MADELEINE DEI PAZZI
son père, à l'illustre famille des Pazzi, et du côté de sa mère à la famille des Buondelmouti. Elle reçut au baptême le nom de Catherine (de Sienne), qu'elle se proposa pour modèle dès qu'elle eut connaissance d'elle-même. A l'âge de sept ans l'unique joie de la jeune Catherine était de prier dans des lieux retirés, de donner aux pauvres les morceaux dont elle se privait pour eux, d'enseigner la religion à des enfants plus jeunes qu'elle, de souffrir pour Jésus et avec Jésus. Elle grandit à cette école de la Passion du Sauveur. Les délices qu'elle y trouvait lui faisaient fuir les distractions de son âge avec l'ardeur que ses compagnes mettaient à les rechercher.
Sa dévotion au Sacrement de l'autel était merveilleuse ; elle aimait surtout à s'entretenir avec les jeunes filles qui Tenaient de faire leur première communion et qui avaient pour elle un attrait mystérieux et irrésistible. Elle fut reçue dès l'âge de dix ans à la table du Seigneur, et ce fut à ce banquet céleste qu'elle s'unit à jamais à Jésus- Christ en lui consacrant sa virginité; ce fut là que son amour prit son essor; l'horreur innée qu'elle avait du mal s'accrut au point qu'elle passait des nuits entières à pleurer d'avoir entendu dire de mauvaises paroles. A l'âge de seize ans, dédaignant tous les partis qui s'offraient à elle, elle entra dans le couvent des Carmélites de Florence. Elle choisit cet ordre surtout parce qu'elle pouvait y recevoir presque tous les jours la sainte Communion. Elle prit l'habit le 30 janvier 1583. Au moment où le prêtre lui remettait le crucifix en main, en lui disant : • Je ne me glorifierai en rien que dans la croix du Sauveur, » son visage s'illumina du feu de l'amour divin, qui fit, de son cœur un holocauste perpétuel et lui inspira souvent le désir de vivre uniquement afin de souffrir davantage. Pen-
dant son noviciat elle tomba gravement malade, et comme on désespérait de sa guérison, on lui permit de faire profession avant le terme ordinaire. Elle prononça ses vœux avec une joie profonde, et ce fut immédiatement à la suite de cet acte solennel qu'elle eut pour la première fois une extase, pendant laquelle la pâle et maigre Madeleine (c'était son nom de religion) parut radieuse et d'une beauté divine, et demeura près de deux heures absorbée dans la contemplation et les yeux constamment fixés sur le crucifix. A dater de ce moment, pendant quarante jours de suite , elle fut chaque matio , après avoir communié, ravie en Dieu, nageant comme dans une mer immense de lumière et d'amour. Durant cet état extatique, qui se renouvela souvent jusqu'à la fin de sa vie , elle s'entretenait tantôt avec les personnes divines , tantôt avec la sainte Vierge et les saints , faisant la demande et la réponse, et changeant à chaque fois d'une manière merveilleuse, suivant l'interlocuteur, le ton de son discours et le son de sa voix. Ces extases l'enlevaient quelquefois à elle-même au milieu de ses travaux et de ses occupations ordinaires , qu'elle n'en continuait pas moins comme d'habitude. Un an après sa profession, qu'elle avait faite le 27 mai 1584 , à la paix intérieure dont elle avait joui et aux délices qui l'avaient inondée succéda un état horrible et extraordinaire de souffrance et d'épreuve, qui dura cinq années consécutives. Les tentations de toute espèce, le blasphème, le désespoir, l'impureté, la gourmandise, la désobéissance , les attaques les plus effroyables de la part des démons, l'absence de toute consolation au milieu des plus rudes combats, tout s'unit pour lui faire subir des tortures inouïes ; la vue du crucifix, l'humilité et l'obéissance lui donnèrent toutefois la force de tout supporter. Enfin, le jour de la Pen-
tecôte 1590, le temps d'épreuve fut achevé. Après la sainte Communion son visage brilla subitement d'une joie extraordinaire, et, serrant la main de sa supérieure, elle dit : • L'orage est passé ; louez et remerciez avec moi notre aimable Créateur. » Elle fut à jamais délivrée de ces effroyables épreuves ; son âme, purifiée et enracinée en Dieu, fut inondée de grâces extraordinaires et devint comme le temple du Seigneur; le feu du ciel semblait consumer son corps. Dans l'enthousiasme de son amour elle invitait le monde entier à aimer avec elle l'amour divin ; elle demandait les ailes de la colombe pour traverser les espaces et apprendre à toutes les créatures à chanter l'hymne de l'amour. Cette charité divine lui inspirait une ineffable douleur à la vue des outrages faits à Dieu; elle offrait en expiation ses prières et ses pénitences; elle implorait sans relâche la grâce divine pour les pécheurs , les hérétiques, les païens, et notamment pour les prêtres indignes. Cependant elle était dune infatigable activité dans ses fonctions de directrice des écoles du couvent, de mattresse des novices et de sousprieure ; elle y portait comme partout une sagesse et une prudence surnaturelles. Les œuvres de la charité , disait-elle, sont préférables aux extases, aux visions, aux révélations et à toutes les grâces de ce genre ; car celles-ci ne sont qu'un pur don de Dieu , tandis que dans les œuvres de la charité l'âme fait une partie de la besogne divine.
Durant les dernières années de sa vie elle eut beaucoup à souffrir de son état maladif; elle demanda à souffrir long
MADELEINE (pénitentes db sainte-)
Urbain
miraculeuse. Urbain VIII la béatifia en 1607 ; Alexandre VII la canonisa en
t'oyez Bolland. ad 25 Maji, (n vita S. Magd., et le Mysticisme chrétien de Gôrres , t. I et II.
ScnnoDL.
MADELEINE (ORDRE DES PÉNITEN- TES db Sainte-). Les couvents les plus anciens et les plus nombreux de cet ordre se trouvaient en Allemagne dès le commencement du treizième siècle.
On n'en connaît pas le fondateur. Les Papes Grégoire IX (1227-41) et Innocent IV (1243-54) lui accordèrent divers privilèges importants. Il y avait aussi des religieux de cet ordre placés sous la direction spirituelle des religieuses. Cet ordre eut d'abord pour but de recueillir et de convertir les pécheresses publiques; plus tard il reçut des filles irréprochables , qui conservèrent néanmoins le nom de Pénitentes, pour marquer l'austérité de leur vie.
costume était blanc , et de là leur de Dames blanches.
En 1272 les premières maisons des Pénitentes de Sainte-Madeleine en France furent fondées , Tune à Marseille, l'autre à Paris ; elles furent soumises à la règle de Saint-Benoît et dirigées par des religieux du même ordre (1). Des établissements du même genre furent créés à Naples (1814) et à Metz (H 32).
11 faut distinguer de la maison de Paris, que nous venons de mentionner, le couvent des Madelonettes , créé en 1618, et en général les diverses maisons d'ordres et de noms différents ayant pour but la conversion des femmes de
temps sans consolation , afin de goûter j mauvaise vie, telles que les couvents du
plus sérieusement le calice de la Passion du Sauveur. Son âme fut enfin délivrée de ses liens terrestres le 25 mai 1607. Lorsqu'on l'exhuma, un an après, son corps était intact, et pendant douze jours il en découla une huile sainte et
ENCÏCL THÉOL. CATR. — T. XIV
Bon -Pasteur, de Saint-Pélagion , de Sai ut-Théodore, etc., etc.
En 1629, la direction du couvent de Sainte-Madeleine fut remise aux reli-
{! ) F oir Hélyot, UisU det Ordres relig.t t. III, p. Ml.
82 MADELEINE (péhitbhtbs db sainte-) — MADIAN
pieuses de l'ordre de la Visitation, puis elle passa aux Ursulines, et cnlin aux Sœurs hospitalières de la Miséricorde.
Les statuts proposés en 1617 reçurent en 1640 l'approbation de l'Église, et la maison fondée en 1629 deviut un couvent qui en produisit deux autres, Tan à Bordeaux, l'autre à Rouen.
L'on connaît plus exactement la constitution de ces trois maisons.
Il était défendu, sous peine d'excommunication, de recevoir d'autres filles que des filles de mauvaise vie, ou des filles dont les parents demandaient l'admission parce que leur moralité était menacée. Les membres de la communauté formaient trois classes : à la première appartenaient les pénitentes qui, après uu temps suffisant d'épreuve, étaient admises à prononcer des vœux ; cette classe portait le nom de Sainte- Madeleine, sublime modèle des pécheresses repenties ; leur règle était assez sévère. La seconde classe, celle de Sainte-Marthe, comprenait les pénitentes non encore admises à prononcer leurs vœux, parce qu'on ne les en jugeait pas dignes, ou parce qu'elles étaient incapables de les prononcer par divers motifs, tels qu'un mariage encore existant. Il fallait un noviciat de deux ans pour passer de la seconde classe à la première. Les pénitentes de la seconde passaient leur temps à prier, à méditer, à travailler. Quand elles étaient amendées et sérieusement confirmées dans la pratique de la vertu, on leur laissait le choix de rentrer dans le monde ou de passer dans la première classe.
La troisième classe, celle de Saint* ■rare, comprenait surtout des jeunes Ulles qui, contre leur gré, avaient été confiées à l'établissement pour être corrigées. Une clôture sévère, la mortification, la prière, le travail, l'exemple des sœurs de la seconde classe devaient servir à les corriger, à les ramener dans la voie de la vertu. Elles mangeaient et |
couchaient à part ; elles étaient instruites et dirigées par les sœurs de la seconde classe. De frequeutes épreuves faisaient connaître si elles pouvaient être rendues à la liberté, si elles devaient être renvoyées ou soumises à une clôture plus sévère. En général la clôture était strictement observée dans les trois classes (1).
Le Pape Léon X créa aussi à Rome, tous le nom de Sainte - Marie - Madeleine, un couvent dans lequel on recevait les jeunes filles repenties. Elles y trouvaient le moyen de se réconcilier avec Dieu et avec les hommes, tous les soins du corps et de lame, le pardon de leurs fautes et l'oubli du passé. L'établissement était dirige par ï'archiconfrérie de la Miséricorde, et soutenu par les dons du Pape, les aumôues des fidèles et les quêtes de l'Église (2).
En 1560 on fouda un couvent du même genre à Se ville.
Fehb.
madian (JHQ), quatrième fils d'Abraham et de Céthura, père des Madianites, qui peuplèrent avec les Ismaélites (3) le nord-ouest de l'Arabie (Nabatée), et parmi lesquels on compte les Mozarabes (Mostarabes, Araba Mo* tomba, c'est-à-dire Arabes devenus tels par alliance), opposés aux Arabes primitifs {Arab al Araba)^ c'est-à-dire les enrants et les descendants de Kaihtan (le loctan de la Bible).
Les auteurs arabes leur assignent unanimement pour patrie primitive les côtes orieutales du golfe Élanilique, vingt - troisième station des pèlerins égyptiens de la Mecque , Maghair Schoaib, 27» lat. N. d'Ajin-Oune (POw, de Ptolémée). L'Itinéraire arabe de Seetzen (4) dit formellement : Mate Cf. Hélyot, I. p. kia.
(2) Cf. Mh 'àid.
(3) f'oy. Ismaélites.
(»1 Zacta, Corretp. mensuelle, 1800, t. XX, p. 310.
MADIAN - MADRUZZ
dian était une ville des côtes de la nier, et l'on y voit encore entre autres des restes d'anciennes constructions, un grand et mauvais puits, et un abreuvoir dans lequel Moïse faisait boire les troupeaux de son beau - père Schoaib (Jéthro). Les pèlerins s'arrêtent et prient dans une grotte voisine qu'on appelle Mgar (Maghair) Schoaib; de là ils continuent leur voyage. Ce Maghair Schoaib est le Wadi Beden visité par Ruppel, qui y trouva de nombreuses catacombes et les ruines d'une antique civilisation, complètement différente de celle des autres Arabes. Ptolémée connatt aussi un M&^iâva, dont la situation doit être déterminée par ce qui vient d'être dit. La donnée de Ritter(l), 66°, 40° long., est inexacte ; car ce Madian doit avoir été situé entre 53 et 54° long., en face et à l'ouest de Tébuk. Les Arabes et Ruppel lui-même parlent de cette contrée comme d'une des plus agTéables stations , comme d une vallée arrosée par des eaux douces, et garnie entre les roches de dattiers et d'une foule d'arbres d'espèces diverses.
Les Madianites avaient pour voisins à l'est et au nord-est les tribus fraternelles de Théma (2) et de Cédar (3), et occupaient la région la plus appropriée au commerce des caravanes allant de l'intérieur de l'Arabie en Égypte (4) et en Palestine (5) ; aujourd'hui encore les pèlerins égyptiens de la Mecque passent par ce territoire. Le récit biblique d'après lequel Moïse se cacha devant Pharaon dans le pays de Madian ne nous oblige point à abandonner la tradition arabe ; comme, d'après Ibn Sayd, que cite Abulféda, la mer près de Madian est large d'une journée de marche, Moïse peut facilement, dans sa fuite,