver, elle avait soin que chaque maison fût pourvue de bois ; elle faisait allumer un grand feu en plein air, afin que les passants pusseut s'y chaufTer et qu'il servît en même temps à diminuer l'obscurité des longues nuits de la saison. C'était surtout le samedi, parce que c'était la veille du jour du Seigneur et le jour où elle avait perdu son époux, que sa libéralité s'exerçait le plus largement ; elle faisait préparer des bains pour les pauvres, vaquait souvent elle-même à leur service, et leur apportait les fruits et les meilleurs morceaux de la table royale.
Le trentième jour et l'anniversaire de la mort de son époux étaient également consacrés à des œuvres de piété.
Les jours de fête elle lisait ou se faisait lire des livres pieux; les autres jours de la semaine elle travaillait de ses mains, et, si quelque bonne œuvre l'avait empêchée de remplir sa tâche ordinaire, elle avait soin de se mettre à l'ouvrage avant le repas, en se tenant debout devant la table, pour ne pas manger son pain, disait-elle, sans l'avoir gagné. Convaincue que les couvents rendaient d'immenses services au pays, qu'ils y entretenaient les traditions de justice , de foi , de vertu et de science qui font la prospérité d'un État, elle s'intéressait vivement à leur prospérité et en fonda elle-même plusieurs à Quedlinbourg , Nordhausen , Pôlde et Enger. Quedlinbourg (1) fut sa plus importante création, après qu'elle y eut transféré les religieuses du couvent de Winithohusen , fondé par Liutberge, fille deHessi, prince d'Ostphalie (qui s'était soumis à Charlemagne en 775, avait embrassé la foi
(t) foy. QlEDLIMiOUu .
chrétienne et était mort en 804) (1).
Mathilde reçut dans ce monde une partie de la récompense qu'avaient méritée toutes ses bonnes œuvres.
Elle eut d'abord, il est vrai, la douleur de voir descendre dans la tombe son plus jeune fils, Bruno, l'excellent archevêque de Cologne (2), mort en 965 ; mais elle trouva une riche compensation dans le profond respect et la vive tendresse que lui portèrent Othon et sa seconde femme, Ste Adélaïde (3), dans les caresses d'une nombreuse et florissante postérité de petits-enfants, dans la gloire d'Othon et dans son élévation à l'empire d'Allemagne. Ce fut dans le couvent de Nordhausen que Mathilde et Othon se virent pour la dernière fois. Après lui avoir chaudement recommandé cette sainte maison, où étaient nés son fils Henri et sa fille Gerberge, et qu'elle avait fondée afin qu'on y priât sans cesse pour l'âme de son époux et de son fils, pour la stabilité de l'empire et le salut de tous les siens, elle assista avec lui à la sainte messe et l'accompagna jusque dans la cour, où il monta à cheval en fondant en larmes. Au moment où il allait partir, les gens de sa suite, sortant de l'église, vinrent lui annoncer que sa mère était rentrée dans le sanctuaire qu'il venait de quitter, y avait baisé les traces de ses pieds et la place où il s'était agenouillé pendant la messe. Aussitôt Othon descend de cheval, pénètre dans l'église, y trouve sa mère toujours en larmes à la même place et s'y agenouille à ses cotés. A cette vue sa sainte mère, recueillant son courage et se jetant dans les bras de Dieu , relève sou fils et le congédie. Mathilde alla ensuite visiter encore une fois tous les couvents qu'elle avait fondés. Pressentaut sa mort pro-
(1) Voir Pertz, ScripL, IV (VI), 158, etc.
(2) Foy. Bruno.
(S) foir Pertz, Script. IV (YI), p. C33~flW, t\ Bollaod., 9 févr.