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MEISSEN - MELANCHTHON

m élanchthox (Philippb), dont le

vrai nom de famille est Schwarzerd (1), que Reuchlin, suivant la mode du temps, changea en un nom grec (2), naquit à Brelten, petite ville du bas Palatinat, le 16 février 1497. Son père, George Schwarzerd, de Heidelberg, était un habile armurier, fort à son aise, bon chrétien, qui mourut malheureusement dès 1507. Sa mère, Barbara Reutter, de Bretten, était une femme pieuse et active, qui éprouva une profonde douleur de l'apostasie et du mariage de son fils Philippe, et qui laissa entrer au couvent sa fille Dorothée, qu elle avait eue d'u second mariage. L'anecdote qui prétend que Mélauchthon mourant conseilla à sa mère de garder sa foi ancienne est fausse, vu que sa mère mourut avant

lui et loin de lui. Ce qui est vrai , c'est que, étant venu en 1529 de Spire visiter sa mère, elle lui demanda ce qu'elle devait croire au milieu de toutes les discussions des savants qui retentissaient à ses oreilles, que Mélanchthon lui fit réciter ses prières , et l'assura que, si elle continuait à prier et à croire de cette manière, elle serait infailliblement sauvée. La jeunesse de Mélanchthon fut heureuse. Vers la fin de 1507 il alla avec son plus jeune frère, George, fréquenter l'école latine de Pforzheim, où il demeura chez une de ses parentes (Elisabeth, soeur de Reuchlin).

Doué des plus heureuses dispositions, le jeune étudiant s'appliqua avec assiduité à l'étude des classiques, et Reuchlin, qui venait souvent le voir, le stimulait vivement dans ses travaux. Au bout de deux ans (13 octobre 1509)

(t) Terre noire.

(2) Par conséquent, abstraction faite d'antres motifs, la toron M (h» thon est inexacte, s'il n'est pas vrai que, dans ses vieux Jour* . par dépit littéraire, il le changea lui-même en Mi lanthon. Toujours e*l-il que ses contemporains et ses premiers I de ce changement.

jANCHTHON

Mélanchthon fut admis à l'université de Heidrlberg, dont l'enseignement public lut déplut, et se confina de plus en plus dans son travail solitaire. Il quitta Heidelberg,etse fit immatriculer, le 17 septembre 1512,àTubingue, où l'attira le voisinage de Rcuchlin, qui demeurait alors à Stuttgsrd. Là il s'occupa successivement, outre la littérature eu général et celle des Grecs en particulier, de jurisprudence, de mathématiques, de médecine , de philosophie et de théologie. Le 25 juin 1514 il obtint, le premier sur onze candidats, le grade de docteur. Il devint professeur privé (priratdocent) et fit un cours de littératures latine et grecque. Il publia alors la Chronique de Naukler, corrigée (1516), qu'Érasme loua hautement. Il publia en même temps un certain nombre de classiques et les Institutions de Grammaire grecque (1518), ce qui détermina l'université d'Ingolstadt à adresser à Mélanchthon un appel que, conformément à l'avis de Reuchlin, il n'accepta pas. Il refusa de même une chaire à Leipzig, et finit par se rendre à l'invitation qu'on lui fit de Wittenberg, où il arriva le 25 août 1518 pour professer les langues grecque et hébraïque. Ce fut le malheur de sa vie. Il tomba entre les mains de Luther, fut détourné de sa vocation, de ses ten-w dances naturelles, de sa foi, pour devenir le portefaix de ses alliés et de ses adversaires. Ni l'exemple d'Érasme, ni la désapprobation de Reuchlin ne purent l'empêcher de prendre part à la réforme. Il demeura toutefois fidèle à ses chers classiques; mais l'esprit de contention dogmatique qui dominait dans Wittenberg l'entraîna dans la carrière épineuse des controverses religieuses, et Luther ne reconnut que trop vite comment il fallait employer et à quoi on pouvait utiliser le jeune érudit. Frapper à coups redoublés, avec autant d'énergie que de passion, la barre in-

candescente, c'était l'affaire de Luther; raffiner et façonner la fonte péniblement préparée, celle de Mélanchthon, qui déjà à Tubingue s'était lié intimement avec OEcoIampade (1) et les réformateurs souabes Ambroise Rlaurer (2) et Matthieu Aulber.

C'est ainsi qu'au lieu de continuer à s'occuper de la restauration des lettres et des sciences, dont l'idée avait plané devant lui, il fut mêlé aux luttes théologiques de l'époque, à ses interminables disputes, et fut entraîné dans une carrière qui ne lui laissa plus ni joie ni rppos. Il assista en spectateur muet à la dispute de Leipzig (1519); mais, à l'occasion d'une lettre écrite sur celte conférence, il entra en collision avec le docteur Eck (3) et écrivit sa Defensio adversus Eccianam inculpa tionem^ que son parti, dans Wittenberg, récompensa en le nommant, contre son gré, bachelier en théologie, le 19 septembre 1519, titre auquel il fut agrégé à la faculté de théologie, avec cent florins d'honoraires ; mais on ne put jamais le décider à prendre le titre de docteur en théologie. Il s'occupa alors d'exégèse biblique, et publia, en 1520, ses Éléments de Dialectique.

Après de longues hésitations , de nombreux pourparlers, Mélanchthon épousa, le 26 novembre 1520, Catherine , fille de Jérôme Krapp , alors bourgmestre de Wittenberg, avec laquelle il vécut en paix pendant trentesept ans et dont il eut quatre enfants.

Au mois d'août de la même année (1520), il avait paru à Rome, sous le nom d'un certain Thomas Rhadinus, un écrit qui fut bientôt aussi connu à Leipzig et passa pour l'œuvre de Jérôme Emser (4). Cet écrit était adressé à tous

(1) Foy. OKcolampade.

(2) Foy. Blaurer.

(S) Foy. Eck.

(4) Foy. Emser.

MÉLANCHTHON

les princes et à tous les États de l'empire, et représentait la réforme comme une déplorable et fatale entreprise. Mélanchthon le réfuta dans un libelle intitulé : Didymi Fa vent il ad versus Rhadimim pro Luthero / ratio (Wittenb., mars 1521). La même année il fut chargé de remplacer, dans la chaire de Wittenberg, Luther, qui s'était rendu à la diète de Worms, et dont il prit la défense dans un pamphlet dirigé contre le jugement de la Sorbonne de Paris (1521), de même qu'il fit l'apologie des innovations introduites par les moines augustins de Wittenberg, lesquels avaient aboli les messes privées et dispensaient la Communion sous les deux espèces. Mélanchthon ne comprit pas que le mouvement des anabaptistes de Zwickau n'était qu'un produit naturel de la réforme; il les considérait trèssérieusement, en s'étonnant de la folie de ces sectaires. Cependant l'ouragan soulevé par ces impitoyables logiciens grandissait, et Mélauchthon n'était pas de force à en supporter l'effort. Il fallut que Luther apparût subitement du haut de la Wartbourg et fit entendre le tonnerre de sa voix dans Wittenberg.

Vers la fin de cette année Mélanchthon fit paraître ses Loci communes rerum tfteologicarum, seu hypothèses théologien , dout l'ordonnance extérieure était conforme à celle du livre de Pierre Lombard. La seconde édition parut en 1535, la troisième en 1545, et Mélanchthon y ajouta, en 1548, un supplément dans lequel, au sujet de la liberté, il admit formellement la définition d'Érasme, tandis qu'antérieurement il s'était, même sous ce rapport, entièrement conformé à l'opinion de Luther.

En 1 ô 2 3 parurent ses Ann otation es in obscuriora aliquot capita Geneseos et des Commentaires sur plusieurs écrits du Nouveau Testament. Cependant il se sentait constamment attiré

vers la philologie; il avait le sentiment obscur de sa faiblesse théologique.

C'est en 1524 qu'eut lieu la visite que Mélanchthon fit à Bretten et sa correspondance avec Érasme ; mais l'amertume que Luther mit dans son livre de Serrv Arbitrio , contre Érasme, renversa, au grand chagrin de Mélanchthon, tout ce qu'il avait entrepris pour concilier les esprits. A son retour à Wittenberg il rencontra le landgrave Philippe de liesse, à la demande duquel il publia son écrit : Résumé des Nouvelles Doctrines chrétiennes, offert à S. A. S. le landgrave Philippe de Hesse.

Deux événements qui éclatèrent en 1524 et 1525 mirent le comble aux troubles qui agitaient Mélanchthon : ce furent la nouvelle doctrine de Caristadt ( 1 ) et la guerre des Paysans (2). Mélanchthon ne se mêla point de la discussion avec Carlstadt, et, quant à la guerre des Paysans, il s'eu expliqua très-durement: « Il faudrait qu'un peuple aussi sauvage et aussi indiscipliné que les Allemands eût moins de liberté qu'on ne lui en donne (3). » Le mariage de Luther affligea beaucoup aussi Mélanchthon, qui, à cette époque, était occupé à organiser les écoles à Eisleben, à Magdebourg et à Nurcnberg. En 1527 il fut chargé de visiter les églises et les écoles de Saxe ; il publia à cette occasion un écrit qui contenait les principes d'une nouvelle organisation de l'Eglise, de l'enseignement et des écoles, et une instruction des visiteurs aux curés. Agricola (4) l'attaqua vivement , lui reprochant d'avoir positivement rétrogradé vers le papisme.

Mélanchthon, revenu le 0 août de sa tournée, se retira à léna, où la peste

(1) Foy. CARLSTAftT.

(2) Foy. Guerre des Paysans.

(S) Dans sou écrit de 1525 contre les articles concernant les paysans (Patcenc/utfft).

(4) Foy. Aciucola.

MÉLANCIÏTHON

qui avnit éclaté à Wîttenberg avait fait I transférer l'université. En 1529 nous rencontrons Mélanchthon à la première diète de Spire, où il avait dû accompagner rélecteur. Il fut extrêmement mécontent de l'entêtement de son parti, entêtement auquel il attribua les résolutions prises par les Catholiques.

Dans l'intervalle avait éclaté la controverse de la Cène avec les Zwingliens, dont Mélanchthon se tenait le plus possible éloigné, n'ayant aucune sympathie pour eux , mais voulant prudemment, comme le landgrave, qu'on les éparguât, et conseillant au parti luthérien de ne pas les condamner formellement. Cependant il dissuada les Luthériens de contracter aucune alliance avec les villes réformées de Suisse, avec Ulm et Strasbourg, parce que le landgrave irrité pourrait en venir aux armes, ce qui provoquerait la guerre entre lui et l'électeur (l).

Les négociations qu'on poursuivit d'ailleurs avec les Suisses, par exemple à Schwabach, échouèrent.

En 1530 nous rencontrons Mélanchthon à la diète d'Augsbourg (2), où il acheva la rédaction du symbole de foi commencé à Cobourg, symbole qu'il ne cessa de modifier jusqu'au moment où il le remit, avec de grandes précautions, aux états de la diète. Le projet qu'avait le landgrave de s'unir aux Suisses renouvela les inquiétudes de Mélanchthon. On lut publiquement le symbole de Mélanchthon à la diète, le 25 juin, et à la suite de cette lecture il y eut un silence de six semaines qui fut plein d'angoisses pour lui, et durant lequel les théologiens catholiques achevèrent leur réponse (confutatio). Mélanchthon comptait toujours qu'on en viendrait à une transaction , et dans cet espoir il profitait des entretiens se-

(1) Voy. BUrbouhc

M Voy. Acc&BouRC (diète d').

crets qu'il avait avec le cardinal Compeggio, auquel il adressa en outre une lettre pleiue de soumission. Mais le cardinal reconnut le jeu déloyal d'un homme qui savait assez bien étoufTcr la voix de sa conscience pour l'assurer que les nouvelles doctrines étaient entièrement d'accord avec celles de l'Église romaine. Matter, l'habile biographe de Mélanchthon, ne peut et ne veut pas luimême complètement justifier cette coq* . duite équivoque.

La réfutation des théologiens catholiques achevée XI), elle fut lue en séance publique et remise aux Luthériens, sous des conditions que ces derniers rejetèrent. Mélanchthon, persistant dans ses propositions conciliantes, engagea son parti à n'insister que sur trois points, la Communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres et des religieuses, utramque speciem, conjugium sacerdotum et religioêarum personarum, et la messe évangélique. Mais son parti maintint le symbole qu'il avait présenté, et les négociations continuèrent dans des comités auxquels Mélanchthon et Eck assistaient, et dans lesquels le premier se montra plus décidé qu'il ne l'avait paru jusqu'alors. Il en résulta que son parti ne fit plus attention qu'à sa condescendance, s'irrita de sa faiblesse et de sa lâcheté, tandis que ses adversaires ne purent concilier sa conduite dans les comités avec les propositions conciliantes qu'il avait mises en avant, et le considérèrent comme un négociateur astucieux et perfide. Le landgrave quitta la diète mécontent en écrivant à ceux de son parti : « Mettez donc une bonne fois la main sur les dés de ce prétendu sagey si raison?ia- Me, si astucieux ;jen'en peux pas dire davantage. » Le député de Nurenbcrg, de son côté, écrivit le 13 septembre aux

(1) Voy. Adcsdoorc (diète d*) et Aucsbocbg (confession d>

siens: «Philippe est devenu plus puéril qu'un enfant. » Du 12 au 20 septembre Mélanchthon rédigea l'apologie de la confession d'Augsbourg, qu'il jeta de côté dès qu'il se fut procuré une copie de la réfutation , se remettant à élaborer son Apologie du mois de novembre 1530 au mois d'avril 1531, apologie dont, en octobre 1531, Juste Jonas publia une traduction allemande. Les protestants considèrent cette apologie comme le plus solide et le plus savant de tous leurs écrits symboliques.

Mélanchthon, revenu à Wittenberg, publia la Confession d'Augsbourg, ses Commentera in aliquot politicos Hbros Aristotelis et sa Drevis discendœ theologiz ratio.

De 1531 à 1534 il put se reposer et se livrer à sa vocation purement littéraire, en publiant :

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