ECH
109, 4, l'envisage sous ce point de vue, et S. Paul (1) en parle explicitement dans ce sens. C'est en se fondant sur cette interprétation typique que l'Apôtre démontre la prééminence du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce lévitique. Si ce sacerdoce lévitique avait pu conduire à la perfection qui doit être atteinte, un nouveau sacerdoce, selon l'ordre de Melchisédech, n'aurait pas été substitué à celui qui subsistait depuis si longtemps. La sublimité de ce sacerdoce nouveau ressort du nom même de Melchisédech, qui est le roi de la justice et le roi de la paix ; elle ressort des rapports de Melchisédech avec Abraham, qu'il bénit, dont il reçoit la dîme, comme de Lévi même, et auxquels, par conséquent, il est évidemment supérieur.
Cette apparition merveilleuse de la Genèse se rapporte évidemment au sacerdoce permanent , éternel, qui , d'après l'institution divine, accompagnée d'un serment solennel (2) , ne change plus de main, de sorte que c'est un seul et même grand -prêtre qui s'interpose entre Dieu et l'humanité, pour ramener celle-ci à sa destinée véritable. Il faut voir en détail , dans les exégètes bibliques, la manière dont ils justifient ces explications. Ce que nous venons de rappeler suffit pour démontrer l'inutilité des efforts de ceux qui ont voulu découvrir dans Melchisédech quelque personnage de l'antiquité primitive d'Israël, tel qu'Hénoch , Sem ou Cham (3). On ne peut guère s'étonner de trouver des recherches de ce genre dans les rabbins, par exemple dans le pseudo-Jonathas, dans le targum de Jérusalem , dans Jarchi , ad Gènes., 14, 18 ; mais on ne devrait pas les attendre, d'après le Psaume 119, 4, et d'après S. Paul, Hébr., 7, 1,
(1) Hébr.,1, 1 sq.
(3) Cf. Bochart, Phaleg., II, 1. Deyllng, 06êtrvat. *arr., II, 71 sq.
MÉLLTIEN (schisme)
dans dos savant* chrétiens, tels que Lightfoot (1).
Welte.
MELCHISÉDÉCIEKS. Yoy. ÂNT1TRI- IIITA1BES.
melcuites, parti orthodoxe opposé en Égypte aux monophysites et aux Coptes. Voye* Jacobites, Coptes et Monophysites.
mélétien (schisme). Tandis que l'Église chrétienne était affligée, au quatrième siècle, par le fléau de l'arianisme, l'unité ecclésiastique était déchirée par deux schismes mélétiens, dont le plus ancien eut son siège en Égypte, dont le plus nouveau eut sa patrie à Antioche.
I. La véritable origine du schisme mélétien d' Égypte est difficile à démêler à cause des différences, voire même des contradictions, que présentent les sources écrites. Le premier rang dans les quatre classes de sources auxquelles on peut recourir est occupé par les documents fondamentaux qui ont été, pour la première fois, découverts, il y a plus d'un siècle, par Scipion Mafféi , et qui ont été publiés par lui en 1738, et plus tard par Routh, dans ses Reliquix sacras (2). Ils sont tous en latin, mais ce sont visiblement des traductions du grec. Leur authenticité n'a été révoquée en doute par personne, et tout le monde a reconnu leur importance. Le plus remarquable de ces documents est une lettre que les quatre évêques égyptiens, Hésychius, Pacôme, Théodore et Philéas (probablement le rédacteur de la lettre), adressent de leur prison, pendant la persécution de Dioclétien, à Mélétius lui-même, avant que celui-ci se fût complètement séparé de l'Église.
Le second document est un court récit qu'un ancien anonyme attacha aux premières pièces, portant « que Mélé-
(1) Opp., I, 15, 212.
(2) T. 111, p. 381 sq.
tius ne voulut point admettre l'avertissement des quatre évêques ; qu'il détermina un schisme dans Alexandrie, ordonna des prêtres, etc. Le troisième document est une lettre que Pierre, archevêque d'Alexandrie, adresse à son Église pour la tenir en garde contre Mélétius.
"De ces trois principales sources résulte ce qui suit :
1 . Mélétius était évêque à Lycopolis, dans la Thébaïde. Il profita du temps où un grand nombre d'évêques égyptiens étaient emprisonnés pour leur foi et se mit à ordonner des prêtres •dans des diocèses autres que le sien, probablement dans ceux des quatre évêques nommés ci-dessus , et cela contre les lois et les principes de l'Église.
2. Il n'y avait pas nécessité, et, quand il y aurait eu urgence, Mélétius aurait dû réclamer l'assentiment des évêques captifs, et, s'ils étaient morts, celui de Pierre d'Alexandrie.
3. Aucun des trois documents ne dit où se trouvait alors l'archevêque Pierre ; mais il ressort de la seconde et de la troisième pièce qu'il n'était pas â Alexandrie et qu'il n'était pas en prison. L'historien grec Socrate (1) dit que l'archevêque s'enfuit pendant la persécution; nous faisons ressortir ce moment, parce qu'il est important pour la critique des renseignements que donnent ces sources.
4. Du reste Mélétius ne fit pas attention aux avertissements des quatre évêques emprisonnés, se rendit au contraire, comme on le voit dans la seconde pièce , à Alexandrie , après la mort de ces prélats (et durant l'absence de Pierre), s'y associa à Arius et à Isidore (tous deux laïques alors), excommunia les visiteurs épiscopaux institués par Pierre et en consacra deux autres.
5. L'archevêque Pierre écrivit dès lors (troisième pièce) de sa retraite
MELETIEN (schisme)
pour prémunir les fidèles contre toute communion avec Mélétius.
Ainsi la faute de Mélétius fut d'avoir illégalement exercé son pouvoir dans des diocèses autres que le sien, d'avoir illégalement conféré les Ordres, et cela non parce qu'il y avait urgence, mais par orgueil et par ambition. Mélétius, disent Épiphane (I) et Théodoret (2), était en effet l'évéque qui, d'après son rang, était le plus rapproché du siège d'Alexandrie ; il en était depuis longtemps jaloux et voulait profiter de l'absence du patriarche pour jouer luimême le rôle de maître et de primat en Egypte.
La seconde classe de sources se compose de quelques renseignements qu'on trouve dans S. Athanase et dans l'historien Socrate. S. Athanase, qui fut souvent en rapport avec les Mélétiens, dit :
A. Pierre destitua, dans un synode, Mélétius (Athanase écrit MOu-ncç), qui avait été convaincu de beaucoup de transgressions, mais surtout d'avoir sacrifié aux idoles. Non-seulement Mélétius n'eut pas recours à un autre synode et ne chercha pas à se défendre , mais il détermina un schisme. « Il outragea les évéques, surtout Pierre, puis Achillée, et enfin Alexandre (les deux successeurs de Pierre) (3). »
B. Athanase dit, dans son Eplst. ad episcopos Mgyplly c. 22 :
. Les Mélétiens ont été déclarés schismatiques il y a plus de cinquantecinq ans, les Ariens hérétiques il y a plus de trente-six ans. »
D'autres passages de S. Athanase et de Socrate (4) répètent à peu près la même chose.
Ainsi, ce que les documents de la seconde classe nous apprennent de plus
(1) Hares., LXVlll, I.
(2) H<eret. Fab.t IV, 7.
(3) Aihanasii Jpotogia contra Arian.% c 5». (ft) Ui*t. ecclé$.t 1, 6.
■ important, c'est que : i° Mélétius sacrifia aux dieux durant une persécution. Les sources fondamentales ne disent rien à cet égard ; S. Épiphane loue tellement Mélétius qu'il ne peut pas l'avoir soupçonné le moins du monde d'apostasie. Cependant il est impossible qu Athanase ait calomnié Mélétius; non-seulement la morale, mais la prudence le lui interdisait. Ce qu'il y a de plus vraisemblable, c'est que des bruits de ce genre étaient répandus contre Mélétius, comme d'autres bruits de la même nature étaient en circulation contre d'autres évéques, par exemple Eusèbc de Césarée.
2° Mélétius méprisait les évéques Pierre, Achillée et Alexandre d'Alexandrie, il les injuria et les persécuta.
8° Quant au temps où le schisme mélétien naquit, S. Athanase dit, dans son Epistola ad episcopos : « Les Mélétiens ont été déclarés schismatiques il y a plus de cinquante-cinq ans. » Or Athanase écrivit cette épitre soit en 356, soit en 361 (l); par conséquent le commencement du schisme mélétien remonterait à l'an 301 ou 306 ; mais, comme la persécution de Dioclétien sévissait précisément entre 303 et 305, et comme le schisme mélétien, d'après le témoignage des documents fondamentaux, s'éleva durant la persécution, nous ne nous tromperons guère si nous mettons cette origine entre les années 303 et 305.
4° La seconde classe de documents ne dit nulle part que Mélétius ait illégalement ordonné des prêtres dans des diocèses étrangers ; mais quand Athanase dit : « Mélétius Tut convaincu de beaucoup d'infractions, - la faute en question pouvait être comprise dans, ces paroles.
5° Il n'y a pas de contradiction en-
(1) Cf. Admmilio dew Bin. de Sainl-Maur à cette Epistota% et Walch, UUl. de* Uèréu% p. IV, p. ML
488 MÉLÉTIEN
tre la donnée de S. Athanase, qui parle d'un jugement de Mélétius par un synode égyptien, et le silence que gardent à cet égard les documents fondamentaux. Ces derniers ne parlent que des commencements du schisme. En revanche Socrate dit (I) : « L'archevêque d'Alexandrie, Pierre, excommunia les Mélétiens et n'admit point la validité de leur Baptême. » Nous sommes obligés de reconnaître que, d'après la véritable manière de juger la question du Baptême des hérétiques (2), l'évéque agit en cela trop sévèrement; mais il ne faut pas oublier qu'à cette époque le synode d'Arles n'avait pas encore promulgué sa fameuse décision (3).
La troisième classe de documents, c'est-à-dire le récit de S. Épiphane (4), est en pleine contradiction avec les deux premières. Il dit : « Il y a en Égypte un parti nommé les Mélétiens, qui a reçu son nom d'uu évêque de la Thébaïde appelé MtXimcc. C'était un prélat orthodoxe, qui ne s'éloigna jamais en aucun point de l'Église sous le rapport de la foi. Il occasionna un schisme, mais ne changea rien à la doctrine. A l'époque de la persécution il fut jeté en prison avec Pierre (d'Alexandrie) et d'autres. Il marchait à la tête de tous les évéques d'Égypte et tenait le premier rang immédiatement après Pierre d'Alexandrie, comme son auxiliaire. » Beaucoup de Chrétiens avaient faibli durant la persécution, avaient sacrifié aux dieux et priaient alors les confesseurs et les martyrs d'avoir pitié d'eux en considération de leur repentir. Quelques-uns étaient des soldats, d'autres des ecclésiastiques, des prêtres, des diacres. Il en résulta une assez grande agitation et une certaine perturbation même parmi les martyrs,
(1) Mut. ecclét., 1, 15.
(2) / ai/. Bai>têmb des hérétiques.
(3) Foy. A 11 LES.
(») tiare*., LXVHI, 1-4.
(schisme)
les uns disant qu'on ne pouvait admettre à la pénitence ceux qui étaient tombés, de peur d'autoriser par cette prompte réadmission d'autres Chrétiens à renier leur foi; les autres répondant qu'il ne fallait recevoir à la pénitence les malheureux qui étaient tombés que lorsque la persécution serait passée ; qu'il ne fallait plus laisser reprendre leurs fonctions aux ecclésiastiques , et ne les admettre qu'à la communion laïque (1;. Parmi ces derniers étaient Mélétius, Péléus, etc. Mais S.
Pierre, miséricordieux comme il l'était, supplia qu'on admît ceux qui témoignaient du repentir, en leur imposant une pénitence qui permît de les réconcilier avec l'Église. Nous ne voulons pas les repousser, disait-il, nous ne voulons pas même rejeter les ecclésiastiques, de peur qu'à la longue ils ne se perdent totalement... Or de cette différence d'o- . pinions naquit un schisme. En effet l'archevêque Pierre, ayant remarqué que sa proposition charitable était repoussée par Mélétius et ses adhérents, suspendit dans sa prison son manteau en forme de rideau et fit annoncer par un diacre que ceux qui étaient de son avis devaient venir de son côté, et que ceux qui tenaient pour Mélétius n'avaient qu'à rejoindre ce dernier. La plupart des assistants se mirent du côté de Mélétius; un petit nombre seulement se rangea du côté de Pierre. — Depuis cette époque les deux partis se séparèrent, firent leurs prières, offrirent le Sacrifice, célébrèrent les cérémonies du culte à part. Pierre subit le martyre, Alexandre le suivit; Mélétius et d'autres furent exilés et envoyés aux mines en Palestine. Mélétius avait ordonné des prêtres en prison; il continua le long de sa route , durant son exil ; partout il ordonna des évêqoes, des prêtres, des diacres, partout il fonda des Églises particulières. Les successeurs de (l) Foy. Communion laïque.
MÉLÉTIEN
(schisme) 489
Pierre nommèrent leur Église l'Église catholique; les Mélétiens appelaient leur communauté l'Église des martyrs.
Mélétius fit un voyage à Éleuthéropolis, à Gaza, à j¥J\a (Jérusalem), et partout il ordonna des ecclésiastiques. Il fut longtemps retenu dans les mines, et là même ses partisans et ceux de Pierre se tenaient rigoureusement éloignés les uns des autres, même pour la prière. Enfin les deux partis furent délivrés; Mélétius vécut longtemps encore, se lia d'amitié avec Alexandre successeur de Pierre, et demeura toujours plein de sollicitude pour la cause de la foi. Il vivait à Alexandrie, et y avait une église particulière. Ce fut lui qui le premier avertit l'évéque Alexandre de l'existence de l'hérésie d'Arius. »
On le voit, S. Épiphane fait un récit essentiellement différent de celui de S. Athanase et des documents fondamentaux. D'après lui l'occasion du schisme aurait été une discussion élevée entre Mélétius et Pierre au sujet de l'admission des la psi y surtout des ecclésiastiques tombés durant la persécution, discussion dans laquelle Mélétius n'aurait pas été, sans doute, aussi rigoureux que les Novatiens, mais cependant plus sévère que son trop indulgent évêque, et aurait presque incontestablement eu le bon droit de son côté. C'est pourquoi on a présumé que S. Épiphane avait pris pour base de son exposition le récit d'un Mélétien et que ce fut par ce motif qu'il traita si favorablement cet évéque schîsmatique. Mais il nous semble qu on peut faire une hypothèse plus raisonnable. D'après la donnée d'Épiphane, Mélétius, en se rendant dans les mines, avait fondé une communauté de son parti à Éleuthéropolis. Or c'était précisément le lieu de naissance de S.
Épiphane, et par conséquent il est probable que dans sa jeunesse il connut personnellement plusieurs Mélétiens.
Naturellement ils racontaient l'origine de leur parti sous le jour le plus favorable, et S. Épiphane admit plus tard dans son livre ce qu'il avait autrefois entendu dire par ses compatriotes mélétiens.
Il reste à se demander quelle autorité on peut accorder au récit de S. Épiphane. Nous savons que beaucoup d'historiens se prononcent en sa faveur et contre S. Athanase ; mais, depuis que les actes fondamentaux ont été découverts, il ne peut plus rester de doute qu'Épiphane s'est trompé précisément dans les points principaux.
a. D'après Épiphane Mélétius était en prison en même temps que Pierre.
Or il ressort des actes fondamentaux qu'au moment où naquit le schisme ni Pierre ni Mélétius n'étaient en prison.
b. D'après Épiphane Pierre aurait été trop indulgent à l'égard des iapsi ; mais les canons pénitentiaux (l) le montrent sous un jour tout différent, et prouvent qu'il observa précisément le juste milieu et qu'il décréta très-psychologiquement divers degrés de pénitence proportionnés aux divers degrés des fautes. Celui qui avait enduré plus longtemps les tortures, et qui avait fini par succomber par infirmité de la chair, devait être traité avec plus de douceur que celui qui n'avait offert que peu ou point de résistance. Le dixième canon surtout défend de replacer les ecclésiastiques dans leurs fonctions et les relègue dans la communion laïque. Ainsi Pierre enseignait précisément ce qui, d'après Épiphane , aurait été l'opiuion de Mélétius et contredit par Pierre.
c. Mais Épiphane est encore en faute sous d'autres rapports ; il prétend que Pierre fut à cette époque martyrisé dans sa prison, taudis que, d'après les actes fondamentaux, et bien plus encore d'après S. Athanase, qui devait savoir la
(1) Dam Mansl, Colicct. Conc.t i. I, p. 1270.
MÉLÉT1EM (schisme)
vérité à cet égard, Pierre revînt de sa retraite et exclut Mélétius de la communauté ecclésiastique, dans un synode présidé par lui.
d. Suivant Épiphane Pierre aurait eu pour successeur immédiat Alexandre, tandis (ju'Achillée fut évéque d'Alexandrie entre les deux.
e. Eufin d'après Épiphane le schisrnatique Mélétius aurait été dans la meilleure intelligence avec l'archevêque Alexandre et l'aurait rendu attentif à l'hérésie d'Arius; mais il résulte de toute la manière d'être de Mélétius à l'égard d'Alexandre, en sa qualité d'archevêque, et de la conduite tenue par les Mélétiens dans la discussion arienne, que les renseignements donnés par S. Athanase méritent bien plus de croyance, et que Mélétius, comme il le dit, méprisa et persécuta l'évêque Alexandre.
Quant à la quatrième classe de documents, elle est évidemment inférieure aux trois premières. Ces documents sont plus récents et moins explicites. Ce qui, dans cette catégorie, mérite une certaine attention, ce sont quelques détails donnés par Sozomène et Théodoret (1), d'accord avec les actes fondamentaux et en partie avec S. Athanase, et nous en avons déjà extrait ce qu'ils présentent de plus remarquable.
S. Augustin, dans la très-courte remarque qu'il fait sur les Mélétiens, ne dit rien de l'origine de cette secte, et pour le reste il avait probablement sous les yeux S. Épiphane (2).
La grande importance du schisme mélétien détermina naturellement le concile de Nicée à s'occuper de la question, et H la trancha de la manière suivante : « Nous avons encore à traiter la question de Mélétius et de ceux qui furent ordonnés par lui, et nous vou-
(1) Hitt. ecclé».% I, 9. Hœret. Fab., IV, 7. (1) AugUfit., de Hœrt*.% c 4S.
I Ions, chers frères, tous faire savoir
ce que le synode a décidé à ce sujet. Le synode, voulant user de douceur, quoiqu'à la rigueur Mélétius ne méritât aucune considération, a décrété que Mélétius restera dans sa ville, sans y avoir aucune autorité, sans avoir le droit ni d'ordonner ni d'élire des ecclésiastiques, et sans avoir la faculté de s'arrêter dans les environs ou dans toute autre ville pour y procéder à une ordination ; qu'il conservera seulement le titre d'évéque ; que les prêtres institués par lui seront confirmés par une imposition des mains plus sainte (ce qui ne veut pas dire qu'ils seront ordonnés de nouveau, mais simplement que leurs pouvoirs seront revalidés) (I); qu'ensuite ils seront réadmis à la communion ecclésiastique, de telle sorte qu'ils conserveront leur dignité et leur charge, mais qu'ils marcheront toujours dans tous les diocèses après les ecclésiastiques institués par l'évêque Alexandre; que, cependant, dans les élections aux fonctions ecclésiastiques, Us n'auront pas le pouvoir de choisir les personnes qui leur plairont, ou de mettre des noms en avant , ou de faire quoi que ce soit sans le consentement de l'évêque catholique, c'est-à-dire de celui qui est subordonné à l'évêque Alexandre ; que ceux qui, par la miséricorde de Dieu et grâce à vos prières, n'auront pris part à aucun schisme et seront restés irréprochables dans l'Église catholique, ceux-là auront aussi le droit de procéder à toutes les élections, de proposer des candidats au sacerdoce, et de faire tout ce que les lois et les ordonnances de l'Église autorisent; que, si l'un de ces maîtres ecclésiastiques meurt, on mettra à sa place un des ecclésiastiques nouvellement admis (c'est-à-dire des Mélétiens), mais seulement dans le cas
(1) Cf. THIemont, Mémoires, t. VI, note 12
MÉLÉTIEN (schisme)
où il en paraîtra digne, où le peuple Télira, et où l'évéque d'Alexandrie lui donnera son consentement. Ces concessions ont été accordées à tous les Mélétiens ; mais le synode n'a pas jugé convenable de concéder les mêmes faveurs à Mélétius (c'est-à-dire de lui permettre de redevenir évéque actif), à cause de la tendance qu'il a manifestée dès l'origine à troubler l'ordre établi , à cause de la promptitude de son caractère, et le concile ne lui a laissé ni pouvoir ni indépendance, de peur qu'il ne renouvelle les désordres dont il a déjà été la cause (1). »
Il est probable que le concile de Nfcée eut en vue l'attentat par lequel Mélétius voulut s'attribuer l'autorité dans Alexandrie, lorsqu'il décréta son sixième canon, qui commence ainsi : « L'antique tradition en vertu de laquelle, en Egypte, en Libye et dans la Pentapole, l'évéque d'Alexandrie a pouvoir sur tous les autres évéques , sera maintenue (2). »
Le synode avait espéré par sa douceur désarmer et gagner les Mélétiens ; mais cette espérance se réalisa si peu qu'après le concile de Nicée les Mélétiens devinrent ennemis plus acharnés de l'Église qu'auparavant, et que, s'alliant aux Ariens, ils lui portèrent les coups les plus funestes. S. Athanase, jugeant d'après le résultat, avait par conséquent parfaitement raison lorsqu'il s'écriait : « Plût & Dieu que jamais cela ne fût arrivé (il parle de l'admission des Mélétiens par le concile de Nicée) (3) ! • Dans le même passage il nous apprend que l'évéque Alexandre, pour réaliser les décrets du concile de Nicée, exigea de Mélétius la liste de ses évéques, de ses prêtres et de ses diacres, afin que celui-ci ne pût entre-
(1) Bpistola Synodi, dans Socrate, I, 9. Théodoret, Hist. ecclét., I, 9.
(2) Manst, I. c, t. II, p. 67t.
15) Apologia contra .irian., & 71.
prendre, dans le premier moment, de nouvelles ordinations, abuser ainsi des concessions du concile, et encombrer l'Église d'une foule d'ecclésiastiques indignes. Mélétius lui remit, en effet, la liste demandée, et S. Athanase en parle tout au long dans l'apologie contre les Ariens dont nous venons de faire mention. D'après cette liste le parti comptait en Egypte, Mélétius compris, viugtneuf évéques, et avait dans Alexandrie même quatre prêtres, trois diacres et un ecclésiastique militaire. Mélétius les présenta tous personnellement à l'évéque; Alexandre revalida sans hésitation leur ordination, comme le concile l'avait décrété.
Conformément à l'ordre du concile Mélétius continua à vivre dans sa ville, c'est-à-dire à Lycopolis; mais, à la mort d'Alexandre, Eusèbe de Nicomédie (1) opéra, à l'aide de Mélétius, l'alliance des Mélétiens et des Ariens, qui devint si fatale à l'Église et surtout à S. Athanase (2). On iguore la date de la mort de Mélétius. Il désigna pour son successeur son ami Jean, qui fut confirmé en 335 par les Eusébiens, au concile de Tyr, mais qui fut envoyé en exil par l'empereur Constantin (3).
En outre on distingua bientôt parmi les Mélétiens l'évéque Arsène , auquel on accusa S. Anathase d'avoir coupé une main (4); l'évéque Callinicus de Péluse, qui se montra , au concile de Sardique, l'adversaire de S. Athanase; le solitaire Paphnuce , qu'il ne faut pas confondre avec le membre du concile de Nicée du même nom qui prit la défense du mariage des prêtres au concile, et le soi-disant prêtre Ischyras, qui fut un des principaux accusateurs et des ennemis les plus acharnés de S. Athanase.
(1) V oy. Eusèbe de Nicomédie.
(2) Voir Athaoase, Jpol., c- 59. Êplph., Hctres.y LX VIII, 6. Théudont, Hist. ecclét., I, 26.
(3) Sozom., Hùt ecclcst II, 31.
(«) Foy. ATlIANAbL.
MÉLÉTIEN (8CHÏ8MB)
Du reste cette secte mélétienne existait encore vers le milieu du cinquième siècle, comme le témoignent formellement Socrate (1) et Théodore t (J), en qualité de contemporains. Théodoret parle en particulier de moines mélétiens qui avaient adopté toutes sortes de superstitions et d'ablutions judaïques, etc. (3).
Après le milieu du cinquième siècle les Mélétiens disparurent de l'histoire.