‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 199 sur 224 · I1TH0N · texte numérisé non relu

I1TH0N

senteraent, malgré la chaleureuse intervention de Luther. L'électeur reconnut aussi qu'on ne pouvait faire fond sur les sympathies religieuses du roi d'Angleterre, Henri VIII, et il refusa à Mélanchthon la permission de partir pour l'Angleterre.

En 1536 Mélanchthon entra en négociations avec Bucer (1), plus glissant qu'une anguille, sur la doctrine de la Cène ; après la réunion des théologiens à Wittenberg on vint à bout de s'entendre, et l'on souscrivit, le 29 mai, la formule de concorde rédigée par Mélanchthon. Il conseilla aussi de consentir au projet qu'avait annoncé le Pape Paul III de réunir un concile à Mantoue au mois de mai 1537; mais ici encore l'électeur fut d'un avis contraire.

Du mois d'août au mois de novembre 1536 Mt lanchthon réalisa un voyage dont le but principal était Tubingue. A la fin de 1537 il se rendit, avec Luther et Bugcnhagen (2), au conventicule de Smalkalde, où ses opinions modérées le laissèrent dans un complet isolement.

Il abandonna toutefois ses plus intimes convictions et approuva le refus qu'on fit de se rendre au couciie. Pour justifier ce rejet il rédigea un écrit qu'on connatt sous le nom d'Articles de Smalkalde, et qui jouit d'une autorité symbolique parmi les protestants.

Entraîné par Conrad Corda tus dans la controverse sur la nécessité des bonnes œuvres, Mélanchthon se rapprocha sous ce rapport de la doctrine de Luther, uniquement par la crainte que lui inspirait ce dernier. Malgré cette condescendance l'abîme se creusait de plus eu plus entre lui et Luther, qui jugea sévèrement sou collègue dans sa discussion avec le prédicateur de la cour Jacques Schenk. A cette cause de dis-

(1) Voy. Bcctn.

(2) Voy. BCCENHACEM.

MÉLANCHTHON

sentiment s'ajoutèrent, en 1538, les épigrammes de Lemuius, que Mélanchtbon favorisait, ce qui le fit soupçonner, probablement à tort, d'avoir pris part aux satires dirigées contre Luther.

Une lettre que le cardinal Sadolet lui adressa, et dans laquelle il le louait des services qu'il avait rendus aux études classiques, souleva aussi les zélateurs luthériens contre lui : ce qui finit par le dégoûter de son séjour à Wittenberg.

Les deux années suivantes (1530 et 1540) furent employées à des voyages d'affaires, et notamment à la visite des églises, qui lui inspira les plus tristes réflexions. Le 18 février 1540 il se rendit à un nouveau conventicule des protestants à Smalkalde ; il y rédigea une consultation sur la question de savoir « si les princes évangéliques pouvaient conclure une paix purement politique avec les évéques, et jusqu'à quel point on pouvait leur céder dans les controverses religieuses, » consultation que souscrivirent tous les théologiens présents. Il y rédigea aussi une formule de condamnation de Terreur de Gaspard Schwenkfeld, visionnaire fanatique et malheureux que Mélanchthon, malgré sa douceur ordinaire, poursuivit de sa haine et de ses injures. Mélanchthon se rendant à Haguenau, en Alsace, où devait se tenir une conférence religieuse, tomba dangereusementmalade en route.

Le double mariage du landgrave Philippe, auquel il avait prêté les mains et dont il avait même été un des témoins, le 3 mars 1540, à Rothenbourg, le tourmentait beaucoup, surtout depuis que, contre son attente, la chose avait été ébruitée et que le landgrave avait commis la sottise de faire rédiger et publier par Bucer (1), sous le voile de l'anonyme, une apologie de la bigamie (2).

Au mois d'octobre Mélanchthon se

(1) Foy. Bucer.

(2) Dialogue d'Huldrich Néobuluê,

rendit, avec Gaspard Cruciger (1), à Worms, pour assister à la conférence religieuse convenue. Le colloque entre Eck et Mélanchthon y dura depuis le 14 jusqu'au 17 janvier 1541 et n'aboutit à rien. Un rescrit impérial prorogea le colloque à la prochaine diète de Ratisbonne. Plank prétend que Mélanchthon montra une opiniâtreté contraire à toute réconciliation, qu'il démentit sa douceur habituelle et son caractère ordinairement pacifique , qu'il fit preuve de la plus vive susceptibilité et d'une irritation extrême. Ses amis n'ont jamais pu nier la faute qu'il commit en écrivant contre la suprématie du Pape une protestation pleine d'aigreur. Il était maladif et naturellement irritable, et il est évident qu'il voulut cette fois reconquérir son crédit auprès des Luthériens en affectant de la fermeté.

Le 14 mars 1541 il partit avec Cruciger pour la diète de Ratisbonne, dont il fut un des six orateurs. Il eut de nouveau le malheur de paraître trop condescendant à l'électeur, trop opiniâtre à 1 empereur. Les théologiens protestants rejetèrent l'Intérim (2) et firent remettre à l'empereur une explication à la suite de laquelle parut, le 29 juillet, le recez de la diète.

Lorsqu'il fut question d'élire Févéque de Naumbourg Mélanchthon conseilla de maintenir le chapitre et de déposer Jules Pflug (3); mais il revendiqua, dans sa consultation du 9 novembre, en faveur de l'électeur, le droit d'élire un évêque, de concert avec la noblesse et les états, et se prononça , à plusieurs reprises, indirectement contre l'élection d'Amsdorf (4), qui, toutefois, fut nommé par l'électeur et ordonné par Luther, en présence de Mélanchthon.

(1) Foys CnuciCER.

(2) Foy. Intérim.

(») Foy. Pflic [Jules).

W Foy. ÀMSDORF.

MELANCHTHON

À ln suite de ces négociation Mélanchthon prit part n la réforme de Cologne (1). A cette occasion il rédigea sa Responsioad scriptum quorundam deiectorum a clero secundario Coloniensi (diatribe contre la superstition de l'Eglise romaine , le monachisme et le célibat).

Cependant sa position à l'égard de Luther était devenue de plus en plus difficile. Luther avait toujours été fort irritable; il supportait avec peine les hésitations et les tergiversations de Mélanchthon, surtout depuis que ce dernier ne cachait pas qu'il interprétait la formule de concorde dans le sens de Bucer. En outre Luther avait été fort mécontent, ainsi que l'électeur, de la Téforme de Cologne, due aux travaux de Mélanchthon et de Bucer. Cependant il ne rompit pas publiquement avec son collègue, pour ne pas donner ce sujet de triomphe à ses adversaires; seulement, dans son mécontentement, Luther abandonna Wittenberg, résolu à ne plus y revenir. Mélanchthon courut après lui pour l'engager à retourner sur ses pas, mais Luther ne revint que le 17 août. Au moment de la diète de Worms, en 1545, Mélanchthon reçut de l'électeur l'ordre de rédiger un écrit, qui reçut le nom de Réforme de Wittenberg, qui fut signé par Luther, Bugenhagen, Crueiger, Major et Mélauchthon, et dont la rédaction était fort adoucie parce que, et on l'avouait, l'empereur était dans une meilleure situation politique; mais l'écrit ne fut pas soumis à la diète. L'empereur ne le demanda pas; les protestants n'insistèrent pas pour qu'on le remît, parce qu'ils n'étaient pas d'accord entre eux sur quelques-uns des points concédés (les éveques, l'excommunication). L'empereur assigna une nouvelle diète à llatisbonne, le 6 juin 1546, diète qui devait

(1) Foy. Hehmaiw de Wied.

être précédée d'une conférence religieuse. Il demanda aussi qu'on envoyât des députés au concile de Trente. Mélanchthon rédigea contre ce point son écrit intitulé : Motif pour lequel les États de la confession d'Jugsbourg ne veulent pas se rendre au concile de Trente (et cela après en avoir, pendant vingt ans, appelé sans relâche à un concile et avoir incessamment réclamé sa convocation). Le 22 février 1546 Mélanchthon fit le panégyrique de Luther, que ses adversaires prétendirent n'être qu'un acte d'hypocrisie; il fit également la préface du second volume des œuvres de Luther. Cette préface est une bonne biographie du réformateur. Mélanchthon ne s'était pas rendu à la conférence religieuse de Ratisbonne, ce qui avait empêché Luther lui-même de s'y trouver. A la suite des troubles de la guerre l'université de Wittenberg avait été dissoute après la diète de Ratisbonne, et Mélanchthon vivait avec sa famille à Zerbst. L'électeur ayant été défait 5 la bataille de Muhlberg, le 24 avril 1547, Mélanchthon se transporta à Magdebourg, où il trouva la famille de Luther dans une très-triste position de fortune, et il vint de son mieux à son secours. Enfin, après nvoir successivement séjourné à Nordhausen. a Leipzig, il retourna avec ses collègues, Cruciger, Bugenhagen et Paul Ebcr(l), à Wittenberg, rejetant toutes les invitations qui lui avaient été faites, les appels qui lui arrivèrent du Danemark, de Francfort sur l'Oder et de Kônigsberg. Il se trouvait alors, par la force des choses et par son talent, à la tête de l'université. Ses incertitudes sur l'Intérim le jetèrent dans de nouvelles discussions, et l'unique excuse qu'il donna de ses perpétuelles tergiversations fut qu'il n'avait réellement fait attention a l'Intérim que plus tard. Le

(1) Foy, ËBER.

MÉLANCHTHON

28 avril il écrivit au ministre de Carlowitt uue lettre que ses amis interprétèrent fort mal, et que Salis lui même lui impute comme une grande tache.

L'électeur Maurice de Saxe, sans s'engager vis-à-vis de l 'empereur au sujet de l'Intérim, se fit soumettre l'avis de ses théologiens, qui se réunirent à cet effet à Meissen et à Pegau. Dans ce dernier conventicule les théologiens se montrèrent pleins de condescendance, conformément à la volonté de l'électeur ; Mélanchthou seul résista et quitta rassemblée. Il ne fut pas plus heureux à la diète de Torgau (18 octobre 1548), d'où il partit également mécontent, deux jours après l'ouverture. Le 16 novembre les théologiens protestants se rassemblèrent encore une fois à Celle et y rédigèrent uue nomenclature des questions moyennes ou adiaphoristiques (1) sur lesquelles on pouvait s'entendre, ce qu'où appela le Recez ou Y Intérim de Celle, Mélanchthon en fit la préface. Au conventicule de Grimma on passa en revue les rituels protestants, et l'on décida, le 4 juillet 1 549, les changements que devait subir le culte. Mais de tous les côtés les théologiens jetèrent les hauts cris contre Mélanchthou, qu'on accusa d'être un idolâtre, un papiste, etc. A. Flacius(2) et Amsdorf (3) se signalèrent parmi ces détracteurs acharnés. Mélanchthon fut obligé aussi de prendre part à la discussion d'/Epiu sur la descente aux enfers; il approuva la mesure que prit le sénat de mettre d'autorité un terme à cette controverse. Mais une discussion plus grave fut celle que souleva André Osiander (4), professeur de Kônigsberg, au sujet de la justification (1549). Mélanchthon, qui chercha de toutes façons à esquiver la lutte, se vit finalement contraint de publier sa Réponse au fait) yoy. ADIAPMORISTES.

(2) Foy. Flacios.

(S) F oy. AMSDOKF.

(*) y oy. Osiander.

rre de M. André Osiander sur la Justification de l'homme. Il fut chargé de rédiger pour le concile de Trente la Confession saxonne (1651). L'électeur l'invita à se rendre à Nurenberg, d'où il devait, disait-il, partir pour Trente; mais ce n'était là qu'un jeu joué par l'électeur, qui ne pensait pas sérieusement au concile (janvier 1552). Mélanchthon passa presque toute l'année l552à Torgau, où l'on avait transféré l'université de "Wittenberg à cause de la peste. Il y fut attaqué par François Stankar, qui, professant une erreur diamétralement opposée à celle d'Osiander, enseignait que le Christ n'est notre justification que quant à sa nature humaine. Mélanchthon se vit aussi obligé de défendre la doctrine de la justification luthérienne contre Matthias Lauterwald, en même temps qu'il était inquiété par la discussion d'Arosdorf avec Major (t), discussion dont il avait été le promoteur. Ce n'était pas assez ; tout à coup s'élevèrent les discussions des sacramentaires (2) Lasko (3) et Hardenberg (4). Mélanchthon était depuis longtemps intérieurement d'accord avec Calvin sur la doctrine de l'Eucharistie; mais des motifs de prudence lui faisaient soutenir extérieurement les termes et la doctrine de la confession d'Augsbourg. Le 21 janvier 1557 il ouvrit dans sa maison les négociations avec ses adversaires Flacius, Curtius, Môrlin et Henning. Ils lui soumirent huit articles, à la lecture desquels il rompit brusquement la conférence. En 1558, malgré toute sa répugnance ( les étoiles lui avaient prédit qu'il ferait naufrage!), il devait accompagner l'électeur en Danemark pour y assister à un synode relatif à la discussion sur la Cène ; mais le départ n'eut pas lieu. En revanche il

(1) yoy. Major.

(J) yoy. Sacramertawe*.

(5) yoy. Lasko.

(ft) f'oy Hardenrkrc

MÊLÀNCIÎTHON

reçut l'ordre de se rendre à la conférence de Worms, où, comme toujours, on n'obtint aucun résultat. Les protestants continuèrent à protester et se retin rent, se haïssant plus que jamais les uns les autres. Au commencement de 1559 les ducs de Saxe publièrent un livre de réfutation (1) dont Flacius avait pris l'initiative, que ses amis avaient rédigé, et dans lequel la doctrine de Mélanchthon était formellement condamnée. Mélanchthon répondit par un Mémoire, et Flacius ne put maintenir une assertion qu'il avait avancée en discutant avec Strigel, et suivant laquelle le péché originel est la substance même de la nature humaine (quoique au fond ce fût la conséquence rigoureuse de la théorie luthérienne). Mélanchthon s'éleva vivement contre les articles de l'inquisition, publiés par le duc de Bavière, dans ses Responsiones ad impios articulos Bavariex inquisitionis, 1559. Il voulut une bonne fois se prononcer hardiment contre ses adversaires et l'église catholique; mais il était trop tard. Cette réponse était un acte public d'émancipation du calvinisme s'affranchissent (il le prétendait du moins) de l'Église luthérienne. Mélanchthon avait aussi répudié la doctrine de l'ubiquité, de Luther, à quoi le synode de Stuttgard, présidé par Brenz (2) , lui opposa une formule dont il était l'auteur.

Vers la fin de mars 1560 Mélanchthon s'était rendu à Leipzig pour examiner les candidats. Il en revint malade et mourut à Wittenberg, le 19 avril 1560, à l'heure où , soixante-trois ans auparavant, il était venu au monde. Il est enseveli dans l'église du château, à côté de Luther. Vit Winsheim prononça son oraison funèbre.

Mélanchthon avait toujours été faible et malingre , mais sobre et labo-

(1) Poy. Corps de doctrine.

(2) f'oy. Brenz.

ENCYCL. TI1ÉOL. CATTI. - T. XIV.

rieux. Sa femme était morte avant lui (1547), ainsi que deux de ses quatre enfants. Il eut peu de biographes, eu égard au rôle important qu'il joua pendant sa vie ou qu'on lui attribua plus tard, ce qui toutefois ne doit pas étonner quand on examine sa vie de plus près ; car la réforme déprécia pour le moins autant qu'elle prôna cet hérésiarque. Klevé dans un temps qu'enivrait l'amour des études classiques, il fut détourné de la foi, arraché violemment à sa vocation et à ses goûts littéraires, pour occuper une position qu'il ne sut pas nettement défendre. Ce qu'on ne peut méconnaître en lui, ce sont ses habitudes littéraires, l'élégance de son style, son application, sa prévoyance et sa circonspection dans les affaires. La peur, la lâcheté ou l'absence de conviction théologique lui inspira trop souvent un langage faux ou équivoque. Flacius était certainement meilleur théologien que lui, et Luther ne se gênait pas de le dire lorsqu'il nommait Mélanchthon un exécrable docteur et un excellent philosophe. Il prouva cette faiblesse de caractère non moins par son aveugle dévouement à la cour de l'électeur, à laquelle il sacrifiait habituellement ses convictions, comme il le fit à propos des anabaptistes, que par sa soumission à l'égard de Luther, dont il appela lui-même la domination le plus dur des esclavages.

Rien n'est mieux constaté que l'instabilité de ses opinions, et rien n'est plus évident que la dissimulation dont il couvrit sa prédilection pour le calvinisme.

Il s'abaissa souvent jusqu'au mensonge et aux plus basses adulations, par exemple dans sa lettre au cardinal Campeggio. Tant qu'il espéra hériter de la précieuse bibliothèque de Reuchlin il s'épuisa eu marques de gratitude à l'égard de ce parent; lorsqu'il se vit déçu dans son espoir il déprécia sans mesure l'héritage manqué. Il soutint, contre sa pro*

si

MÉLANCHTHON

pre conviction, devant l'empereur, que la dociriue luthérienne de la justification était celle même de S. Augustin, et fit devant la diète d'Augsbourg des concessions telles qu'on ne sait s'il voulait abuser les Catholiques ou s'il avait réellement renoncé aux doctrines protestantes. Quelque sourd qu'il fût aux arguments des Catholiques, il ne put nier la triste situation de son parti, l'immoralité et la corruption qu'engendrait la nouvelle doctrine, et qu'il déplorait hautement et avec amertume.

Les admirateurs de Mélanchthou exaltent la douceur de son caractère ; ils le dépeignent comme un homme plein de mansuétude, exempt de passion ; mais ne fut-il pas dur envers Schwenkfeld ?

n'approuva-t-il pas l'exécution de Servet ? les injures les plus triviales ne se pressaient-elles pas sous sa plume ? n'exprima-t-il pas hautement sa joie en apprenant la mort d'un prêtre catholique, et ne proféra-t-il pas le vœu criminel d'en voir beaucoup frappés de la même manière? Jérôme Baumgartner, son ami, n'avoue-t-il pas que Mélanchthon ne pouvait supporter la contradiction ; • qu'il se laissait aller à toute espèce de

avis; il en appelait au glaive pour soutenir son Église et voulait frapper de peines corporelles les partisans du majorisme (I). Aux apologistes de Mélanchthon, qui le prônent comme un modèle d'esprit éclairé et libre de préjugés, on ne peut s'empêcher d'opposer sa superstition bien connue. 11 attribuait les penchants vicieux et la corruption des hommes aux influences des astres ; il pratiquait sérieusement l'astrologie et les superstitions qui s'y rattachent. Une de ses pensées fixes était le délire du dernier âge du monde, deliria mundi senecta. Il se plaignait constamment de son malheur, et il faut convenir que son triste gendre, Sabinus, un humaniste sans honneur, y contribuait pour sa part.

Quelque tristes que soient ces côtés du caractère de Mélanchthon, la justice veut qu'on reconnaisse que, si on l'avait abandonné au silence du cabinet au lieu d'en faire un personnage public et de le précipiter dans la mêlée des esprits, que, si on l'avait laissé à ses études classiques au lieu d'en faire forcément un théologien, il eût été un tout autre homme. Il fut jeté hors de sa sphère, jures, qui effrayaient I devint inutile aux autres et à lui-même,

le monde et diminuaient l'estime et l'autorité dont il pouvait jouir? » Ce témoignage date de 1530, et Mélanchthon ne mourut que trente ans après. Les lettres des dernières années de sa vie expriment des sentiments médiocrement apostoliques. « Dieu veuille, écrit-il en parlant d'Henri VIII, inspirer à quelques hommes de cœur la pensée de tuer ce tyran 1 » Malgré les fréquentes variations que subirent ses convictions (qu'on compare, par exemple, la première édition de ses Loci theologici (1) avec les éditions postérieures), il était d'une sévérité extrême contre ceux qui rejetaient son

et put avec raison dire :

Viximas In synodis et jam

in m is.

Ses œuvres parurent en 5 volumes, Bâle, 1541. Un de ses gendres, Peucer, de Wittenberg, en donna une autre édition en 4 vol. in-fol., 1562-64.

Cf. Joach. Camérarius, de Melanchthonis ortu, vitœ curriculo et morte, 1566 ; Adami, Vitœ philosophi Thuani kist., 1. 26; ïeissier, Éloge des Hommes savants, c. 1; Scckendorf, Hist. de Luther; Frébéri, Théâtre; Bayle; Bossuet, Histoire des Variations ; Mélanchthon et Tubingue, 1 512- 1518, pour servir à l'histoire des

(1) Foy. Major.

MKLANDER — MËLANIE

vants et de la réforme du seizième siècle, par Heyd, Tub., 1839; PhiL Mélanckthon, sa vie, ses actions, tirées des sources, par Charles Mattes, Altenbourg, 1841; Frédéric Halle, Essai sur le caractère de ÂtélancJit/ton comme théologien, Halle, 1840; la lié forme, son développement, ses efftts, par Dôllinger, t. 1, Ratisbonne, 1846, p. 349-408 ; Audio, Hist, de la vie, des doctrines et des écrits de Calvin.

Haas.

mkla.vder (Dsnis), Dominicain apostat, naquit à Ulm, entra dans l'ordre des Frères prêcheurs, le quitta furtivement, embrassa le luthéranisme, le propagea en Souabe et dans le Palatinat, et fut appelé à Francfort, où il prêcha le premier sermon luthérien dans l'église de Saint-Barthélémy, le 4 juin 1524. Les protestants ont d'excellents motifs pour ne pas beaucoup parler de ce personnage dans leurs livres d'histoire. Il remplit le rôle de réformateur à Francfort en mettant eu jeu tous les artifices de la démagogie, excommunia, pour procéder plus expéditi venient, les Catholiques en masse, et convia ses partisans à employer la force pour opérer les changements qui devaient sauver l'Église. Il ne fut que trop entendu et les autels brisés disparurent des églises. Mais Mélander n'était pas plus d'accord avec ses nouveaux collègues qu'avec l'Église catholique, car il avait embrassé les opinions de Zwingle ; avec le magistrat qu'avec ses collègues, car ses relations avec les femmes des uns et des autres le firent reuvoyer de la ville (1534).

Il se rendit en Hesse, y devint, à la cour du landgrave Philippe, un des priucipaux appuis du protestantisme swiuglien, tout en cachant, dans ses relations avec Wittenberg, sa prédilection pour le réformateur suisse, et en signant les articles de Smalkalde. Il eut

trois femmes, toutes trois vivant en même temps : il avait répudié les deux premières sans aucune forme de procès; il était par conséquent naturel qu'il fût à la tête des théologiens de la Hesse qui approuvèrent la bigamie de leur prince et souscrivirent le Mémoire de Luther et de Mélanchthon , ce qui lui valut l'honneur de célébrer le mariage de Philippe avec Marguerite de la Saal.

Il mourut en 1561.

a. Dôllinger, la Hé forme; Jocher, dans son Uxique des Savants, dit brièvement : « Denis Mélander, théologien luthérien, souscrivit en 1537 les articles de Smalkalde , écrivit des JocoserUs, dont Othon Mélander publia une édition augmentée en 1608 et 1605. »

Voyez aussi Hesse. ^

m élan if. (sAiirre), dont le nom se trouve au 31 décembre dans le Martyrologe romain, était la petite-fille d'une autre Mêlante qui, sans avoir été catjiouisée par l'Église, est néanmoins du nombre des femmes remarquables de l'antiquité chrétienne.

Cette ancienne Mélanie, issue d'une famille riche et noble, alliée de S. Félix de Noie, mena, après la mort de son mari, qu'elle perdit ù l'âge de vingttrois ans, uue vie sévère et ascétique ; elle se rendit, en 371, en Égypte, visita les moines du désert, bâtit un couvent à Jérusalem, et devint un tel objet de respect pour les Romains que la noblesse la reçut avec pompe à son retour à Rome. — Elle ne demeura pas tout à fait exempte du soupçon d'avoir montré quelque passion dans la discussion origéniste. Du reste S. Augustin, S.

Paulin de Noie et d'autres pieux auteurs en font un grand éloge. Dans tous les cas elle exerça une puissante et salutaire influence sur sa petite-fille et sur sa famille. Son fils Publicola, qu'elle confia à de bons maîtres, avait épousé une jeune Romaine nommée Albine, dont il

si.

MÉLANIE — MTXCniADES

eut un fils et la jeune Mélanie. Celle-ci lut mariée à Pinian. Les deux époux, ayant perdu de bonne heure leurs enfants, résolurent de vivre dans la continence. Mélanie se dépouilla de la plus grande partie de ses biens en faveur des pauvres, donna la liberté à tous ceux de ses esclaves qui voulurent en profiter (on parle de huit mille esclaves), et vécut dans la pauvreté volontaire, soit en Italie, sous la direction de S. Paulin de Noie, soit à Tagaste auprès d'Alypius, soit enfin à Jérusalem, où elle se rendit en 417.

Après la mort de son époux elle se mit à la téte d'un couvent qu elle avait fondé dans Jérusalem, et y mourut le 81 décembre 439.

Voir Butler, Mélanie (Ste).

MELCHIADES, plus souvent nommé Miltiades ou Melciades, né en Afrique, succéda à Eusèbe sur le Saint-Siège et y demeura depuis 310 jusqu'à la fin de 313 ; les données sur le temps et la durée de son pontificat ne sont pas tout à fait d'accord.

Il était encore prêtre lorsqu'il se détermina à s'opposer publiquement à Maxence dans l'intérêt de l'Église et pour défendre ses droits. Il continua à lutter vivement contre l'influence du paganisme et le zèle hypocrite des Donatistes, lorsque l'avènement de Constantin le Grand mit les Chrétiens dans une situation plus favorable. Nous avons montré à l'article Donâtistes comment Melchiades intervint dans cette controverse. Les Donâtistes, en retour du zèle qu'il déploya pour les ramener à l'unité de l'Église, l'accusèrent sans fondement d'être un traditor, tandis que S. Augustin (1) le nomme vir optimus, filitis Christianx parts et pater Christianx plebis. Les Manichéens, qui cherchaient aussi alors à faire une secrète propagande à Rome, trouvèrent en lui un pasteur vigilant et ferme.

(t) EpUt. 162.

Constantin le Grand, voulant que le chef de l'Église fût logé d'une manière conforme à sa dignité, fit présent à Melchiades et à ses successeurs du palais de Saint- Jean-do - La t ran et y ajouta des revenus considérables.

On connaît deux ordonnances de Melchiades. Il défendit l'abstinence et le jeûne le dimanche et le jeudi, parce que les païens considéraient ces jours comme des jours de jeûne sacré, quasi sacrum jejunium. Puis il ordonna ut oblationes consecratx per ecclesias ex consecratu episcopi diri gèrent ur, quod declaratur fermentum. Les savants ne sont pas d'accord sur le sens de cette ordonnance (1).

Platina prétend que Melchiades subit le martyre, d'après les ordres de Maximin, mais cela est inexact. D'abord ce fut l'Orient, et non l'Occident, qui fut le théâtre de la persécution qui atteignit le Pape ; puis Optât de Mi lève et Eusèbe attestent formellement que Melchiades vécut plus longtemps, et un très-ancien manuscrit de la bibliothèque du Vatican le nomme simplement confesseur; enfin Damas eût certainement fait mention de son martyre.

S'il est néanmoins nommé martyr, il faut entendre ce terme dans le sens le plus large, c'est-à-dire qu'il obtint, avec tant d'autres de ses prédécesseurs, la gloire du martyre, par des souffrances, des tortures, des peines de tous genres auxquelles il fut exposé en défendant la cause de la foi. S. Bernard écrivit une biographie de ce Pape; elle n'existe que dans un manuscrit qui se trouve à Cambridge, en Angleterre, dans la bibliothèque du collège de Saint- Benoît.

Son corps fut enseveli dans le cimetière de Saint-Calixte, in via Appia^ et porté plus tard par le Pape Paul Ier dans l'église de Saint-Sylvestre, in Capite.

(1) a. l'art. EOLOCIM.

Cf. Artaud de Monter, Histoire des Papes de Rome ; Eugène de la Gournerie, Rome chrétienne; Historia Pla~ tinxy de Vit. Pont. Rom.; Baron., Annales eccles. ; Anastas. Bibliothec., Hist. de Fit. Pontif.

Fbitz.

MELCHISÉDECH (piV"^P; LXX, IfeXXioi*»x; Vulg., Melchisédech) paraît dans la Genèse comme roi de Salem (1) et prêtre du Très-Haut an temps d'Abraham (2). Au moment où Abraham revient de la victoire qu'il a remportée sur Chodorlaomor et les rois ses alliés, Melchisédech se présente à lui, lui offre du pain et du vin, le bénit, et Abraham lui donne la dlme de son butin (S).

L'apparition inattendue d'un roi de Canaan qui adorait le vrai Dieu comme Abraham , et était même prêtre de ce Dieu, a, de tout temps, excité l'étonnement ; car il résulte clairement, de la manière dont parle l'Écriture, que le Dieu de Melchisédech

était bien le Dieu d'Abraham, Sa Yffl D?çtf n:p (4). Le peu de paroles auxquelles la Genèse se restreint, lorsqu'elle fait mention de ce merveilleux personnage, en font une énigme et ne répondent à aucune des questions qu'on 6erait tenté de soulever. La Genèse ne donnant aucun ancêtre, aucune origine, ni le commencement, ni la fin de Melchisédech, il paraît, dans le peu qu'elle en dit, comme i^i™?,

tywatfYiiTcc, ^ti ôpxTiv r.jiipwv, |trtT» Çwijç

rtXo; fxMv, et, en ce sens, il ressemble au Fils de Dieu, £ffi»[Mu*pivoç tû tîû toû 6*cù (5). Aussi a-t-il été de bonne heure considéré comme le type du sacerdoce et de la royauté messianiques. Le Psaume

(1 ) Pi. 70, S. Joa . , Antiq.% 1, 10, 2, ad v. Je-

riuulem.

(2) Genèse, lft, 18.

(S) Jôief., 1*. 18-20. Uibr.% 7, 1 «12. (ft) V. 19 et 22.

(5) Mbr.,% J.

Page 1