‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 39 sur 224 · MAIMONIDES · texte numérisé non relu

MAIMONIDES

rang de tous les savants dlsraël, et il aurait pu ajouter que son influence sur la théologie rabbinique fut et demeura plus grande que celle de tous les docteurs du judaïsme. Aussi les rabbins élètent-ils encore de nos jours des plaintes amères contre Maimonides, moins à cause dë ses doctrines erronées que parce qu'il a pétrifié le rabbinisme, qu'il en a fait une doctrine roide, exclusive et close. En revanche son orthodoxie n'est plus aussi vivement attaquée qu'elle le fut immédiatement après sa mort, et même de son vivant, par les talmudistes rigides de France et d'Espagne, qui non -seulement anathématisèrent ses principaux ouvrages, mais sa personne, et condamnèrent ses livres au feu. Les erreurs qu'aujourd'hui encore les uns mettent à sa charge sont niées par les autres, qui prétendent qu'on n'en trouve pas de trace dans ses livres ; tels seraient la négation de la résurrection de la chair, de l'immortalité individuelle de l'âme, ses écarts fréquents de la Bible et du Talmud. Du reste ni l'un ni l'autre des deux partis n'a tout à fait raison, et, par conséquent, n'a entièrement tort, et la vérité est que Maimonides n'est pas d'accord avec lui-même. D'une part il suit aveuglément les philosophes grecs et arabes et en adopte des idées qui ne peuvent s'accorder avec le rabbinisme talmudique ; d'autre part il soutient la doctrine du rabbinisme et entre lui-même en collision avec les théorèmes philosophiques. Ainsi, par exemple, tandis que d'un côté il admet la résurrection des corps comme un dogme de foi judaïque, et refuse à celui qui le nie toute participation à la vie éternelle, d'un autre côté, en conséquence de ses opinions philosophiques sur Dieu et sur l'âme, il considère l'autre vie comme une vie purement spirituelle, sans mélange de rien de corporel, ce qui, naturellement, suppose la négation de

fît

toute résurrection des corps (I). La principale plainte des rabbins modernes contre Maimonides porte, nous l'avons dit, sur ce qu'il a pétrifié la dogmatique judaïque. Ainsi David Luzzato, professeur au collège rabbinique de Padoue, dit que Maimonides, par sa philosophie, a fait plus de mal que de bien ; qu'il a donné une rigidité de fer à ce que le Talmud avait encore laissé vague et flottant ; que son système dogmatique absolu est une invention que les anciens ne soupçonnaient pas ; qu'il a arrêté , avec un despotisme plus mahométan que judaïco-talmudique , un code qui fixe et détermine jusqu'au moindre détail les dogmes et les usages (2). Isaac Reggio de Gôrz est du même avis, et loue le noble zèle qui fait rejeter le joug que cet homme a imposé aux Israélites et qui enlève toute liberté à la pensée (3).

Le point capital dans tout cela, c'est la position prise par Maimonides en face des documents originaux de la re ligion juive. Sous ce rapport on peut considérer comme avéré que ce ne sont pas ces documents, mais que c'est bien plutôt la philosophie qu'il puisa chez les Grecs et les Arabes, qu'il prit pour point de départ, s'efforcent non pas tant de mettre les résultats de ses recherches philosophiques d'accord avec l'Écriture et le Talmud qu'à interpréter le Talmud et la Bible de manière à les mettre en harmonie avec sa phie. Il fallait dès lors qu'il en vint, dans ses interprétationa bibliques et talmudiques, à des subtilités sans fin et à des symboles perpétuels, à des interprétations arbitraires du texte auquel il fait violence (4). Aussi ce n'est pas sans motif qu'il a été appelé le père

(1) Geîger, Revue teientif. de Théol. judaïque, t V, p. 89, 92.

(2) Ami. ùraét.,

(3) Ibid., p. 22.

(4) Geiger, I, c, p. 89.

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